Pierre Dumanoir Le Pelley

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Pierre Dumanoir le Pelley
Comte Dumanoir
Portrait du comte Dumanoir
Portrait du comte Dumanoir

Naissance 2 août 1770
à Granville (Manche)
Décès dans la nuit au 6 au 7 juillet 1829 (à 58 ans)
à Paris
Origine Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Arme Marine royale, républicaine et impériale
Grade Vice-amiral (1819)
Années de service 17871815
Conflits Guerres de la Révolution et de l'Empire
Distinctions Grand officier de l'Ordre de la Légion d'honneur (1817)
Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis
Autres fonctions Député de la Manche (1815-1822)
Famille Georges-René Pléville Le Pelley
(cousin germain)

Pierre Dumanoir Le Pelley, comte Dumanoir, né à Granville (Manche) le 2 août 1770[1],[2] et mort à 58 ans à Paris dans la nuit au 6 au 7 juillet 1829 est un vice-amiral français des XVIIIe et XIXe siècles.

Biographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Famille Le Pelley.

Pierre Étienne René Marie Dumanoir Le Pelley descend d'une très ancienne famille de la bourgeoisie granvillaise, qui avait jadis gagné dans les armements maritimes une fortune considérable[Note 1] et sera anoblie par le roi Louis XVIII[3],[4].

Son père[1], Louis Pierre Étienne Le Pelley (1733-1807)[5],[Note 2], sieur du Manoir, est un capitaine corsaire, armateur et bourgeois de Granville. Il est le fils de Pierre Robert Le Pelley, capitaine d'infanterie, sieur des Fontenelles, frère d'Hervé Le Pelley (1699-1739) dont le fils est Georges-René Pléville Le Pelley (1726-1805).

Sa mère[1], Jeanne Élisabeth Lucas de Lezeaux (1744-1819) est la fille de Charles Marie, écuyer, seigneur de Lezeaux[Note 3], seigneur honoraire de Saint Pair et de Saint Aubin des Préaux dans la paroisse de Saint-Pair-sur-Mer.

Jeunesse et débuts[modifier | modifier le code]

Un avancement rapide[modifier | modifier le code]

Pierre Dumanoir Le Pelley entre à dix-sept ans dans la marine en mars 1787 comme élève de port[6] et sert dans les Antilles jusqu'en 1790. Nommé sous-lieutenant de port deux ans plus tard en avril 1789[6], il monte les frégates La Pomone et La Néréide, fait une campagne à la côte d'Afrique, passe sur la flûte Le Dromadaire en qualité d'enseigne et part pour Cayenne.

Lieutenant en 1790 et adjoint à l'état-major de l'amiral Martin, il prend part sur Le Sans-Culotte au combat que cet amiral livre aux Anglais sur l'océan ; il n'a pas encore vingt-trois ans lorsqu'il est nommé lieutenant de vaisseau en juin 1793[6],[7],[8].

Il obtient deux ans plus tard en floréal an III (mai 1795), à moins de vingt-cinq ans, le grade de capitaine de vaisseau[6] et le commandement du Berwick. Il fait partie de la division du contre-amiral Richery qui s'empare d'un grand convoi sur la Méditerranée et est chargé ensuite d'aller détruire les établissements de pêche anglais à Terre-Neuve[7],[8].

Un avancement controversé[modifier | modifier le code]

Certaines biographies[7],[8] laissent entendre que son avancement rapide s'expliquerait par son cousinage avec Georges-René Pléville Le Pelley.

Celui-ci, cousin germain de son père, de quarante-quatre ans son aîné, a certes été appelé à la commission de la marine pour être l'un des trois administrateurs qui préparent la loi du 3 brumaire an III (24 octobre 1794). En 1795, le Directoire le veut déjà comme ministre de la Marine, mais il refuse. Truguet est désigné et Pléville-Le-Pelley reste en réquisition auprès de lui comme chef de division. Le Directoire finit par le convaincre d'accepter et le nommet ministre français de la marine et des colonies le 1er fructidor an V (18 août 1797). Pléville donne pourtant sa démission de ministre le 8 floréal an VI (27 avril 1798) en raison d'un désaccord avec Bonaparte sur la campagne d'Égypte et non après avoir prédit le désastre d'Aboukir du 2 août 1798[Note 4].

Au moment où son cousin germain devient ministre, Dumanoir est déjà capitaine de vaisseau depuis deux ans. Comme beaucoup de ses homologues, il aura bénéficié surtout des avancements accélérés de la marine révolutionnaire à laquelle l'émigration vient d'enlever un grand nombre d'officiers[Note 5],[Note 6].

Sous le Directoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition d'Irlande (1796).
Article détaillé : Campagne d'Égypte.
Article détaillé : Bataille d'Aboukir (1798).

Le 15 décembre 1796, une flotte forte de 17 vaisseaux, 14 frégates, 6 corvettes ou avisos, 6 gabarres et 20 transports et 21 000 soldats, placés sous les ordres du général Hoche, sort de Brest pour l'expédition d'Irlande[9]. Dumanoir commande, sous les ordres du contre-amiral Bouvet, le vaisseau La Révolution[7],[8]. Dès son départ, l'armée se trouve disloquée, par suite de la ruse d'une frégate anglaise qui donne, dans l'obscurité de la nuit du 16 au 17, de faux signaux à une partie des bâtiments français. Des feux brûlés et des coups de canon trompent 6 vaisseaux et 6 frégates, qui continuent leur route, au lieu d'obéir au vice-amiral qui leur ordonne de faire vent arrière[9].

Le jour venu, Morard de Galles et Hoche, montés sur la frégate la Fraternité, se trouvent seuls et se rendent vers la baie de Bantry, désignée pour le rendez-vous de l'armée. Sur le point d'y arriver, ils rencontrent le vaisseau la Révolution et la frégate la Scévola en train de couler bas d'eau. Dumanoir recueille une partie de l'équipage[7],[8]. La flotte éparpillée, sans chef, s'est dirigée, navire par navire, vers la baie de Bantry où les bâtiments y ont attendu pendant quelques jours, puis, impatients, sont partis à la débandade[9]. Hoche[Note 7] doit battre en retraite.

Tandis que les armées de la République remportent partout des victoires sur le continent, les flottes de l'Angleterre triomphent sur chaque mer. Dumanoir n'a pas encore vingt-sept ans quand le Directoire le nomme chef de division[6] en messidor an V (juin 1797).

En l'an VI, Dumanoir concourt aux préparatifs du départ de la flotte pour la campagne d'Égypte. Le 19 mai 1798, la flotte part de Toulon commandée par le vice-amiral Brueys[Note 8]. Le contre-amiral Gantheaume est major général de l'escadre. Trois autres contre-amiraux commandent les divisions de la flotte : Blanquet-Duchayla dirige l'avant-garde ; Villeneuve, l'arrière-garde ; Decrès, l'escadre légère. Dumanoir monte le vaisseau Le Dubois et est chargé de la direction du convoi attaché à l'armée[9].

Le 1er juillet 1798, l'armée française arrive devant Alexandrie sans avoir aperçu une seule voile ennemie[Note 9]. Le débarquement se fait aussitôt, et les troupes marchent sur Alexandrie prise le lendemain. Bonaparte nomme Dumanoir commandant du port[7],[8]. Le vice-amiral Brueys mouille sa flotte au nord-est d'Alexandrie aussi près que possible de l'îlot d'Aboukir, protégé par une batterie.

L'amiral anglais Nelson[Note 10] arrive le 1er août 1798 devant Aboukir, où flotte le drapeau tricolore. Brueys croit si peu au retour des anglais qu'il n'a envoyé aucune de ses frégates croiser au large, pour signaler l'apparition de l'ennemi. Il est bien surpris de les voir arriver. Rien n'est prêt pour une bataille, les chaloupes et une partie des équipages sont à terre[9]. Les combats d'Aboukir durent 2 jours, du 1er au 2 août 1798, et le désastre[9],[Note 11] qui s'ensuit porte un coup terrible à la considération et à la puissance de la marine française.

Le 5 août de l'année suivante, Bonaparte, qui a compris qu’on a besoin de lui à Paris et qu’il y serait bien reçu[Note 12] , ordonne à Dumanoir ainsi qu'au contre-amiral Gantheaume – mais sans les mettre dans sa confidence – d'accélérer les approvisionnements des deux anciennes frégates vénitiennes, La Muiron et La Corrèze, déjà armées et équipées, et de lui donner avis des mouvements de la croisière anglaise[7],[8].

Le 21 août 1799, Bonaparte arrive à Alexandrie. Le 22, il monte à bord de La Muiron commandée par Larue et le 23, on met à la voile. La Muiron porte le général Bonaparte, le contre-amiral Gantheaume, Berthier, Andréossi, Monge, Berthollet, Denon, Lavalette et Bourienne[7],[8]. Dumanoir commande La Corrèze[9] qui a embarqué Lannes, Murat, Marmont et Parceval-Grandmaison[7],[8]. Le 8 octobre 1799, Bonaparte débarque à Fréjus[Note 13].

Sous le Consulat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille d'Algésiras (1801).
Article détaillé : Expédition de Saint-Domingue.

Le coup d'état du 18 brumaire marque la fin du Directoire et de la Révolution française et le début du Consulat. À cette occasion Dumanoir reçoit en récompense pour sa participation un sabre comme récompense nationale[6], puis il est élevé quelques mois plus tard à vingt-neuf ans au grade de contre-amiral[6] en frimaire an VIII (novembre 1799). Il commande durant l'an IX plusieurs divisions à Brest puis à Cadix où il est chargé des détails relatifs aux armements[7],[8].

Au printemps de l'année 1801, 4 vaisseaux de la division de Toulon sont envoyés à Cadix pour y rejoindre les divisions du contre-amiral Dumanoir. Cette petite escadre est commandée par Charles Alexandre Léon Durand de Linois, le seul marin du Consulat et de l'Empire qui puisse se glorifier d'une victoire et qui a fait toutes les guerres de l'Indépendance américaine. Le 3 juillet 1801, à peu de distance de Gibraltar, Linois voguant vers Cadix s'empare d'un brick anglais commandé par lord Cochrane, qui lui apprend qu'une forte division ennemie bloque le port vers lequel il se dirige[9].

L'amiral sir James Saumarez reçoit l'ordre de se porter immédiatement sur le détroit avec une division de 6 vaisseaux, pour s'opposer au passage des français. Ne voulant point se hasarder à lutter contre un adversaire bien plus fort que lui, Linois prend position sous les remparts d'Algésiras ; la première bataille d'Algésiras commence le 6 juillet 1801. Le combat, commencé à huit heures quinze du matin, se continue jusqu'à deux heures avec un acharnement égal des deux côtés. La victoire de Linois ne reçoit pas la récompense qu'elle mérite[9],[Note 14].

Cette victoire n'est que le premier épisode de l'expédition du contre-amiral Linois ; ses vaisseaux ont trop souffert pour songer continuer sur Cadix. De son côté, l'amiral Saumarez, réfugié à Gibraltar, est impatient de réparer l'affront d'une défaite aussi imprévue ; avec une rapidité extraordinaire, il répare ses navires et remplace par des matelots de choix les pertes qu'il a essuyées[9].

Linois n'apporte pas moins d'activité à réparer ses navires, mais, moins heureux que son adversaire, il ne parvient pas à se procurer de matelots et sa position devient difficile. Il écrit au contre-amiral Dumanoir et au capitaine général Mazaredo pour leur demander du secours ; un long temps s'écoule avant de recevoir une réponse ; les Espagnols redoutent en effet de sortir de Cadix. Perdant patience, Linois se plaint avec aigreur de leur inaction[9],[Note 15].

La lenteur des Espagnols produit les résultats prévus par Linois ; la flotte anglaise est prête au combat lorsque les français sortent d'Algésiras le 12 juillet 1801, à deux heures de l'après-midi pour rejoindre Cadix. La deuxième bataille d'Algésiras commence et la lutte dure longtemps, acharnée, furieuse. À midi et demi le lendemain, l'escadre britannique gagne le large ; le même jour, à deux heures après-midi, le Formidable est le dernier vaisseau français à entrer dans le port de Cadix, aux cris d'enthousiasme d'une population qui, du haut des remparts et de la plage, a assisté au combat[9].

Aussitôt la paix d'Amiens signée le 25 mars 1802, Bonaparte s'occupe de reprendre la riche colonie française de Saint-Domingue, en révolte contre la France depuis plus de huit années. C'est l'expédition de Saint-Domingue dont Dumanoir fait partie[7],[8]. Le 11 décembre 1803, le contre-amiral Dumanoir est fait membre de la Légion d'honneur[10],[Note 16]. En rade à Toulon sur le Formidable, il a sollicité le 24 brumaire an XII (16 novembre 1803) son cousin germain, alors sénateur, lequel est intervenu[11] le 6 frimaire an XII (28 novembre 1803) auprès de Lacépède, grand chancelier de l'ordre et également sénateur.

Sous l'Empire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille du cap Finisterre (1805).
Article détaillé : Bataille de Trafalgar.

L'Empire français est proclamé le 18 mai 1804 par senatus consulte. Le contre-amiral Dumanoir est promu commandant de l'Ordre de la Légion d'honneur[10] le 14 juin 1804. À la mort de l'amiral Latouche-Tréville le 20 août 1804, il est à bord du Formidable et commande provisoirement l'escadre de Toulon et espère en conserver le commandement. Mais l'Empereur y appelle le vice-amiral Villeneuve. On ne sait alors à quoi attribuer cette mesure ; une lettre de Napoléon[7],[8] datée du 28 août 1804 en donne les raisons :

« Saint-Cloud, 10 fructidor an XII.
Monsieur Decrès, ministre de la marine,
Il me semble qu'il n'y a pas un moment à perdre pour envoyer un amiral commander l'escadre de Toulon. Elle ne peut être plus mal qu'elle n'est aujourd'hui entre les mains de Dumanoir, qui n'est ni capable de maintenir la discipline dans une aussi grande escadre, ni de la faire agir. Il me paraît que, pour commander cette escadre, il n'y a que trois hommes : Bruix, Villeneuve et Rosily »

Le premier soin de l'Empereur est alors de terminer ses immenses préparatifs de descente en Angleterre ; Boulogne devient le quartier-général de cet armement. Une flottille est répartie entre Boulogne, Étaples et Wimereux. Dans les plans de Napoléon, l'amiral Villeneuve, sorti de Toulon, avec toutes les forces de ce port, doit rallier en passant l'escadre espagnole de l'amiral Gravina à Cadix, aller aux Antilles, y attirer Nelson, remonter vers l'Europe, quand on le croirait parti, peut-être pour frapper un grand coup sur l'Inde anglaise, débloquer l'escadre du Ferrol, celle de Brest, enfin, entrer dans la Manche avec cinquante vaisseaux, qui resteraient maîtres du détroit, jusqu'au moment où l'amirauté anglaise aurait pu réunir ses flottes éparses sur toutes les mers. Mais avant ce moment la flottille française partie de Boulogne est passée, et avec elle, cent cinquante mille soldats et le sort du monde[12].

D'abord tout réussit à souhait. Nelson, qui surveille Toulon, est trompé. Tandis qu'après avoir perdu du temps à chercher où est passée la flotte française, il court après elle au fond du golfe du Mexique, Villeneuve revient en Europe et le 22 juillet 1805, il se dirige vers Ferrol, quand il rencontre à environ 120 milles du cap Finisterre l'escadre du vice-amiral Calder qui bloque le port. Dumanoir est âgé de trente-cinq ans ; depuis le départ de Toulon il fait partie de l'escadre de Villeneuve en tant que contre-amiral commandant le Formidable. Dans ce combat il se trouve placé derrière le navire amiral en treizième position ; son vaisseau n'est pas engagé dans la canonnade[12],[9].

Le combat s'engage par une brume épaisse ; l'issue de cette bataille est incertaine et plutôt à l'avantage de l'amiral français[Note 17]. Après avoir débloqué l'escadre du Ferrol, Villeneuve peut continuer sa route et accomplir le plan de Napoléon. Le 1er août 1805, au moment où il se dispose à entrer dans le port de Ferrol, il reçoit l'ordre de prendre le large immédiatement. De nouvelles instructions lui prescrivent de se diriger sur Brest, de livrer une bataille à l'armée qui bloque ce port et de faire détruire sa flotte au besoin, pour permettre à celle de Brest de sortir. Villeneuve part aussitôt. Arrivé, le 10 août 1805, dans la baie d'Arès, qui touche la rade de la Corogne, il en ressort le lendemain et rallie un renfort de plusieurs vaisseaux français et espagnols. Mais au lieu de se rendre à Brest conformément aux ordres reçus, il fait route pour Cadix afin d'y réparer ses avaries où il arrive le 17 août et s'y trouve bientôt bloqué[9].

Pendant ce temps, le vice-amiral Ganteaume l'attend avec impatience devant Brest, ainsi que le contre-amiral Allemand, avec sa division surnommée l'Invisible[Note 18]. L'anxiété de Napoléon est extrême. Tout son monde est prêt. Depuis deux ans, l'armée et la flottille répètent les exercices d'embarquement. Les vivres, les munitions sont à bord et sur un signal, cent cinquante mille soldats, les meilleurs du monde, peuvent franchir le détroit. On peut juger de la colère de l'Empereur, quand il apprend que, par la timidité de Villeneuve, son plan si bien conçu, si bien exécuté jusqu'ici, qui doit lui livrer son implacable ennemi, vient d'échouer[12],[Note 19].

Napoléon fait faire aussitôt volte-face à son armée et lance ses troupes sur le Rhin pour la campagne de 1805. Mais pour perpétuer le souvenir du camp de Boulogne, il ordonne l'érection d'une colonne qui domine encore la fameuse plage d'où les aigles impériales menaçaient l'Angleterre[12].

Villeneuve retiré à Cadix avec les escadres combinées de France et d'Espagne, apprend que l'Empereur vient d'expédier par terre le vice-amiral de Rosily pour le remplacer dans son commandement[Note 20]. Averti secrètement par le ministre de la marine Decrès, il espère prévenir cette disgrâce par un coup d'audace, et Villeneuve, jusqu'à ce jour si irrésolu, prend le parti d'aller se jeter tête baissée dans l'ennemi, plutôt que de rentrer en France avec une marque de honte sur le front. Le 21 octobre 1805, Villeneuve rencontre l'escadre anglaise à la hauteur du cap Trafalgar. Sa flotte compte trente-trois vaisseaux, cinq frégates et deux bricks. Nelson ne peut mettre en ligne que vingt-sept vaisseaux, mais la plupart de ses bâtiments sont plus forts que les nôtres et les anglais ont un nombre égal de bouches à feu[12].

Villeneuve s'est formé sur une seule ligne ; Nelson range ses vaisseaux en deux colonnes pour couper la ligne de l'ennemi. La première colonne commandée par l'amiral Collingwood, attaque seule seize de nos vaisseaux et cherche à les envelopper. La colonne de Nelson, composée de douze vaisseaux, fond sur sept autres. Dix des navires français, retenus par un vent contraire toute la journée, ne peuvent prendre part à l'action générale. Le mode d'attaque imaginé par Nelson déroute complètement les alliés. L'amiral anglais a combiné son plan en calculant le temps qu'il faudrait aux vaisseaux non attaqués pour se porter au secours de leurs compagnons. Il réussit d'autant mieux que presque tous les capitaines resteront immobiles, surtout ceux de l'avant-garde, qui attendront d'être attaqués pour combattre[12].

Dumanoir est à bord du vaisseau Le Formidable d'où il commande une division d'abord placée à l'arrière-garde où règne la plus épouvantable confusion[Note 21]. Mais suite à un virement lof pour lof, sa division se retrouve à l'avant-garde de la flotte franco-espagnole[Note 22] et est épargnée par l'attaque de Nelson qui coupe le centre et l'arrière-garde. Pendant deux heures il semble ignorer les signaux de Villeneuve pour soutenir le centre de la flotte submergée par l'escadre de Nelson et reste spectateur immobile de l'action [Note 23],[Note 24] malgré les vaisseaux sous ses ordres[Note 25].

Seuls l'Intrépide[Note 26] du capitaine Infernet et le Neptuno du capitan Valdés lui désobéiront et se jetteront au cœur de la bataille, à leur perte. Les quatre autres vaisseaux de Dumanoir croiseront à petit distance et s'éloigneront sans avoir beaucoup combattu. La fatalité poursuit jusqu'à la fin les débris de l'escadre française. Ces 4 vaisseaux, revenant en France, rencontrent, le 5 novembre, une flottille ennemie de 4 vaisseaux et 4 frégates, sous le cap Ortegal. Dumanoir soutient, contre le commodore Strachan, un combat qu'il a cherché à éviter, perd ses quatre vaisseaux forcés de se rendre après un combat sanglant de près de cinq heures et blessé à la tête, tombe au pouvoir des anglais. Le Duguay-Trouin, le Formidable, le Mont-blanc et le Scipion sont conduits à Plymouth[9],[Note 27],[Note 28].

Il reste quelque temps prisonnier sur parole et revient en France où sa conduite lors de la campagne de Trafalgar est vivement condamnée, en particulier par certains des capitaines rescapés (Lucas, Infernet, et Villeneuve lui-même). Renvoyé devant un conseil d'enquête puis devant un conseil de guerre maritime en mars 1810, il est acquitté[Note 29],[Note 30].

La disgrâce et l'exil[modifier | modifier le code]

L'Empereur refuse de l'employer tant il éprouve, comme l'opinion publique, de prévention contre lui. Mais en 1811, il le nomme commandant de la marine à Dantzig et le charge de la direction des convois sur la Vistule. Pendant le blocus de Dantzig, il rend des services. Après un an de siège, la place capitule et Dumanoir, qu'un éclat de bombe a blessé à la tête, est emmené prisonnier à Kiev. C'est de là qu'il envoie son adhésion aux actes du sénat qui prononcent la déchéance de l'Empereur et le rappel des Bourbons[7],[8].

Le retour en France[modifier | modifier le code]

Rentré en France au mois de juillet 1814, il reçoit du roi Louis XVIII lors de la première restauration le titre de comte[Note 31],[Note 32] par lettres patentes du 2 décembre 1814 ; il est fait chevalier de Saint-Louis en 1815. Il commande ensuite la division navale qui conduit le marquis de Rivière, ambassadeur de Louis XVIII à Constantinople. Une ordonnance du 22 août 1816 avait réduit le nombre des contre-amiraux de 21 à 12. En 1817, conformément à cette ordonnance, la liste des officiers généraux qui doivent être conservés est dressée : Dumanoir y figure le premier[7],[8].

Le 24 avril de la même année, il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur[10]. Louis XVIII le nomme vice-amiral en 1819 et, le 23 août 1820, commandeur de Saint-Louis[7],[8].

Dumanoir est élu député par le département de la Manche en 1815 et siège au centre. Réélu en 1816, il conserve son mandat jusqu'en 1822[7],[8].

Il meurt subitement à Paris dans la nuit du 6 au 7 juillet 1829[7],[8] et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (19e division)[Note 33].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Charles Mullié, Biographies des célébrités militaires des armées de terre et de mer : de 1789 à 1850, vol. Tome premier, Paris, Poignavant et Cie,‎ 18.., 577 p. (lire en ligne), p. 460-462 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Chabert, Histoire des combats d'Aboukir, de Trafalgar, de Lissa, du Cap Finistère et de plusieurs autre batailles navales : depuis 1798 jusqu'en 1813, Paris, Bachelier, F.Didot, Baudouin,‎ 1829, 384 p. (lire en ligne), p. 97-164 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • A. Liévyns, Fastes de la Légion-d'honneur : biographie de tous les décorés, vol. Tome troisième, Paris, au bureau de l'administration,‎ 1845, 581 p. (lire en ligne), p. 194-195 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jules Trousset, Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, Paris, Librairie illustrée,‎ 1880, 823 p. (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Dick de Lonlay, Les marins français depuis les gaulois jusqu'à nos jours, Paris, Garnier frères,‎ 1886, 463 p. (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Albert Révérend, Annuaire de la noblesse de France : fondé en 1843 par M. Borel d'Hauterive et continué sous la direction de Vte Albert Révérend, vol. 56 (58e année), Paris, Au bureau de la publication,‎ 1900, 454 p. (lire en ligne), p. 204-211 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fougeray du Coudrey, Pléville-Le-Pelley : Mousse-Corsaire-Officier de Vaisseau Amiral-Ministre de la Marine, Granville, Imprimerie de l'Avenir républicain,‎ 1905, 69 p. (lire en ligne) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • René Fernand Marie Le Pelley du Manoir, Yves Le Pelley du Manoir : 1904-1928, Paris, Société générale d’imprimerie et d’édition,‎ 1931, 97 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    René Fernand Marie, vicomte Le Pelley du Manoir, est le frère aîné d'Yves du Manoir. L'ouvrage[Note 34] est consultable et téléchargeable depuis la bibliothèque centrale de l'École polytechnique (saisir « le pelley du manoir » en regard de « Saisir un mot ou une expression ») [lire en ligne].
  • « Pierre Dumanoir Le Pelley », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition] Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michel Vergé-Franceschi, Marine et Révolution : Les officiers de 1789 et leur devenir, vol. 9, Paris, Histoire, économie et société,‎ 1990 (lire en ligne), p. 259-286 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Au commencement du XVIIIe siècle pourtant, le patrimoine des Le Pelley était fort entamé. En effet, Jacques Le Pelley du Manoir, ancien garde-du-corps, qui avait contracté à la cour des habitudes de dépense, avait, dans le jeu et les prodigalités, dilapidé le plus clair de son bien et complètement vidé cette chambre pleine d'or, que les bonnes-gens émerveillés disaient avoir vue, jadis, chez son père, au manoir de Saint Nicolas. Il ne lui restait plus guère, à léguer à ses douze enfants, d'autre héritage que l'honneur qu'il avait acquis en 1695, comme gouverneur de Granville, dans sa défense contre les Anglais.
    Cela suffit en somme à ses deux aînés pour se faire une place honorable dans l'armée : l'un Robert des Fontenelles à la tête d'une compagnie d'infanterie, l'autre Nicolas du Manoir dans le régiment du Roi-cavalerie, dans les rangs duquel il fut blessé à Vieux-Brisach. René, entré dans les ordres était devenu promptement curé de Granville et les deux derniers, Pierre de Tilly et Hervé de Pléville, s'étaient assez bien tirés d'affaire en choisissant le métier de la mer qui n'exigeait pas d'études très coûteuses. »
    (in Pléville-Le-Pelley : Mousse-Corsaire-Officier de Vaisseau Amiral-Ministre de la Marine, p. 2)
  2. Louis Pierre Étienne Le Pelley du Manoir, écuyer, né à Granville le 19 décembre 1733, épousa à Granville le 27 mars 1765, Jeanne Elisabeth Lucas de Lezeaux, fille de Charles Marie Lucas de Lezeaux, seigneur de Saint-Pair et de Saint-Aubin des Pruaux, et d'Yvonne-Vincente Bondin ; ils eurent deux fils et deux filles :
    1. Pierre Étienne René Marie Le Pelley, comte Du Manoir Le Pelley, né à Granville le 2 août 1770, mort à Paris le 6 juillet 1829, sans alliance.
    2. Charles Jean Marie Armand, né à Granville le 23 décembre 1776, a épousé à Tunis, par contrat du 22 septembre 1818, Marie-Françoise de Voize. Le vicomte du Manoir est mort à Port-Royal (Martinique) le 15 novembre 1821.
    3. Anne, mariée à M. Le Boucher Cuvigny.
    4. Henriette, mariée à M. Daguenet.
    (in Annuaire de la noblesse de France : Le Pelley du Manoir et de Pléville, p. 204-205)
  3. Le château de Lez-Eaux (près des eaux) est situé sur la commune de Saint-Pair-sur-Mer, sur la côte sud de la Manche, à l’ouest de la Normandie et aux portes de la Bretagne, entre le Mont Saint Michel et Granville
  4. « "Cette expédition ne peut être que funeste", disait-il ; "si je donne des ordres en conséquence la nation sera fondée à croire que je la connais et que je l'approuve. Au moindre échec, elle dira : le ministre est cependant un vieux marin, comment a-t-il pu adopter et faire exécuter un pareil projet ; c'est donc un traître à la Patrie ! Les 10 millions comptés me rendent responsable devant la loi, plus forte qu'un arrêté du Directoire ; pour mon honneur, au moins je ne dois pas rester au ministère." » (in Pléville-Le-Pelley : Mousse-Corsaire-Officier de Vaisseau Amiral-Ministre de la Marine, p. 57-58)
  5. « Après 1792 sous la pression des événements (les massacres de septembre notamment) l'émigration devient massive et Castries-Vagnas écrit : "La marine composée de plus de 1 000 officiers (1 655 moins 361 élèves font 1 294 officiers en effet)... (en a vu émigrer) plus de 900". Et dans l'armée des princes en 1792 la marine formant un bataillon de 600 hommes et deux escadrons de 150 autres chacun, le chiffre de 900 à 1 000 émigrés ne paraît guère contestable même s'il a besoin d'être affiné. » (in Marine et Révolution : Les officiers de 1789 et leur devenir, p. 275)
  6. « À cette époque, dans notre corps d'officiers des armées de mer, on voit comme vice-amiraux, La Touche-Tréville, Morard de Galles, Thévenard, Martin, Villaret-Joyeuse ; comme contre-amiraux, le Large, de Rosily aîné, de Sercey, Vence, Dalbarade, Joseph Bouvet, Renaudin, Nielly, Leissègues, Vanstabel, Pierre-François Gornic et Richery. Parmi les chefs de division, Brueys, Decrès, Villeneuve, Blanquet-du-Chayla, du Petit-Thouars, La Crosse, Linois, Cosmao, Daugier, Coudé, Savary, Lemancq, Ganteaume, Allemand, Magon, Bruix, Willaumez, etc. » (in Les marins français depuis les gaulois jusqu'à nos jours, p. 265)
  7. C'est le Général Hoche qui sera envoyé sur la Manche pour réussir un débarquement en Irlande mais il ignore tout de la mer ! Les signaux ne sont plus compris des équipages, les manœuvres sont fausses ; le Ministre de la Marine, Monge, a mis des officiers de terre et des soldats à bord des bateaux ... La flotte de Hoche échoue partout et le Général, vexé et furieux, revient en disant: "Je n'irai plus faire le Don Quichotte sur la mer !" Que faire, en effet, avec une Marine de guerre où l'Amiral obéit aux matelots, où les peines disciplinaires sont supprimées, où le tribunal et la guillotine fonctionnent sur les pontons, où le bourreau dîne avec l'amiral ? pour le mieux surveiller peut-être ? [p.36 lire en ligne]
  8. « Après avoir rallié les convois de nos autres ports, elle se compose de 400 voiles. Telle avait été la rapidité de cet armement que plusieurs vaisseaux mettaient à la voile dans un état alarmant : les uns ne portaient pas la moitié de leur équipage réglementaire ; d'autres, pourris, cassés, se trouvaient incapables de soutenir les commotions de leur propre artillerie. Il fallait être armé d'un bien aveugle enthousiasme pour s'aventurer sur une flotte aussi mal outillée. Le vice-amiral Brueys, choisi par Bonaparte, avait pris le commandement général de l'armée de mer. » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 710)
  9. « Les Anglais, ignorant la direction exacte que nous avions suivie, vinrent d'abord chercher des informations à Naples, puis en Sicile; c'est là qu'ils apprirent la capture de Malte ; ils nous cherchèrent devant cette île et y arrivèrent quand nous venions de la quitter depuis une semaine seulement. Ils coururent alors à Candie et reçurent enfin l'assurance que nous avions fait voile vers l'Egypte. Ils mirent une telle diligence à nous poursuivre qu'ils arrivèrent devant les bouches du Nil trois jours avant notre flotte; ne nous y trouvant pas, ils crurent qu'on les avait trompés : ils visitèrent successivement Rhodes et Syracuse; sans cette impatience de Nelson, c'en était fait de l'expédition ; nul doute qu'il eût rencontré, attaqué et vaincu Brueys. Mais Bonaparte fut sauvé par ce qu'il appelait sa bonne étoile et ce que Moreau nommait une chance de c... » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 711)
  10. « L'amiral anglais assembla ses officiers et leur dit d'un air inspiré : "Avant quarante-huit heures, j'aurai gagné une pairie ou une tombe dans l'abbaye de Westminster." » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 711)
  11. « Les pertes des Français sont terribles. Le Guerrier, le Conquérant, le Spartiate, l'Aquilon, le Peuple souverain, le Franklin, le Tonnant, l'Heureux et le Mercure sont la proie de l'ennemi. L'Orient, de 124 canons, le Timoléon et l'Artémise, ont brûlé ; enfin la Sérieuse, de 36 canons, a disparu sous les flots. Les Anglais avouent la perte de 895 hommes tués ou blessés ; plus de 5 000 français ont péri, frappés par les boulets et les balles, carbonisés par les incendies ou engloutis par la mer ; 3 500 parvinrent à gagner le rivage. » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 715)
  12. « Sidney Smith lui envoie des journaux d'Europe ; il lui apprend qu'une formidable coalition met la France en danger ; il lui fait entendre qu'on l'attend comme un libérateur. Bonaparte déserte aussitôt son armée, qu'il abandonne sans s'occuper de ce qu'elle deviendra. ... Quant aux soldats qu'il a laissés sur le sol brûlant de l'Afrique, il les oublie à peu près complètement. Il les laisse dans le dénuement. Attaqués en 1801 par 22 000 Anglais que soutenait une formidable armée turque, décimés, ne pouvant tenir leur position, ils capitulèrent au nombre de 12 000, dans Alexandrie, le 27 septembre. » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 716)
  13. « Il débarque à Fréjus le 8 octobre 1799, marche droit à Paris sans craindre d'être jeté en prison comme déserteur, se pose en homme indispensable, se fait acclamer, électrise l'armée, jette par les fenêtres le conseil des Cinq-Cents, renverse le Directoire, exile Barras et reprend sa femme. (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 716) »
  14. « L'indifférence de Bonaparte pour les héros d'Algéziras montra, dès les premiers jours du Consulat, que l'on ne vivait pas sous un régime de relèvement maritime. Tout occupé de ses guerres continentales, le premier consul ne prêta que fort peu d'attention aux exploits de nos braves marins. » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 724)
  15. Cet épisode est relaté ainsi dans certaines biographies de Dumanoir : « À l'époque du combat d'Algésiras (messidor an IX), il était chargé, à Cadix, des détails relatifs aux armements on lui reprocha alors de ne pas avoir, par son manque d'énergie et d'activité, fait secourir à temps le contre-amiral Linois à la suite de la journée d'AIgésiras (in Fastes de la Légion-d'honneur : biographie de tous les décorés, p. 194 et Biographies des célébrités militaires des armées de terre et de mer : de 1789 à 1850, p. 460-461). »
  16. Le document n° 1 de son dossier LH/1595/26 cité en référence indique le 11 décembre 1803. Certaines de ses biographies reprennent pourtant la date du 17 frimaire an XII (9 décembre 1803)[7],[8].
  17. « Les Anglais jugeant prudent de se retirer avec ces deux prises, la canonnade cessa graduellement. A neuf heures du soir, la bataille était finie. Pour nous, c'était une défaite que ce combat, auquel on donna le nom de Quinze-Vingts, à cause du nombre des vaisseaux de chaque armée. Nous y avions perdu deux navires et le capitaine Depéronne. Néanmoins le mécontentement fut grand en Angleterre contre le vice-amiral Calder, qui fut blâmé, en cour martiale, de n'avoir pas recommencé le combat le lendemain ou le surlendemain. Villeneuve, de son côté, ne pouvait s'attendre à plus d'indulgence. Il se réfugia dans la baie de Vigo pour y mettre 1 200 malades à terre et se débarrasser de 3 vaisseaux dont la mauvaise marche contrariait les opérations de l'armée. » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 738)
  18. « Ce dernier, échappant sans cesse à la vigilance de l'ennemi, utilise sa longue attente par une croisière célèbre où il enlève aux Anglais quarante-deux bâtiments marchands, trois corvettes et le vaisseau de ligne le Calcutta. » (in Les marins français depuis les gaulois jusqu'à nos jours, p. 334)
  19. « En apprenant cela, l'Empereur, qui attendait à Boulogne la flotte de Brest, entra dans une de ses plus grandes colères. Il fit appeler le comte Daru, intendant général de l'armée. Celui-ci le trouva dans un de ses accès de fureur, parcourant à grands pas son appartement et ne rompant le silence que par de brusques exclamations : "Quelle marine ! Quel amiral ! Quels sacrifices perdus ! ... Mes plans avortés ! Mon espoir déçu ! Nos dépenses perdues pour toujours ! Ce Villeneuve ! Au lieu d'être dans la Manche, il vient d'entrer à Cadix ! C'en est fait, il y sera bloqué ! Daru, mettez-vous là ; écoutez ; écrivez !" Puis il dicte à Daru le plan de la campagne d'Austerlitz, c'est-à-dire qu'avec une légèreté toute française il abandonne la guerre maritime, pour en revenir aux victoires continentales. Du reste, il ne s'était pas trompé : Villeneuve fut immédiatement bloqué dans Cadix. » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 738)
  20. « Le vice-amiral Rosily fut désigné, avec le titre d'amiral, pour prendre le commandement de l'armée de Cadix; il se mit de suite en route, mais à son passage à Madrid il apprit que Villeneuve s'était décidé à reprendre la mer. Le 17 septembre, l'empereur, sans se préoccuper de Rosily, avait expédié à Villeneuve l'ordre formel d'appareiller et de passer dans la Méditerranée pour transporter un corps de troupes à Naples. "Notre intention, lui disait l'empereur, est que partout où vous trouverez l'ennemi en forces inférieures, vous l'attaquiez sans hésiter et ayez avec lui une affaire décisive." Et le ministre Decrès ajoutait : "Sa Majesté vous demande de l'audace ; elle ne compte pour rien la perte de ses vaisseaux, si elle les perd avec gloire ; elle ne veut plus que ses escadres soient bloquées par des forces inférieures." Vivement pénétré des reproches contenus dans ces lettres, Villeneuve répondit : "Puisque Sa Majesté pense qu'il ne faut que de l'audace et du caractère pour réussir en marine, je ne laisserai rien à désirer." » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 738-739)
  21. « Le Monarca, le Bahama, l'Argonauta, le San Juan Nepomuceno ont été vaincus tour à tour. Déjà 7 vaisseaux français et 5 espagnols ont succombé ; mais 10 anglais ont payé chèrement cette victoire. Plusieurs flottent désemparés au milieu des vaincus, masses inertes, incapables d'engager un nouveau combat. Mais une imposante réserve parcourt en ce moment le champ de bataille et recueille les fruits de leur victoire. Il est bien certain que si, en ce moment, notre avant-garde se fût repliée sur le centre, elle aurait pu sinon vaincre les Anglais, du moins leur enlever nos vaisseaux et délivrer nos équipages. Le contre-amiral Lepelley ne bougea pas. Il prétendit n'avoir pas d'ordres ; mais Villeneuve n'avait-il pas signalé : "Ceux qui ne combattent pas ne sont pas à leur place ?" Cet ordre, le seul qu'il fût possible de donner à des capitaines inexpérimentés, aurait dû être mieux compris à l'avant-garde. » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 738-749)
  22. « Le vent presque calme pendant la nuit, et la forte levée de la houle, n'avaient pu permettre à l'armée combinée de se déployer convenablement. Aussi vers les 6 heures et demie du matin, l'amiral de Villeneuve fit signal à tous les vaisseaux de virer lof pour lof tous en même temps, pour prendre les amures à bâbord et former la ligne de bataille dans l'ordre renversé, en serrant le vent autant qu'il serait possible. Ce mouvement fut exécuté avec toute la précision et l'ensemble que permirent la faiblesse du vent, la grosse mer et le peu de voilure sous laquelle l'armée combinée était obligée de manœuvrer pour se maintenir en ordre. ... Par le changement d'amures, l'armée combinée en virant lof pour lof toute en même temps, son arrière-garde commandée par le contre-amiral Dumanoir-le-Peley, était devenue l'avant-garde. » (in Histoire des combats d'Aboukir, de Trafalgar, de Lissa, du Cap Finistère et de plusieurs autre batailles navales : depuis 1798 jusqu'en 1813, p. 104 à 106)
  23. « Un moment, l'épais nuage de fumée qui l'enveloppe s'étant dissipé, Villeneuve aperçoit l'avant-garde française, commandée par Dumanoir Le Pelley, qui assiste immobile et comme spectatrice à cette dernière grande lutte de la marine nationale, comme lui-même autrefois à la bataille d'Aboukir. L'amiral, arborant ses signaux au dernier mât qui lui reste, ordonne à cette avant-garde de dévirer de bord, afin de se porter au feu. Bientôt, Dumanoir le Pelley paraît obéir à ces ordres, mais c'est pour s'éloigner au plus vite dans la direction de la pleine mer. » (in Les marins français depuis les gaulois jusqu'à nos jours, p. 340)
  24. « En ce moment, Dumanoir arrive enfin, à trois heures. Un de ses navires, le Héros, tombe au milieu des ennemis et n'est pas secouru. Le brave capitaine Poulain est tué dès le commencement. Le Héros s'échappe avec bien de la peine. Le San Augustino, canonné par plusieurs adversaires, est enlevé à l'abordage. Le Santissima Trinidad succombe au même moment. Estimant que sa présence ne pouvait, dès lors, être d'aucune utilité sur le champ de bataille, le contre-amiral Dumanoir continua sa route; il fut suivi de ceux de ses navires de l'avant-garde qui avaient pu échapper aux Anglais. » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 750)
  25. « Dumanoir possède 10 vaisseaux intacts. Il pourrait courir au secours de notre Bucentaure et de la Santissima Trinidad qui combattent à un mille à peine de sa puissante réserve. 4 vaisseaux anglais entourent ces deux athlètes qui partagent les mêmes dangers et repoussent les mêmes attaques. Dumanoir-Lepelley (le Bourmont de Trafalgar) n'arrive pas. Villeneuve profite du dernier mât qui lui reste pour adresser des signaux à son lieutenant : ce dernier assiste, impassible, aux suprêmes convulsions de son amiral ; enfin il vient trop tard. Les deux héroïques vaisseaux autour desquels se sont portés les vainqueurs ne présentent plus qu'un amas de ruines. Ils sont à la merci de l'ennemi. » (in Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours, p. 749)
  26. « De son côté, l'Intrépide est resté aux prises, dans le plus complet isolement, avec sept vaisseaux ennemis. Il en repousse plusieurs et en combat un autre bord à bord ; mais, à son tour, entièrement démâté, ayant ses batteries détruites, plus de la moitié de son monde tué ou blessé, il ne se rend que le dernier aux Anglais. Par la prise de ce vaisseau, la bataille finit. Il est cinq heures. » (in Les marins français depuis les gaulois jusqu'à nos jours, p. 345-346)
  27. « Telle est la célèbre bataille de Trafalgar. Dans cette lutte acharnée où la valeur française se fit bien reconnaître, nous avions perdu 7 000 hommes. Les Anglais eurent 3 000 morts, dont Nelson, à lui seul aussi regrettable pour eux qu'une armée. Ce fut un des combats les plus sanglants qui se fussent livrés depuis longtemps sur mer, et nous devrions nous en honorer autant que d'une victoire, car nos chefs et nos soldats, s'ils manquaient d'expérience, avaient déployé un héroïsme bien rare chez des vaincus. Le 7 mai 1807, Villeneuve, qui avait obtenu du gouvernement anglais, l'autorisation de se rendre en France pour y passer en jugement, débarquait à Morlaix ; le 10, il arrivait à Rennes, et le 13, on inhumait, dans un des cimetières de cette ville, la dépouille du vaincu de Trafalgar, qui, pour prévenir une condamnation probable, s'était donné la mort, en s'enfonçant une longue épingle dans le cœur » (in Les marins français depuis les gaulois jusqu'à nos jours, p. 346-347)
  28. « Napoléon est perdu. Ni la victoire de Wagram ni le mariage autrichien ne changeront rien. La France n'a plus de marine, le blocus continental est un leurre, tôt ou tard l'Angleterre vaincra. La marine française est discréditée, ridiculisée et les Anglais nous narguent. Sur l'Arc de Triomphe pas un nom de victoire navale ... Comment expliquer ce désastre après la réussite extraordinaire du roi-marin ? La Révolution ne s'intéressera qu'aux frontières et à l'armée de terre ; elle se méfiera du Grand Corps de la Marine, obstacle au nivellement égalitaire, et décidera d'anéantir ce Corps en l'intégrant dans l'Armée ; ce principe abstrait d'égalité l'emporte après Valmy et Jemmapes et un Conventionnel s'écrie : ".. qu'ils volent sur les vaisseaux de la République, nos braves sans-culottes !" Mais la mer envoie par le fond ces braves sans-culottes ! Dure réalité: le courage et même l'héroïsme ne suffisent pas à bord d'un bateau : il faut d'abord savoir manœuvrer ... Pendant bien longtemps la France ne sera plus une puissance maritime : le pays s'enferme en lui-même et il faudra attendre le XXe siècle siècle pour comprendre que tenir la terre, c'est d'abord tenir la mer. Louis XVI l'avait compris dès le début de son règne mais il n'a pas pu empêcher la ruine de son oeuvre. » [p.36 lire en ligne]
  29. « Rentré en France , sa conduite à Trafalgar le fit traduire devant un conseil supérieur de marine : mais il y fut acquitté. » (in Histoire des combats d'Aboukir, de Trafalgar, de Lissa, du Cap Finistère et de plusieurs autre batailles navales : depuis 1798 jusqu'en 1813, p. 131)
  30. « Pierre Le Pelley, comte du Manoir (1770-1829) devint contre-amiral, fut commandant de la ville de Dantzig et prit part à la bataille de Trafalgar où il fut fait prisonnier. Ceci, d'ailleurs, ne fut pas du goût de certains marins d'eau douce. Car, à cette époque, déjà, les plus acharnés aux combats étaient aussi ceux qui s'en trouvaient les plus éloignés. Ils réussirent à le faire traîner au conseil de guerre. Ces soi-disant connaisseurs lui reprochèrent de ne pas s'être porté en temps voulu au secours du gros de la flotte qu'une telle intervention eût pu sauver ; ils ne s'embarrassaient pas du fait que le marin ne commande pas aux vents et surtout de ce que l'amiral du Manoir, à ce moment, s'était déjà engagé contre des forces supérieures qui avaient décimé ses équipages et démâté ses bateaux. Il eut toutes les peines du monde à obtenir sa réhabilitation ; Louis XVIII lui accorda le titre de comte héréditaire mais il mourut sans alliance. » (in Yves Le Pelley du Manoir : 1904-1928, p. 10)
  31. Pierre Étienne René Marie Le Pelley, comte Du Manoir Le Pelley, entré dans la marine à 17 ans, élève de port (23 mars 1787), sous-lieutenant de port (mai 1789), enseigne de vaisseau (1791), lieutenant de vaisseau (10 juillet 1793), capitaine de vaisseau (15 mai 1795), chef de division (1er juillet 1797), contre-amiral (27 novembre 1799), commandant de la ville de Dantzig (août 1811 - janvier 1814) ; il se signala à la bataille de Trafalgar, où il fut fait prisonnier, ainsi qu'à la prise de Dantzig, et avait été fait commandant de la Légion d'honneur à la création de l'Ordre en 1799.
    Sous la Restauration, le roi Louis XVIII le fit chevalier, puis commandeur de Saint-Louis en 1820, et lui accorda le titre de comte héréditaire par lettres patentes du 2 décembre 1814, portant règlement d'armoiries : coupé, au I : d'argent au vaisseau équipé d'azur; au II : parti : a) d'azur à la croix d'argent cantonnée aux 1 et 4 cantons d'une aigle éployée d'or; «aux 2 et 3, d'une étoile d'argent; b) d'or au dextrochère armé de sable, mouvant du flanc sénestre et tenant une épée du même. Né à Granville le 2 août 1770, le contre-amiral comte du Manoir Le Pelley, mourut à Paris le 6 juillet 1829, sans alliance.
    (in Annuaire de la noblesse de France : Le Pelley du Manoir et de Pléville, p. 204-205)
  32. Sous ses deux restaurations, Louis XVIII ouvre largement les titres de noblesse ; l’obtention de son titre de comte s’inscrit dans un mouvement politique plus large.
  33. Il est mort sans enfant et son caveau est devenu celui de la famille de son frère Charles Marie Jean Armand Le Pelley du Manoir. Parmi d'autres, Yves du Manoir y a été inhumé le 7 janvier 1928[13]. [lire en ligne]
  34. La préface de ce livre de souvenirs qui parlent à la famille fait comprendre qu'il a d'abord été commencé dans les mois qui ont suivi le décès d'Yves du Manoir mais, après que la maladie a obligé l'auteur d'interrompre son travail, terminé seulement en 1931 notamment « pour tous ceux enfin qui m'ont demandé ce livre en souvenir de lui » lors de la création du challenge éponyme. Le livre débute par une biographie de Georges-René Pléville Le Pelley suivie de commentaires sur les déboires de Pierre Dumanoir Le Pelley.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Archives départementales de la Manche, registres d'état civil (5 Mi 705 - 1770 (1770-1770) p. 29). [lire en ligne]
  2. Guillaume de Tournemire, « Pierre Dumanoir Le Pelley », sur le site de généalogie geneanet.org,‎ 1er août 2014 (consulté le 1er août 2014).
  3. Régis Valette, Catalogue de la noblesse française au XXIe siècle, Paris, Éditions Robert Laffont,‎ 2007, 410 p. (ISBN 2-221-09701-7)
  4. Anne Mézin, Les consuls de France au siècle des lumières (1715-1792), vol. 1, Peter Lang, 1998, 974 pages, (ISBN 978-2-11089-158-7), p. 240, [lire en ligne]
  5. Guillaume de Tournemire, « Louis Pierre Etienne Le Pelley du Manoir, sieur du Manoir », sur le site de généalogie geneanet.org,‎ 1er août 2014 (consulté le 1er août 2014).
  6. a, b, c, d, e, f et g « Document no 8 du dossier de Pierre Etienne René Dumanoir Le Pelley dans la [[base Léonore]] », base Léonore, ministère français de la Culture.
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r Fastes de la Légion-d'honneur : biographie de tous les décorés, p. 194-195
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r Biographies des célébrités militaires des armées de terre et de mer : de 1789 à 1850, p. 460-462
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Histoire nationale de la Marine et des marins français depuis Jean Bart jusqu'à nos jours
  10. a, b et c « Document no 1 du dossier de Pierre Etienne René Marie Le Pelley Dumanoir dans la [[base Léonore]] », base Léonore, ministère français de la Culture.
  11. « Document no 10 du dossier de Pierre Etienne René Dumanoir Le Pelley dans la [[base Léonore]] », base Léonore, ministère français de la Culture.
  12. a, b, c, d, e et f Les marins français depuis les gaulois jusqu'à nos jours
  13. François Ribailly, « Tombe Yves du Manoir », sur le site aerosteles.net de Marc Bonas,‎ 5 février 2008 (consulté le 7 janvier 2014)