Traité de Troyes

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Traité de Troyes
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Ratification du traité de Troyes conclu entre Henri V et Charles VI. Acte rédigé en latin, daté du , à la cathédrale Saint-Pierre de Troyes. Archives nationales AE/III/254.
Langue latin
Signé
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Troyes (Champagne)
Parties
Parties Royal Arms of England (1399-1603).svg Royaume d'Angleterre Blason France moderne.svg Royaume de France
Signataires Royal Arms of England (1399-1603).svg Henri V Blason France moderne.svg Charles VI
Ratifieurs Ralph de Cromwell

Le traité de Troyes est un traité signé le à Troyes entre Henri V d'Angleterre et Charles VI de France, faisant du premier l'héritier légitime du second.

Il marque l'apogée de la suprématie anglaise lors de la guerre de Cent Ans, faisant suite à la conquête de la Normandie et à plusieurs victoires anglaises, notamment celle d'Azincourt.

Permise par l'alliance des Anglais avec les Bourguignons, la ratification de ce traité ouvre une nouvelle phase de la guerre civile française, entre les partisans de la double monarchie franco-anglaise et ceux du dauphin Charles, qui perdure jusqu'en 1435, date de sa résolution par le traité d'Arras.

Historique[modifier | modifier le code]

Charles VI et Isabeau de Bavière durant le traité de Troyes. Chroniques de Jean Froissart, British Library, Harley 4380, fo 40, c. 1470-1472.
Mariage de Henri V et de Catherine de Valois, fille de Charles VI de France. British Library, Jean Chartier, Chronique de Charles VII, vers 1490, Royal 20 E. vi, fo 9vo .

Signé le dans la cathédrale Saint-Pierre[1],[2] à Troyes, il prévoit que le roi de France, Charles VI aura pour successeur après sa mort son gendre, le roi d'Angleterre Henri V.

Ce traité est avant tout l'œuvre du duc Philippe III de Bourgogne, dit Philippe le Bon. C'est son chancelier Jean de Thoisy qui le conçoit et le négocie. Philippe le Bon exerce alors la régence pour Charles VI qui, du fait de sa maladie, ne dirige plus directement le pays depuis 1392. Philippe de Bourgogne et Henri V d'Angleterre forment à cette occasion une alliance contre le dauphin Charles, futur Charles VII.

En effet, la légitimité à succéder du « soi-disant dauphin » est niée dans le traité, en raison de ses « crimes énormes ». On lui reproche essentiellement d'avoir commandité l'assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur, père de Philippe le Bon, le , sur le pont de Montereau. Les rumeurs concernant une illégitimité liée à une infidélité de la reine Isabeau de Bavière furent colportées par les Bourguignons, mais une telle affirmation ne pouvait être inscrite sans heurter le roi de France.

Charles, réfugié à Bourges, voit ainsi ses prétentions à la Couronne niées, mais conserve de fait le gouvernement du Sud de la France. Les signataires du traité prévoient par ailleurs le mariage d'Henri V avec Catherine de Valois, fille de Charles VI et de la reine Isabeau. Henri aspire, à ce titre, à être le seul héritier de la couronne de France et prend immédiatement la tête de la régence. Mort, Charles VI léguera donc sa couronne à son gendre, puis, éventuellement, à un petit-fils à naître. Le mariage d'Henri et de Catherine est célébré le , jour de la Trinité, dans l'église Saint-Jean-du-Marché de Troyes[3],[4].

Le , Henri V fait une entrée triomphale à Paris en compagnie du roi Charles VI et du duc Philippe le Bon. L'université de Paris, avec à sa tête le recteur Pierre Cauchon, et les états généraux de langue d'oïl lui apportent leur soutien en enregistrant le traité de Troyes.

Le , Henri V décéda, peu avant Charles VI, le suivant. Le fils d'Henri V, âgé de dix mois, est ainsi proclamé « roi de France et d'Angleterre » (il devient Henri VI d'Angleterre, et, hypothétiquement, Henri II de France). Le duc de Bedford assure dès lors la régence en France, et met le siège devant Orléans, la dernière ville au nord de la Loire fidèle à Charles VII, le , .

Par la suite, les victoires du parti de Charles VII avec l'aide de Jeanne d'Arc (bataille de Patay et chevauchée vers Reims), rendent caduc le traité de Troyes, par ailleurs cassé par les juristes fidèles à la maison de Valois, arguant, d'une part, que la couronne de France n'appartient pas au roi de France, qui ne pouvait donc en disposer et que, d'autre part, la succession au trône de France est liée à l'application de la loi salique, qui interdit aux filles de transmettre des droits à la couronne. Cependant, les rois d'Angleterre, bien que ne possédant de facto aucun pouvoir au royaume de France, conservent officiellement le titre de roi de France pendant près de quatre siècles, avant de l'abandonner en 1802, à la suite de la paix d'Amiens.

Extrait[modifier | modifier le code]

« Charles par la grâce de Dieu, roi de France […] Premièrement que, pour que ce que par l'alliance de mariage faite pour le bien de la dite paix en notre dit fils le roi Henri et notre très chère et très aimée fille Catherine, il est devenu notre fils […] — 6. Item, est accordé que tantôt après notre trépas et dès lors en avant, la couronne et le royaume de France, avec tous leurs droits et appartenances demeureront et seront perpétuellement à notre dit fils le roi Henri et ses hoirs. — 7. Item, que pour ce que nous sommes tenus et empêchés le plus du temps, par telle manière que nous ne pouvons en notre personne entendre ou vacquer à la disposition des besognes de notre royaume, la faculté et exercice de gouverner et ordonner la chose publique dudit royaume seront et demeureront, notre vie durant, à notre fils dit le roi Henri, avec le conseil des nobles et sages du royaume… — 12. Item, que notre fils labourera de son pouvoir, et le plutôt que faire se pourra profitablement, à mettre en notre obéissance toutes et chacunes villes cités et châteaux, lieux, pays et personnes dedans notre royaume, désobéissants à nous et rebelles, tenant le parti ou étant du parti vulgairement appelé du Dauphin ou d'Armagnac… — 29. Item, considéré les horribles et énormes crimes et délits perpétrés audit royaume de France, par Charles, soi-disant dauphin de Viennois, il est accordé que nous, ni notre dit fils le roi Henri, ni aussi notre très cher Philippe, duc de Bourgogne, ne traiterons aucunement de paix ou de concorde avec ledit Charles, ne ferons ou ferons traiter, sinon du conseil et assentiment de tous et chacun de nous trois et des trois États des deux royaumes dessus dits…[5] »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Auguste Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, roi de France, et de son époque, 1403-1461, Vve J. Renouard, 1862, p. 217.
  2. Martine Garrigues, La France du VIIe au XXe siècle à travers soixante et onze documents, Paris, Archives nationales, , 79 p. (ISBN 2-86000-057-7, lire en ligne), p. 32.
  3. Amédée Aufauvre, Les tablettes historiques de Troyes depuis les temps anciens jusqu'à l'année 1855, Éditeur Bouquot, 1858, p. 29.
  4. Françoise Bibolet, Chantal Rouquet, André Boisseau et Emmanuel Saint-Mars, Histoire de Troyes, Troyes, Éditions de la Maison du boulanger, (ISBN 2-9507895-7-9), p. 84.
  5. Cosneau 1889, p. 102-113.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • Eugène Cosneau (éd.), Les grands traités de la guerre de Cent ans, Paris, Alphonse Picard, coll. « Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire » (no 7), , VIII-189 p. (présentation en ligne, lire en ligne), p. 100-115.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles A. J. Armstrong, « La double monarchie France-Angleterre et la Maison de Bourgogne, 1420-1435 : le déclin d’une alliance », Annales de Bourgogne, t. XXXVII, no 146,‎ , p. 81-112 (lire en ligne).
  • Arnaud Baudin (dir.) et Valérie Toureille (dir.), Troyes 1420 : un roi pour deux couronnes, Snoeck, coll. « Histoire et patrimoine », , 407 p. (ISBN 978-9-46161-598-5). [présentation en ligne].
  • Paul Bonenfant, Du meurtre de Montereau au traité de Troyes, t. LII, fascicule 4, Bruxelles, Palais des Académies, coll. « Mémoires de la classe des Lettres et Sciences morales et politiques », , XXX-282 p. (présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Anne Curry, « Le traité de Troyes (1420) : un triomphe pour les Anglais ou les Français ? », dans Daniel Couty, Jean Maurice et Michèle Guéret-Laferté (dir.), Images de la guerre de Cent Ans : actes du colloque de Rouen, 23-24-25 mai 2000, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Études médiévales » (no 2), , 237 p. (ISBN 2-13-051900-8), p. 13-26.
  • (en) Anne Curry, « Two Kingdoms, One King : The Treaty of Troyes (1420) and the Creation of a Double Monarchy of England and France », dans Glenn Richardson (dir.), The Contending Kingdoms' : France and England 1420–1700, Aldershot, Ashgate Publishing, , X-191 p. (ISBN 978-0-7546-5789-7, présentation en ligne), p. 23-42.
  • Anne Curry, « Comment Henri V est devenu roi de France », L'Histoire, no 471 « 1420. « L'infâme » traité de Troyes. La France anglaise »,‎ , p. 34-41.
  • Eugène Déprez, « Un essai d'union nationale à la veille du traité de Troyes (1419) », Bibliothèque de l'École des chartes, Paris, Librairie Henri Didier, t. XCIX,‎ , p. 343-353 (lire en ligne).
  • Jean-Philippe Genet, « Le rêve brisé de l'union », L'Histoire, no 471 « 1420. « L'infâme » traité de Troyes. La France anglaise »,‎ , p. 54-59.
  • Jean-Marie Moeglin, « Récrire l'histoire de la Guerre de Cent Ans : une relecture historique et historiographique du traité de Troyes (21 mai 1420) », Revue historique, Paris, Presses universitaires de France, no 664,‎ , p. 887-919 (lire en ligne).
  • Nicolas Offenstadt, Faire la paix au Moyen Âge : discours et gestes de paix pendant la guerre de Cent Ans, Paris, Odile Jacob, , 502 p. (ISBN 978-2-7381-1099-2, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Yann Potin, « 1420, traité de Troyes : le rêve oublié d'une paix perpétuelle », dans Patrick Boucheron (dir.), Histoire du monde au XVe siècle, Paris, Fayard, , 892 p. (ISBN 978-2-213-63549-1), p. 320-324.
    Réédition : Yann Potin, « 1420, traité de Troyes : le rêve oublié d'une paix perpétuelle », dans Patrick Boucheron (dir.), Histoire du monde au XVe siècle, vol. 2 : Temps et devenirs du monde, Paris, Pluriel, , 799 p., poche (ISBN 978-2-8185-0238-9), p. 104-113.
  • Yann Potin, « Ce que dit vraiment le « traité » », L'Histoire, no 471 « 1420. « L'infâme » traité de Troyes. La France anglaise »,‎ , p. 42-45.

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