Disputation de Tortosa

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La disputation de Tortosa ou dispute de Tortosa est la plus longue et la plus difficile des disputations judéo-chrétiennes. Elle a lieu entre le 7 février 1413 et le 12 novembre 1414[1] à Tortosa et se termine par un affaiblissement de la communauté juive d'Espagne, plusieurs années avant le décret de l'Alhambra[2].

La dispute se déroule sous la direction de Pedro de Luna, autrement dit l'antipape Benoît XIII, entre plusieurs rabbins (Zerahia Ha-Levi, Josef Albo, Mossé ben Abbas de Saragosse, Profiat Duran) et Vincent Ferrier ainsi que le converse Jérôme de Santa Fe (l’ancien Ha-Lorki d’Alcañiz), qui déclenche de nombreuses conversions des Juifs. Jérôme de Santa Fe argumente sur le thème de la perversité du Talmud : les Juifs n’ont pu anéantir le peuple chrétien en tuant le Christ ; ils ont voulu le bafouer par la rédaction du Talmud, un tissu d’horreurs anti-chrétiennes.

À la suite de la dispute, les Nen Labi de la Caballeria se convertissent au christianisme, suivis par de nombreuses autres familles juives (les Alazar, les Golluf, les Ginillo...). Pedro de La Caballeria (mort en 1461) occupera des offices municipaux à Saragosse, sera légiste de la cour en 1430, cavalier dans l’armée de roi, adoubé chevalier durant la guerre de Catalogne. Il sera accusé d’hérésie par l’Inquisition et jugé à titre posthume (1485-1492). La querelle des « conversos », ou Juifs convertis (plus ou moins de force) éclate. Ils sont quelques centaines de milliers qui continuent à vivre en privé leur Judaïsme, mais à l’extérieur se comportent en chrétiens (crypto-judaïsme). Continuant les métiers réservés aux Juifs (prêt d’argent), ils réussissent aussi dans les offices et les négoces qui leur sont ouverts depuis leur conversion. Car officiellement chrétiens, ils ont accès aux (droits de) propriétés et aux métiers interdits aux Juifs. Ils peuvent donc posséder serfs et esclaves (notions peu distinctes en Espagne) alors que l’esclavage est encore assez répandu dans la société ibérique. Conséquence, ils sont critiqués des deux côtés: les Juifs les taxent de trahison, tandis que les « vieux chrétiens » les jalousent et se plaignent à l'Inquisition.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Materia giudaica. Rivista dell'Associazione italiana per lo studio del giudaismo (2001), publié par Editrice La Giuntina, 2001 ISBN 8880571362, 9788880571360
  2. Le Livre vert et les conversos.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ben Yehudim le-Notsrim : Yehudim ṿe-Notsrim be-Maʻarav Eropah ʻad reshit ha-ʻet ha-ḥadashah, Tel-Aviv : ha-Universiṭah ha-petuḥah, c1993-1998. Vol. 3 and 5. (ISBN 965-06-0068-X) et (ISBN 965-06-0394-8)
  • Daniel J. Lasker, Jewish philosophical polemics against Christianity in the Middle Ages, New York 1977 (ISBN 1-904113-51-6)
  • Hyam Maccoby, Judaism on Trial: Jewish-Christian Disputations in the Middle Ages, Littman Library of Jewish Civilization, 1993. (ISBN 1-874774-16-1)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]