Royaume indo-grec

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31° 21′ N 69° 52′ E / 31.35, 69.87

Le Royaume indo-grec.
Drachme d'argent de Ménandre I (155-130 av. n. è.). Face: légende en grec, ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΣΩΤΗΡΟΣ ΜΕΝΑΝΔΡΟΥ (BASILEOS SOTEROS MENANDROU) lit. "Du roi Ménandre Sauveur". Pile: légende en Kharosthi: MAHARAJA TRATASA MENADRASA " Sauveur roi Ménandre ". Athena tournée vers la droite, avec foudre et bouclier. Marque de frappe Taxila.

L'expression royaume indo-grec n'est pas appropriée. Il s'agit des territoires indiens conquis par Alexandre le Grand, perdus presque totalement par Séleucos au profit du nouvel empire Maurya de Chandragupta en -304 et reconquis par les Gréco-Bactriens entre la fin du siège de Bactres en -206 et la mort d'Euthydème vers -200, à la faveur de la dislocation de l'empire Maurya et du retour de l'armée d'Antiochos III vers l'ouest. Ces territoires n'ont pas constitué un royaume indépendant de la Bactriane grecque (voir royaume gréco-bactrien).

Le territoire indo-grec a été conquis pour l'essentiel par Démétrios, fils du roi hellénistique du royaume gréco-bactrien Euthydème Ier. Démétrios a envahi les marges nord-occidentales de l’Inde entre 206 et environ 200 avant notre ère, profitant d'abord de la marche de l'armée d'Antiochos III en retraite vers l'ouest (conquête des Paropamisades, de l'Arachosie, de la Drangiane). Démétrios a ensuite conquis la Patalène jusqu'aux bouches de l'Indus et les royaumes côtiers de Saraostos et Sigerdis[1].

Antimaque Ier Théos roi de Bactriane, mit un terme aux tendances de son prédécesseur Agathoclès à faire de la religion indienne une religion officielle de l'empire grec bactrio-indien. Il établit un gouvernement décentralisé en nommant comme roi adjoint Apollodote Ier pour gouverner ses possessions indiennes. Cette solide reprise en main politique et religieuse par les Grecs s'accompagne de l'arrêt des conquêtes, et grâce aux tributs prélevés sur les villes indiennes favorables à Agathocle, de la création d'une monnaie stable, dans un standard imité par plusieurs états voisins, et vraisemblablement d'une période de prospérité économique. Cette période de paix ne dura qu'une vingtaine d'années. Après le renversement du roi de Bactriane Démétrios II par Eucratide Ier vers -165, le territoire indo-grec est disputé entre Eucratide et Ménandre Ier au cours d'une guerre civile terriblement destructrice. Après la perte de la Bactriane par les Grecs vers -130, des royaumes indo-grecs rivaux se partagèrent le territoire, des envahisseurs sakas, parfois appelés du nom moins précis d'Indo-Scythes, en profitèrent pour s'y installer plus tard.

Pendant environ deux siècles, on connaît une trentaine de souverains indo-grecs, la plupart d'entre eux seulement par leurs monnaies. Après la perte de la Bactriane devant l'invasion des nomades Yuezhi, facilitée par les guerres civiles entre Grecs, le territoire indo-grec est divisé en royaumes rivaux, dont les limites et la chronologie sont souvent mal connues[2]. Le territoire contrôlé par les Grecs a été de plus en plus réduit et morcelé par les envahisseurs sakas avant de disparaître au début de notre ère, absorbé par l'empire Indo-Parthe puis par l'empire Kouchan.

Civilisation[modifier | modifier le code]

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Durant leur quelque deux siècles d’existence, les rois indo-grecs règnent sur une civilisation originale et composite qui a parfois su faire la synthèse des différentes cultures présentes dans leur royaume. Ils ont néanmoins conservé la culture grecque comme culture unificatrice, suivant l'enseignement d'Aristote, tant qu'ils en eurent la force.

L'émission de monnaies bilingues est un fait unique dans les royaumes hellénistiques, qui montre que l'autorité des dirigeants grecs se doublait de réalisme dans ce pays où la population grecque restait numériquement faible par rapport à la population indienne. Le système des castes, rendant difficiles les mariages mixtes, évita une rapide assimilation, bien que l'on connaisse quelques cas de conversion de Grecs à l'hindouisme ou au bouddhisme. Le Milindapanha, dialogue socratique entre Ménandre Ier et le sage indien Nagasena montre un cas intéressant de rapprochement culturel, sans que l'on puisse parler de syncrétisme. Cet ouvrage traduit et enrichi jusqu'en Chine est devenu un des textes sacrés du bouddhisme, bien que Ménandre, protecteur du bouddhisme, ait conservé Athéna comme déesse tutélaire sur ses monnaies : il n'est pas évident qu'il se soit personnellement converti au bouddhisme.

L'arrivée dans les territoires gréco-indiens de nombreux réfugiés grecs avec leur roi et leur armée, à la suite de l'invasion de la Bactriane, créa de fortes tensions politiques, montrant que les divisions et l'affaiblissement des Grecs laissaient ressurgir des revendications politiques et religieuses des Indiens. La dernière grande ville grecque de la région, Alexandrie du Caucase-Kapisi, prise par les Indo-Parthes dans les années 19/20 de notre ère, est libérée par les Kouchans quelques années plus tard. Jusqu'au début du règne de Kanishka Ier, vers 127 de notre ère, le grec fut la langue officielle de l'empire Kouchan. Ensuite Kanishka confia ce rôle à la langue bactrienne, mais écrite en caractères grecs.

L'art hellénistique, en particulier la sculpture, est absorbé par le monde indien du nord, où le bouddhisme se répand sans éliminer les religions en place. Sous l'empire Kouchan, on observe un véritable syncrétisme entre les divinités grecques et celles des Yuezhi. L’art dit gréco-bouddhique est en fait l'art de l'empire Kouchan fondé par les Yuezhi. Les grottes-sanctuaires bouddhistes de l'Inde occidentale dans la région du royaume Andhra (Satavahana) ont fourni des inscriptions de donations de personnages portant un nom indien et prétendant être yavana, c'est-à-dire grecs. Longtemps après la disparition de tout pouvoir politique grec, la culture grecque avait conservé un grand prestige, même en dehors de l'empire Kouchan.

Satrapies[modifier | modifier le code]

Lors de la conquête de l'Inde achéménide, Alexandre conserve les satrapies achéménides : satrapie de l'Indus supérieur (Gandhâra) gouvernée par Nikanor, l'Indus Moyen comprenant le royaume de Taxila et l'ouest du Panjâb, dirigée par Philippos, et l'Indus inférieur couvrant le Sind et la côte dont le pouvoir est partagé entre son beau-père Oxyartès et Péithon. Des royaumes et principautés sous protectorat s'intercalent, dont le royaume de Pôrôs. Tous ces territoires sont évacués par les Gréco-Macédoniens au cours des guerres des diadoques. Quelques cités fondées par Alexandre conservent leur caractère de « polis » grecque : Alexandrie d'Arachosie (mod. Kandahar), Alexandrie du Caucase (mod. Begrâm) et peut-être d'autres.

Au milieu du IIIe siècle av. J.-C. les satrapies orientales se trouvent coupées de l'empire séleucide par la révolte du satrape de Parthyène, Andragoras, qui sera renversé en 239 par le premier roi parthe, Arsace. Entre 250 et 246 avant notre ère Diodote Ier, satrape de Bactriane prend le titre de roi. Vers 237 av. J.-C., Euthydème Ier s'empare du trône. Il doit en 209 faire face au roi séleucide Antiochos III qui, après avoir soumis les Parthes, attaque la Bactriane. Il assiège Euthydème pendant plus de deux ans dans Bactres, sans succès. Antiochos fait la paix, reconnait à Euthydème le titre de roi et s'allie avec lui. Euthydème envoie son fils Démétrios à la suite de l'armée d'Antiochos en retraite par le nord de l'Inde vers la Carmanie, et profitant de l'effondrement de l'empire Maurya, Démétrios occupe le sud des Paropamisades, l'Arachosie et la Drangiane. Il fonde au passage la cité de Démétrias d'Arachosie[3] dont la localisation exacte n'est pas connue mais devait se trouver entre les villes modernes de Ghazni et Kandahar. Démétrios, quittant la route d'Antiochos, conquiert alors la Patalène, basse vallée de l'Indus et les royaumes de Saraostos et Sigerdis, allant ainsi beaucoup plus loin qu'Alexandre qui n'avait pas dépassé le bas-Indus avant de se retirer vers l'ouest[1].

Principaux rois indo-grecs, chronologie et territoires[modifier | modifier le code]

Il y eut plus de trente rois indo-grecs, souvent en concurrence sur différents territoires. Beaucoup d’entre eux ne sont connus que par leurs monnaies.

Sophytès (305-294), qui n’était pas au sens strict un roi indo-grec, fut un prince grec indépendant de la région du Pendjab, à la suite des conquêtes d’Alexandre le Grand.

Beaucoup de dates, territoires et relations entre rois indo-grecs sont approximatives et essentiellement fondées sur l’analyse numismatique (lieux de découverte, surfrappes, monogrammes, métallurgie, styles), quelques inscriptions classiques et des inscriptions et preuves épigraphiques indiennes. La liste de rois, après le règne de Démétrios, résultant des travaux de différents auteurs, a été rassemblée dans le catalogue d'Osmund Bopearachchi (Monnaies gréco-bactriennes et indo-grecques, catalogue raisonné, 1991). Cependant cet auteur, devant les difficultés rencontrées à reconstruire l'histoire au premier siècle avant notre ère, a inventé une invasion Yuezhi dans la première moitié de ce siècle, qui lui permettait de considérer toutes les monnaies indo-grecques émises par la suite pendant un siècle comme venant d'ateliers non-officiels, le dispensant d'en faire l'étude. Cette théorie ne résiste pas à une étude numismatique sérieuse et aux données des sources chinoises la contredisant et omises par Bopearachchi bien qu'elles soient connues depuis le début du XXe siècle. La synthèse la plus récente, incluant non seulement les monnaies indo-grecques mais celles des royaumes sakas, indo-parthes et kouchans en interaction étroite avec les royaumes indo-grecs, est celle de François Widemann (Les Successeurs d'Alexandre en Asie centrale et leur héritage culturel, Riveneuve éditions, Paris, 2009).

Territoires orientaux[modifier | modifier le code]

Les descendants du roi gréco-bactrien Euthydème Ier envahirent le nord de l’Inde vers -180 jusqu’à Pataliputra (actuelle Patna), avant de se retirer vers la région située entre l’Hindū-Kūsh et Mathura, où ils régnèrent sur la plus grande partie du nord-ouest du sous-continent indien :

Le territoire gouverné par Démétrios, de la Bactriane à Pataliputra, fut alors séparé en parties occidentale et orientale, et gouverné par plusieurs sous-rois et rois successeurs. La partie occidentale, constituée de la Bactriane, fut gouvernée par une succession de rois gréco-bactriens jusqu’à la fin du règne d’Hélioclès Ier vers -130. La partie orientale, composée des Paropamisades, de l’Arachosie, du Gandhara et du Pendjab, qui s’étendit parfois jusqu’à Mathura, fut gouvernée par une succession de rois appelés « indo-grecs » :

Territoires des Paropamisades à Mathura (maison d’Euthydème)[modifier | modifier le code]

L’usurpateur Eucratide Ier réussit à éradiquer la dynastie des Euthydémides et à occuper des territoires s’étendant jusqu’à l’Indus, entre -170 et -145, créant une « Grande Bactriane » incluant la Sogdiane, la Margiane et l'Arie. Puis il conquiert l'Arachosie, le Gandhâra et une partie du Panjâb. Eucratide fut alors tué par son fils, après quoi Ménandre Ier semble avoir regagné tous les territoires vers l’ouest jusqu’à l’Hindū-Kūsh.

Ensuite les connaissances sont fragmentaires : Antialcidas est souverain de Taxila vers 100 av. J.-C., son successeur Archébios règne vers 90 av. J.-C.-80 av. J.-C. et est soumis par les Saces. Vers 55 av. J.-C. les souverains grecs du Panjâb oriental Apollodote II et Hippostrate reprennent Taxila. Le dernier souverain grec connu est Straton II, roi de Sâgala, vaincu par les Scythes.

Territoire de l’Hindū-Kūsh à Mathura (-150 à -125)[modifier | modifier le code]

Après la mort de Ménandre Ier, ses successeurs semblent s’être retirés vers l’est jusqu’au Gandhara, en perdant les Paropamisades et l’Arachosie au profit d’un royaume indo-grec occidental. Quelques années plus tard, les rois orientaux durent probablement se retirer encore davantage, jusqu’à l’ouest du Pendjab.

Territoire du Gandhara]/ouest du Pendjab à Mathura (-125 à -100)[modifier | modifier le code]

Les rois mineurs suivants gouvernèrent des parties du royaume :

Après les alentours de -100, des rois indiens récupérèrent la région de Mathura et de l’est du Pendjab à l’est de la rivière Ravi, et commencèrent à frapper leur propres monnaies. Les Arjunayanas (région de Mathura) et les Yaudheyas mentionnent des victoires militaires sur leurs monnaies (« Victoire des Arjunayanas », « Victoire des Yaudheyas »). Pendant le Ier siècle avant J.-C., les Trigartas, les Audumbaras et finalement les Kunindas (les plus proches du Pendjab) commencèrent aussi à frapper leurs propres monnaies, habituellement dans un style rappelant fortement le monnayage indo-grec.

Le roi occidental Philoxène occupa brièvement l’ensemble du territoire grec restant des Paropamisades à l’ouest du Pendjab entre -100 et -95, après quoi les territoires se fragmentèrent à nouveau. Les rois orientaux regagnèrent leurs territoires vers l’ouest jusqu’en Arachosie.

Pendant le Ier siècle avant J.-C., les rois indo-grecs perdirent progressivement du terrain devant l’invasion des Indo-Scythes, jusqu’à ce que le dernier roi Straton II finisse son règne dans l’est du Pendjab autour de l’an 10 de l'ère chrétienne.

Territoire d’Arachosie et du Gandhara (-95 à -70)[modifier | modifier le code]

Territoire de l’ouest du Pendjab (- 95 à -55)[modifier | modifier le code]

Autour de -80, des parties de l’est du Pendjab furent regagnées :

Territoires de l’est du Pendjab (-80 à +10)[modifier | modifier le code]

Territoires occidentaux[modifier | modifier le code]

Les rois suivants eurent la part du lion des royaumes indo-grecs, appelée ici « royaume occidental ». Il se fonda sur les conquêtes du dernier roi gréco-bactrien Hélioclès Ier, dans les Paropamisades et en Arachosie, qui furent étendues au Gandhara par les rois suivants. On pense que plusieurs de ses gouvernants appartenaient à la maison d’Eucratide.

Territoires des Paropamisades, d’Arachosie et du Gandhara (-130 à -95)[modifier | modifier le code]

  • Hélioclès Ier (r.v. -145 à -130), occupa la partie occidentale du royaume indo-grec vers -130.
  • Zoïle Ier (-130 à -120), régna uniquement dans les Paropamisades et en Arachosie.
  • Lysias (-120 à -110), conquit probablement le Gandhara au profit du royaume occidental.
  • Antialcidas (r.v. -115 à -95)
  • Philoxène (règne v. -100 à -95). Philoxène régna également dans l’ouest du Pendjab.

Après la mort de Philoxène, le royaume occidental se fragmenta et ne redevint plus jamais dominant. Les rois suivant régnèrent surtout dans les Paropamisades.

Territoire des Paropamisades (-95 à -70)[modifier | modifier le code]

Selon Osmund Bopearachchi, aucune trace d’occupation indo-scythe (ni de monnaies des principaux rois Indo-Scythes comme Mauès ou Azès Ier) n’a été trouvée dans les Paropamisades et l’ouest du Gandhara. Au contraire, une grande quantité d’émissions posthumes d’Hermaios sont connues jusque vers 40 ap. J.-C., date où elle se mélangent avec le monnayage du roi kouchan Kujula Kadphisès.

Les Grecs du territoire des Paropamisades étaient probablement étroitement associés aux tribus Yuezhi hellénisées, installées au nord-ouest dans la Bactriane voisine depuis des temps reculés. Les Yuezhi prirent alors probablement le contrôle des Paropamisades après Hermaios. Le premier prince yuezhi documenté, Sapadbizès, régna vers 20 av. J.-C. et frappa monnaie en grec et dans le même style que les rois indo-grecs occidentaux, dépendant probablement des ateliers grecs. Les Yuezhi s’étendirent vers l’est pendant le Ier siècle de l'ère chrétienne et fondèrent l’empire kouchan. Le premier empereur kouchan Kujula Kadphisès s’associa ostensiblement avec Hermaios sur ses monnaies, suggérant qu’il était peut-être un de ses descendants par alliance, ou au moins revendiquait son héritage.

Roitelets indo-grecs (Gandhara)[modifier | modifier le code]

Après que les rois indo-scythes prirent le pouvoir dans le nord de l’Inde, les communautés grecques résiduelles furent probablement gouvernées par des dirigeants grecs mineurs, sans droit de monnayage, jusqu’au Ier siècle de l'ère chrétienne, dans les régions des Paropamisades et du Gandhara :

Les Indo-grecs ont pu garder un rôle militaire significatif jusqu’au IIe siècle, comme le suggèrent les inscriptions des rois Satavahana.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Strabon XI, 11, 1
  2. François Widemann, Les successeurs d'Alexandre en Asie centrale et leur héritage culturel, Riveneuve éditions, Paris 2009
  3. Isidore de Charax § 19

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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