Yuezhi

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Durant l'Antiquité, à une date inconnue, les Yuezhi (ou Yue-Tche[1]) ont fondé le premier empire connu de l'Asie centrale. Ils étaient apparentés aux Tokhariens des Grecs. Ce peuple nous est connu grâce aux chroniques chinoises. Le terme Yuèzhī (月氏) est mandarin et se traduit par « lignée (氏 zhī) de la lune (月 yuè) ». Il s'expliquerait alors par un culte de la lune, mais pour certains spécialistes, ce terme est le véritable nom des Yuezhi prononcé à la manière chinoise, si bien que l'on ne peut pas connaître sa signification.

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Ce peuple vivait dans l'ouest de l'actuelle province chinoise du Gansu, où se trouve Dunhuang, ville dont le nom est probablement d'origine yuezhi. De mode de vie nomade, ils déplaçaient leurs troupeaux en été vers les pâturages des monts Qilian, qui bordent le Gansu au sud. Le nom de ces montagnes serait aussi d'origine yuezhi et signifierait « céleste ». Les Chinois de l'Antiquité, qui n'ont jamais dû les affronter, les connaissaient surtout comme étant des pourvoyeurs de chevaux, dont ils disposaient sûrement en grand nombre.

Origines[modifier | modifier le code]

La première référence connue aux Yuezhi est offerte dans le Guanzi (Essais du Guanzu, 73, 78, 80, 81). Les dates présentes dans la version la plus commune de ce livre sont contestées. Par ailleurs, on estime qu'elles pourraient être aussi tardives que le Ier siècle av. J.-C.[2] Le livre décrit les Yuezhi comme un peuple du nord-ouest qui fournissait aux Chinois du jade provenant des montagnes avoisinantes du Gansu. La fourniture de jade depuis le Bassin du Tarim est bien archéologiquement bien documentée depuis l'Antiquité. Dans une tombe d'un monarque de la dynastie Shang, on retrouva plus de 750 reliques de jade provenant des environs de Hotan, dans l'actuel Xinjiang[3]. Le suffixe Di ou Zhi, du chinois 氐, est généralement utilisé pour décrire les gens de Di, appelés les « barbares occidentaux » dans les documents de la dynastie chinoise Han.

Migration des Petits et Grands Yuezhi entre le IIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle après J.-C.

Les Yuezhi sont également décrits en détail dans des documents historiques chinois des IIe et Ier siècles av. J.-C., notamment dans le Shiji de Sima Qian. Selon ces documents: « Les Yuezhi vivaient dans une région entre le Qilian ou les monts Tian Shan et Dunhuang. Ils furent défaits par les Xiongnu et migrèrent plus à l'ouest, au-delà de Dayuan. Ils attaquèrent à cet endroit les peuples de Daxie, les conquirent puis établirent une cour royale sur la rive nord de la rivière Oxus. Un petit nombre des Yuezhi, incapables d'entreprendre un si long périple à l'ouest, prirent refuge parmi les barbares Qiang des montagnes du sud, où ils furent connus comme les Petits Yuezhi[4]. »

Les Petits Yuezhi principalement dans la région de Huangzhong, quatre-vingts kilomètres à l'est du lac Bleu (Qinghai en mandarin, Köke Nor en mongol). Ces fragments du peuple yuezhi ont subsisté durant un bon millénaire. Ils restèrent nomades et conservèrent ce caractère guerrier qui avait permis à leurs ancêtres de bâtir un empire. Aujourd’hui, on trouve au nord-est du Tibet des individus aux cheveux clairs et aux yeux bleus, sans doute des descendants des Petits Yuezhi. En 1911, Paul Pelliot signalait la présence d'hommes de ce type dans les montagnes du Gansu occidental.

Les migrateurs vers l'occident, les Grands Yuezhi, durent se déplacer à la suite de leur défaite contre les Xiongnu, qui leur arracha une trentaine de royaumes, de grande et de petite taille. Quelques années plus tard, à l’issue d'une nouvelle offensive, les Xiongnu tuèrent l'empereur des Yuezhi et firent de son crâne une coupe à boire. Après leur conquête de la Bactriane, au Ier siècle après J.-C., ils fondèrent l'Empire kouchan.

En réalité, les Yuezhi s'éparpillèrent en Asie centrale et certains restèrent probablement dans la région de Dunhuang. Ainsi, un peuple nomade, appelé les Huns blancs ou les Hephthalites, qui vivait au début du l'ère chrétienne au nord de Tourfan, était réputé descendre des Grands Yuezhi. Le royaume d'Agni, dans la région de Karachahr, à l'ouest de Tourfan, était également yuezhi.

Culture[modifier | modifier le code]

Les Yuezhi se battaient à cheval, avec des arcs, ce qui était relativement nouveau à leur époque. En effet, d'après les données archéologiques, les peuples de l'actuelle Chine occidentale ont utilisé le char jusqu'au VIIe ou VIe siècle av. J.-C. Il est donc possible que la création de l'empire des Yuezhi ait été liée à celle de la cavalerie montée. Vers -300, ils étaient probablement au faîte de leur puissance. Ils contrôlaient l'actuelle province chinoise du Xinjiang en grande partie ou en totalité, et en particulier les royaumes sédentaires du bassin du Tarim, où vivaient d’autres peuples tokhariens ainsi que des Saces.

Les coutumes des Yuezhi sont presque inconnues. On sait seulement que certains rois des Petits Yuezhi étaient qualifiés de « divins ». Lors d'un deuil, les proches du défunt sacrifiaient des animaux et montaient à cheval pour pousser des hurlements et se taillader le visage.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopaedia universalis, article Yuezhi (Yue-Tche).
  2. Liu Jianguo (2004). Distinguishing and Correcting the pre-Qin Forged Classics. Xi'an: Shaanxi People's Press. ISBN 7-224-05725-8. p. 115-127.
  3. Liu (2001), pp. 267–268
  4. Watson, Burton 1993. p. 234