Angelo Hesnard
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Santé Navale (Bordeaux) |
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Officier de la Légion d'honneur (1928) |
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Angelo Hesnard, né le à Pontivy (Morbihan) et mort à Rochefort (Charente-Maritime) le , est un médecin militaire de la Marine, psychiatre et psychanalyste français. Avec Emmanuel Régis (1855-1918), il a traduit et diffusé en France en 1913 les écrits de Freud, et a publié en 1914 le premier ouvrage français sur la psychanalyse. Il a fait partie du premier groupe de psychanalystes qui fondèrent, le , la Société psychanalytique de Paris.
Biographie
[modifier | modifier le code]Angelo Louis Marie Hesnard, dit Angelo Hesnard, est né le à Pontivy (Morbihan) et mort à Rochefort (Charente-Maritime) le . Ses parents, d'origine picarde, sont Angélo Théodose Hesnard, employé des Ponts et Chaussées, issu d'une famille de notaires, et Lélia Célénis Rosalie Blancon[1],[2]. Il se marie le à Rochefort avec Henriette Aline Vimont. Son frère ainé (1876-1896) est décédé à l'âge de 20 ans d'une pneumonie[2]. Son second frère Oswald Hesnard (1877-1936), agrégé d'allemand (1903), est interprète du service d'état major, traducteur d'Aristide Briand, chef du bureau d'études sociales à l'Ambassade de France à Berlin, puis recteur de l'académie de Dijon[3].
Formation
[modifier | modifier le code]Angelo Hesnard fait ses études au Lycée Joseph Loth de Pontivy[4]. En 1905, il est admis 4° au concours d'entrée de l'École du service de santé des armées de Bordeaux, dite « Santé Navale », dont le maintien à Bordeaux a été obtenu par le Doyen de la Faculté Mixte de Médecine et Pharmacie Albert Pitres (1848-1928)[5]. Les enseignants de la Faculté de Médecine de Bordeaux participent à la formation médicale des élèves de Santé Navale. Angelo Hesnard, alors externe des hôpitaux[a], est l'élève d'Albert Pitres, lui-même élève et collaborateur de Jean-Martin Charcot, titulaire de la chaire de clinique interne et fondateur de l'école de neuropsychiatrie bordelaise[6]. Hesnard suit à la faculté de médecine et à l'hôpital Saint-André les enseignements du neuropsychiatre Emmanuel Régis, futur titulaire (en 1913) de la chaire de clinique des maladies mentales à Bordeaux, première chaire provinciale dédiée à la psychiatrie[5]. Régis, considéré comme le fondateur de la psychiatrie légale[6] et militaire française[7], a une influence déterminante pour la suite de la carrière d'Angelo Hesnard[4]. En juillet 1908, Angelo Hesnard sort 5e de Santé Navale, avec le prix de la 4° année de la faculté[4].

En 1909, Angelo Hesnard soutient sa thèse Les troubles de la personnalité dans les états d’asthénie psychique dirigée par Régis, à qui il la dédicace en ces termes : « J'aurais trop de choses à dire, si je voulais rappeler, sans cette simple dédicace, tous les bienfaits dont je vous suis redevable. Vous m'avez reçu dans votre service, il y a plus de deux années, des mains de votre élève préféré ; vous avez entrepris mon éducation médicale avec un dévouement de tous les instants. Et je ne sais si je dois vous être plus reconnaissant de m'avoir considéré comme votre élève ou comme votre fils »[a]. Le lien filial entre Régis et Hesnard est également manifeste dans la dédicace rédigée par Régis en 1909 sur le Précis de Psychiatrie : « Je signe avec joie cet exemplaire de mon livre appartenant au docteur A. Hesnard, médecin de la Marine, un de mes élèves d’élite, un de mes meilleurs fils en psychiatrie. À ses côtés, j’ai revu et écrit cet ouvrage, avec lui je l’ai vécu. Je serais heureux s’il restait un lien d’affection entre le vieux maître et l’élève en psychiatrie, destiné à devenir un maître à son tour »[4]. Angelo Hesnard rend un hommage posthume à son maitre en 1956 dans un numéro spécial de la revue L'Information psychiatrique consacré à Emmanuel Régis, où il mentionne que « l'activité universitaire de Régis faisait grandement hommage à l'université de Bordeaux »[b].
Après sa formation à Bordeaux, le rang de sortie de Santé Navale permet à Hesnard de choisir la Marine, et d'intégrer l'école d'application du service de la santé de la Marine à Toulon. En 1909, il obtient le diplôme de « médecine coloniale », et est promu médecin de 2e classe.
Carrière de médecin militaire
[modifier | modifier le code]Angelo Hesnard exerce initialement en neuropsychiatrie à l'hôpital Saint-Mandrier de Toulon. Il poursuit sa collaboration avec Emmanuel Régis sur la thématique de la psychiatrie militaire, et publie en 1910 un article de référence sur le sujet, abordant notamment les questions de l'identification et de la prise en charge des pathologies neuropsychiatriques dans la Marine[c].
En avril 1910, Angelo Hesnard est affecté sur le croiseur cuirassé Amiral Charner pour le Moyen-Orient. Il étudie au cours de ses voyages les troubles psychotiques liés au paludisme, sur lesquels il présente un rapport lors du congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des pays de langue française en 1912[d]. Ses compétences en neuropsychiatrie sont très appréciées par le capitaine du vaisseau Théophile Albert Allaire qui le note comme « Excellent médecin. Très travailleur. Ayant une instruction technique très étendue, particulièrement en neuropsychiatrie »[4].

Après avoir été débarqué de l'Amiral Charner en , il revient à Bordeaux en tant qu'assistant de clinique d'Emmanuel Régis, avant de rejoindre en l'hôpital maritime de Rochefort (Charente-Maritime) où il crée le service de neuropsychiatrie [4]. Il est alors neuropsychiatre de la Marine et expert auprès des tribunaux maritimes. Hesnard poursuit ses études sur les troubles psychotiques, et présente en 1913 un rapport sur la démence précoce au XXIIIe congrès des médecins aliénistes et neurologistes de langue française. Il y détaille notamment les travaux d'Eugen Bleuler sur la schizophrénie[4].
Pendant la guerre de 1914-1918, Hesnard est promu médecin de 1re classe et exerce sur les navires hôpitaux Vinh-Long et Ceylan. Il revient à l'hôpital de Rochefort en 1915, où il créé le service de physiothérapie pour les blessés de guerre. Sur les conseils du Pr Jean-Alban Bergonié (1857-1925) de la faculté de médecine de Bordeaux, précurseur dans le traitement du cancer par radiothérapie, il implémente ce traitement à l'hôpital de Rochefort[4]. En 1917, à la demande du Dr Antoine Porot, il devient médecin chef du service de neurologie de Sidi-Abdallah et du centre neurologique de Bizerte, siège de l’état-major serbe en Tunisie, où il prend en charge les blessés du front de Salonique. Son dévouement lors de l'épidémie de grippe espagnole est mentionné dans l'éloge funèbre lors de ses funérailles[8]. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1919 puis promu officier en 1928[1]. Avec Antoine Porot, il poursuit les travaux initiés avec Régis sur la psychiatrie de guerre et les traumatismes psychiques, ainsi que sur l'évaluation de l'aptitude mentale au service et la simulation. Ses recherches sur les troubles psychiatriques consécutifs aux catastrophes navales sont récompensés en 1919 par le prix de Médecine navale[4]. Hesnard s'inscrit dans la théorie raciale du primitivisme soutenue par Antoine Porot, fondateur de l'École psychiatrique d'Alger[9]. Lors du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des Pays de Langue Française à Alger en 1938, on relève par exemple (p 183) ces commentaires d'Hesnard illustrant son adhésion au modèle de la psychiatrie coloniale :« on ne peut manquer d'être frappé de l'extraordinaire impulsivité des Sénégalais transplantés, qui, normalement plastiques à la discipline militaire, candidement dévoués et enfantinement attachés au chef ou au médecin, sont capables, à la moindre imprégnation infectieuse ou à la plus faible réaction anxieuse de transplantation, d'actes soudains et brutaux d'homicide à l'égard des blancs qui les soignent »[10].

Après la guerre, Hesnard revient à Rochefort. De 1919 à 1924, il est assistant de clinique en neuropsychiatrie à la faculté de Médecine de Bordeaux, dans le service du Pr Jean Abadie. Il se forme auprès des Pr Henri Verger (1873-1930) et Jean-René Cruchet (1875-1959)[2]. En 1920, il est nommé professeur de physiologie, hygiène et médecine légale à l'École de santé navale de Bordeaux[4]. Il s'implique dans la promotion d'actions préventives et de santé publique, avec l'organisation de l'éducation physique des élèves de l'école[e], et son engagement dans la Ligue d'hygiène mentale fondée par Edouard Toulouse[4]. Il développe des collaborations avec le Pr Henri Claude (1869-1945) de l'hôpital Sainte-Anne à Paris[2].
En 1925, Hesnard est nommé professeur à l'école d'application des médecins de Marine à Toulon, puis devient médecin major chef du service médical du croiseur cuirassé Jules Michelet, qui appareille pour Saïgon[4]. Son séjour à Saïgon lui donne l'occasion de fumer de nouveau de l'opium, après une expérience initiale en 1914[4]. Il revient à Brest sur le croiseur cuirassé Jules Ferry. Il est de nouveau affecté à Toulon, où il prend les fonctions de chef du service de neuropsychiatrie, tout d'abord au service de santé Saint-Mandrier, puis à l'hôpital Sainte-Anne[4]. A partir de 1929, il dirige le laboratoire de psychotechnique du centre d'étude de la Marine de Toulon, dont l'objectif est d'optimiser la sélection du personnel de la marine[2]. Hesnard définit la psychotechnique comme une « branche de la physiologie ou plutôt de la psychologie expérimentale, qui recherche la détermination des aptitudes mentales et spécialement psychomotrices de l’homme, en vue de les utiliser suivant des données rationnelles »[f]. Hesnard, membre de l'Association d'études sexologiques fondée par Edouard Toulouse[4], devient une importante figure de la sexologie française avec la publication d'un Traité de sexologie normale et pathologique en 1933[g].

Sa hiérarchie militaire lui reproche régulièrement d'être « un peu trop orienté vers sa spécialité » au détriment de ses missions militaires, et note qu'il « se plie difficilement aux disciplines militaires »[4]. Il est néanmoins nommé en 1934 médecin-chef de l'hôpital Sainte-Anne de Toulon et sous-directeur des écoles de médecine navale, puis secrétaire du Conseil supérieur de la santé en 1938[4].
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Hesnard est affecté à Alger, puis, après sa promotion au grade de médecin-général de la Marine, au service de santé de la 4e région maritime à Bizerte. Il reste sous les ordres du régime de Vichy, sous l'autorité du Directeur Central du Service des Armées[2]. Lors du siège de Bizerte par l'armée nazie après le débarquement allié en dans le cadre de l'opération Torch, Hesnard organise les secours pour les blessés, l'évacuation de l'hôpital militaire après sa destruction par les bombardements, et doit faire face à des épidémies de fièvre typhoïde et de typhus [4]. Inscrit sur la liste allemande des français à expulser, il se cache dans une ferme isolée jusqu'à la capitulation germano-italienne. À la libération, les « emmurés » de Bizerte sont considérés comme des collaborateurs[4]. Hesnard est accusé d'avoir influencé en faveur de l'armée allemande l'amiral Edmond Derrien, commandant en chef du camp retranché autonome de Bizerte. Hesnard fait brièvement l'objet d'une mesure d’interdiction de résidence dans les principaux ports, qui ne sera pas appliquée[4]. Aucune suite ne sera donnée à sa demande de comparution devant une commission d'épuration[4]. En Hesnard est cité comme témoin à la défense lors du procès de l'amiral Edmond Derrien[11].
En juin 1943, Hesnard est nommé à Casablanca au titre d'inspecteur général du service de santé de la Marine[2]. Une décision de mise en congé d'armistice lui ait imposée en octobre 1943, avant sa mise à la retraite en mai 1944, officiellement fondée par les autorités militaire sur le critère de limite d'âge. Hesnard termine sa carrière militaire avec le grade de médecin général[12]. Il s'installe en libéral à Casablanca, devient un membre actif du parti socialiste[4]
Hesnard retourne à Toulon en 1945, où il poursuit dans sa villa Port-Hesnard son activité de psychiatre libéral et psychanalyste jusqu'en 1963[2]. A la fin de sa vie, il quitte Toulon pour Nantes, et décède à l'hôpital de la Marine de Rochefort où il choisit d'être hospitalisé après y avoir exercé de nombreuses années[12].
Contribution à l'introduction de la psychanalyse en France
[modifier | modifier le code]Angelo Hesnard est chargé en 1912 de lire et traduire les textes de Freud par le Pr Emmanuel Régis, très ouvert vis-à-vis des nouveaux courants théoriques internationaux, ce qui l'a incité à s'intéresser à l'approche psychanalytique freudienne dès la fin du XIXe siècle, alors qu'elles étaient encore peu connues en France[2]. En 1912, Hesnard écrit à Freud pour s'excuser du manque d'intérêt de la psychiatrie française pour ses travaux, et l'informer qu'il s'apprête à rédiger des articles en français sur ce sujet[13]. Freud commente cette annonce dans une lettre à Karl Abraham : « Les derniers bons augures viennent, cela est étonnant, de France. [...] Et aujourd'hui, j'ai reçu une lettre d'un élève de Régis à Bordeaux, qui de la part de ce dernier, et au nom de la psychiatrie française, présente des excuses pour le dédain dans lequel la psychanalyse a été tenue jusqu'à présent et se déclare prêt à publier, dans l'Encéphale, un long article sur elle »[14].

Hesnard réalise cette mission de traduction des œuvres de Freud avec l'aide de son frère ainé Oswald, agrégé d'allemand[3],[6]. Les premières conférences et articles consacrés en France aux travaux de Freud sont réalisés en 1913 par Hesnard et Régis. En mars et avril 1913, Angelo Hesnard donne deux conférences à l'hôpital Saint-André de Bordeaux sur La théorie sexuelle des psychonévroses, qui sont ensuite publiées dans le Journal de Médecine de Bordeaux[h], dans lesquelles il définit la théorie freudienne comme un « psycho-dynamisme ». Régis et Hesnard publient en avril, mai et juin 1913 dans l'Encéphale trois articles majeurs sur La doctrine de Freud et de son école. Revue générale bibliographique et critique, qui synthétisent les travaux de Freud et sont accompagnés d'un index bibliographique des articles écrits par Freud jusqu'en 1911[6],[12]. Les deux auteurs publient en 1914 La Psycho-analyse des Névroses et des Psychoses, qui est le premier livre sur la psychanalyse en France [i]. Ils précisent dans la préface : « Le but de l'ouvrage est d'exposer au lecteur français, sous une forme aussi claire et exacte que possible, les doctrines médico-psychologiques connues partout aujourd'hui sous le nom de Psychoanalyse. [En dépit de] ses exagérations, de ses outrances, de ses allures mystiques, voire de ses étrangetés, cette doctrine est loin d'être sans grandeur. La psychoanalyse a droit en France à un accueil équitable et à un examen consciencieux et réfléchi. Elle peut se révèler être une méthode vraiment utile d'exploration et de thérapeutique mentale dans le domaine de la psychopathologie spécialement en vue dans ce volume ». L'ouvrage passe initialement inaperçu, et ne sera largement diffusé qu'après la guerre[2].
Hesnard et Régis sont à la fois élogieux et critiques vis-à-vis des théories freudiennes[6]. Dans son Précis de psychiatrie[15], Régis écrit en 1914 : « La théorie de Freud, malgré tout, n'est pas sans grandeur. Elle a les allures non seulement d'une doctrine psychologique, mais aussi, comme on l'a fait remarquer, d'une doctrine religieuse. Aussi, s'explique-t-on son retentissement et la passion avec laquelle elle est soit défendue, soit combattue ». Tout en soulignant qu'il s'agit d'« un des plus importants mouvements scientifiques de l'époque », Hesnard et Régis ont une grille de lecture essentiellement médicale des écrits de Freud[6]. Ils considèrent les expériences psychiques décrites par Freud, tels que les « complexes », comme des symptômes psychiatriques, et la cure psychanalytique comme un traitement médical[6]. Leur ouvrage est accueilli avec réserve par Freud dans le courrier qu'il adresse à Hesnard : « Mes meilleurs remerciements pour votre travail (et celui de Régis), estimable et je l'espère riche en succès, pour lequel j'ai pu vous fournir la matière. Peut-être vous familiarisez vous aussi avec le symbolisme dont on ne peut, hélas, pas douter »[13]. Freud est plus élogieux à leur égard dans son Histoire du mouvement psychanalytique en 1914 : « Parmi les pays européens, c'est jusqu'ici la France qui s'est montrée la moins accueillante à la psychanalyse. [...] Ce fut seulement tout récemment que Régis et Hesnard (Bordeaux) tentèrent de dissiper les préjugés de leurs concitoyens à l'encontre de la nouvelle théorie dans un exposé détaillé et plein de compréhension »[13]. La position de Régis et Hesnard fait l'objet de critiques au niveau international, la plus célèbre est celle de Sándor Ferenczi dans son article de 1915 intitulé La psychanalyse vue par l'école psychiatrique de Bordeaux[16].

Hesnard est très actif au sein du groupe d'études psychanalytiques de l'hôpital Sainte-Anne à Paris, qui se réunit dans le service du Pr Henri Claude[2]. En 1921, Hesnard publie dans l'Encéphale son premier cas de cure psychanalytique chez une patiente du Pr Henri Claude[2]. En 1923, il publie un rapport sur la psychoanalyse dans le cadre du XXVIIe Congrès des Aliénistes et Neurologistes à Besançon, et participe à des débats sur la psychanalyse avec Eugène Minkowski au sein de la Société de psychiatrie de Paris[17].
En 1925, Hesnard créé et co-dirige avec René Laforgue la revue L'Évolution psychiatrique, sous-titrée « Psychanalyse - psychologie clinique ». Cette revue, fondée par douze membres, est la première revue française publiant des textes freudiens[18]. Hesnard est vraisemblablement l'auteur de l'article anonyme paru dans le premier numéro : Aperçu historique du mouvement psychanalytique en France[19].
Le , Hesnard est cofondateur de la Société Psychanalytique de Paris[13], avec (entre autres) Marie Bonaparte, Eugénie Sokolnicka, René Allendy, René Laforgue, Charles Odier, Georges Parcheminey, et Raymond de Saussure[12]. Il en est vice-président en 1928, et membre titulaire jusqu'en 1953, où il rejoint la Société française de psychanalyse dont il est président de 1959 à 1960[2]. En 1959, il publie un nouveau rapport au Congrès de Psychiatrie et de Neurologie de la Langue Française (Tours) sur l'Apport de la phénoménologie à la psychiatrie contemporaine. En 1964, son ouvrage Psychologie du crime est couronné par l'Institut de France[12].
Hesnard a initialement été le seul psychanalyste à exercer en dehors de Paris. Il a formé dans sa villa Port-Hesnard à Toulon la 1re génération de psychanalystes du sud de la France, fondant le Groupe méditerranéen d'étude psychanalytique[2]. Il a été l'objet de critiques du fait de son refus d'effectuer une analyse didactique et de son absence d'orthodoxie dans sa pratique analytique[2]. Après la scission de la Société Française de Psychanalyse, Hesnard est exclu de l'Association Psychanalytique Internationale en 1961 et rejoint l'Ecole Française de Psychanalyse fondée par Jacques Lacan[2].
Daniel Lagache attribue à Angelo Hesnard le titre « d'inventeur de la psychanalyse »[13] et a dit de lui qu'il « était un grand nom : un psychanalyste et un penseur, l'auteur d'une œuvre exceptionnelle par son abondance et sa qualité personnelle »[4]. L'œuvre d'Hesnard sur la théorie freudienne a pour caractéristique de s'inscrire une approche intégrative au croisement de nombreuses autres disciplines (psychiatrie, phénoménologie, sociologie, linguistique, behaviorisme, etc.)[20]. Hesnard est en relation avec plusieurs membres du mouvement surréaliste, dont Paul Eluard, André Breton et Louis Aragon[2]. Il est très proche de Maurice Merleau-Ponty, ainsi que d'Henri Wallon dont il partage les convictions marxistes[20]. Dans son éloge funèbre, Bloch décrit l'apport d'Hesnard en ces termes « Tout en restant fondamentalement freudien, il a su cependant éviter l'orthodoxie stérile et le danger de « l'idée fixe » en prolongeant les idées freudiennes jusqu'à les harmoniser souvent avec d'autres courants actuels de la psychologie moderne »[12].
Hommages et distinctions
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Officier de la Légion d'honneur (1928) (chevalier en 1919)[1]
- Hôpital Sainte-Anne de Toulon: un pavillon est baptisé Hesnard en 1973[2]
- École du Service de Santé des Armées de Bordeaux : la promotion 1993 est baptisée Médecin Général Angelo Hesnard[21]
Notes et références
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- 1 2 Hesnard A, Les troubles de la personnalité dans les états d'asthénie psychique (Étude de psychologie clinique). Thèse pour le doctorat en médecine., Bordeaux, (lire en ligne)
- ↑ Hesnard A, « Éloge du Professeur Régis », L'information Psychiatrique, vol. 32° année, 4° série, no 1, , p. 23-30
- ↑ Hesnard A, « La neuropsychiatrie dans la marine », Archives de médecine et de pharmacie navales, , p. 35-72 ; 81-112
- ↑ Hesnard A, Psychoses palustres prolongées. Comptes rendus du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des pays de langue française, XXIIe session, Tunis, avril 1912, Paris, Masson, , p. 114-130
- ↑ Hesnard A, « L’état actuel de l’éducation physique au point de vue médical avec application à la Marine », Hygiène et épidémiologie, Archives de médecine et de pharmacie navales, vol. 111, , p. 387-417
- ↑ Hesnard A, « La psychotechnique », Archives de médecine et de pharmacie navales, vol. 120, , p. 101-115
- ↑ Hesnard A, Traité de sexologie normale et pathologique, Paris, Payot,
- ↑ Hesnard A, Régis E, « La théorie sexuelle des psychonévroses », Journal de Médecine de Bordeaux, vol. 24, , p. 383
- ↑ Régis E et A. Hesnard, La Psychoanalyse des névroses et des psychoses. Ses applications médicales et extra-médicales, Paris, Alcan, , 384 p.
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 « HESNARD Auguste Louis Marie », sur Base de données Léonore (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 Calichiama Bertrand, La vie et l'oeuvre du Docteur Angelo Hesnard. Thèse pour le doctorat en médecine, Université de Bordeaux, , 492 p.
- 1 2 Condette Jean-François, « HESNARD Oswald Édouard [note biographique] », Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, vol. 12, no 2, , p. 216 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 Marcel Turbiaux, « Un psychiatre-psychanalyste à l'ombre des épées. I. Angélo HESNARD (1886-1969), médecin de la Marine, neuro-psychiatre, psychologue, hygiéniste », Bulletin de psychologie, vol. Numéro 504, no 6, , p. 553–568 (ISSN 0007-4403, DOI 10.3917/bupsy.504.0553, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Michel Le Moal, Jacques Battin, Bernard Bioulac et Marc Louis Bourgeois, « [Neurosciences in Bordeaux] », Bulletin De l'Académie nationale de médecine, vol. 192, no 4, , p. 817–831 (ISSN 0001-4079, PMID 19024950, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 Frédéric Léal. Thèse pour diplôme d'état de Docteur en Médecine, sous la direction d'Hélène Verdoux, Albert Pitres (1848-1928) et Emmanuel Régis (1855-1918). Les deux fondateurs de l'école neuropsychiatrique de Bordeaux, Université de Bordeaux, , 138 p.
- ↑ Marie Derrien, « "La tête en capilotade" : les soldats de la grande guerre internés dans les hôpitaux psychiatriques français », thèse, Lyon 2, (DOI 10.70675/3ba1397bzb150z47cfzb48ezda7a0576efc3, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Le médecin général de la Marine HESNARD, une des grandes figures du Corps de Santé de la Marine », Ouest-France,
- ↑ Porot Antoine, « Notes de psychiatrie musulmane », Annales Médico-Psychologiques, vol. 9, , p. 377-384
- ↑ Combelade Pierre, Comptes rendus du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des Pays de Langue Française, XLIIè session Alger, 6-11 avril 1938, Paris, Masson, (lire en ligne), p. 183
- ↑ (en) The Montreal Gazette, , p. 19.
- 1 2 3 4 5 6 Bloch G.A., « Angelo Hesnard », Bulletin de psychologie, vol. 23, no 281, , p. 320-321 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 Chazaud Jacques, « Présentation », dans E. Régis et A. Hesnard. La psycho-analyse des névroses et des psychoses, Paris, Éditions L'Harmattan, 2002 (1e ed 1914)
- ↑ Sigmund Freud, Karl Abraham. Correspondance complète 1907-1925. Lettre de Freud à Abraham du 2 janvier 1912 (trad. Fernand Cambon), Paris, Éditions Gallimard, coll. « Connaissance de l'inconscient », 1e parution 1969 (ISBN 978-2-07-074251-6)
- ↑ Emmanuel Régis, Précis de psychiatrie, 6e éd, Paris, Éditions Doin, coll. « Nouvelle bibliothèque de l'étudiant en médecine », , 1324 p.
- ↑ Sandor Ferenczi, « La psychanalyse vue par l'école psychiatrique de Bordeaux (1915) », dans Œuvres complètes, t. II, Paris, Payot, , p. 209-231
- ↑ Robert Patte, « De l'Orient à l'Occident-2609 ans d'Histoire de la Psychologie », Publibook, 2009, p. 210.
- ↑ Fromentin Clément, « Histoire du groupe, de la Société et de la revue de l’Évolution Psychiatrique », sur L'évolution Psychiatrique (consulté le )
- ↑ Daniel Widlöcher, « Psychanalyse et psychiatrie française », Topique (no 88), p. 7-16.
- 1 2 Roger Mucchielli, « Le chercheur et l'humaniste », L'Évolution psychiatrique, vol. 36, no 2, , p. 363-374
- ↑ « Promotion 1993 », sur defense.gouv.fr via Internet Archive
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Principales publications
[modifier | modifier le code]Ouvrages et articles
[modifier | modifier le code]- Les troubles de la personnalité dans les états d'asthénie psychique, thèse pour le doctorat de Médecine, Bordeaux, 1909.
- La neuropsychiatrie dans la Marine, Archives de médecine navale, 1910 [lire en ligne]
- (coll. avec Emmanuel Régis), Les troubles de la personnalité dans les états d'asthénie psychique, 1909.
- (coll. avec Emmanuel Régis) La psychoanalyse des névroses et des psychoses, ses applications médicales et extra-médicales, éd. Alcan, Paris, 1914 (réédition en 1922 ; édition remaniée en 1929; de nombreuses critiques adressées à Freud sont éliminées)
- Avec Régis signe un texte dans Jules de La Vaissière, Psychologie pédagogique : l'enfant, l'adolescent, le jeune homme (3e édition), 1916
- La Neuropsychiatrie ethnique, Revue de neurologie, 1917
- avec Antoine Porot, Expertise mentale militaire, Paris, Masson, 1918
- avec Antoine Porot, Psychiatrie de guerre, 1919
- Une maladie de l'attention intérieure. La dépersonnalisation, Compte-rendu de la 44e session de l'Association française pour l'avancement des sciences, Strasbourg, 1920
- L'inconscient, éd. Doin, Paris, 1923
- avec René Laforgue :
- Aperçu de l'historique du mouvement psychanalytique en France (1925)
- À propos de l'aperçu de l'historique du mouvement psychanalytique en France (1927), rééd.: in L'Évolution psychiatrique, 2007, Volume 72 no 4 (ISSN 0014-3855)
- Les processus d'auto-punition en psychologie des névroses et des psychoses, en psychologie criminelle et en pathologie générale : rapport présenté à la 5e réunion des psychanalystes de langue française, 1931, Denoel et Steele 83 pp. réédition L'Harmattan, 2001, (ISBN 2-7475-1256-8)
- Les psychoses et les frontières de la folie, Paris, Flammarion, Bibliothèque de philosophie scientifique, 1924
- L'hygiène mentale dans la marine Française, Archives de médecine et pharmacie navales, 1925 [lire en ligne]
- La relativité de la conscience de soi, Paris, Alcan, 1924
- Premières notions de psychiatrie à l'usage des médecins praticiens, des étudiants en médecine, des médecins militaires, des psychologues et des magistrats, Maloine, 1925
- Les phobies et la névrose phobique , 1926
- La vie et la mort des instincts, 1926
- L'individu et le sexe, 1927
- Les grands syndromes névropathiques, 1927
- La psychanalyse, 1928
- Psychologie homosexuelle, 1929
- Culture psychanalytique et clientèle psychiatrique courante, 1930
- Traité de sexologie normale et pathologique, Paris, Payot, 1933
- Responsabilité atténuée et justice militaire, Revue maritime, juin 1939,
- Freud et la société d'après guerre, Ed. du Mont-Blanc, Genève- Annemasse, 1946
- L'Univers morbide de la faute, 1949
- Morale sans péché, PUF, 1954
- Psychanalyse du lien inter-humain, 1957
- La Sexologie normale et pathologique, 1959
- Œuvre de Freud et son importance pour le monde moderne, 1960 (préface de Merleau-Ponty).
- Les phobies et la névrose phobique, 1961
- Psychologie du crime, Payot, 1963
- De Freud à Lacan, 1969 publication posthume
- Psychologie du crime : au-delà de l'infrastructure biologique, sociale et psychiatrique du crime : connaissance concrète de l'homme criminel en situation : conception compréhensive du crime, clinique élargie, psychanalytique, phénoménologie, vers une anthropologie criminelle
Édition critique
[modifier | modifier le code]- Études de psychologie sexuelle d'Havelock Ellis
Préfaces
[modifier | modifier le code]- Julius Evola, Métaphysique du sexe
- Pierre Lossowski, Œuvres complètes du marquis de Sade
Études
[modifier | modifier le code]- Sándor Ferenczi, La psychoanalyse vue par l'école psychiatrique de Bordeaux in Psychanalyse II, Payot, Paris, 1974
- Élisabeth Roudinesco, La bataille de cent ans, histoire de la psychanalyse en France vol. I, Ramsay, Paris, 1982
- Alain de Mijolla, sous la direction : Dictionnaire international de la psychanalyse: (2 volumes coffret) ', Éd.: Fayard/Pluriel; édition revue et augmentée, 2013, coll. « Grand Pluriel » (ISBN 2818503396)
- Alain de Mijolla, Freud et la France, 1885-1945, Presses Universitaires de France, 2010 (ISBN 2-13-054515-7)
- Marcel Turbiaux, Un psychiatre - psychanalyste à l'ombre des épées. I. Angelo Hesnard (1886-1969), médecin de la Marine, neuro-psychiatre, psychologue, hygiéniste, Bulletin de psychologie, t 62(6) 504, nov.-déc. 2009
- Bloch (G.A.).— Angelo Hesnard, Bulletin de psychologie, t. 23 (4–5), no 281, 1970, p. 320-321.
- Jacques Hochmann, Une histoire de l'Empathie, Éditions Jacob, 2012 (ISBN 2738127924)
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressource relative à la santé :