Sogdiane

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Sogdiane

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Sogdiana, vers 300 avant J.C.

Informations générales
Capitale Samarcande, Boukhara, Khodjent, Kesh
Langue Sogdien
Religion Zoroastrisme, manichéisme, christianisme, Bouddhisme
Sogdiens, représentés sur une stèle chinoise de la Dynastie Qi du Nord, aux alentours de -567/573[1]

La Sogdiane ou Sogdie (Soʻgʻd, Soʻgʻdiyona en ouzbek, Sughd en tadjik, سغد en persan, nom d'origine grecque, grec ancien : Σογδιανή ; chinois : 粟特, Sùtè) est une région historique recouvrant en partie l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et l'Afghanistan et englobant les villes historiques de Samarcande et Boukhara et la vallée irriguée de Zeravchan (ancienne Polytimetus). Elle se situe au nord de la Bactriane, à l'est de Khwarezm et au sud-est de Kangju entre l'Oxus (Amou-Daria) et le Jaxartes (Syr-Daria).

La Sogdiane fut la 18e province de l'Empire perse achéménide, selon l'Inscription de Behistun de Darius Ier. Les historiens pensent également qu'il s'agit de la seconde des « bonnes terres et pays » formés par Ahura Mazda[2]. Enfin, cette province est mentionnée dans le livre zoroastrien Vendidad.

L'Avesta, le texte sacré du zoroastrisme, religion des Perses préislamiques, cite Sughda-, « les Sogdiens, la Sogdiane », mais il est très difficile à dater. Il remonte en tout cas à une haute antiquité. Les Sogdiens semblent avoir été des Scytho-Sakas sédentarisés. Les Sogdiens, de langue persane, ont joué au Moyen Âge un important rôle d'intermédiaire commercial le long de la Route de la soie.

Après l'arrivée des peuples turcs, on appelle plutôt la région Transoxiane.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pièce d'or Diodote Ier vers -250.

Époque hellénistique[modifier | modifier le code]

Le rocher sogdien, appelé aussi le rocher d'Ariamazes, est le nom d'une forteresse sogdienne prise par Alexandre le Grand en 327 av. J.-C. qui forma alors une nouvelle satrapie en unissant la Sogdiane avec la Bactriane. Elle fit donc partie du royaume gréco-bactrien, royaume fondé vers 256 av. J.-C. par Diodote Ier, pendant une centaine d'années. Ensuite, Euthydème Ier prit le pouvoir en renversant Diodote II. Des pièces à son effigie furent frappées dans la région. Il fut supplanté par Eucratide Ier. En définitive, la zone fut peuplée par des nomades avant que les Scythes et les Yuezhi n'envahissent le pays.

La bataille de Sogdiane[modifier | modifier le code]

Copie d'une pièce d'Euthydème Ier, de la région de Sogdiane. Sur le côté pile, les inscriptions sont en araméen.

En 36 av. J.-C., « …[a] l'expédition Han en Asie centrale, à l'ouest du fleuve Jaxartes, a apparemment rencontré et défait un contingent de légionnaires romains. Les Romains ont peut-être été enrôlés de force dans les restes de l’armée de Crassus, défaite par les Parthes et forcés de combattre sur la frontière orientale. La Sogdiane (aujourd’hui province de Boukhara), sise à l’est du fleuve Oxus, sur la rivière Polytimetus, semble avoir été le point le plus oriental atteint par les forces romaines en Asie. La victoire chinoise semble avoir été grandement facilitée par l’utilisation d’arbalètes, dont les carreaux et les flèches perçaient facilement les boucliers et armures romaines[3]. »

Cette interprétation a été contestée[4].

Les liens avec la Chine[modifier | modifier le code]

Sogdiana prononcé « Sùtè » par les Chinois. À noter qu'il s'agit ici de la prononciation en mandarin et non en chinois médiéval alors utilisé.

Les premiers liens entre les Sogdiens et les Chinois ont été établis par l'entremise de l'explorateur chinois Zhang Qian sous le règne de Wudi, empereur de l'ancienne dynastie Han, 141-87 av. J.-C. Il écrit un rapport sur son expédition en Asie centrale et nomma la région de Bagdiane Kangju. Les Chinois ont joué un rôle majeur dans le commerce entre la Chine et l'Asie Centrale.

Après l'expédition et le rapport de Zhang Qian, les relations entre la Chine, l'Asie centrale et la Sogdiane prirent leur essor avec l'envoi de nombreuses missions chinoises au cours du Ier siècle av. J.-C. : « La plus grande de ces missions à l'étranger comptabilisait plusieurs centaines de personnes, tandis que même la plus petite en dénombrait plus de cent… En une seule année, cinq ou six missions pouvaient être envoyées quel que soit l'endroit. »[5]. Toutefois, les négociants sogdiens restèrent moins influents que leurs voisins du Sud, d'Inde et de Bactriane.

Le rôle de l'Asie Centrale[modifier | modifier le code]

Pièce sogdienne, datant du VIe siècle. British Museum.
Pièce sogdienne d'influence chinoise, Kelpin, datant du VIIIe siècle. British Museum.

À la suite de la conquête d'Alexandre le Grand, les Sogdiens de la ville de Marakanda (Samarcande) devinrent des marchands ambulants incontournables, du fait de la position clef de la ville sur la route de la soie. Leur langue devint la langue d'usage sur la route de la soie et ils jouèrent un rôle important autant dans les mouvements philosophiques et religieux, comme le manichéisme, le zoroastrisme et le bouddhisme que dans le commerce. Ils étaient décrits par les Chinois comme des commerçants nés, développant dès leur plus jeune âge leurs compétences commerciales. Il ressort de différentes sources, comme les documents trouvés par Aurel Stein, qu'aux alentours du IVe siècle av. J.-C., les Sogdiens monopolisaient le commerce entre l'Inde et la Chine. Ils dominèrent le commerce de la route de la soie du IIe siècle av. J.-C. au Xe siècle[6].

Les villes de Suyab et Talas (aujourd'hui Taraz) étaient les principaux marchés du nord où se trouvaient les caravaniers les plus influents d'Asie Centrale. Leurs intérêts étaient protégés par la résurgence de la puissance militaire des Göktürks dont l'empire a été décrit comme « l'unification du clan d'Ashina et des Sogdiens »[7],[8],[9]. Leur commerce se poursuivit tout au long du IXe siècle avec quelques interruptions et au Xe siècle, avec l'empire ouïghour qui s'étend en 840 à tout le nord de l'Asie Centrale et qui obtient de la Chine d'énormes quantités de soie en échange de chevaux. Des sources chinoises de cette époque parlent de caravanes sogdiennes partant jusqu'en Mongolie.

Ils exportèrent en Chine du raisin, de la luzerne, de l'argenterie de Perse, ainsi que divers récipients en verre, du corail méditerranéen, des icônes bouddhistes en laiton, des vêtements en laine de Rome et de l'ambre de la Baltique. Ils revenaient de Chine avec du papier, du cuivre et de la soie[6].

Ils jouèrent un rôle important autant culturellement que religieusement. Une partie des données concernant l'Asie Centrale au Xe siècle fournies par les géographes musulmans renvoient à celles de la période 750-840, ce qui indique la survie de liens entre l'est et l'ouest. Toutefois, le commerce sogdien connut une crise à la chute de l'empire ouïghour. L'Asie centrale musulmane développa le commerce des Samanides qui reprirent la route du nord-ouest de l'Oural aux Khazars et la route du nord à proximité des tribus turques[8].

Sous la dynastie Tang, Turfan devient une ville de commerce majeure entre les Chinois et les Sogdiens. La ville comptait de nombreuses auberges, certaines fournissant à l'occasion des services sexuels aux marchands de la route de la soie depuis l'officialisation de l'existence de marchés de femmes à Kucha et à Khotan[10]. Les contrats en sogdien, trouvés dans le cimetière d'Astana, démontrent qu'au moins un homme chinois a acheté une femme sogdienne en 639. Un des archéologues qui a fouillé le site d'Astana, Wu Zhen, conclut que, bien que de nombreux ménages achetassent ponctuellement des esclaves le long de la route de la soie, comme en témoignent les documents de Niya, les documents de Turfan montrent une croissance massive du commerce d'esclave[11]. Le peu de documents attestant d'une union entre un Chinois et une Sogdienne pose la question du nombre de mariages intercommunautaires entre les familles chinoises et sogdiennes. L'histoire se montre avare sur le sujet, mais Rong Xinjiang a trouvé un total de vingt-et-un mariages enregistrés au cours du VIIe siècle où l'un des conjoints est sogdien et dans dix-huit des cas, c'était la femme. Les seules exceptions furent les mariages des hauts fonctionnaires sogdiens qui épousaient des femmes chinoises[12]. Il en conclut que la majorité des Sogdiens épousaient des Sogdiennes et on peut en conjecturer que la plupart des mariages mixtes se faisaient entre un Chinois et son esclave sogdienne. De nombreuses transactions commerciales furent enregistrées : En 673, un commandant de compagnie (duizheng) acheta un chameau contre quatorze rouleaux de soie à Kang Wupoyan[13], un commerçant itinérant de Samarcande (Kangzhou)[14].

En 731, un marchand sogdien vendit une petite fille de onze ans à un habitant de Chang’an, Tang Rong, pour quarante rouleaux de soie[15]. Cinq hommes servirent de garants, attestant qu'elle n'était pas une personne libre réduite à l'esclavage (le code Tang interdisait l'asservissement des roturiers)[16].

Langue et culture[modifier | modifier le code]

Sogdiens apportant des offrandes à Bouddha (détails de fresque), Bezeklik, est du bassin du Tarim, Chine, VIIIe siècle.

Le VIe siècle voit l'apogée de la culture sogdienne avec une tradition artistique remarquable à en juger par les vestiges de leur civilisation. En outre, ils ont profondément marqué l'Asie centrale, que ce soit pour les voyages et les échanges marchands, le transfert de marchandises, la culture ou la religion[17].

Les Sogdiens étaient réputés pour leur tolérance envers les différentes croyances religieuses. Le zoroastrisme était la religion la plus répandue chez les Sogdiens et le resta jusqu'à peu après la conquête arabe, lorsque les Arabes imposèrent l'Islam et s'efforcèrent de faire disparaître le zoroastrisme. Le manichéisme et le nestorianisme furent également des religions significatives. La plupart des connaissances acquises sur les Sogdiens et leur langue proviennent des nombreux documents religieux laissés derrière eux.

Le sogdien était une langue est-iranienne, très proche du bactrien, une des autres langues majeures de la région à l'époque. Le sogdien était écrit à l'aide de symboles, tous dérivés de l'alphabet araméen. La vallée du Zeravchan autour de Samarcande a gardé son nom sogdien. Les géographes arabes considéraient la région comme l'une des quatre plus belles au monde. De nos jours, les Yaghnobis vivant dans le Sughd au Tadjikistan parlent toujours un dialecte sogdien.

La grande majorité du peuple sogdien s'est mélangée progressivement aux autres populations locales, comme les Bactriens, les Korasmiens, les Turcs et les Perses, et adoptèrent, comme langue, le persan et le turc (après la conquête turque de l'Asie Centrale) devenu aujourd'hui l'ouzbek. Ce sont les ancêtres des Tadjiks et des Ouzbeks. De nombreux mots sogdiens peuvent aujourd'hui être trouvés dans le persan et l'ouzbek.

Sogdiens célèbres[modifier | modifier le code]

An Lushan était un chef militaire sous la dynastie Tang, d'origine sogdienne par son père et turque par sa mère. Il gagna son poste au cours des guerres de frontières en 741 et 755. Il fut l'instigateur de la révolte d'Ān Shǐ qui dura de 755 à 763

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dorothy C Wong: Chinese steles : pre-Buddhist and Buddhist use of a symbolic form, Honolulu: University of Hawaii Press, 2004, p. 150
  2. Avesta.org
  3. (en) R. Ernest Dupuy et Trevor N. Dupuy, The Harper Encyclopedia of Military History from 3500 B.C. to the Present, 4e édition (New York: HarperCollins Publishers, 1993), 133, apparemment fondé sur l'œuvre de Homer H. Dubs, « A Roman City in Ancient China », dans Greece and Rome, Second Series, Vol. 4, No. 2 (Oct., 1957), pp. 139-148
  4. (en) Schuyler Cammann, commentaire de l'article d'Homer H. Dubs « A Roman City in Ancient China », dans The Journal of Asian Studies, Vol. 21, No. 3 (mai 1962), p. 380-382. Voir également la réponse de H. H. Dubs dans The Journal of Asian Studies, Vol. 22, No. 1 (novembre 1962), p. 135-136
  5. Shiji, traduit par Burton Watson
  6. a et b (en) Francis Wood, The Silk Road: Two Thousand Years in the Heart of Asia, Berkeley, CA, University of California Press,‎ 2002, poche (ISBN 978-0-520-24340-8, lien LCCN?), p. 65–68
  7. (en) Wink, André. Al-Hind: The Making of the Indo-Islamic World. Brill Academic Publishers, 2002. ISBN 0391041738.
  8. a et b Sogdian Trade, Encyclopedia Iranica, (visité le 15 juin 2007)
  9. (de) Stark, Sören. Die Alttürkenzeit in Mittel- und Zentralasien. Archäologische und historische Studien (Nomaden und Sesshafte, Band 6). Reichert, 2008 (ISBN 3895005320).
  10. Xin Tangshu 221a:6230. De plus, Susan Whitfield écrivit un compte romancé de l'expérience d'un courtisane kouchane du IXe siècle (sans citer de source), bien qu'elle parle clairement de l'existence d'un quartier de la prostitution à Chang’an au Beilizhi; Whitfield, 1999, pp. 138-154.
  11. Wu Zhen 2000 (p. 154 traduction chinoise basée sur la traduction japonaise de Yoshida du contrat sogdien de 639).
  12. Rong Xinjiang, 2001, pp. 132-135. Sur les vingt-et-une épitaphes, douze proviennent de Quan Tangwen buyi(Supplément à l'ensemble des écrits des Tang), cinq de Tangdai muzhi huibian(Collection d'épitaphes des Tang), trois furent découvertes à Guyuan, Ningxia, et une sur un autre site.
  13. Yan est une terminaison classique pour un prénom sogdien et signifiant « pour le bénéfice » d'une divinité. Pour des exemples, voir Cai Hongsheng, 1998, p. 40.
  14. Ikeda contrat 29.
  15. Ikeda contrat 31. Yoshida Yutaka et Arakawa Masaharu virent ce document, qui était de toute évidence une copie avec des espaces laissés pour les cachets.
  16. [PDF] http://www.yale.edu/history/faculty/materials/hansen-silk-road-trade.pdf
  17. Luce Boulnois, La Route de la Soie : Dieux, guerriers et marchands, 2005, Odyssey Books, pp. 239-241 ISBN 962-217-721-2

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Calum MacLeod and Bradley Mayhew, Uzbekistan. Golden Road to Samarkand.
  • (en) Archaeological Researches in Uzbekistan, 2001, Tashkent. L'édition est basée sur les résultats de l'expédition franco-allemande en 2001 en Ouzbékistan.
  • (en) Étienne de La Vaissière, Sogdian Traders, A History, Leiden, Brill, 2005. ISBN 90-04-14252-5.
  • Étienne de La Vaissière, Histoire des marchands sogdiens, Paris, de Boccard, 2002.
  • (ru) Babadjan Ghafourov, Les Tadjiks, publié en URSS, Russie, Tadjikistan.
  • (en) Étienne de La Vaissiere. E.D.L, "Sogdian Trade" dans l'Encyclopedia Iranica.
  • Susan Whitfield (sous la dir. de), La Route de la soie. Un voyage à travers la vie et la mort, édité à l'occasion de l'exposition aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, 2009 - 2010, Fonds Mercator, p. 207 (ISBN 978-90-6153-892-9) Sur les Sogdiens : pages 65–84.

Liens externes[modifier | modifier le code]