Histoire de Tournai

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L'histoire de la ville de Tournai commence avec sa fondation, très probablement à l'époque romaine, dans la province de Belgique. Créée durant le Haut-Empire, elle devient le chef-lieu de la cité des Ménapiens à la fin du IIIe siècle, époque où des fortifications sont construites pour la protéger après la fin de la paix romaine.

Saccagée par les Vandales en 407, elle passe sous le contrôle des Francs saliens à partir de 430 et devient leur capitale jusqu'au règne de Clovis, puis est dotée d'un siège épiscopal ; elle est intégrée à la Francie occidentale de Charles le Chauve en 843, puis au royaume de France.

Au XIIe siècle, elle acquiert une large autonomie qui en fait une « république communale », vassale directe du roi de France et non pas du comte de Flandre qui contrôle pourtant le Tournaisis. Pendant toute la guerre de Cent Ans, Tournai reste loyale aux rois de France, notamment lors de la minorité de Charles VII, et un peu plus tard au moment des luttes entre Louis XI et le duc de Bourgogne.

Prise et annexée par l'Angleterre en 1513, elle est rachetée par François Ier en 1519, mais presque aussitôt conquise par Charles Quint (1521) et intégrée aux Pays-Bas espagnols ; elle revient un moment à la France sous le règne de Louis XIV, puis réintègre les Pays-Bas, désormais possession de la maison d'Autriche (traités d'Utrecht, 1713).

De nouveau française sous le Directoire et le Premier Empire, elle fait partie du Royaume-Uni des Pays-Bas après le congrès de Vienne (1815), puis du royaume de Belgique après son indépendance en 1830.

Les premières mentions de la ville à l'époque romaine[modifier | modifier le code]

On ne connait pas la date précise de la fondation de Tournai. Pour des raisons de prestige, un chanoine au XIIe siècle l'a attribuée au roi de Rome Tarquin l'Ancien, mais en réalité, il n'est fait mention d'aucune ville de la Belgique antique dans les documents concernant cette partie de la Gaule au temps de la conquête par Jules César : il s'agissait en l'occurrence du territoire des Ménapiens. À supposer qu'une agglomération existât déjà à l'époque gauloise, il ne pouvait s'agir que d'une minuscule bourgade, certainement pas la capitale des Nerviens comme plusieurs auteurs l'ont affirmé, puisque l'endroit, bien que proche de la limite de leur territoire, ne s'y trouvait pas.

Le premier document authentique mentionnant Tournai est l'Itinéraire d'Antonin, qui date du IIIe siècle de notre ère : la ville se trouve sur une voie romaine menant à Cologne, grande ville romaine de la région (Colonia Ubiorum).

La table de Peutinger, sur laquelle Tournai figure comme relai de poste sous le nom de Turnaco, est de datation difficile : il s'agit d'une copie du XIIIe siècle d'un document romain compilant des cartes du Ier au Ve siècle.

Détail de la table de Peutinger.Turnaco se trouve sur la droite.

La Notitia Galliarum (Notice des Gaules), document administratif contemporain de l'Itinéraire d'Antonin, qui catalogue dix-sept provinces et cent vingt villes romaines de Gaule, mentionne deux villes pour le territoire de l'actuel royaume de Belgique, Tongres et Tournai. Tournai, ciuitas Tornacensis, alors située dans la province de Belgique Seconde, est le chef-lieu de la cité des Ménapiens [1].

Saint Jérôme, dans une de ses lettres[2], datée de 409, mentionne que la ville de Tournai a été saccagée par les Vandales en 407.

On peut aussi signaler le récit plus ou moins légendaire de la vie de Saint Piat, venu dans les provinces belges vers la fin du IIIe siècle pour y prêcher l'Evangile. Il est crédité de la conversion de trente mille personnes, chiffre exagéré mais qui indique qu'à l'époque de sa visite, la ville de Tournai avait une certaine importance.

La période romaine[modifier | modifier le code]

Tournai a le statut de municipe et est dirigé par une l'assemblée des décurions.[Quand ?]

Un nœud de communication[modifier | modifier le code]

Lorsque le réseau des voies romaines a été établi en Gaule, Tournai se trouve à l'embranchement de deux d'entre elles :

  • la principale venant de Bagacum (Bavay) au sud-est et partant vers le nord-ouest, vers Viroviacum (Wervik), Castellum Menapiorum (Cassel) et Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer) ;
  • une secondaire venant de Nemetacum Atrebatum (Arras) au sud-sud-ouest et continuant vers Asse au nord-nord-est après avoir traversé l'Escaut.

Ces deux axes, qui traversent la ville, constituent son cardo et son decumanus, les deux rues principales des villes romaines.

Une autre voie de communication importante est constituée par l'Escaut.

Le Haut-Empire[modifier | modifier le code]

Aux Ier et IIe siècles, règne la Pax Romana. Tournai fait partie de la cité des Ménapiens, dont le chef-lieu (caput ciuitatis) se trouve à Cassel (Castellum Menapiorum).

Tournai est une agglomération assez étendue, sans fortifications (comme la plupart des villes de l'empire). Les habitations sont dispersées sur une quarantaine d'hectares, principalement sur la rive gauche plus élevée qui permet d'éviter les crues, mais il y avait quelques bâtiments sur la rive droite près de l'actuelle rue de Pont ainsi qu'un quartier commercial au Luchet d'Antoing avec un embarcadère pour le commerce de la pierre de taille et de la chaux.

La ville jouit à cette époque d'un certain confort : il existe un aqueduc, des canalisations d'eau et des égouts. Certaines habitations possédent un hypocauste et on a même retrouvé une baignoire en marbre[3] à l'emplacement actuel de la Place Saint-Pierre.

Le Bas-Empire[modifier | modifier le code]

Les invasions du IIIe siècle et les troubles politiques ont des conséquences sur Tournai, comme sur nombre d'autres villes romaines, à commencer par Rome. Une fortification est construite à la fin du IIIe et au début du IVe siècle : il s'agit d'une muraille de pierre[4] formant un demi-cercle appuyé sur une défense naturelle, l'Escaut. Sa superficie se réduit alors.

Tournai est chargé du contrôle du nœud routier et de la route fluviale. L'embarcadère du Haut-Empire situé au luchet d'Antoing est déménagé à l'intérieur des fortifications, près de l'actuel quai du Marché-aux-Poissons. Lors des réformes du dominat, la ville devient le chef-lieu de la Ménapie à la place de Cassel.

La Notitia Dignitatum Occidentis[5] indique qu'à l'époque il existe dans la ville un procurator gynæcii Tornacensis (« procurateur du gynécée de Tournai »). Ce « gynécée » était un atelier de tissage de la laine employant des femmes pour la confection de l'équipement des troupes. La même notice parle d'un numerus Turnacensium[6], un corps de Tournaisiens préposés à la défense du Litus Saxonicus en Bretagne (actuelle Grande-Bretagne)[7], stationné à Portus Lemanis (Lympne), sur la côte du Kent.

Le christianisme s'implante à Tournai à cette époque. À la fin du IIIe siècle, le missionnaire Saint Piat, originaire de Bénévent, y fonde la première communauté chrétienne, dont on a retrouvé des vestiges et des sépultures au-dessous de l'église Saint-Piat.

Les grandes migrations des peuples germaniques au début du Ve siècle marquent la fin de la période romaine. Saccagée par les Vandales en 407, la ville tombe sous le contrôle des Francs peu de temps après, ce qui entraîne une germanisation, comme en témoigne notamment le mobilier funéraire.

Le haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La période mérovingienne[modifier | modifier le code]

L'occupation franque commence à Tournai vers 430, lorsque Clodion le Chevelu s'y installe avec la caution de l'Empire romain dans le cadre d'un traité de fédération (fœdus). Sous son successeur Mérovée, éponyme de la dynastie mérovingienne, la ville joue le rôle de capitale du royaume des Francs saliens. Elle dispose de certains attributs du pouvoir, comme la frappe monétaire.

Le fils de Mérovée, Childéric, surtout connu pour sa sépulture, dont le trésor a été retrouvé, règne de 458 à 481 (l'Empire romain d'Occident a formellement disparu en 476). À sa mort, son fils Clovis est « mis sur le pavois » à Tournai. Il se lance très vite dans des conquêtes vers le sud (contre les Romains du royaume de Syagrius, puis contre le royaume wisigoth) ; dès 486, il transfère la capitale à Soissons, et un peu plus tard, à Paris.

C'est sous le règne de Clovis que Tournai devient un siège épiscopal, dépendant de l'archevêché de Reims. L'évêque sera le gestionnaire effectif de la ville à partir du moment où elle n'est plus capitale.

À la mort de Clovis (511), Tournai fait partie des territoires attribués à son fils Clotaire.

Le berceau de la dynastie des Mérovingiens reste important au VIe siècle. Selon Grégoire de Tours, le roi de Neustrie Chilpéric vient y chercher refuge vers 575, lors de la guerre contre son frère Sigebert, roi d'Austrasie. Apprenant cela, Sigebert vient assiéger la ville, mais meurt assassiné par des serviteurs de la reine Frédégonde à Vitry. Chilpéric peut ainsi réunir le royaume d'Austrasie au sien. Cet épisode de la vie de la cité sera utilisé au XIIe siècle par les chanoines du chapître de Tournai pour fabriquer une fausse charte du roi Chilpéric, le « diplôme de Chilpéric », qui leur accorde en remerciement de l'aide apportée le droit de lever une taxe (tonlieu) sur les marchandises passant sur l'Escaut[8].

On sait peu de choses sur Tournai pour la période des VIIe siècle et VIIIe siècles. On sait cependant que Tournai reste siège épiscopal même après que l'évêque a déménagé à Noyon (il est évêque des deux villes jusqu'en 1146).

La période carolingienne[modifier | modifier le code]

En 751, le maire du palais d'Austrasie Pépin le Bref devient roi des Francs, initiant la dynastie des Carolingiens. La période carolingienne a laissé un assez grand nombre de documents, qui laissent supposer que la ville était assez prospère.

Le commerce fluvial prenant plus d'importance à cette époque, la ville de Tournai obtient le statut de portus[pas clair] (« port »), ce qui montre son importance économique.

La juridiction de l'évêque sur la ville est contrebalancée par la nomination en 817 d'un comte, fonctionnaire laïc au service de l'empereur (alors Louis le Pieux), qui reçoit une partie du fisc royal de la ville. Le rôle de ce comte est important jusqu'à l'affaiblissement du pouvoir royal vers la fin du siècle. L'empereur organise également le clergé de la cathédrale afin que les chanoines puissent assurer leur mission de prière, de bienfaisance et d'enseignement.

La taille de Tournai augmente. Les anciennes enceintes existent toujours, mais sont en ruine (Tornacus, nunc multiplici prostata ruina/ Funditus ah! turres deflet cecidisse superbas écrit Milon d'Elnone vers 850[9]) et de nouveaux quartiers et bâtiments apparaissent en dehors des murs, que la ville n'a pas besoin de rénover ou d'agrandir car ils n'ont que peu d'utilité dans l'empire de Charlemagne, puis de Louis le Pieux.

Après le partage de l'empire carolingien[modifier | modifier le code]

En 843 (traité de Verdun), après la mort de Louis le Pieux (840), Tournai se trouve dans les territoires qui reviennent à Charles le Chauve, la Francie occidentale (par opposition à la Francie orientale et à la Lotharingie).

Le besoin de nouvelles enceintes se fait de nouveau sentir à la fin du IXe siècle quand les murailles romaines se révèlent incapables d'arrêter les attaques normandes : notamment celle de 880, année où la ville est pillée. En 898, l'évêque Heidilon reçoit de Charles le Simple l'autorisation[10] de les relever, ainsi que certains droits qui appartenaient auparavant au comte.

Le Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La période féodale[modifier | modifier le code]

À la fin du IXe siècle, le Tournaisis est récupéré par Baudouin Ier, comte (héréditaire) de Flandre. Tournai, en revanche, est dotée d'une châtellenie par le roi de France, dont le siège est situé dans le quartier du Bruille, aussi appelé îlot flamand, sur la rive droite de l'Escaut. La ville devient dès lors une co-seigneurie ecclésiastique (de l'évêque, résidant à Noyon, et du chapitre) vassale directe du roi de France, échappant ainsi au ressort du comte de Flandre. Cette dualité entre Tournai et le Tournaisis, entre une ville ayant une grande autonomie et son pays flamand dura jusqu'à l'occupation française[Quand ?].

La ville connaît une période d'essor économique et démographique qui se situe aux XIe et XIIe siècles. La ville développe à cette époque des activités commerciales qui font son renom, comme la pierre de Tournai et le drap.

Une République communale vassale du roi de France[modifier | modifier le code]

En 1147, la ville est érigée en « commune jurée » par les patriciens.

Luttant contre les comtes de Flandre, Philippe Auguste accorde à la commune de Tournai deux chartes : en 1188 et en 1211. Ces chartes mettent fin à la seigneurie ecclésiastique : l'évêque Éverard d'Avesnes « rend » officiellement la cité au roi de France. Un lien de vassalité directe unit la ville de Tournai à la couronne de France. Elle peut s'administrer elle-même, selon ses propres intérêts, sans même la présence d'un représentant de l'autorité royale. L'évêque Étienne de Tournai, en place de 1191 à sa mort en 1203, emploie en vain ses talents de juriste pour défendre les droits de l’Église contre les empiètements de Philippe Auguste.

Directement sous la dépendance du roi, Tournai est un « boulevard de la monarchie à l'extrémité nord du domaine royal » par rapport à des vassaux revendicatifs comme le comte de Flandre. Baudouin VI de Hainaut (Baudouin de Constantinople), s'allie avec les Anglais après le refus du roi de France de lui rendre des terres et fait le siège de Tournai, mais sans succès. Son beau-fils, le comte Ferrand prend Tournai le avec l'aide de l'empereur Otton de Brunswick, mais elle retourne à la couronne après leur défaite de 1214 à Bouvines.

Après cette période troublée, la commune prospère. La ville est administrée par trois collèges, les « consistoires » des jurés, des échevins et des eswardeurs. Ensemble, ces quatre consistoires forment les « Consaux », nom des autorités communales jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Les Consaux siègent à la Halle des Consaux, aujourd'hui disparue.

Les pouvoirs communaux grignotent les pouvoirs concurrents de l'évêque ou du châtelain et achètent des terres, comme ce fut le cas avec les quartiers du Bruille et des Chauffours achetés en 1295 à la châtelaine Marie de Mortagne. Ce dernier quartier aussi sur la rive droite de l'Escaut comprenait Allain et Warchin, des terres dépendant de l'Empire.

La guilde des drapiers, la Charité de Saint-Christophe, s'affilie à la Hanse flamande de Londres.

En 1313, le roi de France Philippe le Bel envahit le Tournaisis, s'empare de la châtellenie et des derniers droits de justice scabinale que celle-ci détenait. En 1321, l'évêque abandonne à Philippe V, en échange de la seigneurie de Wez, l'hommage et le fief de la châtellenie et de l'avouerie de Tournai ainsi que différents droits économiques. En 1323, c'est à l'avoué de vendre son office et ses droits à Charles le Bel.

La commune se montre cependant si jalouse de son autonomie et parfois si revendicatrice qu'en 1332, le roi la supprime.

La guerre de Cent Ans : les relations de la commune et du roi[modifier | modifier le code]

Mais la résistance opposée par la ville durant le siège de 1340 aux troupes anglaises d'Édouard III, aidées par les milices de Jacques van Artevelde, lui vaut la restitution du droit de commune et l'acquisition de tous les droits du châtelain, de l'avoué et de l'évêque. Un an plus tard, après l'achat de la moitié de la justice de Saint-Brice détenue par un parent des châtelains, la commune est enfin le seul seigneur de tout son territoire.

La commune est de nouveau supprimée en 1367 après des émeutes fiscales : les finances de la ville souffrent en effet de la situation de guerre contre l'Angleterre, et les Tournaisiens sont sollicités de payer de nouveaux impôts, ce qu'ils refusent. Le , les libertés communales sont rétablies, avec une nouvelle constitution qui donne tous les pouvoirs à l'aristocratie urbaine.

En 1423, une révolution démocratique a lieu : les artisans regroupés en corporations de métiers participent désormais au gouvernement de la ville, avec un quatrième collège, celui des doyens et sous-doyens des métiers, aux côtés des ceux des eswardeurs, des jurés et des échevins.

Cette accession des gens de métier au pouvoir s'explique par le fait que le XVe siècle est un âge d'or pour la cité qui est alors renommée sur le plan de l'art. Ses peintres, ses tapissiers, ses sculpteurs sur pierre et ses fondeurs de laiton produisent énormément de chefs-d'œuvre. Issues de la grande école flamande, la peinture et la tapisserie tournaisiennes acquièrent des lettres de noblesse. Des maîtres comme Jacques Daret, Robert Campin, Roger van der Weyden sortent de la guilde de Saint-Luc, la corporation des peintres et les ateliers de tapisserie qui avaient souffert de la guerre de Cent Ans retrouvent leur éclat, notamment à la suite du déclin d'Arras. Ils exportent dans tout l'Occident et sont les fournisseurs attitrés des Ducs de Bourgogne qui maintenant règnent sur presque l'ensemble des Pays-Bas.

La fin de la guerre de Cent Ans : entre la France et la Bourgogne[modifier | modifier le code]

Durant la guerre de Cent Ans, lorsque sa position géographique, qui faisait d'elle « une des portes du royaume de France », en fait un objectif stratégique et militaire, Tournai reste fidèle au roi de France, y compris au moment où la fortune de ce dernier est au plus bas, sous le règne de Charles VI. Tournai est parmi les villes qui refusent de reconnaître le traité de Troyes, qui écarte le dauphin Charles du trône[11] au profit du roi d'Angleterre.

La ville est divisée en deux partis. D'un côté, les patriciens qui veulent préserver leurs intérêts commerciaux et ne pas heurter le duc de Bourgogne, allié du roi d'Angleterre, dont les territoires encerclent Tournai de toutes parts. De l'autre, les métiers, qui entendent rester fidèles au dauphin Charles, héritier légitime de la maison de Valois. Cette dernière position l'emporte et les Tournaisiens persistent dans cette attitude en 1422. Lorsque, à l'occasion du renouvellement du traité de bon voisinage qui le lie à la ville, le duc de Bourgogne propose à Tournai une clause de neutralité à laquelle les patriciens sont favorables, les tensions à l'intérieur de la ville sont à leur comble. Le , les métiers mènent une révolution démocratique qui modifie les institutions de la ville (cf. supra), mais place aussi définitivement la ville dans le camp de Charles VII.

C'est donc à juste titre que Jeanne d'Arc adresse la lettre suivante aux habitants de la ville:

« Gentils et loyaux Français de la ville de Tournay, la pucelle vous fait savoir des nouvelles de par deça. En huit jours, elle a chassé les Anglais de toutes les places qu'ils tenaient sur la Loire, en les prenant d'assaut et autrement. Il y a eu beaucoup de morts et de prisonniers et elle les a mis en déroute. Sachez que le comte de Suffolk, son frère la Pole, le sire deTalbot, le sire de Scales et messire Jehan Falstaff, ainsi que plusieurs chevaliers et capitaines ont été pris. Le frère du comte de Suffolk et Glasdas sont morts. Maintenez vous bien loyaux Français, je vous en prie et je vous prie et vous demande d'être prêts à venir au sacre du gentil Roy Charles à Reims où nous serons bientôt. Venez au-devant de nous quand vous saurez que nous approcherons. Je vous confie à Dieu, Dieu vous soit en garde et vous donne la grâce de pouvoir maintenir la bonne cause du Royaume de France. Ecrit à Gien, le 25 e jour de juin. Aux loyaux Français de la ville de Tournay[12] »

Une délégation tournaisienne assiste donc au sacre de Charles VII à Reims en 1429.

Le règne de Louis XI et le conflit avec le duc de Bourgogne[modifier | modifier le code]

Ces rapports cordiaux se poursuivent sous Louis XI, qui fait appel à l'aide financière de la ville pour récupérer les villes cédées au traité d'Arras[13]. En 1464, Tournai offre une splendide réception au roi, qui reçoit les clefs de la ville des mains des magistrats. En 1477, le roi lui octroie quelques droits par lettres patentes[14].

Les Tournaisiens tentent pourtant de concilier ce loyalisme avec une prudente neutralité vis-à-vis de leurs puissants voisins, les ducs de Bourgogne. Ces derniers exercent une pression toujours plus forte sur la ville. En 1463, le comte de Charolais, le futur Charles le Téméraire, lance sans succès un coup de main sur Tournai[réf. nécessaire]. Tout au long du règne du duc Charles, ses relations avec Tournai seront d'autant plus orageuses que les habitants de la ville s'étaient risqués à le brocarder.

En , après la mort du duc, Tournai est entraîné dans la Guerre de Succession de Bourgogne. Marie de Bourgogne, fille de Charles, entame des négociations avec les Tournaisiens pour obtenir leur neutralité dans le conflit qui l'oppose à Louis XI. Olivier Le Daim, l'homme de confiance du roi, introduit par ruse des troupes françaises dans la ville[15]. Tournai se trouve donc sans l'avoir souhaité au cœur du conflit. Au cours de cette occupation, Louis XI rend de nouveau visite à Tournai en 1478, après le siège de Condé, auquel avait pris part un contingent tournaisien.

Peu après la garnison française évacue la ville, qui sort économiquement affaiblie du conflit.

Les Temps modernes[modifier | modifier le code]

L'annexion anglaise (1513-1519)[modifier | modifier le code]

C'est grâce aux ducs de Bourgogne que les destinées de Tournai vont changer. L'empereur Maximilien, chef de la maison des Habsbourg, devenu maître des Pays-Bas bourguignons par son mariage avec Marie de Bourgogne, reprend la lutte contre la France dans le cadre de la Sainte Ligue du , s'alliant avec le pape Léon X, l'Espagne du roi Ferdinand d'Aragon et le roi Henri VIII d'Angleterre. Celui-ci s'empare de Tournai en 1513 : la ville étant mal défendue par une petite garnison dotée de peu d'artillerie, la commune capitule après quelques jours de bombardement.

La période anglaise de Tournai débute officiellement le , quand Henri VIII fait son entrée dans la ville au matin. À cheval, vêtu d'une robe de drap d'or, portant un collier de pierreries et de perles, il se présente à la Porte Sainte-Fontaine. Entouré de treize pages d'honneur portant une robe de drap d'or et d'un grand nombre de princes et de seigneurs et escorté par les huit cents archers de la garde, ils chevauchent dans Tournai et sont accueillis par les chanoines. Ces derniers élèvent au-dessus du roi un dais aux couleurs anglaises : velours rouge et bleu semé de fleurs de lys et de léopards. Et ils font ensuite le tour de la cathédrale puis le roi y entre où il «fait salutation à Dieu et à Notre-Dame». L'après-midi, Henri VIII se rend au marché près du beffroi, pour recevoir le serment de fidélité du peuple.

Henri VIII considèrant que la cité de Tournai fait partie intégrante de son royaume, Tournai et le Tournaisis sont une constituency et peuvent envoyer deux députés à la Chambre des communes. Le roi d'Angleterre y laisse 20 000 cavaliers et 4 000 fantassins, logés dans le quartier de Bruille. Ce quartier s'appellera par la suite « quartier du Château » car le roi d'Angleterre ordonne d'y construire une citadelle pour son armée. De cette citadelle? détruite en 1669-1688 lors de l'aménagement des fortifications par Vauban, il reste une imposante tour dont les murs font près de 7 mètres d'épaisseur et que l'on nomme aujourd'hui la Tour Henri VIII.

Les Anglais restent à Tournai jusqu'en 1519, date à laquelle François Ier rachète la ville[16]. Tournai est la seule ville de l'actuelle Belgique à avoir été anglaise.

La conquête de Charles Quint (1521) et les débuts des Pays-Bas espagnols[modifier | modifier le code]

Le retour à la couronne de France ne durera pas longtemps. En 1521, Charles Quint, né en 1500 à Gand, petit-fils de Marie de Bourgogne et de Maximilien d'Autriche, devenu maître des Pays-Bas bourguignons (les « Dix-sept Provinces des Pays-Bas », dont le comté de Flandre), mais aussi roi d'Espagne et chef de la maison d'Autriche, élu empereur en 1519, se trouve en guerre contre François Ier lors de la sixième guerre d'Italie.

Charles Quint s'empare de Tournai, ville enclavée dans ses possessions de Flandre, au terme d'un blocus de trois mois et d'un siège de six semaines[17]. La ville capitule le , la citadelle résiste quinze jours de plus[18]. L'empereur réalise un vieux rêve des ducs de Bourgogne : la fin de la présence française dans cette région. Les Tournaisiens crient « Vive Bourgogne » lors de l'entrée des troupes de Charles Quint dans leur ville.

Sitôt la ville conquise, Charles modifie l'organisation du gouvernement communal, supprimant le consistoire des eswardeurs et celui des doyens des métiers[19].

Par un décret d'annexion du , Tournai entre dans le comté de Flandre et Charles Quint, comte de Flandre, devient « seigneur de Tournai »[20]. Dans les faits, la dépendance ne sera effective qu'en matière judiciaire, le Conseil de Flandre devenant cour d'appel pour les tribunaux de Tournai. Pour le reste, Tournai vote ses propres subsides, a ses propres états et envoie ses propres députés aux états généraux des Pays-Bas[21].

De 1525 à 1530, la ville est le siège d'une université : l'université de Tournai.

En 1526, par le traité de Madrid, conclu à la suite de victoire de Charles Quint à Pavie, le roi de France abandonne définitivement ses droits féodaux sur les comtés de Flandre et d'Artois, ainsi que sur la châtellenie de Tournai, qui deviennent des terres d'empire.

L'appartenance de Tournai à la Flandre et aux Pays-Bas est officialisée en 1549 par la Pragmatique Sanction. Ce document ne mentionne même pas Tournai car elle fait clairement partie du comté de Flandre. Ce texte établit que les Pays-Bas, les Dix-sept Provinces dont a hérité Charles Quint, sont une entité séparée du Saint-Empire romain germanique. La Pragmatique Sanction prolonge un décret de Maximilien d'Autriche, qui avait déjà fait des fiefs d'Empire des Pays-Bas (Hainaut, Brabant, Hollande, Zélande, etc.), une entité particulière dans l'empire, le « cercle de Bourgogne » (1512)[22].

Lorsque Charles Quint abdique ses fonctions dans les années 1555-1557, il attribue les Pays-Bas à son fils Philippe, en même temps que la couronne d'Espagne, alors que ses possessions autrichiennes (dont la Hongrie et la Bohême) reviennent à son frère Ferdinand, qui sera aussi élu empereur. On peut donc désormais parler des « Pays-Bas espagnols ».

Comme Charles Quint, le roi d'Espagne est représenté dans chaque province par un gouverneur (stathouder), et par un gouverneur général des dix-sept provinces, résidant à Bruxelles (duché de Brabant) : Philippe II nomme d'abord à ce poste Emmanuel-Philibert de Savoie, puis, en 1559, sa demi-sœur[23] Marguerite de Parme, qui a le titre de « gouvernante »[24].

Tournai dans la révolte des Gueux (1566-1568)[modifier | modifier le code]

La Réforme, apparue en 1517-1521 en Allemagne, touche ensuite largement les Pays-Bas, malgré la politique de répression menée par Charles Quint (établissement de l'Inquisition dès 1524), puis Philippe II. Tournai ne fait pas exception, les protestants y sont nombreux en 1566, lorsque les tensions politiques et religieuses entre le roi d'Espagne et les élites néerlandaises débouchent sur la « révolte des Gueux »[25], qui débute au mois d'avril 1566 (banquet des Gueux). En août, la révolte prend une dimension extraordinaire avec deux semaines de « furie iconoclaste », phénomène qui touche de nombreuses villes, notamment dans les provinces méridionales : des calvinistes radicaux saccagent les lieux de cultes catholiques (églises, couvents), sous prétexte de lutte contre l'« idolâtrie » qu'ils perçoivent dans les statues des saints[26]. À Tournai, la crise iconoclaste a lieu les 23 et .

Le gouvernement envoie d'abord Philippe de Montmorency, comte de Horn, un ami du comte d'Egmont et de Guillaume d'Orange, pour rétablir l'ordre. Jugé trop peu zélé, il est rappelé à Bruxelles et remplacé par Philippe de Noircarmes, gouverneur du Hainaut, qui inaugure une période de répression (de à fin , 152 personnes seront exécutées sur la Grand-place de Tournai ; de nombreux protestants tournaisiens choisissent l'exil).

Peu après son intervention à Tournai, Noircames établit le siège de Valenciennes, qui capitule le 24 mars 1567.

Un changement majeur est l'arrivée aux Pays-Bas du duc d'Albe (août 1567), avec 10 000 hommes ; il fait arrêter Egmont et Horn, qui sont ensuite tous deux condamnés à mort, amenant la fuite à l'étranger de Guillaume d'Orange et de centaines d'autres Néerlandais, ainsi que le retrait de Marguerite de Parme, remplacée par ce même duc d'Albe (1567).

Tournai dans la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) : le siège de 1581[modifier | modifier le code]

Siège de Tournai, 1581

En 1568, l'offensive lancée par Guillaume d'Orange contre le duc d'Albe (bataille de Rheindalen) marque le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans. La campagne de 1568 est cependant un échec pour les insurgés (bataille de Jodoigne en octobre). Après une période de calme, la guerre reprend en 1572, lorsque les gueux de mer, corsaires au service de Guillaume d'Orange, prennent le port de Brielle près de Rotterdam.

En novembre 1576, les états généraux, exaspérés par la lourdeur des impôts et les exactions des troupes espagnoles, notamment lors du sac d'Anvers (7 novembre), signent un traité, la pacification de Gand (8 novembre), puis en 1577, un second, l'union de Bruxelles. La ville de Tournai souscrit aux deux. En 1576, les états généraux nomment comme gouverneur de Tournai[réf. nécessaire], un homme qui leur est dévoué, Pierre de Melun. À la suite de la pacification de Gand, de nombreux protestants rentrent à Tournai.

En 1579, la situation se complique : les « Malcontents » catholiques des provinces méridionales, opposants à la monarchie espagnole, mais inquiets des progrès du protestantisme, créent l'Union d'Arras. Les protestants répliquent par la création de l'Union d'Utrecht. Le gouverneur général des Pays-Bas, alors Alexandre Farnèse, essaie de tirer avantage de cette fracture pour rétablir l'autorité du roi d'Espagne en s'alliant aux Malcontents. Pierre de Melun, quant à lui, qui s'efforce d'administrer Tournai dans un esprit de conciliation entre protestants et catholiques, reste fidèle aux états généraux.

En 1581, Farnèse profite de l'absence de Pierre de Melun pour venir mettre le siège devant Tournai. La ville ne dispose que d'une petite garnison face aux 16 000 fantassins et aux 5 000 cavaliers de Farnèse, mais les défenseurs vont être galvanisés par l'attitude de l'épouse du gouverneur, Christine de Lalaing, princesse d'Epinoy. Haïssant Philippe II, elle s'oppose aux notables qui souhaitent négocier et encourage les défenseurs jusque sur les murailles.

Cependant, au bout de deux mois, marqués par 23 combats et 12 sorties[pas clair] des assiégés, la ville, ne pouvant compter sur aucun secours, se rend (). Les défenseurs sont autorisés à quitter la ville avec armes et bagages et Alexandre Farnèse rend hommage à cette occasion à Christine de Lalaing, qui a suscité son admiration. Les protestants, dont beaucoup sont des citoyens actifs de la ville, s'exilent à nouveau. Leur départ contribue au déclin économique de Tournai.

L'année 1581 est marquée par le vote par les états généraux de la déchéance de Philippe II comme souverain des Pays-Bas (acte de La Haye) suivie par des tentatives pour trouver un nouveau souverain. Ayant échoué, les états proclament la république des Provinces-Unies. Mais seules les provinces du nord sont effectivement libres, l'armée espagnole contrôle les provinces du sud, dont la population protestante va diminuer très rapidement.

Dans ces conditions, Tournai cesse de jouer un rôle notable dans la guerre. Ruinée, elle ne se remet que très lentement sous les gouvernorats des archiducs Albert et Isabelle.

La guerre de Quatre-Vingt Ans s'achève soixante-cinq ans plus tard par la défaite partielle de l'Espagne, qui conserve dix provinces, mais reconnait l'indépendance de la République des sept provinces unies des Pays-Bas (traité de Münster, 1648).

Tournai français sous Louis XIV et au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Siège de Tournai, 1709

Au cours de la Guerre de Dévolution, l'armée française vint investir Tournai le . Le siège fut mené par Vauban[27], directement sous les ordres de Louis XIV. Il ne dura que deux jours. Dotée d'une maigre garnison, avec pour seules défenses l'enceinte médiévale et le château de Henri VIII, la ville offrit de capituler le 23. .

Louis XIV, qui accordait beaucoup d'importance à la ville, confia à Guillaume Deshoulières[28] la construction d'une nouvelle citadelle, en haut de la ville. Commencée dès 1667 et terminée en 1674, celle-ci constituait un pentagone muni de cinq bastions et entouré de fossés et de remparts. Elle était équipée d'un réseau de galeries de contre-mines conçu par l'ingénieur Jean de Mesgrigny[29]. La ville elle-même fut entourée de bastions pour protéger les courtines et les portes. Les travaux de mise en défense entraînèrent la rectification des berges de l'Escaut. La physionomie de la ville en fut profondément affectée. Pour construire la nouvelle citadelle, les habitants de la paroisse Sainte-Catherine furent déplacés vers le site du château de Henri VIII, démantelé. La rectification des berges de l'Escaut pour les besoins de la défense de la ville entraîna la modification du système de ponts. Le Pont à Ponts se vit amputé de quelques arches; le Pont du Château doté d'une balustrade métallique et rebaptisé Pont de Fer; c'est également à cette époque qu'on construisit le Pont Notre-Dame. Ces travaux entraînèrent la reconstruction de bon nombre de maisons. Cette activité s'étendit à la plupart des quartiers de la ville, qui prit alors la physionomie qui fut la sienne jusqu'aux bombardements de 1940.

Tournai connut sous Louis XIV une période de prospérité qui prit fin lorsqu'éclata la guerre de Succession d'Espagne, la ville se trouvant sur un théâtre d'opérations. Le duc de Marlborough et le prince Eugène vinrent mettre le siège devant Tournai[30]. Attaquée par les Alliés le , la ville capitula le 29. Les troupes françaises retirées dans la citadelle continuèrent de résister. Bien que Jean de Mesgrigny eût tenté d'inonder le plat pays et fait bon usage de son système de contre-mines, la garnison, qui était à court de vivres et de munitions, fut obligée de capituler le . La chute de cette place réputée inexpugnable fit grand bruit dans toute l'Europe. Par le Traité d'Utrecht, le Tournaisis fut à nouveau rattaché aux Pays-Bas méridionaux, qui revenaient à la maison d'Autriche. Pour se prémunir de futures attaques françaises, les Hollandais obtinrent par le Traité de la Barrière de pouvoir stationner des garnisons dans plusieurs villes-frontière, parmi lesquelles Tournai. Toutefois, aux termes du traité de la Barrière, les Provinces-Unies obtiennent le droit d'établir des places fortes dans plusieurs villes des Pays-Bas autrichiens, dont Tournai. Sous la protection de la garnison néerlandaise, une église wallonne s'implante, qui accueille lors des fêtes chrétiennes la diaspora protestante française du Hainaut français et de Picardie dont le culte est interdit en France à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes. Ce système durera jusqu'en 1785[31].

La période autrichienne[modifier | modifier le code]

Le retour de Tournai dans le giron des Pays-Bas ne profita pas à la ville sous le règne de Charles VI. Administrativement, elle cessa de jouer le rôle important que Louis XIV lui avait dévolu, notamment par l'établissement du Parlement des Flandres, et retomba au niveau d'une quelconque ville de province. Économiquement, elle souffrit d'être privée de débouchés vers les marchés français. Elle dut par ailleurs supporter le poids de l'entretien d'une garnison hollandaise.

L'avènement de l'impératrice Marie-Thérèse entraîna un nouveau siège de Tournai au cours de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748). En 1745, une armée française commandée par le Maréchal de Saxe encercla la ville. Dès le , les travaux d'approche commencèrent et le , les Français commencèrent à canonner les remparts. À l'approche d'une armée composée d'Anglais, d'Autrichiens et de Hollandais, le Maréchal de Saxe, laissant une partie de ses troupes devant Tournai, se porta vers ses adversaires et les défit à la bataille de Fontenoy. Le , les Français victorieux reprirent le siège de Tournai. La ville se rendit le 23. La garnison hollandaise tenait néanmoins toujours la citadelle et se défendit avec acharnement, faisant un usage judicieux de son système de contre-mines. Comme lors du siège de 1709, la garnison se retrouva à court de vivres et de munitions et obtint de pouvoir quitter la ville avec les honneurs de la guerre. Le , le roi Louis XV faisait son entrée dans la ville. L'occupation française fut de courte durée. Par le traité d'Aix-la-Chapelle (1748), Louis XV restitua ses conquêtes et Tournai retourna à l'Autriche.

Le reste du règne de Marie-Thérèse se déroula sous de meilleurs auspices sur le plan économique, notamment dans le domaine de la bonneterie et des filatures. Cette époque vit également la naissance et le développement de la porcelaine de Tournai. En 1750, Le Lillois François-Joseph. Péterinck avait créé une fabrique de porcelaine qui prit bientôt le nom de «Manufacture impériale et royale». Son renom s'étendit loin au-delà de Tournai, rivalisant avec la porcelaine de Sèvres ou de Saxe. Il en allait de même des tapis de la firme Piat Lefèbvre et fils, qui faisait vivre 1 200 ouvriers en 1786. La croissance démographique de Tournai était tout aussi éloquente: la population passa de 21 392 habitants en 1746 à 25 726 en 1786.

En 1781, Joseph II succéda à sa mère. Contrairement à cette dernière, il vint visiter Tournai en . La ville lui réserva un bon accueil. Ce souverain féru des Lumières se lança dans des réformes mal comprises, qui finirent par lui aliéner la population. Ses premières mesures modifièrent le paysage de Tournai. Il obtint le démantèlement des places fortes remontant au Traité de la Barrière, faisant raser les bastions de la citadelle qui remontait à louis XIV. L'esplanade qui précédait cette dernière fit place à un nouveau quartier. Dans le domaine religieux, il procéda à la suppression de nombreux couvents, dont à Tournai ceux des clarisses, des Croisiers et des Célestins, dont les bâtiments furent affectés à de nouvelles destinations. Joseph II était réformiste jusqu'à la méticulosité: il bannit les cimetières de l'intérieur des villes et on lui doit à Tournai la création des cimetières Nord et Sud. Il s'engagea ensuite dans des réformes administratives et judiciaires qui provoquèrent une levée de boucliers. En 1787, il bouleversa l'ancien système de duchés et de comtés des Pays-Bas, qu'il remplaça par neuf «cercles». Tournai et le Tournaisis auxquels étaient adjoints Courtrai, Ypres, Roulers et meni, devaient former un de ces cercles. Dans la foulée, Joseph II remodela le système judiciaire, supprimant toutes les anciennes juridictions et les remplaçant par 63 tribunaux de Première instance. Tournai était l'un d'entre eux. Cette dernière réforme suscita une irritation telle qu'elle fut suspendue par les gouverneurs généraux des Pays-Bas. À cette occasion fut créée à Tournai une «société patriotique» et les 10 et , les magistrats de Tournai arborèrent les couleurs du Brabant qui était à la tête de l'opposition.

États-Belgiques Unis[modifier | modifier le code]

Il fallut cependant rapidement déchanter. Joseph II renia les concessions des gouverneurs généraux et exigea l'envoi à Vienne d'une délégation des États provinciaux. Celle-ci fut constituée à Bruxelles en , avec la participation de six personnalités tournaisiennes. L'entrevue s'étant soldée par un échec, la situation s'envenima. En éclata une révolte, à laquelle les Tournaisiens ne participèrent pas dans un premier temps. Ce n'est que le que les partisans tournaisiens de la révolution formèrent un «comité général». Leurs revendications, qui tendaient à un retour au régime des bannières de 1423, avaient un caractère à la fois «démocratique et rétrograde»[32], «progressiste dans son désir d'égalité sociale, mais retardataire dans ses moyens jusqu'au point de retourner au Moyen Âge»[33]. À Tournai, le conflit avec le pouvoir central autrichien se doubla d'une lutte interne entre le pouvoir existant des Consaux et les métiers. Ces derniers prétendirent envoyer seuls au nom de Tournai des députés au congrès qui aboutit à la contrition des États-Belgiques Unis. Finalement on arriva à un accord et Tournai envoya cinq députés au congrès. La chambre des Métiers s'activa pour jouer un rôle dans les affaires de la cité. Après avoir réclamé la dissolution des Consaux le , elle obtint finalement une modification de l'administration dont les métiers constituèrent le troisième collège.

Joseph II étant décédé, son successeur, Léopold II, changea de politique. Habile négociateur, il parvint à regagner des soutiens, notamment dans la paysannerie du Tournaisis. Ce ne fut que dans le courant de 1790 qu'on put observer un regain de soutien aux États provinciaux, lequel se traduisit le par une manifestation massive des habitants des 43 villages du Tournaisis. Le mouvement révolutionnaire connut ensuite un reflux. Face à l'empereur assuré de l'appui de l'Angleterre et de la Prusse. Tournai, comme les autres provinces, se résigna à un retour des Autrichiens. Au vu d'une situation militaire devenue désastreuse, la position des consistoires de Tournai d'y poser des conditions politiques était illusoire. L'armée des États-Belgiques Unis se débanda et le , 400 hussards d'Esterhazy prirent garnison à Tournai. Le , l'empereur rétablit l'administration de Tournai telle qu'elle existait avant la révolution.

La période de la Révolution et de l'Empire[modifier | modifier le code]

L'occupation française[modifier | modifier le code]

À peine revenue dans le giron de l'Autriche, Tournai se retrouve dans une zone de combats après la déclaration de guerre de la France à l'Autriche (1792).

Après la bataille de Jemappes, les Autrichiens évacuèrent Tournai dans la nuit du 7 au . Les révolutionnaires français tentèrent de se concilier la population en faisant savoir par une proclamation que l'occupation serait supportée par les ordres privilégiés. Des Tournaisiens favorables à la révolution fondèrent un club des «Amis de la Liberté et de l'Égalité». Par ailleurs, une «Administration provisoire» se substitua aux Consaux à la tête de la ville. Ses membres se conduisirent avec modération et ne donnèrent pas suite la demande des «Amis de la Liberté» de porter l'écharpe tricolore[34]. L'aigle impérial autrichien qui surmontait le beffroi en avait été descendu le et remplacé par le bonnet phrygien, symbole de la révolution. Les choses prirent bientôt un tour plus désagréable. Après que l'Assemblée nationale eut rendu le un décret supprimant toutes les autorités, institutions, impôts et coutumes de l'Ancien Régime, les administrateurs provisoires de Tournai émirent une protestation et refusèrent d'assister à sa publication sur la grand-place par le général O'Moran.

Deux élections en vue de renouveler l'Administration provisoire - le et le - n'ayant pas donné le résultat souhaité par les autorités occupantes, furent annulées sous des prétextes fallacieux et la nouvelle administration fut nommée par les commissaires nationaux envoyés de Paris. Le , les Tournaisiens furent appelés à se prononcer sur l'avenir de la ville. Dûment haranguée par le commissaire national Dieudonné Thiébault, l'assemblée se prononça «d'une voix unanime et par acclamation» pour la réunion à la France. Ce vœu fut transmis à la Convention, qui décréta le que Tournai et le Tournaisis feraient désormais partie intégrante du territoire de la République.»[35].

Entre-temps la fortune des armes avait changé de camp : les Français, défaits à la bataille de Neerwinden, quittèrent la ville où les Autrichiens rentrèrent le . Ces derniers rétablirent aussitôt l'ancienne magistrature.

La ville sous l'empire[modifier | modifier le code]

Tournai est intégré dans le département du Jemmappes, le blocus continentale accélère le développement de la ville.

Période du Royaume uni des Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Monument rappelant le souvenir des soldats français morts durant le siège de la citadelle d'Anvers en 1832. (Tournai, place de Lille)

Période du royaume de Belgique[modifier | modifier le code]

Le XIXème siècle[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au début de la guerre, contrairement à toute attente, l'armée française défendit des positions dans et autour de Tournai. L'épisode le plus connu est celui des 83e et 84e régiments de la 88e division territoriale française qui subirent de lourdes pertes le en tentant de ralentir l'avance allemande. Ces soldats venaient de Vendée et leur héroïsme fut commémoré après la guerre par le monument connu sous le nom de «Monument des Vendéens». Le , pendant la course à la mer des belligérants, Tournai vit brièvement revenir des troupes françaises. Elles quittèrent à nouveau la ville le 1er octobre. La ville subit ensuite quatre années d'occupation allemande, faites, comme ailleurs en Belgique, de déportations, de réquisitions et de privations. À la fin de la guerre, Tournai se retrouva dans la zone des opérations. Le , les Allemands en retraite firent sauter tous les ponts de la ville, sauf le Pont des Trous. Le le roi Albert Ier et la reine Elisabeth firent leur entrée dans la ville.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]

Le dépôt des Archives de l'État à Tournai conserve de nombreuses archives sur Tournai et les environs : archives d'Ancien Régime, registres paroissiaux et registres de l'état civil de plus de 100 ans, archives notariales, archives du Tribunal des Dommages de Guerre de Tournai (1912) 1919-1927, archives Manufacture Royale des Tapis de Tournai, archives du Bureau des Travaux publics de la Ville de Tournai (1817) 1830-1945, archives de la prison de Tournai (1821-1975), archives de l'Athenée royal Jules Bara à Tournai (1852-1974), archives du Cercle royal d’Escrime tournaisien (1884–2007), etc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notitia Galliarum, VI, édition de A. W. Byvanck, Excerpta Romana. De bronnen der romeinsch geschiedenis van Nederland, t. I, La Haye, 1931, p. 569.
  2. S. Hieronymus, épist. XCI, ad Agueruchiam, t. IV, Paris, 1706
  3. Elle a été laissée sur place après les fouilles, car l'air libre l'endommageait.
  4. Son tracé exact est inconnu.
  5. Notitia Dignitatum Occidentis, XI, ed. A. W. Byvanck, op. cit., p. 569.
  6. Notitia Dignitatum Occidentis, XXVIII, ed. A. W. Byvanck, op. cit., p. 571.
  7. A.-G.-B. Schayes La Belgique et les Pays-Bas, avant et pendant la domination romaine, Emm. Devroye, Bruxelles, 1858, t. II, p. 284
  8. Paul Rolland « Le diplôme dit "de Chilpéric" à la cathédrale de Tournai », in Bulletin de la Commission royale d’histoire, 90 (1926), pp. 143-188.
  9. Milon d’Elnone, Vita sancti Amandi, p. 589, 38-39
  10. Actes de Charles III le Simple, p. 1-4, no 2
  11. Alexandre-Guillaume Chotin, Histoire de Tournai et du Tournaisis, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Tome II, 1840, p. 9
  12. La lettre originale de Jeanne d'Arc a brûlé lors des bombardements de mai 1940. La traduction ci-dessus est le contenu restitué en français moderne par Maurice Houtart en 1908 du texte suivant en vieux français : Gentilz loiaux Franchois de la ville de Tournay, la pucelle vous faict savoir des nouvelles de par dechà que en VIII jours elle a cachié les Anglois hors de toutes les places qu'ilz tenoient sur la rivire de Loire, par assaut ou aultrement ; où il en a eu mains mors et prinz, et lez a desconfis en bataille. Et croiés que le comte Suffort, Lapoule son frère, le sire de Tallebord, le sire de Scallez, et messires Jehan Falscof et plusieurs chevaliers et capitainez ont esté prinz, et le frère du comte de Suffort et Glasdas mors. Maintenés vous bien loiaux Franchois, je vous en pry, et vous pry et vous requiers que vous soiés tous prestz de venir au sacre du gentil roy Charles à Rains où nous serons briefment, et venés au-devant de nous quand vous saurés que nous aprocherons. A Dieu vous commans, Dieu soit garde de vous et vous doinst sa grace que vous puissiés maintenir la bonne querelle du royaume de France. Escript à Gien le XXVe jour de juing.
  13. Le 24 août 1463, le roi expédie cette lettre dont une copie est conservée dans les Archives municipales de Tournai : «De par le roy. Tres chiers et bien amez, pour le bien et l'utilite de la chose publicque de nostre royaume et pour acroistre et augmenter nostre domaine et y reunir et remettre le plus que porons les choses alienees par noz predecesseurs, ainsy qu'a nostre sacre et couronnement l'avons jure et promis, nous sommes conclus et determines de presentement racheter et rejoindre a nostre dit domaine les villes, places, terres et seignouries de nostre pays de Picardie, que feu nostre tres chier seigneur et pere, que Dieu absoille, bailla et engaga par le traitie d'Aras, a nostre tres chier et tres ame oncle le duc de Bourgongne, pour la somme de quatre cens mil escus, de laquelle somme nous avons trouve moyen d'avoir et prendre de nostre propre espargne, jusques a deux cens mil escus ; et le surplus, montant autres ije mil escus, veu les grans charges et affaires que avons eu et avons continuelment a supporter, ne porions bonnement sy promptement furnir sans l'ayde et subvention de noz bons et loyaux subges. Et pour ce que, entre les autres, vous estes en nostre endroit tousjours continuelment employes, comme bons, vrais et loyaulx subges, au bien de la chose poublicque de ce royaume, aussy que le recouvrement des dictes villes qui sont fort prochaines de vous, redonde a vostre grant bien et seurte, nous sommes deliberez de vous requerir et employer pour nous aidier en ceste matiere. Et a ceste cause envoyons presentement par dela nostre ame et feal conseiller, maistre ...... pour sy necessaire et fructueuse chose, ne nous voldriez faillir. Et du plaisir que nous ferez aurons bien memore, et tousjours vous en aurons en plus especialle et singuliere recommandation. Donne a Paris, le XXIIIIe d'aoust. Ainsy souscirptes.» Cité dans : LOYS. J. BOURRE (secrétaire). Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome II p. 145-146, Librairie Renouard, Paris 1885
  14. Trois lettres patentes de Louis XI, le Bourg de la Riche-lèz-Tours, le 8 décembre 1477, p. 310 ainsi que p. 311 et p. 312
  15. Alexandre-Guillaume Chotin, Histoire de Tournai et du Tournésis, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Tome II, 1840, p. 54
  16. Le roi, avec l'aide financière des Tournaisiens, paya 50 000 écus d'or. The English Occupation of Tournai 1513-1519, p. 275
  17. Les enceintes urbaines en Hainaut, p. 245
  18. Rolland 1956, p. 185
  19. Chotin 1840, p. 117.
  20. Ce titre subsistera jusqu'à Joseph II.
  21. Hervé Hasquin, Dictionnaire d'histoire de Belgique, Didier Hatier, 1988, p. 459
  22. Une grande différence entre le cercle de Bourgogne et les Pays-Bas de 1549 est que le cercle de Bourgogne incluait la Franche-Comté (comté de Bourgogne). Celle-ci revient au roi d'Espagne en 1555, mais hors des Pays-Bas espagnols.
  23. Marguerite de Parme est la fille de Charles Quint et de Jeanne van der Gheynst.
  24. 1559 est l'année du traité du Cateau-Cambrésis, qui conclut une nouvelle défaite de la France, et du départ de Philippe II des Pays-Bas, déjà exaspéré par l'attitude selon lui trop frondeuse de la haute noblesse néerlandaise (notamment le comte d'Egmont).
  25. Au départ, le surnom de « Gueux » a été donné aux nobles signataires du Compromis des Nobles (mars 1566), puis ils l'ont repris à leur compte pour s'en glorifier.
  26. Cette crise iconoclaste place les opposants politiques à Philippe II, même les protestants, dans une situation difficile, car ils essayaient d'atténuer les oppositions religieuses entre eux. Aucun des leaders (Orange, Egmont, Horn) ne cautionne ce mouvement, la rupture avec le gouvernement n'interviendra qu'en 1567, après l'arrestation et la condamnation à mort d'Egmont et de Horn.
  27. Martin Barros, Nicole Salat et Thierry Sarmant. Vauban - L’intelligence du territoire. Éditions Nicolas Chaudun et Service historique de l'armée, Paris, 2006. Préface de Jean Nouvel. 175 p, (ISBN 2-35039-028-4), p. 166
  28. Rolland 1956, p. 231.
  29. Rolland 1956, p. 232.
  30. Rolland 1956, p. 244.
  31. Yves Krumenacker, Entre calvinistes et catholiques : Les relations religieuses entre la France et les Pays-Bas du Nord (XVIe-XVIIIe siècle), Presses universitaires de Rennes, (ISBN 9782753567658, lire en ligne), « Les églises de la Barrière », p. 345-365.
  32. Rolland 1956, p. 286.
  33. Rolland 1956, p. 287.
  34. Milet 1986, p. 81.
  35. Milet 1986, p. 248.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Rolland, Histoire de Tournai, Casterman,
  • A.-F.-J. Bozière Tournai. Ancien et Moderne, Éditions Culture et Civilisation, Bruxelles, 1974
  • Alexandre-Guillaume Chotin, Histoire de Tournai et du Tournésis, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Massart et Janssens,
  • Joseph Alexis Poutrain Histoire de la Ville et Cité de Tournai
  • Jean Dumoulin et Jacques Pycke Tournai, coll. Cités de Belgique, Éditions Artis-Historia, Bruxelles, 1986
  • Albert Milet, Tournai et le Tournaisis sous le bonnet rouge (1792-1793), Publications extraordinaires de la société royale d'histoire et d'archéologie, tome III,
  • Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, Les enceintes de Tournai des origines aux XIXe siècle, Publications extraordinaires, tome II, Tournai, 1985
  • (en) Charles Greig Cruickshank, The English Occupation of Tournai 1513-1519, Clarendon Press, Oxford, 1971, (ISBN 0198223439)
  • Les enceintes urbaines en Hainaut, Crédit Communal de Belgique, Bruxelles, 1983

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]