Hœdic

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Hœdic
Hoëdic vue du ciel.
Hoëdic vue du ciel.
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Bretagne
Département Morbihan
Arrondissement Lorient
Canton Quiberon
Intercommunalité Auray Quiberon Terre Atlantique
Maire
Mandat
Jean-Luc Chiffoleau
2014-2020
Code postal 56170
Code commune 56085
Démographie
Gentilé Hœdicais
Population
municipale
113 hab. (2014 en diminution de 5,04 % par rapport à 2009)
Densité 54 hab./km2
Géographie
Coordonnées 47° 20′ 25″ nord, 2° 52′ 40″ ouest
Altitude Min. 0 m
Max. 22 m
Superficie 2,08 km2
Localisation

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Liens
Site web http://www.hoedic.net/

Hœdic ou Hoëdic[Note 1] [edik] est une île et une commune française située dans le département du Morbihan, en Bretagne.

Ses habitants sont appelés les Hœdicais.

Géographie[modifier | modifier le code]

Géographie physique[modifier | modifier le code]

Vue de Belle-île, Houat et Hoëdic au sud-est.
Carte d’Hoëdic.

Cette île, de 800 m de large sur 2 500 de long, s'étend sur deux kilomètres carrés. Elle est située au cœur de Mor braz, dans l’océan Atlantique, au large de la côte Sud de la Bretagne (presqu’îles de Rhuys et de Quiberon), à 13 km à l’est de Belle-Île et à 5 km au sud-est de Houat. Elle fait partie d’une ligne de crêtes granitiques qui comprend aussi la presqu'île du Croisic, l’île Dumet, Houat, Quiberon et Groix.

Hoëdic est un plateau peu élevé et peu vallonné ; elle atteint son altitude maximale (22 mètres) au milieu de sa partie Est (sur le chemin qui conduit actuellement du bourg au hameau du Phare). Son socle est essentiellement constitué de granit et moins souvent de schistes. La côte est une alternance de criques sableuses et de pointes rocheuses de hauteur variable, en général plus marquée au nord (Beg Lagat, le Vieux Château...) qu'au Sud (Beg Er Faut, Kasperakiz). On compte deux marais, l'un modeste, derrière la dune du nouveau port, l'autre, d'une vingtaine d'hectares, derrière la dune du vieux port. Outre l'île principale, la commune rassemble plusieurs îlots (essentiellement au sud-est) dont Roc'h Melen, Madavoar, les Cardinaux, les Mulons...

Marie Le Goaziou décrit ainsi Hœdic en 1997 :

«  Le tour de l'île, qu'un de ces fameux recteurs du siècle dernier [l'auteur parle du XIXe siècle] faisait pieds nus en deux heures, permet de découvrir deux types de côtes, comme à Belle-Île, la côte en dedans et la côte donnant au large. Depuis le port d'Argol, construit en 1973, on remonte vers la pointe du Vieux-Château, l'un des paysages les plus sauvages de l'île, d'où l'on a une très belle vue sur le turbulent passage des Sœurs, avec, en toile de fond, la silhouette d'Houat. (...). De la pointe du Vieux-Château à la pointe de Casperaquiz, un sentier solitaire longe les falaises d'une côte aride, avant d'arriver à l'étang et au port de la Croix, accessible seulement à marée haute. (...) Plus loin, le fort destiné à résister aux envahisseurs anglais a été construit sur ordre de Louis-Philippe, mais n'a jamais servi autrement qu'en école primaire, usine à soude et désormais école de voile (...).  »

— Marie Le Goaziou, Les îles de Bretagne[1]

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Géographie humaine[modifier | modifier le code]

Le village d'Hœdic vu du sud de l'île
Rue de Hœdic

Longtemps Hoëdic a associé la polyculture familiale (élevage et jardins) à la ressource halieutique. La première a disparu au milieu du XXe siècle, tandis que la deuxième, après avoir connu un second souffle dans les années 1980, tend à perdre de la vitesse aujourd'hui. Bien plus que sa voisine Houat, elle est dépendante en grande partie du tourisme. Comme sa voisine, la majeure partie de sa surface est désormais soumise à l'invasion des broussailles.

Hoëdic est une île sans voitures peuplée d’une centaine d’habitants l’hiver[2]. L’été, la population peut atteindre 3 000 habitants avec les plaisanciers, touristes et campeurs venant sur l’île. L’île est reliée au continent toute l’année par les bateaux de la Compagnie Océane et par les bateaux de la Compagnie des îles lors de la saison touristique (liaisons à partir de Quiberon).

Houat et Hoëdic forment un ensemble Natura 2000 comprenant un site d'importance communautaire[3] et une zone de protection spéciale[4] de même périmètre.

Hoëdic fait partie des îles du Ponant.

Toponymie[modifier | modifier le code]

L'île est désignée sous le nom d’Arica[5] à la fin du IIIe siècle dans l’Itinéraire d'Antonin, parfois écrit Atica, pour une raison non élucidée[6]. Hudic en 1483 dans « Le Grand Routtier et Pillotage »[7] de Pierre Garcie-Ferrande.

En breton, l'île s'appelle Edig, ce qui signifie « le caneton »[8], tandis que Houat signifie « le canard »). C'est l'origine du nom francisé, dont la prononciation reflète d'ailleurs celle du breton.

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Un dolmen sur l'île d'Hœdic

Les fouilles archéologiques de 1933 menées par Marthe et Saint-Just Péquart ont révélé quelques foyers et 9 tombes mésolithiques (5500/5000 ans av. J.-C., soit la dernière période des peuples chasseurs-pêcheurs-cueilleurs) sur l’île. Des amas coquillers ont permis de conserver les ossements de 14 individus et nous éclairent sur le régime alimentaire de ces populations, largement basé sur les ressources halieutiques. La typologie de ces sépultures est proche de celles de Téviec, (îlot au large de Quiberon). Les défunts étaient ensevelis avec des silex taillés, des pendentifs et des colliers de coquillages, des outils en os, avec des ramures de cerfs encadrant certains corps.

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Au début de l’ère néolithique en Bretagne, vers 5000 av. J.-C., Hoëdic faisait déjà partie d’un système insulaire avec Houat, séparée du continent par le passage de la Teignouse. Progressivement, vers 3500 av. J.-C., elle se séparera de Houat en raison de la remontée du niveau marin. L’île conserve de cette époque de nombreux vestiges, dont tout un système d’alignements de menhirs (Paluden, pointe du Vieux-Château, Graoh Denn, Douet...), des tertres du Néolithique moyen 1, quelques menhirs (menhir de la Vierge, Pierre couchée) et plusieurs dolmens (dolmen de la Croix, dolmen de Port-Louit, dolmen de Beg Lagad, dolmen du Télégraphe...).

Époque gauloise[modifier | modifier le code]

En 2004, une présence gauloise a été attestée par la découverte du site de Port-Blanc. Daté de la fin du Second Âge du fer (IIe – Ier siècles av. J.-C.), un atelier de production de sel a été mis au jour, accompagné d’espaces à vocation domestique[9]. L'existence d'un camp romain (oppidum) à la pointe du Vieux-Château (nord-ouest) est avérée après une série de fouilles dans les années 1880-1890.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Hoëdic, comme la plupart des îles bretonnes à cette époque, est un lieu occupé au départ de façon intermittente. C'est seulement à partir du Xe siècle qu'est attestée la présence d'un habitat permanent. Selon la tradition, le moine Goustan (saint Goustan) aurait abordé l'île à cette période et l'aurait bonifiée.

Vers 1400, des pirates ravagent Hœdic, ainsi que Houat[10].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Plan de l'île de Hœdic datant de 1746
Ruines du "château anglais", un ensemble fortifié situé dans le nord-est de l'île

Comme sa voisine Houat, l'île est victime au XVIe siècle de la convoitise des flottes espagnole et anglaise. Le lieu est occupé à plusieurs reprises par ces puissances étrangères.

Article détaillé : Bataille des Cardinaux.

Le , lors de la guerre de Sept Ans, les rochers des Cardinaux, au sud-est d'Hoëdic, donnèrent leur nom à la bataille navale des Cardinaux que l’escadre britannique de l’amiral Edward Hawke remporta sur une escadre française venant de Brest. Celle-ci devait rejoindre une importante flottille de transport rassemblée derrière la presqu'île de Quiberon pour transporter un corps expéditionnaire qui aurait débarqué en Écosse. Les trois quarts de la flotte française purent s’échapper et se réfugier dans différents ports bretons, mais cette sévère défaite interdit à Choiseul de porter la guerre en Grande-Bretagne. Elle est un tournant décisif de la guerre, coupant la France de son vaste empire colonial (Antilles, Nouvelle-France, Indes orientales), qu'elle perdra au profit de l'Angleterre au traité de Paris (1763).

Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Hœdic en 1778 :

« Isle-de-Hedic, à sept lieues trois quart au sud de Vannes, son Évêché ; à vingt-huit lieues et demie de Rennes et à quatre lieues et demie de Sarzeau, sa subdélégation ; elle dépend du gouvernement de Belle-Île. Différentes pointes, qui avancent dans la mer, lui donnent une figure assez irrégulière, dont la plus grande largeur , du nord au sud, est de mille trois cents toises, et la plus grande longueur de huit cents ; elle ne contient qu'environ deux cent cinquante arpents de terrein [terrain]. L'abbé de Saint-Gildas de Rhuis se prétend seigneur de cette isle et, en cette qualité, il y nomme, conjointement avec l'évêque de Vannes, un prêtre auquel il donne le titre de curé et une pension de cent vingt livres. Cette faible rétribution est cause qu'Hœdic est presque toujours sans Pasteur. Celui de l'île de Houat vient y faire les fonctions curiales, quand le temps le permet, les fêtes et le dimanche. Quand on commence la messe à Houat, on y arbore un pavillon blanc, qui se voit d'Hœdic, au moyen duquel on annonce les différentes parties du sacrifice. La population de cette isle est d'environ cent soixante hommes, rassemblés dans un hameau de vingt-cinq à trente cabanes. (...) Hœdic est bordé de rochers peu élevés, mais escarpés et presque inaccessibles. Il n'y a que deux ou trois petites plages où quelques chaloupes peuvent aborder; mais il faut bien les connaître pour s'y risquer. Malgré son peu d'étendue, le centre en est assez bien cultivé : les terres y sont sablonneuses et légères ; cependant elles produisent de très beau froment et de l'avoine. L'abbé de Saint-Gildas de Rhuis y dîme, année commune, pour neuf cent à mille livres de grains. L'air y est très malsain, et cette insalubrité est occasionnée par un marais d'eau douce qui assèche dans les moindres chaleurs. L'eau de mer s'y mêle dans les grandes marées, mais en très petite quantité, et ne sert qu'à augmenter la corruption, qui devient parfois si considérable qu'on a vu, dans la dernière guerre[11], les détachements de trente hommes de la garnison d'Aurai y fournissoit [fournissait], et que l'on relevoit [relevait] tous les quinze jours, attaqués presque totalement de fièvres violentes, dont plusieurs soldats périssoient [périssaient] (...) Aussi les Hédicois sont-ils faibles et malsains. (...) À l'égard des usages, mœurs, police et occupation de Hédic, c'est exactement les mêmes que ceux de l'Isle-de-Houat[12] »

Le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La Révolution et l'Empire[modifier | modifier le code]

En 1790, Hœdic est annexé par la commune du Palais, située sur l'île de Belle-Île-en-Mer.

Jean Marion (1759-1824) fut curé d'Hœdic entre 1786 et 1820 ; il devint l'unique autorité des deux communautés insulaires d'Hœdic et Houat lorsque son confrère de Houat est emporté par le choléra en 1795 ; doté d'une forte personnalité, ce prêtre su se faire adopter des Hœdicais qui vivaient de pêche, d'élevage et de culture, dans un extrême dénuement et œuvra en leur faveur, créant notamment une « cantine » disposant du monopole de la distribution des produits acquis sur le continent grâce au « canot du recteur »[13] ; ses œuvres de littérature religieuse en langue bretonne ont aussi valu à ce curé d'Hœdic une renommée durable[14].

« Pendant les guerres de l'Empire, Houat et Hœdic, n'ayant point été défendues par une garnison française, furent , par une espèce de convention tacite, regardées en quelque sorte comme pays neutre. Les croiseurs anglais avaient pour habitude de venir mouiller sur la rade de Hœdic ; ils déposaient dans cette île leurs blessés, leurs malades ; ils y enterraient leurs morts. Cette portion de la côte a conservé le nom de "Cimetière des Anglais". Les insulaires houatais et hœdicois ayant plusieurs fois porté secours à des équipages anglais en péril, pouvaient, avec une simple passe signée de leurs recteurs, pêcher et naviguer sans crainte d'être retenus prisonniers de guerre »[15].

En 1815, Hoëdic et Houat furent mises en quarantaine par le sous-préfet pour contrebande.

La "charte d'Hœdic" et l'autorité" des recteurs de l'île[modifier | modifier le code]

De 1815 à 1825, Houatais et Hœdicais élaborèrent une charte, dite charte d'Hoëdic, qui tint lieu de constitution à ces petites « républiques » insulaires. Rédigée en 1822, elle impose l'existence d'un conseil des sages (des anciens) formé de douze membres présidé par le recteur, qui était chargé de son application. Cette charte en 32 articles dit dans son préambule : « La charte protège le faible contre le fort », elle « fait tout concourir au bien général, parce qu'il n'y a rien de plus funeste et de plus odieux que la recherche exclusive d'un intérêt privé ». Ce système a fonctionné jusqu'en 1892[16].

De 1822 à 1892 Les recteurs d'Hoëdic continuent d'exercer leur autorité administrative, judiciaire, religieuse et économique sur l’île avec le consentement du conseil municipal et du maire qui en font parfois leurs secrétaires. Les recteurs mettent en place un fond coopératif : La Grosse, qui soutient les investissements et les campagnes de pêche. Ils ont un rôle de juge, de marchand (le magasin général ouvert à la population nommé la « cantine » permettait de substantiels profits retournés sur forme d'avances de trésorerie aux équipages). L'île obtient en 1863 une franchise fiscale. La cantine est exemptée des droits de débit. Saint-Just Péquart parle pour cette époque d'une véritable « dictature des recteurs » qui interdirent par exemple toute venue de vin sur l'île (afin de lutter contre l'alcoolisme) et aux femmes de moins de trente ans de se rendre sur le continent[17].

En 1883, le préfet du Morbihan réforma le Conseil des îles dont faisait partie Hoëdic pour en républicaniser la composition.

En 1891, l’île fut détachée de la commune du Palais (en Belle-Île) et érigée elle-même en commune. L’année suivante le « Règlement » fut abandonné et le recteur perdait sa fonction administrative et temporelle avec l’élection du premier maire.

Hœdic vers le milieu du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Une disette accompagnée d'une épidémie survint en 1841, selon le témoignage d'A. Le Montagner : « En 1841, la récolte a été nulle, aussi les privations ont été grandes dans l'île. Pendant quatre mois consécutifs, on a été privé de pain et de viande. ; on ne s'est nourri que de pommes de terre et de poisson salé. On avait point de bois, et on a brûlé que du goémon. Vers les derniers jours de décembre, un grand nombre d'individus éprouvèrent des accès fébriles très intenses. Lorsque j'arrivais à Hœdic le 14 janvier, on y disait depuis plusieurs jours des prières publiques. Tous les travaux étaient suspendus, le désespoir était sur tous les visages. Neuf personnes avaient déjà péri, deux autres succombèrent le jour même de mon arrivée et l'île renfermait 67 malades. Presque tous les habitants de l'île, 174, ont été atteints »[18].

A. Marteville et P. Varin, continuateurs d'Ogée, décrivent ainsi Hœdic en 1843 :

« (...). Cette île n'est en quelque sorte qu'une espèce de banc de sable défendu par une ceinture de rochers. Le bourg, qui comprend toutes les maisons d'habitation, en occupe le centre. Les côtes sont peu élevées. Sur une espèce de mamelon, dans la partie Est, on a construit un phare en bois à feux fixes. (...) Une petite coulée contenant des prairies, des courtils et le jardin du curé s'étend du bourg à un grand étang d'eau douce situé dans la direction de Porh-Braz (...) Les Hœdicois y pêchent des sangsues qu'ils vendent sur le continent et y récoltent aussi des joncs et des roseaux avec lesquels ils couvrent leurs maisons, et qu'ils vendent aux Houatais pour le même usage. (...) Les monuments druidiques [en fait préhistoriques] sont plus nombreux et plus considérables que dans l'île de Houat ; les plus remarquables existent dans Parc-er-Menhir, sur le bord de l'étang. Dans un peulven de 4 mètres d'élévation, on a creusé une niche et placé une statue de la sainte Vierge : c'est maintenant un lieu de dévotion. L'île est bien cultivée, elle produit de beau froment. (...) L'île de Hœdic a été peuplée, comme l'île de Houat, par des familles venues de la côte de Saint-Gildas dans l'[a presqu]'île de Rhuys ; elles ont conservé le costume de la presqu'île, et parlent le même dialecte breton. L'église paroissiale est placée sous l'invocation de saint Goustan. Le desservant est la seule autorité de l'île : il est à la fois maire, curé, officier de l'état-civil. (...). Une masse y a été instituée d'après les mêmes statuts et pour les mêmes motifs d'utilité publique que celle de Houat : elle rend les mêmes services. Il y a une école à Hœdic. Par sa situation au milieu de l'océan, son peu d'étendue, son exposition à tous les vents, l'île d'Hœdic ne peut être malsaine. (...)[15] »

La construction de l'église Notre-Dame-la-Blanche[modifier | modifier le code]

Afin de remplacée l'église précédente, dénommée Notre-Dame-des-Neiges, qui avait été brûlée par les Anglais, l'église Notre-Dame-la-Blanche a été construite en 1853 sur un petit monticule un peu à l'écart du bourg, afin qu'elle soit visible de la mer. Elle est typique des églises rurales de la seconde moitié du XIXe siècle ; sa voûte bleue est parsemée d'étoiles et elle renferme de nombreux ex-votos[19], en particulier celui du thonier Barque-d'Yves qui fit naufrage en 1951 sur les rochers de Roc'h Melen au sud du port de la Croix[20].

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Le XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le monument aux morts d'Hœdic

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le monument aux morts d'Hœdic pote les noms de 11 soldats et marins morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale : parmi eux deux (Jean François Marie Blanchet et Jean Marie Blanchet) sont morts en Belgique dès l'année 1914, deux (Pierre Le Fur et Joseph Le Scoarnec) sont morts en Grèce dans le cadre de l'expédition de Salonique, l'un (Joseph le Fur) est mort en mer, les autres sont décédés sur le sol français (Alphonse Blanchet à Zuydcoote, Jean Blanchet au Mesnil-lès-Hurlus, Joseph Le Fur à Vienne-le-Château) ; Albin Le Garun est mort de maladie à l'hôpital maritime de Lorient[21]. Désiré Penn, décédé le à l'hôpital maritime de Lorient lui aussi, bien que son nom soit inscrit sur le monument aux morts, n'est pas considéré comme "mort pour la France"[22].

L'Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Saint-Just Péquart dressa en 1938 une sombre description de l'île d'Hœdic :

«  Lors de la déclaration de guerre en 1914, presque tous les hommes d'Hoëdic, appelés sous les drapeaux, quittèrent l'île et la pêche, dont vivait presque exclusivement la population, fut interrompue. Il était juste et nécessaire que cette population, dont les moyens de subsistance venaient d'être brusquement taris, fur assistée, et c'est dans ce but que furent instituées les allocations. Mais pour des gens peu habitués à voir de l'argent de l'argent, ce brusque afflux de numéraire fut un désastre. (...) Le gaspillage fut effréné. (...) Munies d'argent, les femmes d'Hœdic jugèrent préférable d'acheter sur le continent tout ce dont elles avaient besoin et peu à peu ne produisirent plus rien. La culture fut complètement abandonnée. Le moulin ne fonctionna plus et le four ne fut plus allumé. (...) Les potagers eux-mêmes étaient retournés à la friche. (...) Le travail de la soude fut délaissé (...). La guerre finie, les allocations disparurent, et avec elles la principale ressource des Hœdicais. (...) [Des prêts consentis aux Hœdicais] les enfoncèrent dans une misère d'autant plus pénible qu'elle faisait suite à une période de prospérité. (...) Le recteur à cette époque tenta de faire reprendre la culture dans l'île. On lui opposa que toute la cavalerie [les chevaux] avaient disparu. (...) Le véritable motif était la répugnance à reprendre les habitudes de travail qui étaient définitivement perdues.  »

— Saint-Just Péquart, L'île d'Hoedic et sa décadence[23]

Dans une conférence prononcée à Lyon en 1938 et intitulée "La décadence économique d'une île", Saint-Just Péquart révèle ma misère dans laquelle survivent les quelques dizaines de familles hœdicaises. Il dit notamment : « La consommation [en vin] atteint sept litres par jour et par homme adulte ». Aux sources de ce marasme : l'abandon, depuis la Première Guerre mondiale, des cultures du blé, de la vigne, du chanvre, et la dépendance croissante vis-à-vis du continent pour les produits de base[24].

En 1931, Le 14 juin, le Saint Philibert, un vapeur affrété à Nantes par l'Union des Coopérateurs part en excursion vers Noirmoutier. Il fait naufrage au retour, en baie de Bourgneuf. Près de cinq cent passagers disparaissent dans les flots. Le deuil impossible suscite spéculations, angoisses et rumeurs : le capitaine aurait été contraint à prendre la mer. Des bijoux auraient été retrouvés dans les homards... Le conflit, sur fond de rivalités religieuses et politiques, de crise économique, touche de plein fouet Hoëdic dont la pêche ne se vend plus. Les aspects protecteurs de la charte ne fonctionnent plus. Son abandon progressif par les recteurs et la communauté, dès le début du XXe siècle, ouvre une brèche dans l'organisation insulaire. Une part importante de la population s'exile vers le continent[25].

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En 1932, Jean Epstein tourne sur l’île un film de fiction, L'Or des mers.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1943, pour éviter aux jeunes menacés par les réquisitions du Service du travail obligatoire, le recteur Conan reconstitue une activité de fabrication de soude par brûlage du goémon. L'armée allemande est peu présente : en 1941 un détachement reste un mois pour servir une artillerie anti-aérienne, et en 1945, une escouade arrive de Belle-Île dans le seul but de piller des vivres[13].

L'après Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970-1980, la pêche locale connaît un regain; on comptera près d'une quinzaine d'unités de pêche, employant près du triple de personnes, à terre comme en mer. Aujourd'hui le port d'Hoëdic rassemble bien moins de chalutiers que son homologue Houatais. Les paysages enchanteurs du lieu permettent de compenser ce manque par un tourisme encore limité. Hoëdic est l'une des deux étapes majeures de la « Bar à Bar », une régate se déroulant du Corlazo à Conleau (Vannes), à La Trinquette, au-dessus du port d'Argol.

Politique et administration[modifier | modifier le code]

La mairie d'Hœdic
Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
1892 1900 Henri Marie Le Moing    
1900 1904 Jean Pierre Le Bourhis    
1904 1907 Henri Le Bayon    
1908 1912 Martin Joseph Le Scoarnec    
1912 1913 Denis Marie Le Bourhis    
1913 1919 Alphonse Marie Le Gurun    
1919 1924 Ange Le Scoarnec    
1924 1970 Jean Marie Le Moing    
1970 1989 Alcime Marie Blanchet    
1989 1995 Marc Allanic    
1995 2001 Maurice Allanic    
2001 2002 Jean Rambure    
2002 2014 André Blanchet    
2014 en cours Jean-Luc Chiffoleau    
Les données manquantes sont à compléter.

Démographie[modifier | modifier le code]

L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1891. À partir de 2006, les populations légales des communes sont publiées annuellement par l'Insee. Le recensement repose désormais sur une collecte d'information annuelle, concernant successivement tous les territoires communaux au cours d'une période de cinq ans. Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations légales des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation[26]. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2006[27].

En 2014, la commune comptait 113 habitants[Note 2], en diminution de 5,04 % par rapport à 2009 (Morbihan : +3,47 %).

          Évolution de la population  [ modifier ]
1891 1896 1901 1906 1911 1921 1926 1931 1936
354 366 350 381 392 383 426 415 348
1946 1954 1962 1968 1975 1982 1990 1999 2006
185 222 205 191 147 126 140 117 111
2011 2014 - - - - - - -
120 113 - - - - - - -
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[28] puis Insee à partir de 2006[29].)
Histogramme de l'évolution démographique

Culture locale et patrimoine[modifier | modifier le code]

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

Menhir de la Vierge
Fort des Anglais

La commune compte deux monuments historiques protégés :

  • Le menhir de la Vierge, à 200 mètres à l'est du bourg, haut de 4 m, est le menhir le plus important de l’île. Il a été christianisé par l’ajout d’une croix de fer, régulièrement foudroyée, qui a disparu aujourd’hui. Il est classé MH depuis 1926[30].
  • Le fort Louis-Philippe, au centre de l'île, fut décidé en 1846 et construit en 1859 dans l’éventualité d’une attaque britannique. Il hébergea à partir de 1881 la première école laïque de l’île, puis fut vendu en 1892 à une société de production d’iode qui l’occupa jusqu’en 1930. Racheté par le Conservatoire du littoral en 1979. Le fort est inscrit depuis 2000[31].

L'île compte plusieurs monuments secondaires :

  • Le vieux port (à 500 mètres au sud du bourg), construit à l'initiative du recteur Rio au milieu du XIXe siècle. En 1865, il est profondément remanié par les ponts et chaussées, qui lui donneront son aspect presque définitif. Le môle principal est constitué d'un remarquable assemblage de granit de taille. Une seconde jetée à l'est vient fermer la baie dans les années 1930 ; celle-ci est aujourd'hui partiellement détruite afin d'éviter l'ensablement. Appelé aussi Port de la Croix (en référence au calvaire qui le domine), il était davantage exposé aux houles que la côte nord et son accès était – et reste – délicat. Lorsque le nouveau port (ou Port Saint-Goustan) fut construit, les derniers pêcheurs qui le fréquentaient encore le désertèrent assez vite. Il demeure cependant un abri sûr pour celui qui désire vraiment y amarrer son bateau. Outre la belle plage de sable fin et blanc, on peut y voir un abri de pêche récemment restauré.
  • Le fort des Anglais, bâti au XVIe siècle sur le promontoire de Beg Lagate, au nord-est de l'île. Il n'en subsiste que quelques ruines éparses ; on distingue aujourd'hui difficilement l'emplacement des douves, masqué par la végétation.
  • La pointe du Vieux-Château, au nord-ouest, doit sans doute son nom au fait qu'elle était l'emplacement d'un camp romain, dont des vestiges ont été exhumés aux XIXe et XXe siècles ; il aurait été occupé aux IIe et IIIe siècles. L'oppidum était de type forteresse sur éperon barré, situation que permettait l'extrémité de la pointe.
  • La cale de Port Neuf, à mi-chemin entre le bourg et la pointe du Vieux Château. Construite en 1915, dans une crique semi-circulaire, elle servait à accueillir le courrier (navire effectuant la rotation îles du Ponant-Quiberon) entre les deux guerres. Il n'en subsiste que quelques vestiges accrochés à la roche.
  • Le hameau du phare (600 mètre au nord-est du bourg) : l'une de ses bâtisses comprend toujours la base du fanal – premier de l'île – édifié en 1836. Il fut abandonné après l'inauguration du phare des Grands Cardinaux en 1879.
  • le hameau du Paluden (à 150 mètres au sud du bourg) dont les maisons, parfois anciennes, occupent le site primitif du village, au Haut Moyen Âge. Celui-ci se serait ensuite transféré vers le promontoire nord, au Bas Moyen Âge.
  • Port d'Argol ou Port-Saint-Goustan : situé sur la côte nord, bien abrité au fond de la rade d'Hœdic, il a été construit en 1973 ; il est établi à 200 mètres du bourg. La digue principale est constituée d'enrochements et d'une travée centrale en béton armé. Il comporte un phare-veilleuse en son extrémité. Les bateaux de plaisance s'amarrent sur des tonnes ou le long d'un ponton récemment installé. Les unités de pêche mouillent juste derrière le môle. C'est ici que sont assurées les rotations maritimes avec le continent. À l'est, en allant vers Beg Lagate, une petite digue en béton armé des années 1930 tente de briser le ressac. Elle servit comme celle de Port-Neuf à accueillir le courrier.
  • L'église Notre-Dame-la-Blanche.
Rue de Hoëdic.

Personnalités liées à la commune[modifier | modifier le code]

  • Jean Noli (1928-2000), journaliste qui a habité sur l'île et qui y a situé quelques romans, dont La Grâce de Dieu, Paris, Julliard 1977. Prix des libraires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le nom officiel dans le code officiel géographique est « Hœdic », [lire en ligne]
  2. Population municipale légale en vigueur au 1er janvier 2017, millésimée 2014, définie dans les limites territoriales en vigueur au 1er janvier 2016, date de référence statistique : .

Références[modifier | modifier le code]

  1. Marie Le Goaziou, Les îles de Bretagne, Ouest-France, (ISBN 2-7373-2312-6)
  2. Marcel Robert, Iles sans voitures, 2013
  3. FR5300033
  4. FR5312011
  5. Revue celtique T. X, 1889 p. 350 Uxisama, Sena, Vindilis, Siata, Arica par Joseph Loth ouvrage disponible sur Internet Archive
  6. Aux origines des toponymes Hoedic et Houat Association Melvan
  7. (fr) Le grand routtier et pyllotage et encrage de la mer sur Gallica
  8. Hoëdic sur infobretagne.com
  9. L’Archéologue, no 94, Archéologie nouvelle, février-mars 2008, p. 53-54.
  10. http://www.infobretagne.com/houat.htm
  11. Il s'agit de la Guerre de Sept Ans
  12. Jean-Baptiste Ogée, "Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne", tome 2, 1778, consultable https://archive.org/stream/dictionnairehist02og#page/254/mode/2up
  13. a et b http://www.hoedic.net/decouvrir-idee-sejour-insolite-bretagne/histoire
  14. http://www.letelegramme.fr/ar/viewarticle1024.php?aaaammjj=20050619&article=10150487&type=ar
  15. a et b A. Marteville et P. Varin, "Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne", tome 1, 1843, https://books.google.fr/books?id=DI8DAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=bibliogroup:%22Dictionnaire+historique+et+g%C3%A9ographique+de+la+province+de+Bretagne%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiKo-vCi4LYAhVqBcAKHf-GASYQ6AEIODAD#v=onepage&q=Houat&f=false
  16. Léon de Montluc, Le collectivisme clérical, "Le Droit populaire : journal hebdomadaire", n° du 31 mars 1883, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5608880q/f2.image.r=Hoedic
  17. Saint-Just Péquart, L'île d'Hoedic et sa décadence, Bulletin de la Société géographique de Lille", mars 1938, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5721739t/f18.image.r=Hoedic
  18. Témoignage d'A. Le Montagner, cité par Marie Le Goaziou, Les îles de Bretagne, éditions Ouest-France, 1997, (ISBN 2-7373-2312-6)
  19. https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/eglise-d-hoedic
  20. www.ex-voto-marins.net/pages/lieupage56Hoedic.htm
  21. http://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/resultcommune.php?idsource=37508
  22. http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/base_morts_pour_la_france_premiere_guerre/detail_fiche.php?ref=1448176&debut=0
  23. Saint-Just Péquart, « L'île d'Hoedic et sa décadence », Bulletin de la Société géographique de Lille,‎ (lire en ligne)
  24. Panneau d'information lors d'une exposition sur l'île d'Hœdic au Musée de préhistoire de Carnac
  25. Patrick Macquaire, le cercle des homards. Hoëdic, une île entre rumeur et naufrage, ethnographie d'une catastrophe maritime Éditions Petra, Paris 2013
  26. L'organisation du recensement, sur le site de l'Insee.
  27. Calendrier départemental des recensements, sur le site de l'Insee
  28. Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui sur le site de l'École des hautes études en sciences sociales.
  29. Fiches Insee - Populations légales de la commune pour les années 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014.
  30. Notice no PA00091293, base Mérimée, ministère français de la Culture
  31. Notice no PA56000027, base Mérimée, ministère français de la Culture
  32. Notice no IA56000343, base Mérimée, ministère français de la Culture

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • L'Or des mers, film de fiction de Jean Epstein, tourné entièrement à Hoëdic en 1932, avec comme acteurs des habitants de l’île et racontant l’histoire d’amour entre un jeune marin-pêcheur et sa fiancée dont le père détiendrait un trésor à la suite d’un naufrage provoqué.
  • Reflux, film documentaire de Patrick Le Gall, tourné en 1982 à Hoëdic, sur les traces du film d’Epstein dans la mémoire des îliens, 50 ans plus tard.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Macquaire, Le cercle des homards. Hoëdic, une île entre rumeur et naufrage. Ethnographie d'une catastrophe maritime . Ed Petra, Paris 2013. Prix du salon international du livre insulaire d'Ouessant.
  • Patrick Macquaire, Le naufrage du Saint-Philibert.Quand s'enfle la rumeur . Le Chasse Marée no 37. Douarnenez 1988.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]