613 commandements

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Selon la tradition juive, la Torah compte 613 mitzvot (singulier : Mitzva ou Mitzvah - מצוה - commandement, prescription, précepte ; de צוה, tzavah- prescrire, ordonner).

Dans son introduction au Sefer Hamitzvot, l'autorité principale en matière de comput des prescriptions, Maïmonide écrit : « Les juifs ont reçu 613 commandements, selon le Talmud, lesquels comportent : 248 Mitzvot Assè (prescriptions positives) et 365 mitzvot lo taasè (prescriptions négatives). Le nombre des prescriptions positives est celui des parties du corps humain ; le nombre des mitzvot négatives est celui des jours dans une année solaire »[réf. nécessaire].

Certaines mitzvoth n'ont cours qu'en Terre d'Israël, il s'agit notamment des lois relatives à la terre et sa culture (chemitta, orla) ainsi que du culte lié au temple (les korbanot).

Pourquoi 613 ?[modifier | modifier le code]

La tradition des 613 mitzvot a été développée par Rabbi Simlaï :

Rabbi Simlaï dit:

613 commandements furent donnés à Moïse, 365 tu « ne feras pas », égales au nombre de jours dans l'année solaire, et 248 « tu feras », correspondant aux membres du corps.

David vint et les réduisit à 11, ainsi qu'il est dit :

Éternel,qui séjournera dans Ta tente? Qui demeurera sur Ta montagne sainte? - Celui qui marche dans l'intégrité, qui pratique la justice et qui dit la vérité selon son cœur. Il ne calomnie point avec sa langue, il ne fait point de mal à son semblable, et il ne jette point l'opprobre sur son prochain. Il regarde avec dédain celui qui est méprisable, mais il honore ceux qui craignent l'Éternel; il ne se rétracte point, s'il fait un serment à son préjudice. Il n'exige point d'intérêt de son argent, et il n'accepte point de don contre l'innocent. (Psaumes 15:1-5)

Isaïe vint et les réduisit à six, ainsi qu'il est dit :

Celui qui marche dans la justice, et qui parle selon la droiture, qui méprise un gain acquis par extorsion, qui secoue les mains pour ne pas accepter un présent, qui ferme l'oreille pour ne pas entendre des propos infamants, et qui se bande les yeux pour ne pas voir le mal… (Isaïe 33:15)

Michée vint et les réduisit à trois, ainsi qu'il est dit :

Et ce que l'Éternel demande de toi, ô mortel, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. (Michée 6:8)

Isaïe vint encore une fois, et les réduisit à deux, ainsi qu'il est dit :

Ainsi parle l'Éternel : Observez ce qui est droit, et pratiquez ce qui est juste. (Isaïe 56:1)

Amos vint, et les réduisit à un, ainsi qu'il est dit :

Car ainsi parle l'Éternel à la maison d'Israël : Cherchez-moi, et vous vivrez (ou « vivez »). (Amos 5:4) (Talmud, Traité Makkot 23b)

Le chiffre de 613 provient du raisonnement suivant : selon la Torah (Deutéronome 33:4), Moïse a transmis la Torah qu'il avait reçue de Dieu aux fils de Jacob (le texte porte bien « Jacob », et non « Israël »). La valeur numérique du mot « TORaH » (תורה) est 611 (ת vaut 400,ו vaut 6,ר vaut 200 et ה vaut 5). À cela s'ajoutent les deux premiers commandements du Décalogue, que le peuple d'Israël entendit de Dieu Lui-même, ainsi qu'en atteste l'emploi de la première personne. D'autres disent que beTorah, « dans la Torah », vaut 613.

Il faut signaler également que 613 est la valeur numérique des formules את האור, la Lumière, et משה רבינו, notre Maître Moïse.

Une leçon à prendre à la lettre…[modifier | modifier le code]

Cette opinion fut suivie par Rabbi Simeon ben Azaï (Sifre sur Deutéronome 7:6) et Rabbi Eléazar ben Yosse le Galiléen (Midrash Aggada sur Genèse 15:1).
Elle est également citée dans le Midrash Shemot Rabba 33:7, Bamidbar Rabba 13:15–16; 18:21 et Talmud Yevamot 47b.
Beaucoup de philosophes et mystiques juifs (Yaakov ben Asher, dit le Baal HaTourim, le Maharal de Prague, certains dirigeants du hassidisme) trouvent des allusions ou d'autres guematriot aboutissant au nombre de commandements. D'autres soutiennent qu'il y a « réellement » 613 mitzvot énumérées telles quelles dans la Torah.

Les tzitzit (franges) du talith (châle de prière) sont également liées aux 613 mitsvot par un calcul de ce genre : le grand commentateur biblique, Rachi fait remarquer que la guematria du mot tzitzit en hébreu (tel que l'épelle la Mishna), est de 600, à laquelle s'ajoutent, lorsque les Tzitzit sont pris en main (ce qui a pour effet de les replier sur eux-mêmes), les 8 fils et 5 nœuds des franges (à chaque coin), donne 613. C'est pourquoi, selon lui, il est dit qu'il faut « les regarder », car ils rappellent au fidèle les 613 commandements de la Torah.

Par ailleurs, le nombre 613 (prescriptions) est associé en guematria au nombre 10 (paroles du Décalogue). En effet:

  • les chiffres de 613, additionnés, donnent 6+1+3=10
    • les chiffres de 248 (nombre de prescriptions positives), additionnés, donnent 2+4+8=14
    • les chiffres de 365 (nombre de prescriptions négatives), additionnés, donnent 3+6+5=14

Or que ce soit par addition de ces deux nombres (14+14=28, ce qui donne aussi 2+8=10) ou des chiffres de ce nombre (1+4+1+4=10), on en revient à 10

P.-S. : Ce dernier raisonnement est inauthentique et new-age car ne fonctionnant qu'avec les chiffres modernes et non avec la numération hébraïque (voir cependant la page isopséphie)

… ou dans l'esprit ?[modifier | modifier le code]

Malgré le consensus général, cette opinion n'a jamais été totalement partagée.
Dans le Talmud même, certains affirment qu'il ne s'agit là que d'une Aggada, d'une grande valeur certes, mais pas du niveau d'une authentique tradition, ou que, le cas échéant, il n'est pas possible, logiquement parlant, de réaliser un comput systématique.
C'est peut-être pour cette raison qu'aucun travail ancien de loi juive ou de commentaire biblique ne s'appuie sur ce système, et qu'aucun ensemble de principes de foi juive ne l'affirme.
Le grand exégète biblique Abraham ibn Ezra dénie de même le caractère d'authenticité à cette tradition rabbinique : « certains sages énumèrent 613 mitzvot, de nombreuses et diverses façons, […] mais en vérité, il n'y a pas de fin au nombre des mitzvot […], et si nous ne devions compter que les principes de base, […] le nombre de mitzvot n'atteindrait pas 613 » (Yessod Mora, Chapitre 2).

Le Ramban (Nahmanide) témoignait de même que ce compte était sujet à controverse, ne faisant pas l'unanimité dans l'opinion des rabbins. Néanmoins, « ce nombre ayant proliféré à travers la littérature aggadique, […] nous devrions dire qu'il s'agissait d'une tradition de Moïse au Mont Sinaï » (Hassaguot HaRamban al Sefer Hamitzvot, sur le premier principe de Maïmonide).

Le Rashbats écrit que « peut-être ce consensus, sur le nombre de mitzvot fixé à 613, […] ne réflète-t-il que l'opinion de Rabbi Simlaï, en suivant sa propre explication des mitzvot. Et nous n'aurions pas besoin de cette explication lorsqu'il s'agit de déterminer la loi, mais plutôt lors de discussions talmudiques » (Zohar Haraki'a, Lviv, 1858, p. 99).

Nombreux furent les rabbins qui tentèrent de compiler une liste de 613 commandements, et se trouvèrent face à de nombreuses difficultés :

  • quelle sentence est-elle à prendre en tant que commandement ? Chaque commande de Dieu à n'importe quel individu ? Les seuls commandements s'adressant à l'ensemble du peuple d'Israël ?
  • Un ordre de Dieu est-il à compter comme un commandement, pour les besoins d'une telle liste, s'il ne pouvait être réalisé qu'en un endroit à un seul moment? Ou ce genre d'ordre ne compterait comme commandement que s'il pouvait - au moins en théorie - être suivi en tout temps (ce dernier point de vue est celui de Maïmonide) ?
  • Comment compter les commandements d'un verset qui énonce plusieurs prohibitions ? Chaque prohibition serait-elle à prendre pour un commandement, ou est-ce l'ensemble des prohibitions qui compte pour un commandement ?

Dans son Torah Min Hashamayim (« Torah du ciel »), le rabbin massorti Abraham Joshua Heschel écrit:

Judah ibn Bal'am raille ceux qui comptent les mitzvot et tentent de forcer le compte à 613. Dans son opinion, ceci est impossible, car si l'on doit compter toutes les mitzvot, temporaires comme permanentes, on dépasse de loin les 613.

Le Rav Yehiel Mikhel Gutmann ajoute : « et si nous nous limitions à celles qui durent, nous serions en deçà de ce nombre » (Behinat Hamitzvot, Breslau, 1928, p. 26).

En conclusion[modifier | modifier le code]

Malgré ces objections, l'idée de 613 commandements devint acceptée comme normative dans la communauté juive. De nos jours, même ceux qui n'acceptent pas cette idée au sens littéral se réfèrent couramment à l'ensemble des lois de la Torah comme étant de 613.

Œuvres énumérant les commandements[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Sefer Hamitzvot et Sefer Hamitzvot leRambam.

En pratique, aucune liste définitive expliquant les 613 lois n'a pu être établie :

  • d'une part, la Torah énonce des ensembles de lois, et il est difficile de savoir si l'on a affaire à une loi énumérant plusieurs cas de figures, ou plusieurs lois.
  • d'autre part, certaines prescriptions ne s'appliquent qu'à un temps, une période ou une époque. Peut-on les considérer comme des « mitzvot » ?

La littérature rabbinique comporte un certain nombre de Sifrei Hamitzvot, ouvrages datés pour la plupart du XIe siècle au XIIIe siècle, qui ont été composés afin de déterminer quels commandements appartiennent à cette énumération.

Le plus important de ceux-ci est celui de Moïse Maïmonide. Maïmonide n'hésite pas à entrer dans de longs développements afin de déterminer exactement celles des prescriptions mentionnées dans la Torah écrite qui peuvent être considérées comme ayant été définitivement fixées, versus les nombreux « commandements » émaillant la Torah que Dieu ne prescrit que pour un temps limité. Il emploie un système de quatorze règles (shorashim) permettant de déterminer l'inclusion ou l'exclusion dans la liste. Il appuie ensuite sa catégorisation de chaque mitzva au moyen de nombreuses citations issues du midrash halakha et de la Gemara.
Nahmanide a rédigé un commentaire critique, et remplace certains points de la liste par d'autres. Notamment, Maïmonide ne mentionne pas la mitzva d'habiter sur la terre d'Israël, alors que Nahmanide l'inclut, et considère son omission comme une grande erreur.

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]