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Bande à Bonnot

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Bande à Bonnot
Image illustrative de l’article Bande à Bonnot
Illustration de l'attaque de l'agence de la Société générale à Chantilly le .

Date de fondation XXe siècle
Fondé par Jules Bonnot
Territoire France et Belgique
Années actives 1911-1912
Ethnies présentes Groupe d'anarchistes et de criminels
Activités criminelles Meurtres, assassinats, meurtres pour faciliter le vol ou en assurer l'impunité, vols avec violence, vols avec effraction ou menace, vols avec escalade, vols en bande organisée, vols simples, crimes

La Bande à Bonnot est une organisation criminelle illégaliste française de la Belle Époque, active entre 1911 et 1912. Formée principalement d'anarchistes et de marginaux, cette bande mêlait idéologie politique et criminalité. Elle est notamment célèbre pour avoir introduit des innovations technologiques dans ses activités, comme l'utilisation des automobiles et des armes à feu modernes, donnant ainsi naissance à un nouveau genre de banditisme motorisé.

Sous la direction de Jules Bonnot, la bande a perpétré une série de braquages, de cambriolage et de meurtres, marquant l'imaginaire collectif par leur audace et leur violence. Parmi les événements marquants, on compte l'attaque motorisée de la Rue Ordener, le premier braquage de ce type en France, et les fusillades qui ont suivi. La bande s'inscrit dans le contexte des mouvements anarchistes du début du XXe siècle, exprimant une révolte sociale et politique radicale.

Pourchassés par les forces de l'ordre et traqués, les membres de la Bande à Bonnot ont été progressivement éliminés ou arrêtés dans une série d'opérations violentes, dont les assauts à Choisy-le-Roi et à Nogent-sur-Marne. La mort de Jules Bonnot, tué lors d'un siège en , a marqué la fin de cette aventure criminelle.

Bien que leurs activités criminelles aient dominé les gros titres, la Bande à Bonnot a aussi cristallisé un certain romantisme anarchiste, mêlant désespoir et défiance envers une société perçue comme injuste. Leur histoire a inspiré de nombreuses œuvres culturelles, notamment au cinéma et à la télévision, immortalisant cette bande comme un symbole d'insoumission et de violence.

Composition

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Composée d'individus qui s'identifiaient au milieu illégaliste, la bande utilisait des technologies de pointe, dont des automobiles et des fusils à répétition qui n’étaient pas encore disponibles pour la police française.

La bande était composée d'un nombre important d'anarchistes et de criminels[1].

Vol avec meurtre du curé et de sa servante à Damprémy (Charleroi)

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Au début de 1911, le , à Damprémy, section de Charleroi, quatre anarchistes tuent le curé François De Jong (ou De Jonghe), et sa servante. Ils volent 5 000 francs belges. Garnier et Bonnot sont sur place[2].

Le , huit jours plus tard, Bonnot et d'autres commet un cambriolage dans le café où Marie Vuillemin travaille comme femme de ménage, boulevard du Nord à Charleroi. Une patrouille de police intervient. Des coups de feu sont tirés. Bonnot quitte la Belgique.

Bonnot tue son complice Platano et le vole

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En , il est à Lyon, chez son ami Joseph Sorrentino, dit Platano ; ce dernier connaît quelques membres d’une communauté d’anarchistes, à Romainville, près de Paris, qui pourraient les abriter. Platano et Bonnot partent ensemble[3]. Platano emporte 30 000 francs. Bonnot le tue en route. À Romainville, il explique que son ami s’est blessé en manipulant un revolver, et qu’il l’a achevé afin d’abréger ses souffrances[4]. À Romainville, Bonnot va recruter des complices[5].

Fin , Jules Bonnot est à Paris, se rend au siège du journal L'Anarchie, dirigé par un certain Victor Serge (Kibaltchitch). Bonnot fait la connaissance de sympathisants, ils vont devenir membres de sa nouvelle équipe[6].

L'attentat de la rue Ordener

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Le 14 décembre, Bonnot, Garnier et Callemin volent une voiture, une Delaunay-Belleville et la cachent dans un garage de Bobigny[7]. Le , Emest Caby, un garçon de recettes, descend du tramway, se dirige vers la succursale de la Société générale, au 146, rue Ordener. Il porte une sacoche renfermant une collection de titres, d'un montant de 318 772 francs, plus un petit sac contenant 5 266 francs de monnaie. Dans une poche intérieure de ses habits, un portefeuille contient 20 000 francs en billets et rouleaux d'or[réf. souhaitée].

Trois ou quatre individus apparaissent : Jules Bonnot, Octave Garnier, Raymond Callemin et peut-être d'une quatrième personne, non identifiée à ce jour[1],[7]. L'un d'eux se campe devant lui et fait feu. Le garçon de recettes, atteint à la poitrine, tombe à genoux. Il tente de résister, l'inconnu lui tire dans le dos un deuxième coup de revolver et lui arrache la sacoche[réf. souhaitée].

Les agresseurs sautent dans une automobile, qui stationnait à quelques pas. Des passants tentent de s'interposer. Des coups de revolver retentissent sans atteindre personne. L'auto disparaît. C'est le premier braquage motorisé[8].

Ernest Caby est transporté dans une pharmacie voisine, reçoit les premiers soins, puis à l'hôpital Bichat. Deux balles l'avaient atteint, l'une à la base du cou, l'autre au côté droit de la poitrine. Son état apparaît grave.

Le lendemain, l'auto du crime est retrouvée, à Dieppe, rue Alexandre-Dumas. Divers objets y sont découverts : une peau de chèvre marron, une pince-monseigneur, plusieurs bidons vides. La plaque d'immatriculation est retrouvée dans un jardin : « 668 X-8 ». La voiture appartenait à M. Normand, propriétaire à Boulogne-sur-Seine, qui avait déposé une plainte pour vol dans son garage, durant la nuit du 13 au .

Ces découvertes ne conduisent pas à identifier les malfaiteurs.

Quelques semaines plus tard, le sieur Chaperon, appariteur de la commune de Bobigny, déclarera au commissaire de police de Pantin qu'une auto semblable à celle de M. Normand avait été garée, dans sa commune, chez un certain Dettweiller. La police s'y rend et perquisitionne. Elle arrête Dettwiller et son épouse, ainsi qu'une femme qui vivait chez eux avec son amant et sa fille. Le compagnon de cette femme se nomme Édouard Carouy, dit « Le Rouquin », connu comme anarchiste.

Le , le juge d'instruction, M. Gilbert, accompagné de MM. Guichart et Louis François Jouin[9],[10], se rend à l'hôpital Bichat ; le garçon de recettes, Ernest Caby, commence à se remettre de ses blessures. Il examine plusieurs photographies d'individus soupçonnés d'avoir participé à l'attentat, et indique : « C'est celui-là, C'est celui-là ! ». C'était Octave Garnier.

Vol de voiture - Double meurtre à Gand

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Le [11], Bonnot et sa bande fuient en Belgique ; pour voler sa voiture, ils tuent[12] le propriétaire, ainsi qu'un veilleur de nuit[13].

Le crime de Thiais

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Le , M. Moreau, un rentier de quatre-vingt-onze ans, habitant 2 rue de l'Église à Thiais, et sa bonne, Mme veuve Arfeux, soixante-douze ans, sont assassinés au marteau et au couteau. Ce crime est attribué aux malfaiteurs que l'on appelait « Les bandits en auto ».

La propriété de la victime se composait d'un grand pavillon, d'une cour et d'un jardin. Le pavillon donnait, d'un côté, sur la rue, de l'autre sur la cour ; un mur, de trois mètres de haut environ, entourait le jardin.

Le propriétaire était un vieillard alerte, sortait fréquemment de chez lui avec une voiture et un cheval qu'il conduisait. Il était connu dans le pays pour garder chez lui une somme importante d'argent et de titres.

Les deux vieillards, le patron et la bonne, se levaient généralement de bonne heure. Le , une voisine, Mme Brun, est surprise de voir la maison close et silencieuse. Elle appelle, cogne à la porte, avec d'autres voisins. Ils décident, avec l'aide d'un serrurier, de pénétrer à l'intérieur, et de faire prévenir le commissaire de police de Choisy-le-Roi.

Les autorités font enfoncer la porte cochère, et entrent entra dans la cour. La porte de derrière du pavillon est grande ouverte. Au rez-de-chaussée, régne un désordre extraordinaire : tiroirs ouverts et vidés, chaises renversées, meubles déplacés. Au premier étage, M. Moreau est sur son lit, les bras allongés, le visage crispé. Son corps porte la trace de treize coups d'un instrument tranchant. Dans la seconde pièce, la servante est sur son lit, assommée, ligotée, puis étranglée.

L'enquête donne des détails : les empreintes digitales des assassins sont relevées. Dans le jardin, des traces de pas conduisaient au pavillon, ainsi que des traces d'escalade, permettent d'établir que les malfaiteurs portaient des espadrilles, qu'ils avaient franchi le mur, traversé le jardin, entrés dans le pavillon par la porte donnant sur la cour.

Après avoir tué les deux vieillards, les assassins avaient fouillé les meubles, et enlevé, dans un secrétaire, environ vingt mille francs de titres et des pièces d'or de quarante, cinquante et cent francs.

Le crime avait été commis vers les quatre heures du matin. Le médecin constata que le vieillard avait reçu des coups de marteau et des coups de couteau. La servante portait des traces de coups à la figure, avait le nez cassé.

Les soupçons se portèrent sur un certain Boniface Grau, cordonnier et voisin de la victime ; il aurait tenu des propos menaçants dans les cabarets du pays. L'acte d'accusation conclut pourtant : « les propos de Grau n'ont pas paru assez précis pour être retenus. »

Le crime sera, par la suite, imputé à Édouard Carouy et Marius Metge[7].

Le drame de la rue du Havre : Meurtre d'un agent de police

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Le , vers sept heures du soir, une voiture automobile descend la rue d'Amsterdam à vive allure. La circulation était au maximum de densité, dans ce quartier de la gare Saint-Lazare. Près de la gare, elle manque de heurter un autobus ; quelques mètres plus loin, elle renverse une femme. Au carrefour des rues d'Amsterdam, Saint-Lazare et du Havre, un agent de police, Garnier, donna un coup de sifflet pour arrêter le conducteur. Ce dernier n'en fait rien, va pour s'échapper, lorsque l'autobus Montmartre-Saint-Germain-des-Prés le bloque rue du Havre et l'oblige à freiner, calant net le moteur. Garnier s'avança et houspilla le conducteur. Les trois occupants de la voiture restèrent silencieux. L'agent prit son calepin pour dresser un procès-verbal. Le chauffeur, sans un mot, descendit de son siège, tourna la manivelle et remonta dans la voiture ; elle démarra doucement, accéléra. L'agent Garnier bondit sur le marchepied, trois détonations retentirent. L'agent roula sur la chaussée. La rue du Havre étant dégagée, la voiture prit de la vitesse, traversa le boulevard Haussmann, et partit en direction de la Madeleine, puis, vers la place de la Concorde, et disparut au loin.

L'agent Garnier, atteint de trois balles, le poumon gauche et le cœur perforés, ne tarda pas à succomber.

Le lendemain, l'enquête montra que l'auto appartenait à un M. Buisson, négociant à Saint-Mandé. La porte de son garage avait été fracturée. De Saint-Mandé, vers Montereau et Villeneuve-la-Guyard, la voiture s'était arrêtée à Pont-sur-Yonne, puis à Villeneuve-sur-Yonne, et avait regagné Paris, en repassant par Montereau.

À Pont-sur-Yonne, comme à Montereau, des curieux avaient vu les occupants. L'enquête établit qu'il s'agissait des bandits de la rue Ordener, Octave Garnier, Jules Bonnot et Raymond Callemin. Bonnot était au volant, Garnier, assis à ses côtés, tira les trois coups de revolver, Callemin se trouvait derrière. Octave Garnier écrivit plus tard au juge d'instruction : c'était lui qui avait tiré.

Le cambriolage de Pontoise

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Le , dans la nuit qui suivit le drame de la rue du Havre, les bandits entrèrent dans Pontoise. Vers trois heures du matin, l'auto stoppa place de l'Hôtel-de-Ville, devant l'étude de Me Tintant, notaire. Trois hommes descendirent de la voiture et tentèrent d'ouvrir la porte d'entrée de l'étude avec une fausse clé. Ayant échoué, ils firent le tour par la rue Lemercier, escaladèrent un mur, arrivèrent dans une petite cour, et forcèrent la porte de derrière avec une pince. Dans la maison, ils déplacèrent le coffre-fort. Un voisin, M. Coquerel, garçon boulanger, passait sous les fenêtres de l'étude, quand il s'entendit interpeller. Le notaire, Me Tintant, s'était armé d'un revolver et cherchait du secours. Coquerel poussa la porte qui s'ouvrit. Deux coups de revolver retentirent de l'intérieur. Coquerel s'aplatit contre le mur et vit s'enfuir trois individus. L'un se posta sur la place, en face de l'étude, les deux autres regagnèrent l'automobile. Une rapide fusillade éclata : les trois hommes tirèrent sur Coquerel et le notaire, qui riposta de sa fenêtre. Une balle effleura l'oreille du notaire et brisa l'armoire, derrière lui. Enfin, l'homme qui se tenait sur la place, rejoignit ses compagnons, et la voiture démarra.

La voiture fut retrouvée le matin, vers huit heures, à Saint-Ouen. Les bandits avaient essayé de la brûler. C'était bien celle qui avait été volée à M. Buisson, à Saint-Mandé, et qui avait été vue à Montereau, à Pont-sur-Yonne et rue du Havre, lors la mort de l'agent Garnier.

L'attaque de Chantilly

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Le , vers huit heures du matin, une automobile appartenant à M. de Rougé, conduite par son chauffeur, Mathillé, roulait sur la route de Paris vers Nice, où l'attendait le propriétaire. À côté du chauffeur, était assis un employé, M. Cerisols. Il achevait, à Paris, son apprentissage de chauffeur. La voiture venait d'entrer dans la forêt de Sénart, après avoir dépassé Montgeron. Trois individus, plantés sur la route, s'avancèrent vers la voiture. L'un d'eux, avec son mouchoir, fit signe d'arrêter. Le chauffeur ralentit, les trois hommes bondirent sur l'auto, tirèrent des coups de revolver sur Mathillé. Il tomba, atteint de deux balles, mortellement blessé. L'une avait traversé le poumon gauche, et l'autre, la poitrine côté droit. Cerisols avait reçu trois blessures qui ne touchèrent que les mains. Trois autres individus attendaient l'auto. Les six hommes, regroupés, montèrent à l'intérieur. L'auto repartit vers Villeneuve-Saint-Georges.

Vers dix heures du matin, elle stoppa à Chantilly, sur la place de l'hospice de Condé, devant les bureaux de l'agence de la Société générale.

Quatre des voyageurs descendirent, bondirent dans les bureaux, revolver au poing. Les trois employés présents furent criblés de balles. Ils s'appelaient Roger Guilbert, aide-comptable, seize ans, Raymond Legendre, dix-sept ans, et Joseph Trinquet, comptable, trente-cinq ans. Le caissier, Trinquet, atteint d'une balle à l'épaule droite, tomba évanoui. Raymond Legendre fut tué net d'une balle au cœur. Guilbert, blessé à l'épaule, s'écroula à terre. Un quatrième employé, M. Combe, entrait dans le bureau et s'enfuit. Dans la rue, l'un des agresseurs tira sur lui sans l'atteindre.

Les coups de feu avaient attiré la foule. Un des hommes demeurés au volant prit une carabine et tira sur les curieux.

À l'intérieur, l'un des agresseurs se précipita sur la caisse, la vola, puis vida le coffre-fort. Les quatre hommes regagnèrent la voiture, sous la protection de leur complice, et l'auto démarra. Elle s'engagea dans l'avenue de la Gare, tourna sur la route de Lamorlaye et disparut.

Elle fut retrouvée, le même jour, vers onze heures et demie, à Asnières, avenue de Paris, à proximité de la gare, par trois agents cyclistes. Dans la voiture abandonnée, divers objets, des papiers et des clés appartenant à la Société générale de Chantilly, quinze cartouches de browning, furent retrouvés. Plus loin, sur les quais de Courbevoie, le pardessus de M. Cerisols avait servi à envelopper une carabine Winchester.

Les jours suivants, le produit du vol fut révélé : quarante-sept mille cinq cent cinquante-cinq francs, en billets de banque.

Les arrestations

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La police établit les liens qui existaient entre les différents crimes ; elle conclut à une association de malfaiteurs. Les inculpés se virent aussitôt devenir des prévenus d'être les auteurs ou complices de crimes et attentats commis sur le territoire français ; d'être affiliés à une bande organisée en vue de commettre ces crimes et attentats ; d'avoir fourni des moyens pour les accomplir ou d'avoir organisé des réunions en vue de leur exécution.

Les inculpés étaient Rirette Maitrejean, Victor Serge (Viktor Kibaltchitch), Jules Bonnot, Octave Garnier, Édouard Carouy, René Valet, Eugène Dieudonné, Jean De Boë, Jean Dettweiller, Léon Rodriguez, David Bélonie et Marius Metge.

La thèse de l'accusation était que le journal, L'Anarchie, avait servi de siège à une association de malfaiteurs. Soit dans ses bureaux de la rue Fessart, à Paris, soit dans le pavillon et les jardins qu'il occupait rue de Bagnolet, à Romainville, les malfaiteurs se réunissaient pour préparer les coups à faire, rapportaient le butin, le partageaient entre eux.

Cette affirmation était saugrenue, mais il fallait laisser croire au public qu'on était sur le chemin de la vérité, alors que l'opinion commençait à taxer la police de faiblesse et d'incapacité.

Arrestation d'André Soudy

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Le , le chef de la Sûreté, Louis François Jouin[9],[10], et Escandre, débarquèrent à Berck-sur-Mer. Ils se postèrent autour de la maison où avait été signalé la présence d'André Soudy, « l'homme à la carabine », également signalé comme participant au crime de la rue Ordener. Il était soupçonné, en outre, d'être l'auteur du cambriolage exécuté à l'Égalitaire, société coopérative de la rue de Sambre-et-Meuse. À midi et demie, Soudy apparut, les policiers se précipitèrent, il fut ligoté et fouillé. Ses poches contenaient un browning chargé de huit balles et une somme de neuf cent quatre-vingts francs, en or et en billets.

Le lendemain, André Soudy était conduit à Paris.

Arrestation d'Édouard Carouy

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La deuxième arrestation fut celle d'Édouard Carouy. Il vendait de faux bijoux sur les marchés et habitait chez Dettwiller. On le suivit, vers les quatre heures de l'après-midi, à la gare de Lozère, au moment où il prenait un billet. Louis François Jouin[9],[10] le pistait, depuis le matin, dans la banlieue, du côté de Choisy-le-Roi. L'opération fut plus difficile, car Carouy était d'une force peu ordinaire et capable de résistance. Le sous-brigadier Rohr s'approcha et, d'un violent coup de poing sur la nuque, le fit tomber. Les autres agents le ligotèrent.

Fouillé, une somme de cent cinquante francs et deux revolvers lui furent enlevés.

Carouy nia toute participation aux attentats de la rue Ordener, de la rue du Havre, de Montgeron, de Chantilly. Il fut accusé d'autres crimes, dont des cambriolages à Maisons-Alfort et au bureau de poste de Romainville. Alphonse Bertillon établit la similitude de ses empreintes digitales avec celles relevées à Thiais, dans la maison de M. Moreau et Mme Arfeux.

Édouard Carouy fut conduit à la prison de la Santé. Il tenta de se couper l'artère temporale avec une paire de petits ciseaux.

Arrestation de Raymond Callemin

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Le dimanche , eut lieu la capture de Raymond Callemin, dit Raymond-la-Science.

Il se cachait dans un logement sordide, situé 8, rue de la Tour-d'Auvergne, habité par un anarchiste du nom de Pierre Jourdan, et sa maîtresse, Louise Hutteaux. II couchait au pied du lit, sur un matelas. Comme il descendait vers sept heures du matin, M. Guichard, posté dans le couloir avec des agents, se jeta sur lui. Callemin essaya de prendre son revolver, mais il fut ficelé.

Trois brownings, avec huit cartouches pour chaque, furent trouvés sur lui. Plus tard, à la Sûreté, en achevant de le fouiller, une somme de 5 000 francs, dont quatre billets de mille, furent découverts. Callemin refusa de répondre aux questions.

Traque de Jules Bonnot

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Les chefs, Jules Bonnot, Octave Garnier et René Valet demeuraient libres. Un autre, René Valet, était recherché.

Pendant la nuit du 13 au , une auto mystérieuse traversa à grande allure les grands boulevards, la rue Royale, la place de la Concorde. Rue Cavé, des grévistes sortaient d'une réunion de la « Maison Commune  » : ils furent chargés par la voiture qui passait à toute allure. Des détonations furent entendues. La Sûreté générale n'y attacha pas d'importance.

La Sûreté venait d'être avisée qu'à Ivry, un individu nommé Antoine Gauzy, soldeur de profession, était suspecté de rapports avec les bandits. En même temps, un certain Simentoff et Jules Bonnot étaient localisés. Le sous-chef de la Sûreté, Louis François Jouin[9],[10], se rendit à Belleville : après une vive résistance, il arrêta Simentoff.

Avec les agents Colmar, Robert, Hougaud et Sevestre, Louis François Jouin alla perquisitionner à Alfortville, chez un nommé Cardy. Il était soupçonné de détenir les titres volés à Thiais. Cardy se trouvait chez un de ses amis d'Ivry, le soldeur Antoine Gauzy, déjà suspecté. Il logeait dans une maison de deux étages, portant une enseigne en lettres blanches « Hall populaire d'Ivry », qui était un magasin de confections. Les agents découvrirent le soldeur, en compagnie de Cardy, dans l'arrière-boutique. Les inspecteurs Sevestre et Hougaud s'emparèrent de Cardy, les autres demandèrent à Gauzy de les conduire au premier étage. Gauzy expliqua qu'il y avait plusieurs chambres à cet étage, et que personne n'y habitait. Louis François Jouin le fit passer devant, dans un petit escalier étroit. Gauzy ouvrit une porte de l'appartement fermé à double tour ; il s'effaça pour laisser entrer le sous-chef et ses inspecteurs. Jouin traversa l'antichambre, puis une chambre à deux lits ; dans une petite chambre plongée dans l'obscurité, ils devinèrent un individu ramassé sur lui-même, qui portait la main à sa poche droite. Ils se jetèrent sur lui. Les hommes roulèrent sur le parquet. L'homme réussit à dégager son bras armé d'un revolver. Jouin cria « Attention… prends-lui les bras… il a un revolver. ». L'homme tira sur le sous-chef de la Sûreté générale qui fut tué raide. Puis il déchargea son arme sur Colmar, qui tomba, blessé grièvement.

L'homme resta immobile. Le troisième inspecteur, Robert, le crut mort, prit Colmar par le bras, l'aida à descendre l'escalier. L'homme se redressa, et tenta de s'enfuir par le logement d'une dame Weynem, femme d'un ouvrier maçon. C'était un homme, plutôt petit, qui paraissait nerveux, qui avait du sang sur le bras droit. Il cria à la femme : « Laisse-moi passer ou je te brûle ». La femme se jeta de côté, le bandit enjamba la barre de la fenêtre, se laissa glisser et disparut.

Antoine Gauzy déclara qu'il ne connaissait pas cet homme. Un ami le lui avait recommandé, sans donner son nom. Il eut beau protester, il fut arrêté.

Le sous-chef de la Sûreté générale, Louis François Jouin[9],[10] ignorait la présence de cet homme, Bonnot, chez le soldeur. Il avait reçu deux balles, l'une dans la tête, l'autre dans la colonne vertébrale.

Mort de Jules Bonnot

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M. Guichard, le chef de la Sûreté, voulait organiser une souricière autour d'un mécanicien nommé Jean Dubois à Choisy-le-Roi. Il avait gardé chez lui l'auto de M. Buisson. Une nuit entière, les inspecteurs de police rôdèrent autour du hangar, attendant le petit jour pour procéder à la perquisition.

À l'aube, le chef de la Sûreté, suivi par trois inspecteurs, se dirigea vers la maison. Le hangar était vaste et surmonté d'un petit étage en briques. La maison se trouvait isolée dans une sorte de carrefour. Elle avait devant elle un large terrain d'herbe. Les policiers s'engagèrent sur le terrain. Quand le chef de la Sûreté, Guichard, se trouva devant le garage, il aperçut le mécanicien Jean Dubois qui travaillait sur une réparation. Un enfant se trouvait debout, près de lui. Au bruit que firent les policiers, l'ouvrier releva la tête, se tourna vers l'enfant, et cria de toutes ses forces : « Sauve-toi, Sauve-toi ». Les policiers comprirent qu'il tentait de prévenir quelqu'un.

Le chef de la Sûreté s'avança vers Dubois, commandant : « Haut les mains ». Dubois tira un revolver de sa poche, fit feu sur les agents et se jeta derrière une voiture.

Une nouvelle détonation est venue d'en haut, d'une fenêtre. Un cri s'échappa de toutes les bouches : « Bonnot ! ». Il était en bras de chemise, revolver au poing, tirant dans le tas. Un inspecteur tomba, touché au ventre, un autre eut le bras transpercé, un troisième courut au téléphone réclamer du renfort. La maison fut cernée à distance, avec ordre de tirer sur quiconque tenterait de sortir. Une douzaine de gendarmes firent leur apparition, suivis de quelques douzaines de civils armés de fusils, de carabines, de revolvers.

Bonnot parut et fit feu. Une fusillade nourrie répliqua. Il reparut à une autre fenêtre, et une nouvelle fois, se mit à faire feu. Bonnot ne cessait de tirer tantôt par la fenêtre, tantôt par la porte, tantôt par les brèches que la fusillade creusait dans le mur peu consistant.

Vers les neuf heures et demie, de nouveaux renforts survinrent. Les forces policières étaient triplées, il y avait des pompiers, deux compagnies de la Garde républicaine, sous les ordres du capitaine Pierre Riondet[15] et du lieutenant Félix Fontan ; un cordon de tirailleurs était disposé autour de la maison assiégée.

Le lieutenant Félix Fontan fit chercher une charrette garnie de paille et de foin qui fut chargée de dynamite, et placée à côté de la maison. Au bout de trois tentatives, la charrette explosa dans le hangar attenant à la maison. Le lieutenant et les policiers s'élancèrent et trouvèrent dans le hangar Jean Dubois avec un trou dans le crâne. La police se précipita dans l'escalier, arrivèrent dans la chambre de Bonnot, et le trouvèrent, blessé à mort, entre deux matelas. Il fut emporté le bandit dans un taxi, jusqu'à l'Hôtel-Dieu, mais il mourut en route[16].
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La fin de la bande

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Octave Garnier, l'homme de la rue Ordener et de la rue du Havre, et son complice René Valet furent découverts à Nogent-sur-Marne, en compagnie de leurs maitresses, Marie Vuillemin et Anna Dondon.

Le , les policiers pénétrèrent dans le jardin de l'habitation et arrêtèrent les deux femmes sans résistance. Des coups de feu éclatèrent. Comme à Choisy-le-Roi, arrivèrent des gendarmes, des pompiers, des gardes républicains, le préfet de police de la Seine Lépine, plus un bataillon de zouaves.

La fusillade commença, de tous les toits environnants. Garnier et Valet ripostaient de leurs fenêtres. Trois bombes furent lancées, sans effet. Des mitrailleuses furent apportées : elle ouvrirent une brèche dans le mur de la maison. Le , les forces de police donnent l'assaut, découvrent des tâches de sang sur les murs et le plancher, et deux cadavres. Les deux forcenés avaient résisté toute une nuit à des bataillons de soldats, de gendarmes, de policiers armés de mitrailleuses et de dynamite[17],[18], dans le pavillon où ils étaient arrivés le .

Vingt-et-un membres de la bande sont jugés du 3 au [19],[20],[21].

Bonnot et ses « bandits tragiques », Callemin, dit Raymond la Science, Garnier le végétarien, Soudy et les autres, sont présentés par la presse de la Belle Époque comme des bandits de grand chemin, accumulant les actes de brigandage. D'autres les apparenteront aux terroristes des années 1890. C'était la veille de la Première guerre mondiale, le romantisme anarchiste était passé de mode[22].

Notes et références

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  1. a et b Anne Steiner, « BONNOT Jules, Joseph », dans Dictionnaire des anarchistes, Maitron/Editions de l'Atelier, (lire en ligne)
  2. « L'abbé De Jong : première victime de la Bande à Bonnot ? », sur charleroi-decouverte.be (consulté le )
  3. Anne Steiner, « SORRENTINO Joseph [dit Platano] », dans Dictionnaire des anarchistes, Maitron/Editions de l'Atelier, (lire en ligne)
  4. « PLATANO Joseph », sur janinetissot.fdaf.org (consulté le )
  5. « Un cambriolage à Charleroi », sur dhnet.be, (consulté le )
  6. « La bande à Bonnot », sur Soirmag, (consulté le )
  7. a b et c Guillaume Bernard, « La bande à Bonnot : entre crimes crapuleux et idéologie anarchiste », Revue française de criminologie et de droit pénal, vol. 2, no 5,‎ , p. 3-14 (lire en ligne)
  8. « La bande à Bonnot », sur Soirmag, (consulté le )
  9. a b c d et e Louis François Jouin né le 20 octobre 1871 à Paris. Après cinq ans de service militaire il quittait le 2e régiment de zouaves avec le grade de sergent le , il entre à la préfecture de police en qualité d'inspecteur. Attaché au commissariat de Puteaux, en 1899 et de Pantin en 1900, il est nommé secrétaire du commissariat du quartier de la Gare puis de celui du quartier d'Amérique en 1901. Secrétaire au service de la sûreté le il devient commissaire de police et sous-chef de la sûreté le .
  10. a b c d et e Commissaire de police Louis François Jouin
  11. « 29 : Jeudi 21 décembre 1911 - La bande à Bonnot », sur paris.visites.jpkmm.free.fr (consulté le )
  12. « la Bande à Bonnot - l'histoire », sur janinetissot.fdaf.org (consulté le )
  13. (nl) joski56, « La Bande à Bonnot », sur berichtenuithetverleden.wordpress.com, (consulté le )
  14. Laurent López, « La bande à Bonnot : l’assaut final à Nogent (14-15 mai 1912) », Criminocorpus. Revue d'Histoire de la justice, des crimes et des peines,‎ (ISSN 2108-6907, DOI 10.4000/criminocorpus.269, lire en ligne, consulté le ).
  15. « Riondet, Pierre (1866-1942) »
  16. « Comment Bonnot fut pris et tué », Le Petit Parisien,
  17. Laurent López : La bande à Bonnot : l’assaut final à Nogent (14-15 mai 1912)
  18. Sinistre fort Chabrol à Nogent-sur-Marne
  19. « Les derniers morts de la Bande à Bonnot »
  20. « Bruno Fuligni : Souvenirs de police: La France des faits divers et du crime vue par des policiers (1800-1939) »
  21. « article M le juge Gilbert a rendu son ordonnance dans l'affaire des bandits tragiques », Le Petit Parisien,
  22. « Les anars contre la république », sur lhistoire.fr (consulté le )
  23. [vidéo] « Bandits en automobile (Victorin-Hippolyte Jasset - 1912) » (consulté le )
  24. « La bande à Bonnot (1968) », sur IMDb (consulté le )
  25. [vidéo] « Les Brigades du Tigre », AlloCine (consulté le )
  26. « Décès du comédien Jean-Claude Bouillon, le commissaire Valentin des 'Brigades du Tigre' », sur rtbf.be (consulté le )

Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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