Louis de Jaucourt

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Louis de Jaucourt (Chevalier de Jaucourt)
Description de l'image ChevalierLouisJaucourt.jpg.
Naissance
Paris
Décès (à 74 ans)
Compiègne
Activité principale
Auteur
Mouvement Lumières

Le chevalier Louis de Jaucourt, né à Paris le et mort à Compiègne le [1], est un médecin, philosophe et encyclopédiste français. Jusqu'en 1736 au moins, il écrit sous le nom de Louis de Neufville.

Homme d'une immense culture, membre des académies de Berlin, de Stockholm et de Bordeaux, Jaucourt compte parmi les plus importants collaborateurs scientifiques de l’Encyclopédie. En plus de nombreux articles touchant à la médecine et à la science dans l’Encyclopédie, il est également l’auteur d’une Vie de Leibniz, ainsi que d’un grand nombre de mémoires adressés à diverses académies ou sociétés savantes[2].

A la fin de sa vie, il se retire à Compiègne, où il emploie le jeune Mercier de Compiègne comme secrétaire.

On ne lui connait aucun mariage ni aucune descendance.

Une encyclopédie perdue[modifier | modifier le code]

Bien qu'officiellement convertie au catholicisme, sa famille, de vieille noblesse bourguignonne et protestante, est en butte à la suspicion des autorités. C'est pourquoi, lorsque ses parents cherchent à exploiter leurs réseaux familiaux huguenots à l'étranger pour offrir à leur fils une formation universitaire satisfaisante, ce dernier est-il obligé d'utiliser un nom d'emprunt pour étudier à l'université de Genève la théologie protestante[3]. Il se consacre ensuite aux mathématiques et à la physique à l'université de Cambridge, puis à la médecine à l'université de Leyde[3], où il fait la connaissance de Tronchin et de Boerhaave[4] et obtient un doctorat en médecine, sans toutefois avoir l’intention de pratiquer cet art. Il revient en France en 1736.

Il consacre 20 ans de sa vie (1730–1750) à consigner ses connaissances médicales dans un grand dictionnaire encyclopédique, son Lexicon medicum universalis. Malheureusement, le manuscrit, dont il n’existait aucune copie, disparaît dans le naufrage (1750) du vaisseau qui l’amenait à l’imprimeur hollandais à Amsterdam.

Le , Louis de Jaucourt devient membre de la Royal Society de Londres et en 1764 de l'académie de Berlin[5].

L'esclave de l’Encyclopédie[modifier | modifier le code]

Le premier article signé de Jaucourt est l'article Bysse inséré dans le volume 2, publié en 1752. À partir de cette date, l'implication de Jaucourt croîtra jusqu'à la fin de l'aventure éditoriale (1765), en dépit des suspensions de la publication et les dangers. Il a ainsi rédigé près de la moitié des articles des derniers tomes, ou près de 17 000 pour un total de 68 000 (soit un sur quatre)[6].

En 1765, après huit ans d’interdiction, la publication de l'Encyclopédie reprend. Le travail inlassable de Jaucourt, aidé de secrétaires qu’il paye de sa poche[7], allant jusqu’à rédiger quatre articles par jour, n'est pas étranger à la publication d'un coup des dix derniers volumes : une contribution sur deux émanait de la plume de celui que Diderot surnomma l’« esclave de l’Encyclopédie »[7].

Publiquement, Diderot faisait l’éloge de Jaucourt. Il fait son éloge dans l'Avertissement du tome 8 (1765) :

« Si nous avons poussé le cri de joie du matelot, lorsqu’il aperçoit la terre, après une nuit obscure qui l’a tenu égaré entre le ciel et les eaux, c’est à M. le Chevalier de Jaucourt que nous le devons. Que n’a-t-il pas fait pour nous, surtout dans ces derniers temps ? Avec quelle constance ne s’est-il pas refusé à des sollicitations tendres et puissantes qui cherchaient à nous l’enlever ? Jamais le sacrifice du repos, de l’intérêt et de la santé ne s’est fait plus entier et plus absolu. Les recherches les plus pénibles et les plus ingrates ne l’ont point rebuté. Il s’en est occupé sans relâche, satisfait de lui-même, s’il pouvait en épargner aux autres le dégoût. Mais c’est à chaque feuille de cet ouvrage à suppléer ce qui manque à notre éloge ; il n’en est aucune qui n’atteste et la variété de ses connaissances et l’étendue de ses secours. »

En privé pourtant, à travers sa correspondance en tous cas Diderot se montrait plus nuancé à l'égard de celui qu'il traite de pédant : « Ne craignez pas qu'il s'ennuie de moudre des articles : Dieu le fit pour cela[8]. » .

Les contributions de Jaucourt touchent tous les domaines du savoir (histoire, géographie, sciences, politique) mais en particulier la médecine et la biologie, domaine où il se montre mécaniste et donc en opposition avec Menuret de Chambaud dont les contributions épousent le vitalisme. Il est également l'un des quatre contributeurs aux articles d'astronomie[9] à répandre la théorie de l'héliocentrisme dans la société de l'époque[10].

Jaucourt est notamment l’auteur des articles « esclavage » et « traite des nègres » (demandant son abolition) en 1755, ou encore d’articles engagés tels que « guerre », « inquisition », « monarchie », « patrie », « peuple » ou « presse », …

Dans une telle masse d’écrits, on ne pouvait éviter que tout ne fût ni égal, mais Philipp Blom écrit : « Alors que certaines définitions sont plutôt mal rédigées, on trouve sous le nom de Jaucourt des contributions dont l’éloquence ne le cède en rien aux plus grands noms de son époque, comme les droits des citoyens, les persécutions religieuses ou la liberté de religion[11]. »

Postérité[modifier | modifier le code]

Malgré son implication et son rôle décisif dans l'achèvement de la publication, Jaucourt n'a pas atteint la notoriété de Diderot et d'Alembert[12] ; « Sa modestie, sa discrétion, son militantisme serein[13] », sa foi protestante, n'y sont sans doute pas totalement étrangers. Par ailleurs, sur la quantité d'articles fournis, peu, finalement, sont originaux et issus de l'esprit même de Jaucourt ; il ne pouvait dès lors revendiquer naturellement le statut d'homme de lettres.

Une rue porte néanmoins son nom dans le 12e arrondissement de Paris depuis 1885.

Œuvres (sélection)[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Les titres précédés de « LN » ont été publiés sous le pseudonyme de Louis de Neufville.

Sélection d'articles de l’Encyclopédie attribués à Jaucourt[modifier | modifier le code]

On ne reprend ici que les articles cités dans les sources consultées. Dans l’Encyclopédie, les articles de Jaucourt sont généralement[15] signés « D. J. » ou suivi de la mention "Cet article est de M. le chevalier de Jaucourt". Pour chaque article, on donne l'entrée, la localisation dans l'Encyclopédie (volume:page), un lien vers la première page de l'article dans l'Encyclopédie et les référence d'une éventuelle réédition isolée de l'article. On ignore, ici, les rééditions incluses dans des sélections d'articles de l’Encyclopédie[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

La première version de cet article était issue, au moins en partie, d'une version de l'article correspondant de la Wikipédia en langue allemande.

  1. Il fut inhumé inhumé au cimetière de Saint-Jacques de Compiègne.
  2. Bruno Lagarrigue a cherché — sans succès — à confirmer la participation de Jaucourt à la Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savans de l'Europe. Voir dans Un temple de la culture européenne (1728–1753) le passage consacré à Jaucourt, p. 79.
  3. a et b Albane Cogné, Stéphane Blond et Gilles Montègre, Les circulations internationales en Europe, 1680-1780, Atlande, 2011, p. 316.
  4. On n'a pas pu retrouver une Vie de Boerhaave qu'il aurait écrite.
  5. Voir Kafker.
  6. Voir Schwab.
  7. a et b Voir Birnstiel.
  8. Lettre de Diderot à Sophie Volland du 25 novembre 1760.
  9. Avec avec d'Alembert, Jean-Baptiste Le Roy, et Jean Henri Samuel de Formey.
  10. Colette Le Lay, sous la direction de Jacques Gapaillard, Les articles d’astronomie dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Mémoire de D.E.A. d’Histoire des Sciences et des Techniques, Faculté des Sciences et des Techniques de Nantes Centre François Viète, 1997.
  11. « Der Ritter ohne Gesicht », dans Frankfurter Allgemeine Zeitung, , p. 48.
  12. Voir Perla.
  13. Pierre Lepape, Diderot, Flammarion, 1991, p. 124.
  14. Voir Buletin du bibliophile, février-mars 1840, p. 100.
  15. Des erreurs de signatures ne sont pas à exclure.
  16. Par exemple : Diderot, D'Alembert et de Jaucourt, Synonymes français, Paris, Favre, An IX.
  17. Orthographié « dépends ».
  18. Traduction et notes de David A. Ross.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]