Marie de Bourgogne

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Marie de Bourgogne
Illustration.
La duchesse Marie par Michael Pacher, vers 1490, Heinz Kisters Collection, Kreuzlingen.
Titre
Duchesse de Bourgogne

(5 ans, 2 mois et 22 jours)
Prédécesseur Charles le Téméraire
Successeur Philippe le Beau
Biographie
Dynastie Valois-Bourgogne
Date de naissance
Lieu de naissance Bruxelles
Blason du duché de Brabant Duché de Brabant
Drapeau des Pays-Bas bourguignons Pays-Bas bourguignons
Date de décès (à 25 ans)
Lieu de décès Prinsenhof, Bruges
Drapeau de Flandre Comté de Flandre
Drapeau des Pays-Bas bourguignons Pays-Bas bourguignons
Sépulture Église Notre-Dame de Bruges
Père Charles le Téméraire
Mère Isabelle de Bourbon
Conjoint Maximilien de Habsbourg
Enfants Philippe le Beau Red crown.png
Marguerite d'Autriche

Marie de Bourgogne
Ducs de Bourgogne

Marie de Bourgogne, née à Bruxelles le et morte au Prinsenhof de Bruges le , est une princesse de la maison de Valois-Bourgogne, duchesse titulaire de Bourgogne de à .

Fille unique du duc Charles le Téméraire, tué lors de la bataille de Nancy du , elle se retrouve, à 19 ans, à la tête d'un État bourguignon fragilisé. Elle passe l'essentiel de ses années de règne à défendre ses droits à l'héritage de son père, disputé par le roi de France, aidée en cela par sa belle-mère Marguerite d'York. Son mariage en avec Maximilien d'Autriche oriente pour près de deux siècles la géopolitique de l'Europe. Elle est la mère de Philippe le Beau, père de Charles Quint.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et enfance[modifier | modifier le code]

Marie est née le au palais du Coudenberg à Bruxelles, dans le duché de Brabant. Ses parents, Charles le Téméraire et Isabelle de Bourbon sont cousins germains, tous deux de sang royal français (son père descend en ligne directe de Jean II le Bon et sa mère de Saint Louis par Robert de Clermont).

Elle est baptisée (précisément Marie-Blanche) quatre jours plus tard à la chapelle du palais par l'archevêque de Cambrai, Jean VI de Bourgogne, bâtard de son arrière-grand-père Jean sans Peur. Sa marraine est sa grand-mère, la duchesse de Bourgogne Isabelle de Portugal ; et son parrain le dauphin Louis, alors en froid avec le roi Charles VII et réfugié à Genappe. Son grand-père, Philippe le Bon, n'assiste pas à la cérémonie.

Marie passe ensuite quelques années au château du Quesnoy, ancienne résidence des comtes de Hainaut.

Vers l'âge de six ans, elle quitte le château du Quesnoy, trop exposé aux armées de Louis XI, pour celui des Walles à Gand. Elle y passe la majeure partie de son enfance, alors que ses parents s'installent à Gorcum, en Hollande. Comme tous les membres de la maison Valois de Bourgogne, sa langue maternelle est le moyen français, mais elle apprend également le thiois et le latin. Elle lit beaucoup, notamment le Roman de la rose, et apprend à jouer du clavicorde.

À l'âge de huit ans, elle perd sa mère, victime de la tuberculose, et son grand-père le duc Philippe. Elle participe alors à la tournée inaugurale de son père qui, nouveau duc de Bourgogne, l'habitue très jeune à la vie publique.

En 1468, Charles le Téméraire se remarie avec Marguerite, fille du duc Richard d'York et sœur du roi Édouard IV d'Angleterre, à Damme. Il donne des festivités grandioses, d'un luxe fastueux, à Bruges[1], qui devient la ville préférée de Marie. La nouvelle épouse du duc voit peu son mari et n'a pas d'enfant, mais elle reporte toute son affection maternelle sur Marie.

Projets de mariage[modifier | modifier le code]

Seul enfant de Charles le Téméraire, Marie est son unique héritière. Son père tente de forger une alliance contre Louis XI avec le roi Jean II d'Aragon qui demande en 1462 la main de Marie, alors âgée 5 ans, pour son fils, le futur Ferdinand le Catholique, âgé de 10 ans.

Un autre projet de mariage est envisagé en 1471 avec le frère cadet de Louis XI, Charles, ennemi juré du roi, qui s'y oppose et demande au pape Paul II de ne pas accorder la dispense nécessaire au mariage, en raison des liens de parenté. Le pape ayant néanmoins accordé sa dispense, Louis XI rappelle alors à son frère son serment à Saintes et l’avertit qu’en cas de naissance d’un fils, la succession lui échapperait. Il prétend même Marie de Bourgogne atteinte de la syphilis. Enfin, pour empêcher ce mariage, Louis XI va jusqu’à demander la main de Marie pour son propre fils, âgé d'un an seulement, avec promesse de donner Amiens et Saint-Quentin. Charles meurt cependant en 1472.

Par la suite, le duc Charles propose également à l'empereur Frédéric III la main de Marie pour son fils et héritier Maximilien, en échange de quoi l'empereur ferait élire le Téméraire roi des Romains ou érigerait la Bourgogne en royaume. Si l'empereur est intéressé par ce mariage qui renforcerait la dynastie habsbourgeoise, il finit par décliner la proposition pour des raisons de politique intérieure, sans jamais totalement la perdre de vue. C'est bien cette solution matrimoniale qui finit d'ailleurs par prévaloir après la mort du duc.

Enfin, est également envisagé en 1473 un mariage avec le jeune duc de Lorraine Nicolas Ier, qui se bat aux côtés de la Bourgogne et participe à l'invasion de la Picardie, ainsi qu'au siège de Beauvais. L'union des maisons de Bourgogne et de Lorraine permettrait à terme de créer un royaume d'un seul tenant entre la Bourgogne et la Mer du Nord, une seconde Lotharingie. Cependant le jeune duc meurt subitement à l'âge de 25 ans en tentant de prendre Metz en 1473. Tout comme pour la mort de son autre prétendant Charles de France en 1472, on soupçonne vite Louis XI de l'avoir fait empoisonner.

L'héritière la plus riche d'Europe[modifier | modifier le code]

Marie de Bourgogne peu après la mort de son père lisant son livre d'heures (livre d'heures de Marie de Bourgogne, p. 14 verso)

Tant que le duc Charles est en vie, Marie n'est que l'héritière potentielle. Tout bascule le , sous les murs de Nancy : son père, à la tête d'une armée affaiblie, meurt d'un coup de hallebarde face aux troupes du duc de Lorraine appuyées par d'importants contingents suisses. Marie n'a pas vingt ans. Malgré un puissant sentiment d'attachement à la dynastie bourguignonne, la duchesse est trop jeune et trop inexpérimentée pour incarner le pouvoir face au risque de l'invasion française. De plus, les guerres incessantes et les réformes autoritaires de son père ont provoqué tensions politiques et crise économique dans ses États. La situation est telle que lors des obsèques du duc, le 25 janvier, en l'église Saint-Jean de Gand, le peuple gronde devant le faste de la cérémonie.

Révolte des Pays-Bas bourguignons[modifier | modifier le code]

La duchesse Marie de Bourgogne.

Les vastes possessions sur lesquelles Marie de Bourgogne règne désormais vivent une situation économique difficile, liée à une crise démographique aggravée par les guerres continuelles, ainsi qu'au blocus économique imposé par Louis XI, qui augmente le coût des denrées alimentaires. Enfin, des épidémies de peste frappent régulièrement la population.

Dans les Pays-Bas bourguignons, les villes se révoltent contre le centralisme économique et administratif imposé par les ducs de Bourgogne. Écartant l'idée d'une alliance française et l'éventualité d'un mariage avec Charles[2], le dauphin de France (à peine âgé de neuf ans, soit onze de moins qu'elle), Marie se tourne vers ses sujets des Pays-Bas afin qu'ils la protègent des visées du roi Louis XI. Elle convoque donc les États généraux et leur octroie, le , une charte de droits, le Grand Privilège. Cette charte accorde de nombreuses concessions, permettant notamment le retour à une autonomie des villes et des provinces en rétablissant les droits, privilèges, libertés et coutumes qui existaient avant la paix de Gavre. Marie se déplace dans plusieurs grandes villes afin d'asseoir son autorité et faire valoir son héritage.

Louis XI profite de cette situation délétère pour attaquer les terres bourguignonnes en janvier-février 1477. Georges de la Trémoille envahit le duché de Bourgogne et la Franche-Comté et assiège Dijon avec Charles Ier d'Amboise et les troupes de Jean IV de Chalon-Arlay (mais ce dernier, dès la fin février 1477, furieux de ne pas avoir été nommé gouverneur de la comté de Bourgogne car La Trémoïlle avait reçu du roi Louis le gouvernement des deux Bourgognes ducale et comtale, abandonne le camp royal pour celui de Marie). La conquête française de la Franche-Comté en 1477-1480 est dure, semée de violences, d'incendies, de destructions, de ruines et de pillages ; comme l'Artois et le Charolais, la Comté ne retournera aux enfants de Marie, Philippe et Marguerite sous la tutelle de leur père l'empereur Maximilien, qu'au traité de Senlis (1493) passé avec le fils de Louis XI, Charles VIII. Le 15 janvier 1477, l'amiral de Bourbon franchit la Somme et envahit la Picardie et l'Artois.

Dans le même temps, il entame une série de procédures juridiques pour justifier les conquêtes qu'il espère maximales. La principale est un procès posthume en lèse-majesté contre le Téméraire, qui lui permettrait de saisir tous les fiefs mouvants de la Couronne ayant appartenu au feu duc (duché de Bourgogne, Flandre, Artois, Picardie) sans tenir compte des éventuels droits de Marie. Celle-ci était en effet juridiquement autorisée à réclamer l'ensemble des biens de son père, puisque ces territoires relevant de la France (dont la Franche-Comté ne faisait pas partie) étaient des fiefs, ignorant donc le principe (encore flou) de masculinité des apanages[3],[4]. Charles le Téméraire s'était d'ailleurs déclaré souverain et avait délié ces terres de la suzeraineté française. Marguerite d'York et Marie de Bourgogne vont charger leurs conseillers de défendre leurs droits en procédant aux recherches nécessaires dans les archives des territoires contestés ; le résultat de ces travaux se trouve dans un célèbre mémoire attribué au juriste et diplomate Jean d'Auffay, au service de la famille depuis plusieurs années.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

L'empereur Maximilien avec son fils Philippe le beau, sa femme Marie de Bourgogne, ses petits-fils Ferdinand et Charles Quint, et Louis II de Hongrie (époux de sa petite-fille Marie), XVIe siècle, Kunsthistorisches Museum, Vienne.
Maximilien & Marie.

Marie de Bourgogne épouse par procuration le le futur empereur du Saint-Empire Romain Germanique Maximilien Ier de Habsbourg. Le procurateur de Maximilien était Louis du Palatinat. Le mariage est célébré effectivement le suivant. C'est donc l'alliance impériale, envisagée dès 1473 et négociée par l'évêque de Metz, Georges de Bade, qui se concrétise. Maximilien prend en main la défense des États de sa femme avec énergie : il met en sécurité les provinces flamandes et le Hainaut. L'Artois, la Franche-Comté, le Charolais et plusieurs petites seigneuries restent dans une situation incertaine, en revanche la Picardie et le duché de Bourgogne sont solidement occupés par la France. La question du droit du roi de France sur les biens de sa filleule restera longtemps discutée et la mort de Marie ne fera que les amplifier.

Maximilien et Marie connaissent un mariage heureux. L'Autrichien fait de son voyage vers sa promise le sujet de la plus célèbre de ses œuvres, le Theuerdank. Ils ont trois enfants, dont seulement deux survivent :

Décès[modifier | modifier le code]

Tombeau de Marie de Bourgogne, par Jan Borreman (église Notre-Dame de Bruges)

Marie meurt accidentellement le , des suites d'une chute de cheval dans la forêt de Wynendaele, lors d'une chasse au faucon en compagnie de son époux. Quelques jours s'écoulent entre sa chute et sa mort, ce qui lui laisse le temps de dicter en détail ses dernières volontés ; elle n'a que 25 ans. Elle est enterrée en l'église Notre-Dame de Bruges. En 1793, des révolutionnaires français profanent la tombe de Marie de Bourgogne, si bien qu’une recherche fut entreprise pour vérifier l’identité du corps qui repose sous le gisant[5].

Son fils Philippe, alors âgé de trois ans, hérite des prétentions au titre de duc de Bourgogne et du reliquat de l'État bourguignon. Maximilien prend la tête d'une régence difficile que lui disputent les villes et les provinces des Pays-Bas. Louis XI profite de cette nouvelle crise dynastique pour imposer un nouveau traité assez dur aux héritiers du Téméraire. Cela provoquera de nombreuses guerres d'héritage entre la Maison de France et la Maison de Habsbourg, et cela jusqu'au retournement des alliances de 1756 que concrétisera le mariage du futur Louis XVI de France et de l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche en 1770.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mariage du siècle, reconstitué depuis à Bruges tous les ans pour les touristes
  2. Jean Favier, Louis XI, Fayard, 2001, p. 729.
  3. Wim Blockmans, « La position du comté de Flandre dans le royaume à la fin du XVe siècle », in La France du XVe siècle, renouveau et apogée, Paris, CNRS, 1985, p. 73 : « Il est clair qu'en 1477 Louis XI ne se soucia pas de la légitimité de ses actes, mais il ne se fia qu'aux rapports de force, son but étant le démantèlement complet de l'État bourguignon. »
  4. Voir par ex. Bertrand Schnerb, « La plus grande héritière du monde », dans Bruges à Beaune. Marie, l'héritage de Bourgogne, Paris, 2000, 21-37, ici 23.
  5. Puech P.-F. et Cianfarani F., « La Paleondotologie », Les dossiers de l'archéologie, no 97,‎ , p. 28-33 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Cazaux, Marie de Bourgogne, témoin d'une grande entreprise à l'origine des nationalités européennes, Paris, Albin Michel, 1987, 374 p., présentation en ligne, présentation en ligne.
  • Georges-Henri Dumont, Marie de Bourgogne, Paris, Fayard, 1982, 366 p.
  • Olga Karaskova, « Le mécénat de Marie de Bourgogne : entre dévotion privée et nécessité politique », in Élizabeth L'Estrange, Laure Fagnart (éd.), Le mécénat féminin en France et en Bourgogne, XVe-XVIe siècles. Nouvelles perspectives, Le Moyen Âge, t. CXVII, fasc. 3-4, 2011, p. 507-529.
  • Jean Robert de Chevanne, « Les États de Bourgogne et la réunion du Duché à la France en 1477 », Mémoires - Société d'archéologie de Beaune (Côtes-d'Or), Beaune, Imprimerie beaunoise,‎ , p. 195-245 (lire en ligne).
  • Jean Robert de Chevanne, « les débuts de la campagne en 1478 en Bourgogne », Mémoires - Société d'archéologie de Beaune (Côtes-d'Or), Beaune, Imprimerie beaunoise,‎ , p. 289-306.
  • Jean Robert de Chevanne, « Étude sur deux documents relatifs à l'insurrection bourguignonne en 1478 », Mémoires - Société d'archéologie de Beaune (Côtes-d'Or), Beaune, Imprimerie beaunoise,‎ , p. 46-47.
  • (en) Jelle Haemers, For the Common Good : State Power and Urban Revolts in the Reign of Mary of Burgundy (1477-1482), Turnhout, Brepols, coll. « Studies in European Urban History » (no 17), , 319 p. (ISBN 978-2-503-52986-8, présentation en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne].
  • Amable Sablon du Corail, La guerre, le prince et ses sujets : les finances des Pays-Bas bourguignons sous Marie de Bourgogne et Maximilien d'Autriche (1477-1493), Turnhout, Brepols, coll. « Burgundica » (no 28), , 632 p. (ISBN 978-2-503-58098-2).
  • Encyclopædia Britannica (11e édition), 1911 (publication tombée dans le domaine public).
  • Lucie Jardot, Sceller et gouverner. Pratiques et représentations du pouvoir des comtesses de Flandre et de Hainaut, XIIIe-XVe siècle, PUR, 2020.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Dans la série Marie de Bourgogne (2017) son rôle est interprété par Christa Théret.

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]