Sakas

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Saka (peuple d'Afrique).

Sakas
Saces

Populations significatives par région
Population totale Inconnue
Autres
Régions d’origine

Asie centrale

Langues

Langues saces

Religions

Chamanisme

Les Sakas ou Saces sont un peuple indo-européen qui vivait jusqu'en 380 après J.-C. dans une région couvrant le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, l'Afghanistan, le Pakistan et une partie de l'Iran, de l'Ukraine, des monts Altaï et de la Sibérie en Russie. La plupart des chercheurs les considèrent comme une branche des Scythes. Il ne faut pas les confondre avec les Sakha, nom que se donnent à eux-mêmes les Yakoutes de Sibérie.

Parmi les voisins des Saka, on trouve les Sarmates, les Issedones et les Massagètes.

On sait peu de chose de la langue des Saka, mais elle semble avoir été à l'origine un membre de la famille iranienne bien que certains se demandent si c'était le cas pour toutes les couches de la société, ou seulement pour les classes dominantes à diverses époques.

Origines de l'ethnonyme[modifier | modifier le code]

Étendue approximative de la répartition des Scythes au Ier siècle av. J.-C.

Saka est un nom perse, alors que Scythe est un nom grec. Les Chinois les connaissaient sous le nom de Sai (塞, prononcé sək en chinois ancien). Ce nom, comme celui des Scythes, a servi à désigner un ensemble assez varié de peuples nomades, et un ensemble encore plus vaste et durable qui, même pour la science actuelle, n'a pas de limites bien établies. On compte également un grand nombre de peuples assimilés auxquels fut attribué le nom de Saces ou Saka ainsi que des peuples limitrophes portant un nom différent, mais faisant partie de l'ensemble Saces (les Wusun, les Kangju et d'autres tels les Iazyges et Aorses qui relevaient de la nébuleuse sarmate).

Avec un sens assez flou et général, l'ethnonyme est connu par des sources perses et grecques dès les VIe et Ve siècles (Vieux-perse : Saka, pl. Sakâ ; Grec pl. Sâkai). Des formes voisines apparaissent ensuite en sanskrit (Saka~) signifiant capable, et en chinois (Sai), avec une prononciation ancienne restituée en Saak. Parmi les étymologies proposées, il y a par exemple celle avancée par V.Abaïev : Sâkâ~ (qui signifie « cerf »). On a aussi avancé un nom persan du chien, sag < sak~ et différentes racines verbales : sak~, signifiant « être puissant » (en avestique sak~, en sanskrit sak~) ou l'homophone sak~ signifiant « bouger » au sens de mener une existence nomade.

Les inscriptions perses d'époque achéménide mentionnent diverses subdivisions des Saces :

  • Sakâ Haumavargâ : relative au haoma, boisson sacrée des Indo-iraniens, soma en sanskrit
  • Sakâ Trigraxaudâ : relatif aux « capuchons pointus » cité par Hérodote en Ecbatane
  • Sakâ tyaiy paradraya : relatif à une étendue d'eau, « Saces d'au-delà de la mer ou du fleuve », il s'agirait de la mer Caspienne.

On connaît aussi des mentions des Sakâ tyaiy para Sug[u]dam − « Saces d'au-delà de la Sogdiane », et des inscriptions en Égypte antique évoquent des « Saces des marécages » et « Saces des plaines ».

Les Sacaraules ou Sarauques du IIe siècle av. J.-C. étaient très certainement des Saces. Leur nom signifierait « Saces légers », « Saces rapides » (Sakâ-rawaka) ou « Saces royaux » (Sakâ-rauka) d'après H. W. Bailey[1].

Enfin, le nom Touraniens attribué aux Saces par les Perses serait à connotation péjorative. On le retrouve dans l'Avesta sous le nom d' âsuaspa Tura (« Touraniens aux chevaux rapides »).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Saka qui ont occupé un territoire très étendu de la mer Caspienne aux confins de la Chine et au nord de l'Inde ont une histoire assez peu connue, et les renseignements à ce sujet semblent épisodiques. La période de formation des cultures saces n'est reconstituable que sur une base archéologique : l'épaisseur du temps, les aspects sémantiques complexes - pour un esprit actuel - des sources antiques, l'étendue du logement sace à travers toute l'Asie centrale (mer d'Aral, frontière ouest du Turkestan chinois), et l'ignorance quasi complète des cultures et modes de vie des populations autochtones habitant la zone avant l'arrivée des Saces, entraînent des difficultés évidentes pour l'étude de ce peuple.

Au VIe ‑ Ve siècles av. J.-C., ils étaient les voisins septentrionaux de l'empire Perse achéménide. D'après Hérodote et Ctésias[2], ils s'opposèrent à Cyrus. Darius le Grand fit une campagne contre eux vers 519 av. J.-C. Il captura leur chef Skunka[3]. Durant cette période, les Saces, d'après des bas-reliefs, semblent être des sujets de l'empire Perse. D'après Hérodote, ils sont englobés dans la XVe satrapie. L'armée Perse compte de nombreux Saces durant les guerres médiques contre les Grecs. Ceux-ci se distinguèrent à la bataille de Marathon et de Platées.

Saces sous Cyrus (559 - 530 av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Hérodote raconte que les Saces s'opposent à Cyrus[4]. Ctésias conte une guerre au cours de laquelle les Perses capturent le roi sace Amorgès[2]. Mais la femme de celui-ci, Sparêthra (une amazone), rassemble les forces saces et contraint Cyrus à lui restituer son mari en échange de prisonniers perses. D'après Strabon : « Cyrus fit une expédition contre les Saces, fut défait dans la bataille et s'enfuit »[5] abandonnant son camp aux vainqueurs qui s'enivrèrent et furent finalement massacrés par les Perses. Cette victoire, aurait inspiré la fête des Sacées (Sâkaia) au cours de laquelle les hommes, revêtus du costume scythe, passent le jour et la nuit en beuveries et en jeux exubérants entre eux, accompagnés des femmes qui boivent aussi avec eux.

Saces sous Darius (521 - 486 av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Après le règne de Cambyse et l'usurpation de Gaumata le Mage, c'est Darius qui reprend la lutte contre les Saces. Ils sont cités dans une inscription de Behistoun parmi les peuples « révoltés » au début du règne, refusant de reconnaître l'autorité du nouveau roi. Cette révolte est datée du moment où Darius se trouvait à Babylone, donc en 521 av. J.-C.. D'autres inscriptions, permettent de reconstituer une nouvelle phase d'expansion perse vers l'Asie Centrale. Sur un texte de Persépolis[6], Darius énumère ses possessions héréditaires : « Darius le roi dit : voici le pays que j'ai reçu en ma possession en même temps que ce peuple perse, qui m'ont redouté et m'ont apporté tribut… ». Les Saces y apparaissent sans autre précision.

À Béhistoun se trouve également le récit d'une campagne contre les « Saces à capuchon pointu[7] ». Darius le roi dit : « …ensuite, je partis pour le pays des Saces [abiy Sakâm], contre les Saces qui portent un capuchon pointu [pasâ sakâ tyaiy xaudâm tigrâm barati]. Ces Saces me fuirent. Quand j'arrivai au fleuve, je le traversai avec toute mon armée. Ensuite, je châtiai durement les Saces. Je capturai un autre [chef] ; celui-là fut conduit devant moi, et je le tuai. Leur chef, appelé Skunka [Sku(n)xa], ils le saisirent et le menèrent devant moi. Alors, je nommai un autre à leur tête, comme c'était mon désir. Après cela, le pays devint mien. Darius le roi dit : « Ces Saces étaient sans foi et Ahura Mazdâ n'était pas vénéré par eux. Moi, je vénérais Ahura Mazdâ. Par la faveur d'Ahura Mazdâ, je leur fis ce que je désirais »[8].

Saces sous Xerxès (486 - 465 av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Durant les guerres médiques les « Saces à capuchon pointu » et les « Saces du Haoma » sont présentés comme des peuples de l'empire et il s'y ajoute les Dahéens, comme dans l'inscription trilingue de Persépolis où Xerxès dit : « par la faveur d'Ahurâ Mazdâ, voici les pays [ou tribus] dont je fus le roi : (...) Dahéens, Saces du haoma, Saces au capuchon pointu »[9]. Les Saces jouèrent un rôle important dans les guerres médiques du temps de Xerxès. Ils constituaient au même titre que les Mèdes et les Perses au sens strict, le noyau de l'armée achéménide. Leurs compétences guerrières étaient évidentes aussi pour les Grecs (bataille de Platées et bataille de Marathon). Hérodote relève que la bataille de Marathon fut très longue : « Au centre les Barbares l'emportèrent, là où se trouvaient les Perses eux-mêmes et les Saces ». Des Saces furent embarqués sur des navires qui, en plus du contingent indigène, comportaient trente hommes pris parmi les Perses, les Mèdes ou les Saces.

Différent souverains revendiquèrent une suzeraineté sur de nombreuses tribus Saces comme Artaxerxès II ou Artaxerxès III. Il existait des colonies militaires (hatru) constituées uniquement de Saces, comme en Babylonie. Ces colons Saces étaient désignés sous le nom archaïsant de Cimmériens, ce qu'ils n'étaient pas.

Les Saces et Alexandre le Grand[modifier | modifier le code]

Les troupes que le dernier roi achéménide Darius III opposa sans succès aux Macédoniens d'Alexandre le Grand, comptaient des cavaliers nomades. Lors de l'ultime bataille à Gaugamèles, le 1er octobre 331 av. J.-C.. On y trouvait des Saces selon Arrien[10] : « Ces derniers sont l'une des nations scythes parmi celles qui habitent l'Asie. Ils n'étaient pas sujets de Bessos, mais vinrent pour respecter leur alliance avec Darius. Leur chef était Mauakès. Eux-mêmes étaient des archers à cheval ». Arrien insiste sur l'indépendance des Saces. Pour la Perse, gérer les nomades n'allait pas sans difficultés. Ils pouvaient faire alliance, puis faire volte-face et se retirer. Après cet épisode, les Saces posèrent quelques soucis à Alexandre[11],[12],[13]. Celui-ci monta une expédition en compagnie des Dahéens sur l'Iaxarte (l'actuel Syr Daria) afin de protéger une ville qu'il essayait de faire construire sur la rive méridionale du fleuve. Les Macédoniens, menés par Alexandre, avaient réussi à franchir l'Iaxarte après une « préparation d'artillerie » qui fit reculer l'ennemi, et poursuivirent sur quelques distances les nomades qui, conformément à leur tactique traditionnelle, se repliaient devant eux. D'après Arrien, ils auraient tué un chef nommé Satrakès (On ne sait s'il s'agit du « Cartasis » de Quinte-Curce). Un nouveau roi scythe aurait offert sa fille en mariage au conquérant, mais les efforts des biographes ne peuvent dissimuler une réalité : le difficile passage de l'Iaxarte ne déboucha sur rien, Alexandre, miné par la dysenterie, fit demi-tour sans avoir pu livrer de vraie bataille, et les Saces ne furent pas soumis[14].

Il semble que tout au long de la campagne d'Alexandre, les Saces se conduisirent comme ils en avaient l'habitude. Leurs « alliances » ne furent qu'épisodiques au gré des luttes de pouvoir, que les Grecs se menaient entre eux, de même que les Perses. De nombreuses inscriptions relèvent à leur encontre des termes peu élogieux ou méprisants. Les Saces, comme les Scythes d'Europe, ne furent guère plus considérés que comme des « Barbares » individualistes, mouvants et insaisissables.

Les Saces après l'époque séleucide[modifier | modifier le code]

Dans la seconde moitié du IIe siècle av. J.-C., les Saces subissent durement le contrecoup des migrations déclenchées par l'expansion des Xiongnu et l'expulsion des Yuezhi du Gansu.

Pour de nombreux auteurs de l'époque[15], les nomades Sacarauques qui s'emparèrent de la Bactriane hellénistique relevaient de l'autorité sace[16].

Peu après, les Saces et d'autres nomades attaquèrent les frontières de l'empire parthe. Phraates II fut mortellement blessé en 128 av. J.-C. en les combattant. Son successeur Artaban II fut tué par les Tokhariens en 124 av. J.-C.. Ce n'est que sous le règne de Mithridate II (123 av. J.-C. - 88 av. J.-C.) que les Parthes purent repousser des agresseurs saces. Certains demeurèrent dans les anciennes provinces d'Arachosie et de Drangiane, à l'est de l'Iran actuel. Ces provinces prirent alors le nom de « pays sace » − (Sakastâna, actuellement Seistân, Sistân)[17].

L'Histoire des Hans évoque une grande migration sace. Cette source expose que les Sai (Sace en chinois) refoulés par les Yuezhi (Hué Tche) se dirigèrent vers le sud et occupèrent des territoires qui doivent correspondre à l'Inde du Nord.

Pièce du roi indo-scythe Azès II.

Au Ie siècle av. J.-C., les Saces avaient pour roi Mauès. Ils occupèrent la vallée de l'Indus, puis le Gange. Certains furent un moment vassaux des Parthes. Le roi Mauès était connu dans tout l'Orient ancien, jusqu'en Égypte.

Sur leurs arrières, l'empire Kouchan, créé par les Yuezhi, s'empara de l'Inde du Nord-Ouest, et ils émigrèrent vers le Gujarât et le Mâlwâ. Ces Saces d'Inde, indianisés et hellénisés, subsistèrent jusqu'au IVe siècle. Une dynastie installée à Ujjain régna sur une partie du Râjasthân jusque dans les années 380. On doit à l'un de ses plus célèbres rois, Rudradâman, mort en 150, la plus ancienne inscription en sanskrit classique, trouvée à Gimar. Les dernières principautés saces d'Inde furent détruites par la dynastie Gupta sous Chandragupta II (376-415).

Article détaillé : Satrapes occidentaux.

Quant aux tribus saces demeurées en Asie centrale après les mouvements du IIe siècle av. J.-C., elles ont probablement été englobées par des populations iraniennes locales et diverses composantes de populations turcophones.

Archéologie[modifier | modifier le code]

Artefacts retrouvés dans les tombes 2 et 4 de Tillia Tepe et reconstitution de l'utilisation de ceux-ci sur l'homme et la femme retrouvés dans ces tombes

Les chercheurs considèrent comme sace au sens large, une partie des cultures scythes de Sibérie en particulier celle de Tasmola et celle du groupe du haut-Irtych.

Contrairement aux Scythes d'Europe, les vestiges saces sont éparpillés sur un vaste ensemble, de l'Asie centrale au Turkestan chinois et définissent un ensemble de cultures proches entre elles mais pas identiques :

Dernièrement, une théorie attribue aux Saces des bronzes trouvés dans le Yunnan, province du sud-ouest de la Chine.

Les migrations du IIe et du Ier siècle ont laissé des traces en Sogdiane et en Bactriane, sans que l'on puisse les attribuer fermement aux Saces. Il en va de même des ensembles de Sirkap − Taxila au Pakistan. Les riches tombes de Tillia-Tépé en Afghanistan, sont considérées comme relevant d'une population sace influencée par les Parthes[18].

Anthropologie physique[modifier | modifier le code]

Les nomades « scythiques » relevaient principalement de types europoïdes, dont ils étaient avec les Tokhariens, les représentants les plus orientaux.

Cette appartenance europoïde, sporadiquement signalée par les sources chinoises à propos des « barbares » plus ou moins identifiables, est abondamment démontrée par l'Iconographie et la paléo-anthropologie. Cependant il faut apporter une précision et une nuance.

Variété des phénotypes[modifier | modifier le code]

Les phénotypes n'étaient pas uniformes. Beaucoup de restes humains attribués aux Saces sont rattachés au type méditerranéen ou à ses diverses variantes indo-afghane, méditerranéenne orientale. Les méditerranéens sont typiquement de taille moyenne, avec une ossature souvent légère, dolichocéphales, avec un visage étroit aux traits fins et un nez bien prononcé. Les yeux et les cheveux sont le plus souvent foncés. Ces types méditerranéens sont bien attestés dès les débuts des cultures nomades dans les steppes asiatiques, car on le rencontre dans le Kourgane no 1 d'Arjan dans la Touva, daté d'environ 800 av. J.C. Plus tard, ils sont fréquents chez les Saces du Pamir à partir du VIe siècle av. J.-C., et dans tout le sud de l'Asie Centrale.

Mais d'autres crânes provenant de tombes saces d'Asie centrale relèvent d'un type différent, brachycéphale, à visage plus large, dit du Pamir-Ferghâna, dont les affinités sont discutées.

Un troisième type europoïde connu en Asie centrale, Sibérie et Turkestan oriental, depuis l'âge du Bronze appelé proto-europoïde ; modérément dolichocéphale avec un visage haut et large, de haute taille, à charpente osseuse robuste (trouvé à Toumak-Kitchidjik sur la rive gauche de l'Amou-Daria et à Oulaangom en Mongolie). Il a parfois été attribué aux Indo-Européens originels.

Des yeux et des cheveux clairs sont attestés par diverses données, sans qu'on puisse en évaluer la fréquence mais ils avaient particulièrement frappés les auteurs chinois. Yan Shigu (579-645) décrit les Hu « Barbares » comme ayant les yeux bleus et des barbes rouges. Son contemporain Xuanzang affirme vers 630 que les habitants de la ville de Kâchghar dans le bassin du Tarim qui parlaient à l'époque une langue iranienne orientale, avaient les prunelles vertes.

Les cheveux blonds ou châtain clairs sont courants chez les momies préhistoriques et antiques de cette même région[19],[20].

Des éléments mongoloïdes[modifier | modifier le code]

Il existait en milieu sace une minorité d'individus présentant des traits mongoloïdes plus ou moins accusés. Notamment des visages plats, aux hautes pommettes. Ils sont signalés partout, de la rive gauche de l'Amou-Daria aux Tianshan et à la Mongolie occidentale. Ces types paraissent plus importants en nombre dans la région des steppes au détriment des zones montagneuses. Ils apparaissent plus souvent chez des sujets féminins que masculins (sur le cours inférieur du Syr Daria, à l'est du Kazakhstan, dans le Tanshan). Tout cela doit être traité avec prudence : les traits mongoloïdes ne sont pas toujours manifestes (déformation crâniennes, mécaniques ou volontaires) et surtout, l'interprétation historique est délicate. Seule la datation au carbone 14 et l'expertise ADN mitochondrial permettent d'engager des modèles statistiques probants.

Cultures[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas une mais plusieurs cultures saces, chacune influencée par son environnement culturel immédiat. Seules celles occupant la bande méridionale allant de la mer Caspienne aux Tianshan, sont unanimement attribuées aux Saces. Cependant il est difficile de localiser les grands groupes saces connus selon les sources perses. Le problème est encore plus compliqué pour les cultures sibériennes. Certains archéologues considèrent comme « saces » la culture de Tasmola et les vestiges du haut-Irtych. La principale difficulté étant les groupes mixtes, c'est-à-dire inter-culturels (surtout présents au Turkestan chinois) et l'aspect semi-mythologique des témoignages qui nous parviennent. Ainsi, certaines cultures demeurent anonymes à ce jour, et certains monuments sont attribués, simultanément, à diverses populations. De plus, aux apports mongoloïdes relevés lors des fouilles archéologiques, il faut ajouter tout comme chez les Sarmates (situés au nord des territoires saces), l'apport des « petits peuples du Caucase ».
Ces peuples, souvent sédentaires et pacifiques, d'origines Sibérienne et Ougrienne (Lapons) comme la culture appelée "finno-scythe" ou culture d'Ananiino près d'Elabuga (Est, dans le bassin de la Kama) qui dura de 600 à 400 av. J.-C.[21] ou des éléments des premiers pasteurs sibériens de la phase dite d'Afanassievo (3000 à 1700 av. J.C) entièrement différents des mongoloïdes (Cro-Magnoïdes) mais ayant des liens culturels avec les peuples d'économie mixte de l'Ouest de la Sibérie (culture de Tripolyé) et du Sud-Ouest (Monts Zagros) ainsi que probablement les descendants de la culture d'Andronovo (Altaï occidental, Semiretchié, mer d'Aral et Kazakhstan)[22].

Les voyages d'Hérodote, nous livrent des noms de peuples voisins des Saces, comme les Thyssagètes " Un peuple à part et nombreux qui vit de chasse" ; plus à l'Est les Iyrques [...]qui ont été rapprochés des Ougriens parlant une langue ouralienne. Plus à l'Est encore, les Argippéens qu'Hérodote décrit "chauves de naissance, hommes comme femmes, vivant aux pieds des arbres et produisant un jus noir et épais de ces arbres". Ils s'habillaient comme des Scythes, mais parlaient une autre langue. Le jus en question serait du jus de cerises sauvages (Prunus Padus) que les Turcs appellent ekçi "acide" ou aci "amer". Les chercheurs pensent qu'il s'agirait d'une tribu altaïque pacifique, d'autres les rapprochent des locuteurs du tokharien A qui se prénommaient eux-mêmes "ar⁹i" ou agnéo-tourfanais (quoique la description d'Hérodote corresponde fort peu au Turkestan oriental). À l'Est de cette tribu, les Issédons que les chercheurs tendent à rapprocher des Yuezhi ou des Wusun et que Pline avait tendance à classer parmi les Scythes. Pline l'Ancien[23], tandis que Ptolémée au IIe siècle de notre ère, (repris par Marin de Tyr vers 110) à propos de la Route de la Soie, citait deux villes "Issêdon skythiké" et "Issêdon sêrikê" soit "Issêdôn des Sères" ou "Issêdôn de Sérique". Plus loin, ce sont les mythiques Arismape qu'Hérodote appelle "Cyclopes" et pour lesquels aucun scientifique à ce jour ne trouve explication.

On le voit, la localisation de ces différents peuples se heurte au flou des données hérodotéennes - et plus généralement des conceptions géographiques des anciens Grecs. Et l'archéologie ne répond pas à cette question. Il semblerait néanmoins que les Saces, seraient des Scythes restés en arrière, lors de leur migration vers l'ouest et ayant par conséquent, développé leurs propres cultures en Asie, à l'orée du monde Tokharien.

On compte trois phases de cultures saces :

  • la phase ancienne (env. IXe - VIIe siècle av. J.-C.). Cette phase est très peu connue à ce jour. Elle succède à l'ancienne culture du bronze d'Andronovo entre Dniepr et Volga.
  • la phase moyenne (env. VIe - IIIe siècle av. J.-C.). Elle correspond à une première période de poussée nomade enrayées par les gréco-bactriens.
  • la phase récente ou tardive (env. IIe - Ie siècle av. J.-C.) dite Chibé. Cette phase est une période de déclin des porteurs des cultures de l'Altaï et de grandes migrations partout ailleurs.

Ces trois phases se répartissent sur plusieurs aires d'occupations dans des contextes écologiques différents :

Les chercheurs disposent de deux sources pour les étudier :

  1. des sources archéologiques.
  2. des sources épigraphiques antiques. Celles-ci proviennent d'Occident (colonies Grecques et Empire romain), de Chine (Histoire des Hans); de Perse (empire Parthe et période pré-islamique )et d'Assyrie (textes Babyloniens).

Les sources écrites sont pauvres, seule l'archéologie peut être étudiée sans trop de difficulté. Élien, un auteur grec[24] de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle, donne en tout et pour tout quatre renseignements :

  • « Les Saces dressent leurs chevaux à les attendre quand ils tombent »
  • « Ils ne combattent pas jusqu'à la mort »
  • « La primauté de l'homme ou de la femme dans le ménage est déterminée par l'issue d'un combat »
  • « Quand les Saces ont quelque sujet d'affliction, ils vont se cacher dans des lieux obscurs, dans des cavernes ténébreuses ».

La première indication étudiée par recoupements de divers témoignages grecs et indiens semble être vraie. Les deux suivantes peuvent renvoyer à des faits réels, plus ou moins bien compris, la dernière n'évoque rien de précis aux chercheurs[25].

Économies[modifier | modifier le code]

Les Saces étaient nomades, semi-nomades ou sédentaires.

Le nomadisme reposait dans les steppes, sur un déplacement régulier des troupeaux suivant un circuit annuel ou transhumance. La longueur entre deux points extrêmes pouvait être de 400 km à 1 500 km, la plus courte 100 à 200 km. Le bétail était essentiellement constitué de moutons et l'animal le plus précieux était le cheval (qui était à la fois objet de cultes, monture du cavalier et produit d'exportation). Les bovins occupaient une moindre place. Dans la montagne le déplacement se faisait en hauteur, entre pâturages d'été en altitude et pâturages d'hiver dans la plaine.

À côté du nomadisme généralisé, existaient divers modes de vie mixtes, semi-nomades ou semi-sédentaires dans laquelle seule une partie de la population se déplaçait suivant le cycle annuel ou saisonnier. On pense qu'il y avait dans ce modèle cohabitation de nomades Saces et sédentaires de groupes ethniques différents. Les régions situées au sud et sud-est de l'Aral se trouvait la Chorasmie antique a constitué un point de contact entre le monde iranien sédentaire et nomade. Certains comme Strabon (XI, 8,8) assimilaient les Chorasmiens aux saco-massagètes. La Chorasmie était un ensemble de petites cités établies le long des cours d'eau, ayant développé une culture nettement agricole et urbanisée. À cela devaient s'ajouter des Saces sédentarisés sur le Jardania au sud du Syr Daria, à l'est de la mer d'Aral. D'autres établissements contemporains sont connus, comme celui de Babych-Moulla, la culture de Tchirik-Rabat, à base agricole, produisant une céramique de qualité et éteinte au IIe siècle av. J.-C. ou celle de Djety-Asary remarquable par sa continuité puisqu'elle a duré, avec des formes d'habitat et d'artisanat presque constantes, du milieu du Ier millénaire av. J.-C. au VIIIe - XIIe siècle de notre ère[26]. L'économie était diversifiée, avec une agriculture irriguée, les produits de la chasse et de la pêche et surtout l'élevage ; bovins, ovins, chameaux et porcs ( animal totalement inconnu des nomades et signe de sédentarité ).

Artisanat[modifier | modifier le code]

La métallurgie était très développée chez les nomades. L'artisanat pouvait être pratiqué dans des camps saisonniers. Les nomades travaillaient tous les produits dérivés de leurs cheptels : cuir, laine, os, corne, à des fins autant utilitaires (tentes, courroies, vêtements, outillage...) que décoratives: les Kourganes gelés de l'Altaï ont livré des merveilles de l'art animalier faites en cuir et en feutre. La céramique elle, est assez grossière. Les objets fabriqués par les nomades eux-mêmes étaient de consommation courante, dont la durée de vie ne dépassait pas une année ou une saison. On note également des travaux d'orfèvrerie (miroirs dans les tombes féminines), des perles en verre venues de très loin (Syrie, Inde). 'Le commerce est un élément très important des cultures Sace.

L'habitat[modifier | modifier le code]

Les Saces vivaient sous des tentes avec un poteau central, que les chercheurs nomment proto-yourtes tant les écrits à ce sujet sont imprécis[27].

Aux tentes s'ajoutaient des maisons fixes plus ou moins durables (comme les maisons de Kouïousaï et Sakar-chaga) cabanes à carcasses de bois avec parfois un sol décaissé appelées ira[28] Ailleurs, sont attestées des maisons en rondins.

L'habitat fixe est souvent relié aux traces d'une pratique de l'agriculture. À la phase récente, les villes deviendront fortifiées ( tells ) signalant une période trouble pour les cultures nomades de l'Asie Centrale.

Les villages sont implantés à quelques kilomètres d'intervalle, de façon à pouvoir communiquer par signaux lumineux. Ce sont essentiellement les cultures sédentaires ou "culture des forteresses" de Tchirit-Rabat - Babych-Moulla - Djety-Asary.

La plupart de ces formations se présentent en village-forteresse couvrant 1 et 5 hectares, et culminant entre 8 et 25 m du sol. Il constituait une citadelle à deux ou trois étages, délimitée par une enceinte circulaire ou ovale, en brique crue et blocs de terre battue. L'enceinte abritait un couloir de ronde voûté, percé de meurtrières. Les maisons comportaient des pièces voûtées, étroites, avec des cours couvertes de toits plats. Elles étaient organisées pour la défense. Chaque habitation était faite de deux ou trois pièces voûtées, reliées par un passage et un escalier à une portion de l'enceinte percée de trois meurtrières. Les jardins étaient familiaux ou communautaires.

L'alimentation[modifier | modifier le code]

Chez les groupes purement nomades, l'alimentation se composait de viande et de lait (fromage, et surtout lait de jument qui servait à faire de l'alcool que l'on appelle aujourd'hui Koumys) auxquels s'ajoutaient le produit de la chasse et de la pêche ainsi que des échanges avec les groupes agriculteurs. Le vin était obtenu auprès des voisins perses qui pratiquaient la viticulture (seulement à partir d'une certaine époque, notamment sous l'empire Parthe et la colonisation macédonienne). On n'a pas de témoignages d'une consommation excessive de vin chez les Saces, au contraire des Scythes d'Ukraine qui en étaient friands.

Art[modifier | modifier le code]

L'art animalier est bien représenté : félins enroulés sur eux-mêmes, rapaces souvent réduits à une tête stylisée comme dans le motif appelé œil-et-bec, le cerf, le bouquetin, le sanglier…

Les pierres de cerf[modifier | modifier le code]

Pétroglyphes découverts dans la région de Krasnoyarsk, Russie.

Le nom de Pierre de cerf est une traduction du russe olennye kammi désignant différents types de pierres dressées, dont certaines portant seulement un décor animalier découvertes en Mongolie-Transbaïkalie et Saïan-Altaï.

Ces pierres uniques en leur genre, représentent soit des animaux stylisés (en majorité des cerfs, mais pas seulement) et des visages humains de type europoïdes. Le visage est parfois réduit à trois traits diagonaux parallèles qui ont été comparés par D.G. Savinov à ceux que tracent sur le sol les shamans modernes de la Touva à la fin d'une cérémonie funéraire. En Mongolie intérieure, les pétroglyphes représentent des masques ou peut-être des "crânes[29]". La datation proposée se situe généralement au tournant des IIe - Ier millénaire av. J.-C., période de formation des ensembles nomades de la steppe. Ces stèles énigmatiques seront réemployées dans des sépultures postérieures vers 800 av.J.C. Leur sens n'est pas connu. Sont-elles des barrières symboliques entre les morts et les vivants ? ou une première manifestation des pétroglyphes et de l'art décoratif ? Leur caractère funéraire semble cependant attesté.

Ces stèles sont attribuées à l'environnement eurasiatique en général et à l'ensemble des cultures scythiques en particulier bien qu'elles dépassent largement le territoire des nomades scythiques.

Le costume[modifier | modifier le code]

L'homme d'Or du Kourgane de Issyk

Le costume nomade masculin est très bien documenté. Il existe une abondante iconographie perse (reliefs de Béhistoun, Persépolis, etc.) et même nomade (plaques de la Collection sibérienne, Plaques d'Orlat en Ouzbékistan, statues de Baïté sur le plateau de l'Oustiourt, tenture de Pazyryk…)ou Post-nomade (statuaire Kouchâne et parthe). Les éléments archéologiques disposent de vêtements complets et variés trouvés dans les « tombes gelées » de l'Altaï, des vêtements conservés par dessiccation, des sépultures du bassin du bassin du Tarim. Il existe des différences locales dues aux matériaux disponibles et à l'écosystème environnant. Ainsi, on trouve une abondance de fourrures dans l'Altaï (écureuil, zibelines, loutres...). Par ailleurs, la soie était appréciée. Le costume masculin typique comportait des pantalons (recouverts chez les Parthes de surpantalons larges fait en peau de cheval), un caftan de longueur variable croisé et serré à la taille par la ceinture, et des bottes plus ou moins hautes. On trouve également des tuniques d'inspiration grecque et un vêtement fermé par un pan triangulaire qui ressemble au del mongol actuel (reliefs de Khatchaïan).

Les femmes avaient de longues robes, mais ces dernières pouvaient être remplacées pour monter à cheval, par des vêtements semblables à ceux des hommes, ou par des pantalons portés en dessous. Les vêtements étaient richement colorés et décorés de broderies, d'applications, de plaques métalliques et chacun arborait parures et bijoux (y compris les hommes et dans certaines régions, les femmes avaient des armes décorées). Les deux sexes partageaient le goût de couvre-chefs imposants et sophistiqués. Les hauts capuchons pointus, en feutre ou en cuir des hommes avaient inspiré aux Perses le nom de l'une des subdivisions Saces. Le plus bel exemplaire connu est celui de L'Homme d'Or d'Issyk au Kazakhstan. Pour ce qui est des femmes, on a retrouvé dans les tombes de l'Altaï de belles coiffes à décor animalier.

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Hiérarchies sociales[modifier | modifier le code]

L'organisation sociale apparaît dès l'origine nettement hiérarchisée, et l'ampleur des différences sociales se mesurent à la richesse des sépultures de l'élite. Le schéma est partout tripartite[30]. Au sommet de cette pyramide: les rois (reines) et des clans royaux parfois sacralisés, puis une noblesse de recrutement. Tout en bas la masse du peuple composée d'hommes-libres, guerriers-éleveurs. Si l'esclavage a existé ponctuellement, il n'a pas joué de rôle économique vital.

La structure familiale et le rôle de la femme[modifier | modifier le code]

Les structures familiales diverses suivant les populations et les cultures sont difficiles à saisir. L'interprétation quant aux découvertes archéologiques (sépultures à caractère individuel ou double, ou collectif) est hypothétique. Les écrits donnent un éclairage ponctuel et d'une fiabilité variable. Les témoignages d'Hérodote comme la plupart des textes de cette époque, concernent des populations et des cultures difficiles à saisir pour le simple visiteur, sont invérifiables sur le plan scientifique, et peut-être fantasmés par des auteurs grecs confrontés à une population "exotique" dont ils ne connaissaient pas bien les us et coutumes: « Chacun prend une épouse, mais les femmes sont communes à tous. Le Massagète qui désire une femme accroche son carquois à l'avant de son chariot et s'unit à elle en toute tranquillité. »[31]. Strabon(XI, 8,6) répète presque mot pour mot la même information. Le témoignage d'Hérodote reflète peut-être une liberté de mœurs chez les Massagètes, que n'avaient pas les femmes grecques. On trouve une confirmation iconographique du rôle "coquin" du carquois dans la "Collection sibérienne" où un homme y est représenté allongé sur les genoux d'une femme, tandis qu'un autre garde son cheval...avec un carquois accroché à une branche d'arbre. La seule certitude des historiens est le rôle prépondérant de la femme. Hérodote dit formellement que chez les Issedons les femmes sont les égales des hommes : « Au reste les Issedons sont, eux aussi, vertueux, et les femmes ont chez eux les mêmes droits que les hommes »[32]. Plusieurs reines saces sont mentionnées par les auteurs grecs, comme Tomyris reine des Massagètes, mais aussi Zarina (« la dorée »)[33]. La femme Sace monte à cheval, combat, lève une armée et envahit des territoires. D'après le Byzantin Photius (815-897) « Sparêthra après la capture de son mari Amorgès, leva une armée de 300 000 hommes et 200 000 femmes, combattit Cyrus et le battit »[34]. Un fragment de Ctésias préservé par Démétrios, affirme à propos d'une histoire d'amour malheureuse entre un Mède et une cavalière Sace qu'il avait capturée puis relâchée : « Les femmes des Saces combattent, comme des amazones »[35]. Enfin, sur le plan archéologique, 42 % des tombes féminines contenaient des armes (pics de combat, haches-pic, poignards, flèches) et des éléments de harnachement.

La femme Sace pouvait ainsi se défendre seule contre les bêtes sauvages lorsqu'elle gardait les troupeau et cessait d'être une proie facile pour les ennemis, (rapts)[36]).

Héraldique nomade ou tamga[modifier | modifier le code]

Les tribus se partageaient elles-mêmes en clans ou grandes familles, dont l'existence est attestée au début de notre ère par l'usage d'un système héraldique particulier que les ethnographe appellent du nom turco-mongol tamga qui servaient à marquer le bétail et certains objets. On trouve en Mongolie des stèles où sont gravées des séries de tamgas et que les archéologues qualifient d'encyclopédie. L'origine des tamgas n'est pas connue et aucune des théories visant à les rattacher à une écriture stylisée orientale archaïque n'est prouvée à ce jour. On ignore où le système s'est développé initialement (en milieu sace ou un emprunt inspiré d'une forme encore plus ancienne, préhistorique?). Les tamgas connaîtront une grande diffusion au-delà du monde sace, chez les Sarmato-Alains d'Europe et un peu partout en Asie[37].

Écriture[modifier | modifier le code]

"Écriture Sace ?" - Il existe au moins un soupçon d'une écriture sace, hypothétique : c'est celle qu'illustre un plat provenant de la tombe de l'Homme d'or à Issyk (Kazakhstan). Il porte 24 signes répartis sur deux lignes inégales. Les signes présentent une certaine ressemblance avec les divers alphabets orientaux dérivés de l'écriture araméenne, et plus particulièrement avec les "runes" paléoturques du VIe siècle av.J.C. en Mongolie et en Sibérie.Mais la brièveté de l'inscription d'Issyk est rédhibitoire pour des études plus approfondies.

Techniques guerrières[modifier | modifier le code]

Reconstitution d'un cavalier scythe avec son équipement

Toute l'histoire de ces peuples a trait à des guerres ou à des invasions, et le matériel archéologique confirme largement cette dimension martiale. Il est à peine utile de souligner le caractère presque exclusivement équestre des tactiques nomades. Les saces proprement dits, les partho-Dahéens ou Kangju des chroniques chinoises, et autres Scythes asiatiques sont unanimement décrits par les sources comme des cavaliers émérites. Cette caractéristiques se poursuivra comme une marque identitaire jusque chez leurs probables descendants modernes. Elien signale un trait qui sous-entend un dressage soigneux de la monture : « Les chevaux saces, quand quelqu'un renverse leur maître, s'arrêtent pour le laisser remonter. »[38]. À ceci on doit rajouter, des cavaliers certainement capables de combattre à pied; Hérodote le dit expressément des Massagètes : « Ils combattent à cheval ou à pied indifféremment »[39]. L'akinakès, dague ou épée courte répandue du VIIe siècle av. J.-C. au IIIe siècle av. J.-C., n'est guère utilisable à cheval. D'autre part les armées de ces peuples pouvaient comprendre des contingents d'infanterie recrutés parmi les sédentaires tributaires ou dépendants. De façon générale, la grande masse des combattants se composait d' archers montés. Équitation et archerie étant pratiquées dès l'enfance (garçons et filles) et portées au plus haut degré de perfectionnement.

Un changement important s'est produit dans les steppes au IVe siècle av. J.-C. au IIIe siècle av. J.-C., avec la diffusion du second grand type de guerrier nomade : le cavalier lourd ou cataphractaire. Il s'agit de combattants cuirassés et casqués, montant des chevaux également cuirassés et maniant en sus de l'arc habituel, une lance longue, tenue à deux mains, et une épée longue. D'après un document Babylonnien de 422 av.J.C., dont la traduction est controversée, la première trace sûre de cavaliers perses cuirassés de bronze montant des chevaux partiellement cuirassés se trouve dans l'Anabase à propos d'évènements du tournant du Ve siècle av. J.-C. et IVe siècle av. J.-C.[40].

Cultes et pratiques religieuses[modifier | modifier le code]

Religions[modifier | modifier le code]

Sur le plan archéologique, il existe des indices d'un culte solaire. Dans l'art animalier, certains auteurs font du motif classique du félin enroulé, un symbole solaire. L'orientation des défunts dans les tombes est elle aussi liée aux cultes solaires. Dans la plupart des cultures des VIIe siècle av. J.-C. - IIIe siècle av. J.-C., l'orientation dominante tête vers l'ouest : la tête est au soleil couchant, mais regarde vers le soleil levant. La vénération du feu était sans doute associée à celle du soleil. Là encore, il en existe de nombreuses illustrations comparatives chez les nomades des steppes européennes. Le feu dans le culte solaire devait jouer le rôle de purificateur, notamment lors des funérailles, comme le suggèrent les traces de combustion de certaines structures. Il pouvait représenter ou constituer une divinité du foyer, comme chez les Scythes.

En dehors du soleil et éventuellement du feu, nous n'avons aucune certitude. Le culte si caractéristique d'un dieu de la guerre représenté par une épée plantée verticalement, connu chez les Scythes et les Alains, n'est pas attesté chez les nomades d'Asie[41]. La célèbre tenture de Pazyryk qui représente un cavalier face à un personnage féminin au crâne rasé, illustre peut-être une scène d'investiture d'un chef par une divinité (ou l'arrivée d'un cavalier dans l'Autre-Monde si la tenture avait une destination strictement funéraire). Bien que la femme assise s'inspire stylistiquement de modèles achéménides, il est probable qu'elle figure une divinité - anonyme et aux attributs indéterminées. On a rapproché cette composition de figurations de même genre de l'art scythe d'Europe[42].

Trois autres types de cultes ont été attribués aux nomades sur la base d'éléments plus ou moins précis:

  • Un culte des ancêtres qui aurait laissé des traces dans les empires parthe et kouchâne. Au revers des monnaies parthes figure Arsace, le fondateur de la dynastie, assis, un arc à la main. Chez les Kouchânes, un genre de culte dynastique est attesté non seulement par la prétention de Kanichka à être issu "de la race des dieux" (inscription de Rabatak) mais aussi par un monument majeur qui est le temple de Sourkh Kotal en Afghanistan. C'est une acropole perchée sur une colline, et qui comporte un sanctuaire central entouré de couloirs aux trois côtés, avec, autour de l'ensemble, des portiques à colonnes de bois.
  • Un culte des fleuves que Justin (XLI) attribue aux Parthes de même que l'Oxus divinisé figurait sur le revers des monnaies kouchâne. Mais son culte est antérieur à l'arrivée des nomades dans la région comme en témoigne le célèbre temple de Takht-i-Sanguine

(Tadjikistan), construit à l'époque hellénistique sur un site vénéré dès l'époque achéménide.

On notera également le souvenir d'une déesse de la terre comparable sans doute à l'Api des Scythes d'Europe.

Autres cultes et pratiques[modifier | modifier le code]

Indo-Scythes poussant Dionysos et Ariadne dans un chariot, art du Gandhara.

Bien que souvent appliqué aux tribus d'Asie Centrale, le chamanisme est peu attesté chez les Saces hormis, ceux de Sibérie et de Mongolie où il a été trouvé dans les tombes, des grelots et l'usage de substances intoxicantes (chaudrons à hashish), courantes dans les pratiques shamaniques.

Enfin, à la phase tardive, les Saces adopteront, d'une manière inégale d'un groupe à l'autre, des cultes étrangers tels l'hindouisme, le zoroastrisme, le bouddhisme ou divers cultes grecs (Dionysos).

Un rite étrange : Le terme de vie[modifier | modifier le code]

En marge des questions religieuses et sociales, il convient de signaler des pratiques communes à tous les peuples scythiques d'Asie et peu rapportées en général : « le terme de vie ». Il s'agit des pratiques de meurtres rituels et de consommation des vieillards signalées par les sources antiques chez les Massagètes, les Issédons et les Scythes[43]. Ces pratiques d'euthanasie des vieillards datent du mésolithique et du néolithique.

Dans les steppes européennes, des sources d'époque romaine évoquent le suicide des vieillards scythiques[44]. Cette gérontophobie, ou du moins le dégoût devant l'affaiblissement physique causé par la vieillesse, a laissé des traces mythiques chez les Ossètes et les peuples héritiers de ces cultures en général, où le vieillard reste un personnage craint et en même temps tout-puissant.

À ces pratiques s'en ajoutent d'autres, tout aussi spectaculaires, comme l'endocannibalisme, le décharnement des corps et le culte des crânes. Elles sont signalées dans toutes les cultures scythiques comme un élément fondamental des pratiques funéraires en Asie Centrale durant l'Antiquité.

Langue[modifier | modifier le code]

Sur le plan linguistique, il ne faut pas imaginer de "langue sace " unifiée, mais une chaîne de parlers apparentés dont le degré exact de ressemblance échappe aux chercheurs.

Ce qui est évident, c'est que ces "parlers" étaient, comme ceux des Scythes d'Europe et des Sauromates / Sarmates, iraniens orientaux ( quoique des groupes parlant d'autres langues aient pu à certains moments être inclus dans des fédérations "saces"). Les rares noms propres livrés par les sources antiques le confirment, comme celui de la reine Zarina citée par Ctésias ( *racine reconstituée zarin~ "or" ).

Quelques éléments de langue sace apparaissent dans des inscriptions indiennes des premiers siècles de notre ère.

En 1930, des inscriptions ont été découvertes au Turkestan Oriental, dans les oasis du khotan, Toumchouk et autres. Pour des raisons de géographie historique, cette langue a été identifiée comme "sace" ou " sace-khotanaise". Dans les manuscrits eux-mêmes, le dialecte principal et ses locuteurs sont désignés par les termes dérivés d'une base hvat~ / hvan~ / hvam~. Le dialecte de Toumchouk était peu différent, et un parler voisin aurait été encore en usage à Kâchghar au XIe siècle.Ces derniers sont tardifs-du VIIe au Xe siècle- et se compose surtout de littérature pieuse bouddhiste traduite de l'indien, si bien que la langue a emprunté de nombreux termes sanskrits. Le khotanais peut néanmoins, refléter l'un des parlers sace de l'Antiquité, conservé ensuite jusqu'au XIe siècle par les descendants des groupes nomades sédentarisés dans les oasis.

Le khotanais appartient au groupe des langues iraniennes du sud-est, et non du nord-est comme les langues des Scythes et des Sarmates. : il ne comporte pas la désinence en ~t~ du pluriel et présente un traitement différent des consonnes et groupes consonantiques de l'iranien de l'iranien commun (par exemple le reconstitué * ~⁸r~ passe à ~dr~ et non pas à ~rt~ comme en "scythique" européen : comparer khotanais drai à ossète ärtä, de l'iranien commun ⁵raya~ " trois")

  • exemple de conversation chinois-khotanais conservé à la British Library / manuscrit or.8210/5-9224-5. traduction proposée par monsieur P.O.Skærv⁴ en 2002 :

" tsa vâ " " Viens ici! "- " parya tta paryai " " Entre s'il te plaît "- "a⁴tuau vai K⁷aimai " Veux-tu quelque chose? " - "hairai k⁶amî hairai hûrrû " Quoi que tu souhaites, je te le donnerai. " - "namva vâ bara" " Apporte-moi du sel ". - "utca vâ bara" " Apporte de l'eau! "- "Khâysa vâ pajsa" " Prépare-moi de la nourriture!"- "mandai vâ kû⁵à ⁸â" " Trouve-moi une femme![45] "

Le sace-khotanais offre une documentation intéressante sur les parlers qui ont pu être ceux des groupes saces les plus orientaux. On n'en déduira pas pour autant que tous les Saces parlaient l'ancêtre du khotanais, ni même que tous leurs dialectes appartenaient à l'embranchement sud-oriental de l'iranien.langues Indo-Européennes

Atomisation et survie[modifier | modifier le code]

L'héritage des Saces ne se résume pas aux gènes qu'ils ont légués à beaucoup de peuples d'Asie, d'Europe de l'Est et même plus loin jusqu'en Afrique orientale - il est aussi culturel. La civilisation des nomades iranophones s'est en partie prolongée dans celle des peuples turcs, mongols, et elle a aussi influencé celles des sédentaires d'Iran, d'Inde, et de Chine.

Les « héritiers » des Saces[modifier | modifier le code]

Les Saces tardifs du Turkestan Oriental[modifier | modifier le code]

D'après les sources chinoises le souverain du Khotan se faisait appeler pompeusement « grand roi des rois de Khotan » (hvani mistä rrumdänu), il était Sace. Le reste de la population était réparti entre de petites cités-oasis, dont l'importance tenait à leur position stratégique sur les routes commerciales. La population était sédentaire et urbanisée et vivait d'agriculture irriguée, d'élevage, et de négoce. Le mode de vie était entièrement axé sur le bouddhisme après une conversion ayant eu lieu avant 399 de notre ère. Le Khotan comptait alors 3 300 maisonnées, 19 300 habitants qui ne se nommaient pas eux-mêmes « Saces » et avaient un mode de vie qui les éloignait des steppes de leurs ancêtres (Histoire des Hans antérieurs avant le Ie siècle de notre ère)

Les peuples pamiriens[modifier | modifier le code]

Des zones du Pamir sont peuplées de locuteurs de langues iraniennes orientales distinctes du tadjik- qui est en fait du persan langue iranienne occidentale. Ces langues sont :

  • le choughni-rouchani, subdivisé en choughni (⁴u⁵ni) et rouchani (ru⁶ani) sur les deux rives du Pandj, bartangui (bartangi) et orochori (oro⁶ori) sur le Bartang; sarykoli au Xinjiang;
  • le yazgoulami (yazgulami)
  • l'îchkâchimi ( i⁵k⁵⁸mi), dont les dialectes zebaki et sanglechi (sangle⁸i);
  • le wakhi (waxi)

Une autre langue pamirienne aujourd'hui disparue, le sargoulâmi ou saraglâmi, était parlée dans le Badakhchan afghan.

Il n'existe pas de statistiques fiables sur le nombre de locuteurs - probablement en tout une centaine de milliers de personnes, dont beaucoup sont aujourd'hui bilingues (pamirien-tadjik).

Il est cependant admis que ces parlers pamiriens, pratiqués dans des zones où la présence sace est attestée par l'archéologie, prolongent d'une façon ininterrompue certains dialectes saces. Leurs locuteurs sont des descendants plus ou moins mêlés d'autres éléments ethniques, des Saces du Pamir. Leur type physique majoritaire est celui dit du « Pamir-Ferghâna », l'un de ceux connus chez les anciens Saces (même si le type méditerranéen était fréquent chez ceux du Pamir). Les peuples pamiriens sont convertis à l'Islam à partir du XIe siècle, sont (à l'exception des Yazgoulamis, ismaélites), endogames et tiennent à conserver leur traditions et parlers locaux. Malgré cela, ils sont aujourd'hui en voie de disparition.

D'autres Iraniens du Pamir, locuteurs de la langue tadjike sont également considérés comme descendants des Saces.

Les Ouïghours[modifier | modifier le code]

Entre le VIIe et le Xe siècle les habitants des régions de l'ouest sous protectorat chinois descendants des anciennes cités saces sont demeurés turcophones jusqu'à nos jours. Leur population est considérée comme une partie du peuple Ouïghours de la province chinoise du Xinjiang-Ouïghour (dont le nom emprunté à un peuple turc médiéval, désigne tous les turcophones de l'ancien Turkestan Oriental), soupçonnés par les chercheurs comme ayant des ancêtres saces (nombre d'individus présentant des types europoïdes avec des cheveux clairs, et des yeux verts dans une région à dominante mongoloïde et aux téguments plutôt foncés.)[46]

D'autres nomades iranophones ont été intégrés à divers nouveaux ensembles ethniques. Ces processus sont très inégalement documentés par quelques allusions des sources et certaines données archéologiques. Il est à peu près sûr que les Xiongnu (Huns), puis leurs successeurs les Xianbei, ont absorbé une partie de leurs victimes[47] - beaucoup d'auteurs estiment que les Heptalites ou « Huns blancs », maîtres éphémères aux Ve-VIe siècle d'un vaste empire en Asie Centrale et en Inde du Nord, étaient de langue iranienne orientale.

Les Türks[modifier | modifier le code]

Des textes byzantins[48], indiens[49] identifient les Türks aux Saces. Des types physiques europoïdes, parfois même clairs, sont régulièrement signalés chez les peuples turcs du haut Moyen Âge à nos jours et ils sont encore majoritaires dans certaines tribus turkmènes. Même en faisant la part de tous les autres éléments europoïdes qui ont pu être intégrés à date plus récente (Persans, Finno-Ougriens, etc.), l'apport iranien a dû être considérable. Les spécialistes russes en reconnaissent l'existence chez les Karakalpaks et de nombreux groupes ethnographiques Ouzbeks et Kazakhs[50] - L.V Olanine a mis en évidence dès 1920 comme fait marquant, une dolichocéphalie majoritaire chez les Turkmènes, et des pratiques de modelage crânien des nouveau-nés comme ultime écho des pratiques de l'Antiquité.

Les populations du Sistan-Balouchistan (Iran oriental)[modifier | modifier le code]

Souvent citées dans les ouvrages de références, les populations du Seistan présentent dans leur ethnogénèse un nombre important d'éléments saces associés à d'autres éléments iranophones (Yuezhi et tokharien). On peut trouver des éléments saces à travers le plus grand héros des cycles épiques de l'Iran sédentaire (Perse et Sogdiane) ; Roustam, couramment appelé Rustam-i-sagzî ou « Roustam le Sace ». Sa geste est connue principalement par le Livre des rois (Shâh Nâmeh), de Firdoûsî (936-1020), et illustrée non seulement par la peinture persane de diverses époques, mais aussi par des fresques sogdiennes du haut Moyen Âge comme celle de Pendjikent au Tadjikistan. Roustam et ses exploits sont inconnus de l'Avesta, et son cycle a été incorporé dans les épopées perses à une date inconnue : on a suggéré la période parthe, ou l'époque de la domination sace en Iran oriental (Seistan /Sakastâna).

Les populations de l'Afghanistan[modifier | modifier le code]

L'Afghanistan dispose d'une population comportant des éléments saces, issus des différents empires qui se sont succédé tout au long de l'Antiquité sur son sol, associée également à des éléments Yuezhi et tokharien. La langue est le tokharien

Saces en Chine[modifier | modifier le code]

Les traces des apports sont plus difficiles à détecter en Chine (v. Ouïghours)- des études chinoises ont été effectuées sur le patrimoine génétique des populations de Chine du Nord-Ouest. Elles révèlent des pourcentages importants de caractéristiques normalement associées aux europoïdes : 54 % chez les Ouïghours ; 34 % chez les Kazakhs turcophones de Chine ; 25 % chez les Dongxiang, mongolophones qui occupent une partie du Gansu, l'ancienne patrie des Yuezhi ; et 11 % à 14 % chez les Hui, sinophones musulmans.

Saces de l'Inde[modifier | modifier le code]

Des Indiens du Nord se réclament d'ancêtres saces (les Indo-Saces des Ier siècle av. J.-C. - et un « Front de libération du Rajpoutana » en a même tiré un mythe identitaire. Ses objectifs (publiés en anglais sur Internet) sont entre autres de « restaurer l'ancienne civilisation sace du Sakastan » et de « ranimer l'ancienne religion radjpoute-saura de la vénération du soleil en la déclarant religion distincte et indépendante de plein droit, et non simple secte du brahmanisme, c'est-à-dire l'hindouisme ». Suivant ces Néo-Saces, « le Rajpoutana a été une réalité historique depuis que les Saces sont entrés en Inde dans les siècles suivant la naissance du Christ. Ils établirent un grand Sakastan qui, à son apogée, incluait les vallées de l'Indus et du Gange et l'Inde occidentale... ». Plus sérieusement, on ne doit pas oublier la création d'empires saces, notamment le cas des Kushâna qui d'après les chroniques chinoises, se serait établis dans le Panjâb vers l'an 78, par un certain Wima Kadphise qui était Sace comme l'indique son nom. On lui attribue, mais sans certitude, la création de l'ère Shaka, qui débute en l'an 78 de notre ère, le 3 mars, et qui est très présente dans les dates citées dans l'épigraphie du vieux-khmer. D'autres sources indiqueraient que cette ère fut inaugurée à Ujjain par un satrape du nom de Nahapâna (ou Shâlivahâna), ou encore l'attribuent à Kaniska. On peut grâce à de nombreuses inscriptions suivre l'étendue de cet empire qui comprenait également Kaboul et le nord-ouest de l'Inde (satrapes occidentaux), mais également jusqu'à la moyenne vallée du Gange (Pâtaliputra) et dans le sud (près de l'actuelle Sânchi).

Le cas ardu de l'Inde pose le problème des nomades hellénisés et indianisés, inclus dans l'empire parthe ; cet empire subdivisé en provinces appelées « satrapies », multiethnique, multilingue et multiculturel, s'est étendu en de nombreux points, la Perse, la Sogdiane, la Bactriane mais aussi en Afrique orientale par l'établissement des Ptolémées de -323 à 30 av. J.-C.. De fait il a été repéré chez les Peuls ou Fula peuple de pasteurs émigrés du Soudan oriental en Afrique de l'Ouest, des éléments d'une culture Indo-Sace (différents cultes et pratiques connus dans le monde celte et attribués aux ensembles scythiques en général et Sace en particulier). Sur le plan anthropologique, cette population étudiée depuis le XIXe siècle, présente un type europoïde, notamment le type dit indo-afghan ou méditerranéen oriental couramment attribué aux Saces du Pamir et tout le sud de l'Asie Centrale (associé à d'autres apports) persistant malgré un fort métissage local et la présence dans leur langue et onomastique de khotanais oriental (Bactriane). Des recherches génétiques ont montré la présence des marqueurs d'Eurasie et d'Asie Centrale dans des taux assez proches de ceux des Ouïghours et des Afghans[51]. Cette infiltration d'éléments saces inclus dans l'empire parthe, est actuellement à l'étude, concernant d'autres groupes africains.

note p. 101 « Presque toutes les populations qui ne sont ni d'origine africaine, ni aborigène, remontent à des ancêtres en provenance d'Asie Centrale[52] ».

A priori toute population correspondant à des critères ethnolinguistiques prédéfinis par des recherches antérieures dans un contexte géographique et historique, appuyé par des relevés archéologiques et/ou épigraphiques, fait l'objet d'une recherche. Généralement, les protocoles engagés vont au-delà de la simple recherche génétique, mais prennent à témoin tout le champ des « sciences humaines » et ce fait constitue un axe passionnant pour des investigations futures[53]

Les Saces et leurs descendants ont vécu tous les bouleversements survenus en Asie Centrale. On songera à leur participation dans le commerce de la Route de la soie passant par leurs territoires, puis en 651 l'expansion arabe qui commence avec la prise d'Hérat en Afghanistan, l'Amou-Daria en 674, Boukhara en 676, le Syr-Daria de 706 à 716, la bataille de Talas sur l'Amou-Daria contre les Chinois en 751 qui scella le destin de l'Asie centrale qui se partagera désormais entre Orthodoxie et Islam. Le mot " Arabes " désigne historiquement, un ensemble de peuples variés. L'Islam d'Asie Centrale se fonde sur des croyances pré-islamiques issues d'un brassage culturel. Un syncrétisme transmis par un répertoire issu d'une mémoire séculaire. De fait, on songera donc également, comme ils l'avaient fait pour la Perse, à un apport des Saces au monde arabe, dans le domaine du cheval, de la fauconnerie et de la stratégie militaire, dont ils étaient eux, les grands spécialistes.

On assiste ces dernières années à des revendications politiques plus ou moins sérieuses chez de nombreux peuples (en particulier Iraniens et Turcs) comme relevant d'un différentiel légitimé par une origine "Sace" ancienne ou au contraire autochtone[54].

  • En Asie centrale, les indépendances consécutives à l'écroulement de l'Union soviétique ont permis une réécriture de l'histoire des peuples. Les grands ensembles nomades iranophones de l'Antiquité (Saces, Wusun, Kangju...) occupent par exemple une certaine place dans les nouveaux schémas historiques du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan, en tant que prédécesseurs et ancêtres partiels des nomades turcophones de périodes plus récentes et fondateurs de certaines des premières structures proto-étatiques dans la région.
  • La revendication d'une origine sace par des peuples turcophones conduit à "turquiser" rétroactivement ces prédécesseurs iranophones. Il s'agit d'un développement de théories qui veulent faire des Saces, et de tous les anciens peuples nomades des steppes eurasiatiques, des locuteurs de langues turques. Les promoteurs de ces idées sont eux-mêmes Turcs - au sens large ; Turcs de Turquie, ressortissants des républiques turcophones de la Fédération de Russie, des Tatars ou des Karatchaï-balkar et des États nouvellement indépendants d'Asie centrale.
  • Dans l'Altaï, des patriotes locaux contestent contre toute évidence le caractère europoïde de certains corps du matériel paléo-anthropologique découvert (Ak-Alaka).
  • Enfin, au Kazakhstan, « l'Homme d'or » tombe découverte à Issyk est devenu un symbole national.

Groupes antiques apparentés[modifier | modifier le code]

  • Amyrgiens (nom grec des Saces haoma)
  • Apasiaques (tribu saco-massagète)
    • Wusun ou Asiens (groupe Sace?)
  • Sarmates
    • Arraei/ Areata
    • Aorses
    • Yazyges
  • Sauromates
  • Chorasmiens (tribu saco-massagète)
  • Dahéens (tribu saco-massagète)
    • Pissoures
  • Massagètes
    • Maskoutes
  • Orthocorybantes (Saces à capuchon pointu)
  • Sacanes (tribu Sace?)
  • Sacarauques (Saces centre-asiatiques)
  • Sacse (groupe sace?)
  • kangju (traduction chinoise des Saces de la Sogdiane)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bailey H. W., Dictionnary of Khotan Saka, Cambridge, 1979.
  2. a et b cf. Persika
  3. Attesté sur l'Inscription de Behistun
  4. (I, 153)
  5. (XI, 8,5)
  6. (DPe)
  7. (DB col.5)
  8. p.48. Iaroslav Lebedynsky, « Les Saces », 2006, ed. Errance.
  9. Inscription XPh
  10. Anabase, III, 5
  11. Arrien, Anabase, IV,1
  12. Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre le Grand, VII, 7
  13. Plutarque, Vie d'Alexandre, LXI
  14. p.51, Iaroslav Lebedynsky in Les Saces, ed. Errance, 2006, Paris.
  15. Strabon, Trogue Pompée et Justin
  16. Strabon, XI, 8,2
  17. Iaroslav Lebedynsky, « Les Nomades », 2007, ed. Errance.
  18. Iaroslav Lebedynsky, p. 84
  19. Reconstitution visage sace de M.M.Guerassimov, p.14, ainsi que trois types de crânes europoïdes représentés dans les sépultures Saces p. 13
  20. Iaroslav Lebedynsky, « Les Saces », 2006, ed. Errance.
  21. E.D.Phillips Les Nomades des Steppes, éd. Sequoia,1966, Bruxelles; éd. Thames and Hudson, 1965, Londres
  22. E.D. Phillips Les Nomades des Steppes, éd. Séquoia, 1966, Bruxelles; éd. Thames and Hudson, 1965, Londres
  23. Histoire naturelle, VI, 19 ; Solin, Polyhistor, XV et IL
  24. Élien, Histoires variées [lire en ligne], XII, 38 (Usage des Saces).
  25. Iaroslav Lebedynsky, Les Saces, éd. Errance, p. 77-78.
  26. p. 89, Iaroslav Lebedynsky in Les Saces, éd. errance, 2006, Paris
  27. voir à ce sujet les témoignages d'Hérodote et les textes d'Hippocrate
  28. [Kata~] dérivant d'une racine signifiant "creuser".
  29. M.A. Devlet in, Les Scythes, 1994
  30. cf. Georges Dumézil
  31. L'Enquête, I, 216, coll. folio classique, ed. Gallimard, 2006, Paris
  32. L'enquête, IV, 26
  33. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, II,34,3
  34. Photius, Histoire
  35. Démétrios, Du Style
  36. voir reconstitution du costume de la princesse nomade de Koktépé (Ouzbékistan) du Ier siècle, p. 177 de Iaroslav Lebedynsky in Les Saces, éd. Errance, 2006, Paris
  37. voir à ce sujet les recherches de Novgorodova, E.A., et Volkov, V.V., Ulangom, ein skythenzeitliches Grabenfeld in der Mongolei, 1981, éd. Asiatische Forschungen, Wiesbaden ; Tolstov, S.P., et Itina, M.A., Saki nizov'ja Syr Dar'ja, ed. Sovetskaja arxeologija,1966, 2, Moscou ; Kouznetsov, V., et Lebedynsky,I., Les Alains, ed. Errance,2005, Paris
  38. Elien Histoires diverses, XII, 38
  39. L'Enquête Hérodote(I, 215)
  40. Xénophon, l'Anabase (I, 8)
  41. mais sur d'éventuelles traces indirectes, cf. I.Lebedynsky, Le dieu à l'épée..., 2005, ed. Errance, Paris
  42. p.180 I.Lebedynsky in Les Saces, éd. errance, 2006, Paris
  43. On retrouve ces descriptions chez Hérodote à propos des Massagètes (I,216), des Issédons (IV,26) et Strabon ( XI, 8, 6)
  44. comme chez Pline, Histoire naturelle, IV, 26 ou Pomponius Mela, III,5. Ammien Marcellin dit au IVe siècle que chez les Alains, « les vieillards déclinants[...] sont couverts de sarcasmes comme des dégénérés et des lâches ». Strabon (XI, 11,3) qualifie les meurtres de vieillards chez les Bactriens et les Sogdiens, proches voisins des Saces, de « manières Scythes »
  45. P.O. Skærv⁵ Khotanese Manuscripts from Chinese Turkestan in the British Library, ed. The British Library, Londres, 2002
  46. p. 221 Iaroslav Lebedynsky Les saces, 2006, ed. Errance, Paris
  47. p. 222. Iaroslav Lebedynsky
  48. V. Shiltz, in Les arts de l'Asie Centrale, 1999
  49. B. Kumar in The Early Kusanas, Sterling Publications,1973, New Delhi
  50. B.A. Kaloïev in Osetinskie istoriko-ètnografičeskie ètjudy, 1999, Moscou
  51. Site univ.de Médecine de Marseille, 2003 ;
  52. site univ. Médecine de Marseille, 2003
  53. Programme de génétique mondiale des populations- Luigi Luca Cavalli-Sforza
  54. p.224 I.Lebedynsky in Les Saces

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Akichev, K.A, kurgan Issyk : isskustvo Sakov Kazaxtana, 1978, Moscou
  • Bailey, H.W, Dictionnary of Khotan Saka, 1979, Cambridge, Angleterre
  • Bivar, A.D.H., Maues at Taxila (texte sur internet)
  • Benjamin, C., The Yuezhi Migration and Sogdia, Êrân ud Anêrân, 2003, Webfestschrift Marshak
  • Briant, P., Histoire de l'empire perse, 1996, Fayard, Paris
  • Cagnat, R., Asie Centrale, vision d'un familier des steppes, 2001, Transboréal
  • Emmerick, R.E., Saka Grammatical Studies, 1968, OXFORD UNIVERSITY PRESS, Toronto
  • Gorshenina, S., et Rapin, C., De Kaboul à Sarmacande, les archéologues en Asie Centrale, 2001, Gallimard / Decouvertes
  • Grousset, R., L'empire des Steppes, 1980, Payot, Paris
  • Head, D., et Scollins, R., The Aechemenid Persian Army, 1992, éd. Montvert, Storckport
  • Hérodote d'Halicarnasse, L'Enquête, Livres I à IV, 1985, rééd. Folio classique, Paris
  • Hill, J.E., The Western Regions According to the Hou Hanshu, 2003, (texte sur internet)
  • Huyse, P., La Perse antique, 2005, Les belles Lettres, Paris
  • Indo-Iranian Languages and Peoples, ed. by N.Sims-Williams, The British Academy/Oxford University Press
  • Jettmar, K., L'art des steppes, 1965, Albin Michel, Paris; Culture and Ethnic Groups West of China in the Second and First Millenia B.C., 1981, ASIA PERSPECTIVES XXIV (2)
  • Kaloev, B.A., Osetinskie istoriko-ètnografi⁰eskie ètjudy, 1999, Moscou
  • Kumar, B., The Early Kusanas, 1973, STERLING PUBLICATIONS, New Delhi
  • La Vallée-Poussin, L. de, L'Inde au temps des Mauryas et des barbares, Grecs, Scythes, Parthes et Yue-Tchi, 1930, E. De Boccard, Paris
  • Lebedynsky, I.,
    • 2001a. Armes et guerriers barbares
    • 2001b. Les Coumans cavaliers des steppes aux XIe ‑ XIIIe siècles, Moyen Âge no 21, mars 2001
    • 2002a. Les Sarmates
    • 2002b. Le prince Igor, l'Harmattan
    • 2003a. GALLIA ULTERIOR - Le royaume alain de la Loire, D'Ossétie et d'alentour, no 14, décembre 2003
    • 2003b. Les plaques d'Orlat: une encyclopédie de l'équipement des Nomades d'Asie centrale du début de notre ère, L'Archéologue no 67, août-septembre 2003
    • 2003c. Les nomades
    • 2004. Les Cimmériens
    • 2005a. Tamga-une héraldique des steppes, L'Archéologue no 76, février-mars 2005
    • 2005b. Le léopard, le lion et le dragon, D'Ossétie et d'alentour no 17, 2005
    • 2005c. Le dieu et l'épée: culture scythiques, échos ossètes, parallèles eurasiatiques, d'Ossétie et d'alentour no 18, décembre 2005
    • 2006a. Les Indo-Européens, Errance, Paris
    • 2006b. Les Saces, les nomades blancs d'asie, VIIIe ‑ IVe siècle avant Jésus-Christ, Errance, Paris
  • Levina, L.M., La culture de Djety-Assar, les Scythes, 1994, Dossier d'archéologie, Paris
  • Nichonorov, V. P., The Armies of Bactria, 1996, Monvert, Stockport, Londres
  • Or des Amazones (L'), Musée Cernuschi, 2001, Paris
  • Or de la Bactriane ( L'), 1985, Aurora, Leningrad
  • Or des Scythes(L'), 1975, Éditions des Musées nationaux, Paris
  • Or des rois Scythes (L'), 2001, Paris
  • Or des princes barbares (L'), 2001, Musée des antiquités Nationales, Paris
  • Or de la Bactriane (L'), 1985, Aurora, Léningrad
  • Or des steppes (L'), 1993, Toulouse
  • Oranskij, L.M., Les langues iraniennes, 1977, C.Klincksieck, Paris
  • Porada, E., Iran ancien, 1963, Albin Michel, Paris
  • Quintana-Murci, L., et Hombert, J.M., Gènes et langues : une évolution parallèle? Aux origines des langues et du langage, 2005, Fayard, Paris
  • Scher, J.A., Répertoire des pétroglyphes d'Asie-Centrale, fascicule no 1; mission archéologique française en Asie Centrale, 1994, Diffusion De Boccard, Paris; fascicule no 5, par A.N.Mar'ja⁸ev, A.A., Gorja⁰ev, S.A. Potapov, Mission archéologique française en Asie Centrale, 1998, Diffusion De Boccard, Paris
  • Salmony, A., Sino-Sibérian Art, 1933, Paris
  • Sarkhoch Curtis, V., Persian Myths, 1993, British Museum Press
  • Schiltz, V., Les Scythes et les nomades des steppes, 1994 Gallimard, Paris; Histoire de kourganes, la redécouverte de l'or des Scythes, 2001, Gallimard/ Découvertes, Paris
  • Sergent, B., Les Indo-Européens, histoire, langue, mythe, 1995, Paris
  • Sinor, D., Introduction à l'histoire de l'Eurasie Centrale, 1983, Wiesbaden
  • Staviskij, B.Ja., La Bactriane sous les Kushans, 1986, Librairie d'Amérique et d'Orient Jean Maisonneuve, Paris
  • Thomsen, W., Inscriptions de l'Orkhon déchiffrées, 1986, Mémoires de la Société finno-ougrienne, 1986, Helsingfors
  • Verstandig, A., Histoire de l'empire parthe, 2001, Le Cri, Bruxelles

Œuvres auxiliaires[modifier | modifier le code]

  • Lebedynsky, I.,
    • 2001. Les Scythes;

Liens externes[modifier | modifier le code]