Ernst Kaltenbrunner

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Ernst Kaltenbrunner
Kaltenbrunner au procès de Nuremberg.
Kaltenbrunner au procès de Nuremberg.
Fonctions
Directeur du RSHA

(2 ans 3 mois et 12 jours)
Chancelier Adolf Hitler
Prédécesseur Heinrich Himmler
Successeur Poste supprimé
Président d'Interpol

(2 ans 3 mois et 12 jours)
Prédécesseur Arthur Nebe
Successeur Florent Louwage
Biographie
Nom de naissance Ernst Kaltenbrunner
Date de naissance
Lieu de naissance Ried im Innkreis, (Empire d'Autriche-Hongrie)
Date de décès (à 43 ans)
Lieu de décès Nuremberg (Allemagne)
Nationalité Autrichienne
Parti politique NSDAP
Conjoint Elisabeth Eder
Diplômé de Université de Graz
Profession Avocat (métier)
Religion Paganisme nordique

Ernst Kaltenbrunner, né le à Ried im Innkreis en Autriche et mort le à Nuremberg, a été l’un des principaux responsables du système policier nazi, avec le grade de SS-Obergruppenführer. Au procès de Nuremberg, il est condamné à mort pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité et exécuté par pendaison.

Ascension[modifier | modifier le code]

Originaire de la région de Linz en Autriche comme Adolf Hitler, il suit les traces de son père en faisant des études de droit à l'université de Graz. Après avoir travaillé de nuit pendant deux ans pour payer ses cours à l'université, il s'inscrit au barreau de Linz en 1928. Pendant ses études, Kaltenbrunner ne cesse d’avoir une activité politique et milite dans le Mouvement indépendant de la Libre Autriche, qui le conduit au nazisme. Son père, également avocat à Linz, est un ami de la famille Eichmann.

En 1932, il adhère, avec Adolf Eichmann, au Parti national-socialiste autrichien, dont il est le 300 179e membre et, au début de 1933, aux formations SS plus ou moins camouflées qui commencent l’infiltration des organismes de combat nazis en Autriche. Il y reçoit le no 13 039. À la SS, il joue aussitôt un rôle de meneur et devient l’un des orateurs du parti en Haute-Autriche. En même temps, il organise et donne des consultations juridiques gratuites aux membres et aux sympathisants du parti.

Dans le courant de 1933, il est nommé chef de la 37e brigade SS. Son activité attire l’attention de la police autrichienne. Arrêté en , il est envoyé au camp de concentration de Kaisersteinbruch avec quelques autres nazis autrichiens[réf. nécessaire]. Au camp, Kaltenbrunner réussit très rapidement à prendre un grand ascendant sur ses compagnons de captivité. Sa grande taille et sa force physique y contribuent plus que ses connaissances juridiques. À Pâques 1934, il organise une grève de la faim qui est d’abord générale puis, le secrétaire d’État Karwinsky étant venu lui-même inspecter le camp et ayant promis quelques améliorations matérielles, la grève cesse dans toutes les baraques à l’exception de celle de Kaltenbrunner.

Dans le courant de 1934, il est nommé chef de la 8e division SS, mais il ne participe pas à la tentative de putsch de , au cours de laquelle le chancelier Dollfuss est assassiné. Cette absence de participation le fait choisir par le gouvernement Schuschnigg comme l’un des nazis capables de faire aboutir la tentative de pacification politique entreprise en .

Cette tentative échoue et, en , Kaltenbrunner est de nouveau arrêté et inculpé de haute trahison pour ses relations avec l’organisation SS allemande. Après un séjour de six mois en prison, il comparaît devant un tribunal qui, faute de preuves, le condamne pour conspiration à une peine de six mois de prison, couverte par la détention préventive. Il est entretemps radié du barreau pour son activité politique et est nommé chef des SS autrichiens peu avant son arrestation.

Libéré, Kaltenbrunner consacre son activité à la préparation de l’Anschluss. C’est dans le cadre de cette action, menée sur des directives venues d’Allemagne, qu’il fait la connaissance de Seyss-Inquart. Proche de ce dernier, il est ensuite nommé secrétaire d'État à la sécurité dans son cabinet, le .

Après l'Anschluss[modifier | modifier le code]

Kaltenbrunner (à droite) lors de l’inspection d’une école technique automobile de Vienne en 1941.

Après l'Anschluss auquel les nazis autrichiens contribuent activement, Hitler le nomma général de brigade SS, et Himmler lui confia la direction de la SS dans la partie autrichienne du Reich. Six mois plus tard, le , il fut promu au grade de général de division SS, et devint à la même époque membre du Reichstag.

Cadre de la SS[modifier | modifier le code]

L'aventure autrichienne terminée par l'Anschluss, Kaltenbrunner mena l'existence d'un parfait fonctionnaire SS. Nommé successivement commandant en chef des SS et de la police pour les régions de Vienne et du Haut et Bas-Danube, puis, en avril 1941, général de la police : il devient en quelque sorte le Himmler autrichien mais sans pouvoir personnel, simple agent de transmission des ordres venus de Berlin. À ce titre, il participe à la scénographie mise en place par Himmler autour de ses hommes morts pendant le service, envoyant des couronnes de fleurs pour les enterrements[1].

Responsable du RSHA et du SD[modifier | modifier le code]

Homme de confiance de Himmler, jouissant d'une réputation de spécialiste des services secrets, il est sélectionné dès par celui-ci pour prendre la tête du RSHA[2]. Le , il est officiellement nommé chef du SD (service de sécurité) et du RSHA[3], succédant à Heinrich Himmler qui assurait l'intérim de ces fonctions depuis la mort de Reinhard Heydrich[2]. Le siège d'Interpol étant tombé aux mains des nazis avec l'Anschluss, Kaltenbrunner en devient également le dirigeant de 1943 à 1945.

Chef du RSHA, il est également responsable de la carrière des agents qu'il encadre : à ce titre, il doit approuver leurs promotions ou rétrogradations[4], ou encore faire pression en vue de leur promotion, ce jusqu’à une date tardive du conflit[5].

Dès les premiers mois de sa direction, il doit négocier avec le ministre de la Justice, Otto Georg Thierack, au sujet de l'exécution des peines des délinquants étrangers sur le territoire du Reich, que le SD reprend au terme d'une lutte serrée[3]. Dans le même temps, il est sollicité par le HSSPF en poste à Cracovie afin d'intercéder auprès de Himmler en vue de l'obtention d'un délai pour la déportation de certains ouvriers juifs spécialisés originaires du Gouvernement Général[6]. Il joue également le rôle d'aiguillon dans la politique d'extermination des Juifs italiens, mise en œuvre à partir de l'automne 1943[7].

Ernst Kaltenbrunner (au premier plan, en civil), dans l'assistance du Volksgerichtshof, lors du procès de l'un des conjurés du complot du .

Chef du RSHA, Kaltenbrunner, plutôt qu'Himmler, est chargé de l'enquête sur l'attentat du contre Hitler[8], en s'appuyant notamment sur son agent Horst Kopkow et sur le département IV du RSHA, créé pour l'occasion. Dans les mois qui suivent, Kaltenbrunner informe régulièrement Bormann des progrès des enquêtes confiées à ses services[9] : au moyen des « rapports Kaltenbrunner », non seulement Bormann est avisé des progrès de l'enquête, mais il est aussi informé de la perception des conspirateurs, très antisémite, que développe le chef du RSHA, ou encore éclaire certaines représentations des conjurés conservateurs[Quoi ?][10].

Le [11], alors que l'Armée rouge progresse rapidement, les nazis veulent créer un organisme politique en Ukraine qui leur soit favorable afin d'entraver l'avancée soviétique. Kaltenbrunner[11] propose de libérer Stepan Bandera et d'autres leaders du courant nationaliste ukrainien pour collaborer de nouveau.

Chef du SD, il est parfaitement informé de l'état d'esprit non seulement des populations des territoires contrôlés par le Reich[12], mais aussi de celui de la population allemande durant la dernière année du conflit. Lorsque les frontières occidentales du Reich sont menacées, à partir de , la panique totale, la dislocation de la cohésion du peuple, tant vantée par les nazis, le discrédit des responsables locaux et régionaux du NSDAP, sont soigneusement enregistrés[13]. De à , les rapports émanant de ses services renseignent ainsi sur l'attitude des populations du Reich : en sur l'importance du défaitisme en Autriche[14] et en , sur l'attitude des populations dans les Gaue des régions occidentales du Reich, populations qui tendent à se rebeller contre la poursuite du conflit[15].

À la fin de l'année 1944, dans le chaos des villes bombardées, en tant que responsable du SD et du RSHA, il doit coordonner les actions des différentes forces de police, compétentes pour le contrôle des millions de travailleurs forcés exploités dans le Reich ; il décide en de renforcer l'autonomie dont disposent, depuis un décret de Himmler du mois de précédent, les responsables locaux en matière de contrôle et de répression des travailleurs étrangers[16] : forts de cette nouvelle autorité, les responsables locaux multiplient les exécutions de travailleurs étrangers en et , puis, rapidement ces exécutions deviennent des massacres à plus grande échelle[17].

Responsable des projets coloniaux et criminels du Reich[modifier | modifier le code]

De plus, comme responsable du RSHA, il continue la politique menée par Heydrich dans le domaine de la colonisation de l'Est de l'Europe.

Ainsi, à l'automne 1941, à la demande de ce dernier a été élaboré un projet de colonisation de l'Est de l'Europe[18]. Sollicité à ce sujet par Frank par une lettre du 5 juillet 1944, dans lequel le Gouverneur Général expose ses réserves à l'encontre des projets coloniaux de Himmler en Pologne, Kaltenbrunner défend, dans la réponse du 19 octobre, les options choisies en 1939 en matière de politique raciale pour le Gouvernement général[19].

De même, il doit appliquer certaines consignes en matières de conversion massive de populations, comme le lui ordonne Himmler en juillet 1944[20].

Mais son action dans l'Europe occupée ne se limite pas à la supervision de l'élaboration de projets coloniaux, elle consiste également à être parfaitement informé des exactions perpétrées par la SS à l'encontre des Juifs ou des Slaves. À la demande de Himmler, il fournit des statistiques simples renseignant mensuellement le nombre de Juifs exterminées et le nombre de Juifs encore libres[21] ; de même, chef du RSHA, il est présent lors de l'arrêt, alors pensé comme provisoire, des opérations d'expulsions des Polonais dans le district de Zamość[22].

Derniers mois du conflit[modifier | modifier le code]

En , il envoie Wilhelm Höttl négocier à Berne avec Allen Dulles, le chef de l'OSS, pour préparer une éventuelle paix séparée entre les États-Unis et l'Autriche. Mais cette négociation ne peut aboutir, Vienne ayant été prise d'assaut par l'Armée rouge.

Lors de l'insurrection de Vienne à la fin du conflit, Hitler l'envoie en personne se charger de mater la rébellion. Or la ville tombe avant que Kaltenbrunner ne s'y soit rendu. Ce dernier préfère alors se réfugier, avec sa maîtresse âgée de vingt-quatre ans, la comtesse Gisela von Westarp, dans le « réduit alpin » d'Altaussee plutôt que de retourner à Berlin qui est menacé d'encerclement. Dans ce réduit alpin, il continue à entretenir des relations avec son supérieur hiérarchique, Himmler, avec lequel il converse encore par radio le [23].

C'est à Altaussee qu'il aurait ordonné à son subordonné Adolf Eichmann de quitter le groupe de nazis qui s'y était réfugié (dont Franz Stangl et Wilhelm Höttl), en raison de la menace que sa présence faisait peser sur le groupe.

Barricadé dans la « forteresse alpine » près d'Altaussee, Kaltenbrunner y est capturé le par le capitaine du Counter Intelligence Corps Robert E. Matteson[24] ; c'est sa maîtresse qui, par mégarde, permet aux Alliés de l'identifier. Il est alors transféré au Royaume-Uni pour y être interrogé, puis accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, il est traduit devant le tribunal allié lors du procès de Nuremberg.

Après s'être d'abord effondré, il nie toute responsabilité, refusant même de reconnaître sa propre signature sur des documents accablants. Condamné à mort, il est pendu le et a pour derniers mots : « Allemagne, bonne chance ! ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ingrao 2011, p. 191.
  2. a et b Longerich 2010, p. 636.
  3. a et b Longerich 2010, p. 637.
  4. Ingrao 2011, p. 186.
  5. Ingrao 2011, p. 276.
  6. Friedländer 2008, p. 614.
  7. Friedländer 2008, p. 690.
  8. (en) « The Last Days of Ernst Kaltenbrunner », sur site de la CIA,‎
  9. Longerich 2010, p. 671.
  10. Friedländer 2008, p. 777.
  11. a et b L'Allemagne national-socialiste et l'Ukraine de Volodymyr Kosyk (1986) p. 456.
  12. Friedländer 2008, p. 648.
  13. Kershaw 2012, p. 99-100.
  14. Kershaw 2012, p. 560, note 15.
  15. Kershaw 2012, p. 406.
  16. Kershaw 2012, p. 299.
  17. Kershaw 2012, p. 300.
  18. Baechler 2012, p. 321.
  19. Baechler 2012, p. 160.
  20. Longerich 2010, p. 263.
  21. Friedländer 2008, p. 597.
  22. Conte et Essner 1995, p. 328.
  23. Longerich 2010, p. 706.
  24. (en) David Chanen, « Career government official Robert Matteson dies », Star Tribune,‎ (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian Baechler, Guerre et extermination à l'Est. Hitler et la conquête de l'espace vital. 1933-1945, Paris, Tallandier, , 524 p. (ISBN 978-2-84734-906-1).
  • Édouard Conte et Cornelia Essner, La Quête de la race : Une anthropologie du nazisme, Paris, Hachette, , 451 p. (ISBN 978-2-01-017992-1).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Saul Friedländer, Les Années d'extermination : L'Allemagne nazie et les Juifs. 1939-1945, Paris, Seuil, , 1032 p. (ISBN 978-2-7578-2630-0).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Christian Ingrao, Croire et détruire : les intellectuels dans la machine de guerre SS, Paris, Pluriel (1re éd. Fayard), (1re éd. 2010), 703 p. (ISBN 978-2-8185-0168-9).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ian Kershaw, La Fin : Allemagne, 1944-1945, Paris, Seuil, , 665 p. (ISBN 978-2-02-080301-4).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Peter Longerich, Himmler : L'éclosion quotidienne d'un monstre ordinaire [« Heinrich Himmler. Biographie »], Paris, Héloise d'Ormesson, , 917 p. (ISBN 978-2-35087-137-0).Document utilisé pour la rédaction de l’article