Baudouin VI de Hainaut

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Baudouin VI de Hainaut
Illustration.
Statue élevée en 1868 en l'honneur de Baudouin de Constantinople à Mons (Belgique).
Titre
Comte de Flandres

(11 ans)
Prédécesseur Marguerite d'Alsace
Successeur Jeanne de Constantinople
Comte de Hainaut

(10 ans)
Prédécesseur Baudouin V de Hainaut
Successeur Jeanne de Constantinople
Empereur latin de Constantinople

(1 an)
Prédécesseur fondation de l'empire
Successeur Henri Ier de Constantinople
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Valenciennes
Date de décès
Lieu de décès Tarnovo (Bulgarie)
Père Baudouin V de Hainaut
Mère Marguerite d'Alsace
Conjoint Marie de Champagne
Enfants Jeanne de Constantinople
Marguerite de Constantinople

Baudouin de Flandre et de Hainaut, aussi nommé Baudouin de Constantinople (né en 1171 à Valenciennes dans le comté de Hainaut et mort en 1205 ou en 1206 à Tarnovo dans l'Empire bulgare), est comte de Flandre (« Baudouin IX ») de 1194 à 1205, comte de Hainaut (« Baudouin VI ») de 1195 à 1205 et empereur de Constantinople (« Baudouin Ier ») de 1204 à 1205. Il est fils de Baudouin V, comte de Hainaut, et de Marguerite d'Alsace, comtesse de Flandre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le comte de Flandre et de Hainaut[modifier | modifier le code]

Il hérite de la Flandre (amputée de l’Artois depuis 1191) à la mort de sa mère le et du Hainaut à celle de son père le , réunissant en sa personne les deux branches de la maison de Flandre qui s’étaient séparées après la mort de Baudouin VI.

Sceau équestre de Baudouin VI de Hainaut.

S’il prête rapidement hommage à Compiègne à Philippe Auguste, il reste dans une prudente attente dans le conflit franco-anglais, mais est obligé par le roi de France à donner des garanties supplémentaires à sa foi : le roi reçoit le serment des barons flamands de lui rester fidèle ; la menace d’un anathème plane sur le comte en cas de parjure ; enfin, les fiefs de Boulogne, Guînes et Oisy sont cédés à la Couronne : en , Baudouin s'engage à soutenir le roi des Français Philippe envers et contre tous, à part l'Empereur (saint-Empire romain germanique) et l'évêque de Liège ; il abandonne au roi les prétentions qu'il pouvait avoir à la suzeraineté des comtés de Boulogne, de Guînes et de la terre d'Oisy[1]. Taxé de faiblesse à son retour par les Flamands, Baudouin s’allie alors à Richard Cœur de Lion et demande au roi de France le retour à la Flandre de Lens, Arras, Hesdin, Bapaume, Saint-Omer et Aire. Devant le refus du roi, Baudouin entre en Artois, tandis que le duc Richard occupe les forces françaises en Normandie et met le siège devant Arras. Philippe Auguste réagit, repousse Baudouin jusqu’à l’Yser, mais le comte fait alors ouvrir les écluses sur le camp français. Le roi de France, enserré par les eaux et les armées flamandes n’a d’autre choix que de céder aux exigences de Baudouin, promesses qu’il fait rétracter par son conseil sitôt revenu à Paris. Baudouin prend à nouveau les armes et occupe Aire et St-Omer.

La comtesse Marie intervient alors et s’entremet entre le comte, son mari et le roi de France, son oncle. Son intervention débouche sur la conférence de Péronne en , où les deux parties arrivent à un accord : le roi conserve les terres au-delà du Fossé Neuf, tandis que Baudouin IX garde ou recouvre Douai, Ardres, Lillers, La Gorgue, Richebourg, Aire, Saint-Omer, l’avouerie de Béthune et l’hommage du comté de Guînes. Ce succès renforce la popularité du comte auprès de ses barons et de ses villes.

Le croisé[modifier | modifier le code]

Le comte entend alors la prédication à la croisade d’Erluin et de Pierre de Roussy, envoyés en Flandre par le pape. Baudouin IX et son épouse Marie de Champagne prennent alors solennellement la Croix le en l’église St-Donat de Bruges, suivis par une foule de chevaliers flamands. Baudouin prend, avec Thibaud de Champagne, Louis de Blois et Hugues IV de Campdavaine la tête de l’expédition. Avant le départ, il confie à son frère Philippe, comte de Namur, la régence de Flandre, assisté d’un conseil composé du chancelier Gérard, prévôt de Saint-Donat, son oncle, de Baudouin de Comines, des châtelains de Bruges, de Gand et de Lille.

Les armées gagnent Venise où un accord a été trouvé avec la république maritime pour transporter les croisés en Orient : la moitié des conquêtes devra aller à la ville de saint Marc. Les croisés prennent d’abord Zara comme paiement aux Vénitiens, puis la croisade est détournée pour secourir son beau-frère Alexis Ange dont le père Isaac II a été renversé à Constantinople par son frère, devenu Alexis III. Chalcédoine en Bithynie est rapidement investie, puis Galata, et les croisés arrivent donc sous les murs de Constantinople. Alexis III s’enfuit, Isaac II est libéré par les Grecs et doit céder aux conditions exigées par les croisés pour l’aide accordée à son fils devenu Alexis IV.

Rapidement, la situation se dégrade : les indemnités promises ne sont pas payées. La position d’Alexis IV devient intenable et il est renversé en par Alexis Murzuphle qui renforce les défenses de la ville et refuse toute négociation. Le lundi de Pâques 1204, les Croisés prennent et saccagent alors l’antique Byzance.

L'empereur de Constantinople[modifier | modifier le code]

Baudouin est élu empereur avec l'appui des Vénitiens, puis couronné le [2] ; le nouveau souverain respecte les accords passés pendant le siège de la ville avec le doge Dandolo : les Vénitiens reçoivent les trois huitièmes de la ville et de l'Empire.

Baudouin se heurte rapidement aux réticences des Grecs et à l’intervention des Bulgares, appelés à l’aide. Il assiège Andrinople qui s’est soulevée, et qui espère l’arrivée du tsar des Vlachs et des Bulgares Jean Kalojan. Le comte de Blois, désobéissant à l’empereur, se porte au-devant d’eux, ce qui contraint Baudouin à lui prêter secours. Le , les Francs sont battus devant Andrinople, le comte de Blois est tué. Baudouin est fait prisonnier selon Geoffroi de Villehardouin[3].

La tour de Baudouin au château Tsarevets, Veliko Tarnovo, en Bulgarie.

Selon un autre chroniqueur, Nicétas Khoniatès, Baudouin aurait été détenu à Tarnovo (Bulgarie), puis aurait été abandonné dans une vallée pieds et mains coupées, et serait mort après une agonie de trois jours. Cette version est contestée, et il est plus probable que l’empereur flamand soit mort en prison. L'historien byzantin Georges Acropolite prétend que son crâne fut transformé en coupe à boire par Kaloyan.

Sa disparition, suivie six semaines plus tard de celle de Dandolo, entraîna un partage des terres conquises par les croisés et des querelles que son successeur, son frère Henri, ne sut éviter.

L'homme de lettres[modifier | modifier le code]

Baudouin a fait publier les « histoires dites de Baudouin ». Il cultivait lui-même la poésie provençale. En 1202, à Venise, dans le palais du marquis de Montferrat, il riposte en vers improvisés au troubadour Falquet de Romans qui, aux yeux de Baudouin, manquait de respect aux princes et barons[4].

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Il avait épousé le Marie de Champagne (1174 † 1204), fille d'Henri Ier le Libéral, comte de Champagne, et de Marie de France. Il laissait deux fillettes, à la merci de leur ambitieux suzerain :

L'aventure du faux-Baudouin[modifier | modifier le code]

Sa mort incertaine permet en 1225 à un imposteur, Bertrand Cordel, de se faire passer en Flandre pour l'empereur, censé avoir échappé à la mort en Bulgarie. Le difficile contexte flamand à la suite de la défaite de Bouvines et la captivité du comte Ferrand précarisent la position de la comtesse Jeanne de Constantinople, fille de Baudouin. Bouchard d'Avesnes, beau-frère de Jeanne écarté pour ses prétentions sur l'héritage de Baudouin, s'empare alors d'une rumeur pour tenter d'usurper le pouvoir à travers l'imposteur, au profit de lui et ses deux fils.

Originaire de Reims et fils d’un vassal du seigneur de Chappes, l'imposteur Bertrand Cordel était saltimbanque et jongleur. Après Bouvines, vers 1220, les franciscains commencent à arriver en Flandre, accompagnés d'un grand prestige. La rumeur place parmi eux d'anciens croisés flamands revenus au pays. C’est dans ce contexte qu’en 1225 un baron croit reconnaître Baudouin IX en Bertrand, qui vivait de mendicité publique et passait pour ermite dans le bois de Glançon, près de Valenciennes. Bertrand, installé dans un hôtel de cette ville, finit par jouer le jeu le (). Des personnalités disent le reconnaître et lui apprennent vraisemblablement des rudiments de la vie de l’empereur et de la manière de bien se comporter. La crédulité du peuple est correctement exploitée et une immense émotion parcourt les comtés de Flandre et de Hainaut. Il est acclamé à Valenciennes, à Tournai, à Lille, ses entrées à Bruges et à Gand furent magnifiques. Il y est revêtu de tous les attributs byzantins, faisant par exemple précéder son cortège d'une grande croix pour ses entrées.

La comtesse Jeanne doit alors se réfugier au Quesnoy avec quelques fidèles. On tente même de l’enlever. Elle peut néanmoins gagner Mons, seule ville qui lui reste fidèle, alors que l’imposteur régne à sa place (), entouré de barons mécontents dont il sert les intérêts. Jeanne de Constantinople tente pour le confondre de le faire venir au Quesnoy, mais Bertrand décline l’invitation. Cependant, grâce au témoignage du franciscain Josse de Materen, un ancien croisé qui avait accompagné le vrai comte jusqu’à sa mort en Bulgarie, elle est convaincue de son bon droit. Elle en appele au jugement du roi Louis VIII, qui ne pouvait que s’alarmer car le roi Henri III d'Angleterre avait déjà pris contact avec le faux-Baudouin pour réactiver l'alliance anti-française : le roi le convoque à Péronne, tandis que Jeanne rassemble toutes les personnes ayant connu son père, dont tous les franciscains qui doivent reprendre contact avec le monde pour témoigner, contrairement à leurs vœux. L’enquête est présidée par l’évêque Guérin de Senlis. Bertrand ne peut se soustraire à la convocation du suzerain capétien : il est accueilli comme s’il était le comte, mais l’imprécision de ses réponses au roi et à Guérin sont décisives. Devant les barons flamands ébahis, il ne sait pas dire quand, où et par qui il aurait été fait chevalier, ni quand et dans quelle chambre il aurait épousé Marie de Champagne. Comme preuve définitive, il s’enfuit la nuit suivante de la cour, ne doutant plus de la pensée du roi (-).

Réfugié à Valenciennes, une des villes où il jouissait du plus de soutien, il envisage avec ses soutiens de rejoindre Cologne pour obtenir l'appui de l'empereur Frédéric II à travers l'archevêque Engelbert II, mais leur fait finalement faux bond pour tenter de fuir. Il est capturé près de Besançon et remis au roi de France, qui le confie ensuite à Jeanne. Condamné à mort, il est étranglé à Lille à la fin du mois de . Son cadavre a été exhibé au gibet de Loos.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alphonse Wauters,Table chronologique des chartes et diplômes imprimés concernant l'histoire de la Belgique, 10 volumes en 11 tomes, Bruxelles, 1866 à 1904. Tome 3, Année 1196.
  2. Gérard Sivery, « Jeanne et Marguerite de Constantinople, comtesses de Flandre et de Hainaut au XIIIe siècle », dans Nicolas Dessaux (éd.), Jeanne de Constantinople, comtesse de Flandre et de Hainaut, Somogy, 2009, p. 30.
  3. « La Conquête de Constantinople » : Chapitre LXXXI : « Baudoins fu pris vif, et li cuens Loeys fu ocis. »
  4. J.-J. Carlier, « Henri d'Oisy, fragment d'études historiques », dans Mémoire de la Société dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des lettres et des arts, 1857 publié en 1858, Dunkerque, p. 93, lire en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edward Le Glay, Histoire des comtes de Flandre jusqu'à l'avènement de la Maison de Bourgogne, Comptoir des Imprimeurs-unis, Paris, MDCCCXLIII.
  • Alain Lottin (dir.) et Henri Platelle, Histoire des provinces françaises du Nord, Dunkerque Nord, Westhoek éd. Éd. des Beffrois, coll. « Histoire », , 279 p. (ISBN 978-2-87789-004-5, OCLC 769438427, lire en ligne).
  • Cécile Douxchamps et José Douxchamps, Nos dynastes médiévaux : comtes de Flandre, ducs de Brabant, comtes de Hainaut, comtes de Looz, comtes de Namur, ducs de Limbourg, comtes de Chiny, ducs de Luxembourg, Wépion, Douxchamps, , 200 p. (ISBN 978-2-9600078-1-7).
  • Geneviève de Cant (préf. Régine Pernoud), Jeanne et Marguerite de Constantinople : comtesses de Flandre et de Hainaut au XIIIe siècle, Bruxelles, Editions Racine, , 246 p. (ISBN 978-2-87386-044-8, OCLC 38764800).
  • John Julius Norwich (trad. Dominique Peters), Histoire de Byzance (330-1453), Paris, Librairie Académique Perrin, (1re éd. 1999) [détail des éditions] (ISBN 2-262-01333-0).

Liens externes[modifier | modifier le code]