Carl Lutz

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Carl Lutz
Description de l'image Carl_Lutz_fortepan_105824.jpg.
Naissance
Walzenhausen, Suisse
Décès
Berne
Nationalité Suisse
Profession

Carl Lutz (né le à Walzenhausen en Suisse et mort le à Berne) est un diplomate suisse et un Juste parmi les nations ainsi que sa femme Gertrud Lutz. Il a fourni les papiers qui permirent à 62 000 Juifs d'échapper aux nazis, la plus vaste opération de sauvetage de la Seconde Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le mémorial à Carl Lutz, rue Dob à Budapest
Lettre de protection delivrée par Carl Lutz en 1944. Aujourd’hui dans la collection du musée juif de Suisse.

Carl est le onzième d'une famille de douze enfants. Son père travaille dans une carrière et sa mère, Ursula, enseigne la religion aux enfants du village. Son premier emploi sera apprenti de commerce. Il décide de partir pour les États-Unis d'Amérique où il commence par des petits boulots. Arrivant au Missouri il prend des cours de théologie méthodiste. Il obtient un job d'été à l'ambassade suisse de Washington. Puis ce sera le consulat suisse de Saint-Louis où il rencontre Gertrud Fankauser[1] qu'il épousera. En 1935, après vingt ans aux États-Unis, Berne le nomme en Palestine où une crise vient d'éclater. Quand commence la Seconde Guerre mondiale, les diplomates allemands quittent la Palestine sous mandat britannique devenu territoire ennemi et lui confient la représentation de leurs intérêts.

D'abord vice-consul de Suisse en Palestine, Carl Lutz fut ensuite nommé à Budapest en Hongrie de 1942 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bon diplomate, il se voit alors confier les intérêts des États-Unis d'Amérique et d'une dizaine d'autres pays alliés qui ont quitté le pays. Il coopère aussi avec le bureau de l'Agence Juive qui facilite l'émigration d'enfants vers la Palestine. Le , alors que l'Armée rouge avance en Ukraine, la Wehrmacht occupe la Hongrie pour empêcher le régent, l'amiral Horthy, de signer un armistice avec les Soviétiques. Les lois antisémites sont alors appliquées. Les Juifs doivent porter l'étoile jaune, leurs biens sont confisqués et ils ne peuvent plus voyager.

Carl Lutz s'empresse alors de fournir une protection aux citoyens juifs des pays qu'il représente. Avec d'autres diplomates de pays neutres comme Raoul Wallenberg à l'ambassade de Suède, Angelo Rotta, le nonce apostolique, Ángel Sanz Briz, le représentant de l'Espagne et, plus tard, avec Giorgio Perlasca, homme d'affaires italien travaillant à l'ambassade d'Espagne, et Friedrich Born, délégué suisse du Comité international de la Croix-Rouge, Carl Lutz travaille sans relâche pendant des mois pour aider des innocents à échapper à leur mort programmée, notamment en instaurant un système de 72 bâtiments protégés par l'extraterritorialité suisse où il fait installer des familles entières[2]. Il se rend chez le lieutenant-colonel Adolf Eichmann. 7 800 Juifs sont placés par lui sous protection diplomatique suisse. Sa stratégie consiste à numéroter les lettres de protection de 1 à 7800 puis recommence à 1 avec les suivantes pour respecter en apparence le quota qui lui a été alloué. La cave de la délégation suisse sert également de cachette et sa femme, Gertrud Lutz, s'occupe des personnes cachées[3].

Le 15 octobre 1944, le régent du royaume de Hongrie signe un armistice avant d'être obligé de revenir sur ses déclarations et d'abdiquer, abandonnant le pouvoir aux Croix fléchées soutenues par Adolf Hitler. Les Croix fléchées ne respectent pas les lettres de protection et prennent même d'assaut ses immeubles sous protection. Les Croix fléchées demandent à Carl Lutz de déterminer lui-même les vraies des fausses lettres de protection. Faisant le choix de rester pour aider ses protégés, il se retrouve contraint de se réfugier dans la cave pendant deux mois durant le siège de la bataille de Budapest. Après la victoire des forces soviétiques et roumaines, il se retrouve expulsé par ceux-ci comme tous les diplomates.

De retour en Suisse, une enquête est ouverte à son encontre pour avoir outrepassé ses fonctions. Il accepte en fin de carrière un poste de consul général. Comme pour Paul Grüninger, son action ne fut pas reconnue avant 1958, lorsqu'il fut « réhabilité » en Suisse, après avoir été accusé d'avoir abusé de ses fonctions[4].

Hommages et postérité[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « The Righteous Among The Nations- Lutz FAMILY »
  2. Arditi, Metin (1945-....)., Dictionnaire amoureux de la Suisse, Paris, Plon, 617 p. (ISBN 978-2-259-24944-7 et 2259249442, OCLC 985418718, lire en ligne)
  3. « Gertrud Lutz-Fankhauser: un ange entreprenant », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  4. « Carl Lutz, le Suisse qui sauva des dizaines de milliers de Juifs », sur houseofswitzerland.org, (consulté le 4 janvier 2018)
  5. « Nomination Database », sur www.nobelprize.org (consulté le 23 octobre 2017)
  6. (en) « The Righteous Among The Nations- Lutz Carl »
  7. (en) « The Righteous Among The Nations- Lutz Gertrud »
  8. (en) « Swiss Diplomat Carl Lutz Awarded George Washington University’s President’s Medal | Office of Media Relations | The George Washington University », sur mediarelations.gwu.edu (consulté le 23 octobre 2017)
  9. « Livre sur Carl Lutz et application web: la Suisse soutient des projets de témoignages de survivants pour sensibiliser les jeunes à l'Holocauste », sur www.eda.admin.ch (consulté le 26 décembre 2017)
  10. Le Conseil fédéral, « Une salle du palais fédéral ouest porte désormais le nom de Carl Lutz », sur www.admin.ch (consulté le 12 février 2018)
  11. « Le Juste Carl Lutz a sa salle au Palais fédéral », Tribune de Genève,‎ (lire en ligne, consulté le 12 février 2018)
  12. « Hommage à Carl Lutz au Parlement suisse », sur oldsite2019.cicad.ch (consulté le 15 juin 2020)
  13. « Cercle Carl Lutz », sur Cercle Carl Lutz (consulté le 15 juin 2020)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies[modifier | modifier le code]

  • (de) Agnes Hirschi (dir.) et Charlotte Schallié (dir.), Unter Schweizer Schutz : die Rettungsaktion von Carl Lutz während des Zweiten Weltkriegs in Budapest, Zurich, Limmat Verlag, , 507 p. (ISBN 978-3-0392-6000-3).
  • (de) Erika Rosenberg, Das Glashaus : Carl Lutz und die Rettung ungarischer Juden vor dem Holocaust, Munich, Herbig, , 223 p. (ISBN 978-3-7766-2787-9).
    • Erika Rosenberg (trad. Maxime Vissac), Carl Lutz et le sauvetage des Juifs de Hongrie, Neuchâtel, Editions Livreo-Alphil, , 229 p. (ISBN 978-2-8895-0040-6).
  • (de + hu) György Vámos, Carl Lutz (1895-1975) : Schweizer Diplomat in Budapest 1944 : ein Gerechter unter den Völkern, Genève, Éditions de Penthes, , 130 p. (ISBN 978-2-8847-4670-0).

Travaux universitaires[modifier | modifier le code]

  • (de) Alexander Grossman, Nur das Gewissen, Wald, Im Waldgut, , 284 p. (ISBN 3-7294-0026-6).
  • (de) Theo Tschuy (préf. Simon Wiesenthal), Carl Lutz und die Juden von Budapest, Zurich, NZZ Verlag, , 446 p. (ISBN 3-8582-3551-2).
    • Theo Tschuy (trad. de l'anglais par Jacques Lasserre), Diplomatie dangereuse : Carl Lutz, l'homme qui a sauvé les juifs de Budapest, Genève, Georg, , 277 p. (ISBN 2-8257-0896-8).
  • (de) Johann-Markus Werner, Konsul Carl Lutz (1895-1975) : im Dienste der Menschlichkeit (travail de license en histoire), Bern, , 120 p. (OCLC 78209760).

Articles et contributions scientifiques[modifier | modifier le code]

  • (de) Heidi Eisenhut, « Im Leben etwas Grosses vollbringen », Appenzellische Jahrbücher,‎ , p. 44-65 (lire en ligne).
  • (de) Georg Kreis, « Carl Lutz oder die Bedeutung von "heroes" », dans Kanyar Becker, Verdrängung, Verklärung, Verantwortung, Bâle, Universitätsbibliothek Basel, , 127 p. (ISBN 978-3-7965-2404-2), p. 25-37.
  • Bénédict de Tscharner, « Carl Lutz », dans Bénédict de Tscharner, Inter Gentes : hommes d'Etat, diplomates, penseurs politiques, Pregny-Genève, Éditions de Penthes, , 383 p. (ISBN 978-2-8847-4665-6), tbd.

Annexes[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Mark Schmidt : Walking with the Enemy (en), avec William Hope interprétant Carl Lutz.
  • Carl Lutz, le Sauveur. Dans la série "Les Oubliés de l’Histoire", France, 2016, 26 min, créée et dirigée par Jacques Malaterre, co-écrite par Jean-Yves Le Naour, dirigée par Gabriel Laurent (français et allemand.). Coproduction : ARTE France, Les Films du Tambour de soie, Sara M. Première diffusion le sur arte.

Liens externes[modifier | modifier le code]