Alfred Machin

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Le Moulin maudit (1909)

Alfred Machin de son vrai nom Eugène Alfred Jean Baptiste Machin (né le 20 avril 1877 à Blendecques[1], mort le 16 juin 1929 à Nice) est l'un des rares cinéastes français dont les films ont manifesté des tendances progressistes avant la Première Guerre mondiale : le court-métrage Au ravissement des dames, le mélodrame raffiné Maudite soit la guerre... Après 1920, Alfred Machin se consacre notamment aux comédies animalières.

Biographie[modifier | modifier le code]

Reporter photographe de presse, Alfred Machin travaille un temps au journal L'Illustration. Il est ensuite recruté par la puissante firme Pathé, qui l'envoie en Afrique à partir de 1907. Il en rapporte des scènes filmées de chasse, des courts-métrages d'aventures et animaliers. Les scènes qu'il tourne de la vie des grands fauves font sensation. Au péril de sa vie, il n'hésite pas à recourir à des plans rapprochés. Il figure aussi parmi les pionniers de l'image aérienne[2]. La performance est saluée par la presse française et étrangère. En décembre 1907, Machin accompagné du chasseur bâlois Adam David quitte la France pour tourner dans la région du Soudan. Ils remontent le Nil Blanc jusqu'en amont de Fachoda puis suivent le Dinder, un affluent du Nil Bleu, qui descend de l'Abyssinie. Là, ils trouvent une riche faune et des sites pittoresques, dignes d'être cinématographiés. Une bonne partie de ces images ne seront pas exploitables pour la projection. Il réussira tout de même à finaliser deux films Chasse à l'hippopotame sur le Nil Bleu (1908) et Chasse à la panthère (1909). Il rentre en France en septembre 1908 et entreprend, quelques mois plus tard, toujours pour Pathé Frères, un deuxième voyage à travers l'Afrique, accompagné cette fois de Julien Doux, un jeune cinéaste français de 19 ans. Via Alexandrie, le Caire et Khartoum, ils remontent le Nil sur deux grandes felouques et, en mai 1909, l'expédition atteint le « cœur de l'Afrique ». Ils rentrent en France le 13 août 1909 et présentent la première séquence d'images prises le long du Nil: En Afrique Centrale, Fachoda. Cette deuxième expédition a produit environ une vingtaine de films, répartis en 3 séries: Voyage en Afrique (8 films), Les grandes chasses en Afrique (6 films) et Voyage en Egypte (4 films). Certaines images de l'expédition servent également à composer une anthologie des documentaires, diffusée en 1910 et 1911, et un long métrage: Voyages et grandes chasses en Afrique [3].

Alfred Machin s'emploie un temps à la direction de la photographie pour deux succursales spécialisées de Pathé : la « Comica » et la « Nizza », établies à Nice. La Comica est consacrée à la farce, la Nizza au cinéma animalier. Pathé charge le réalisateur de développer une industrie cinématographique aux Pays-Bas puis l'envoie en Belgique en 1912 comme directeur artistique de l’une des filiales de Pathé, la Belge Cinéma Film. Charles Pathé confie à Alfred Machin, la mission d'exploiter le premier studio de films en Belgique. Le fonctionnement de la Belge Cinéma Film a constitué un laboratoire incontestable de la stratégie internationale de cette entreprise cinématographique[4].

C'est d'ailleurs en 1912, à la chaussée de Gand (Molenbeek-Saint-Jean), que prend naissance le cinéma belge. Plusieurs films de qualité dont La Fille de Delft mais aussi le pacifiste et prémonitoire Maudite soit la guerre (en couleurs peintes à la main) sont tournés par Alfred Machin dans l'environnement des studios du château du Karreveld. Le cinéaste commande l'exécution dans ce lieu d'un studio vitré, des ateliers, une infrastructure pour les artistes ainsi qu'un mini-jardin zoologique qui accueillent des animaux exotiques tels que des ours, des chameaux et des panthères[5]. Il utilise également Mimir la panthère comme personnage dans plusieurs de ses films.

Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il est l'un des quatre opérateurs, fondateur du Service cinématographique des Armées, et est reporter photographe pour la maison Pathé, sous traitant au service cinématographique de l'Armée française. On lui doit ainsi notamment les images de la bataille de Verdun. Il tourne également les images des tranchées françaises pour Cœurs du monde de D. W. Griffith[2].

Peu après la Première Guerre mondiale, Alfred Machin ouvre Les Studios Machin dans l'ancien studio Pathé-Nice, à quelques kilomètres de Nice[6], qui deviendront une grande entreprise familiale. Sa femme, Germaine Lecuyer, avec qui il a eu trois enfants, interprète quelques rôles. Tout comme Claude Machin ou Cloclo (1921-1978), un de ses fils, qui jouera également quelques rôles d'enfants dans les films de son père[7]. Tout est réalisé par l'entreprise sauf la fabrication de la pellicule : le studio est notamment équipé de sa propre centrale électrique fournissant quelque 8000 ampères et d'un laboratoire. Il possède également une ménagerie et une très spacieuse volière. Il a même négocié avec la compagnie locale un arrêt de tramway à sa porte[8].

Dresseur d'animaux passionné, Alfred Machin adopte un chimpanzé du nom d'Auguste. Il admire son intelligence et lui apprend de multiples tours pour les besoins de films documentaires ou de comédies animalières. Le singe tourne dans Cœur des gueux avec l'interprète Maurice Féraudy. La production nécessite plusieurs mois de préparation et la construction d'une dizaine de grands décors[9]. Le film suivant est une fiction entièrement jouée par des animaux : Bête comme des hommes (1924). Insolite, celui-ci ne suscite pas l'enthousiasme du public français mais obtient un certain succès en Amérique du Nord.

Une de ses panthères le blesse gravement à la poitrine lors d'un tournage. Suite à cet accident, la santé du cinéaste décline. Il meurt en 1929 d'une embolie à Nice, après avoir achevé Robinson Junior. Alfred Machin est un cinéaste très prolifique. Il aura réalisé plus de cent films. Pour Francis Lacassin[10], il a permis, par ses tentatives et innovations, une importante évolution du cinéma.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Presse[modifier | modifier le code]

  • Jacques Polet, Alfred Machin, pionnier du cinéma en Belgique, entre tradition et modernité, Revue belge de cinéma, nos 38-39, p. 55 à 72), 1995.
  • René Prédal, Le cinéma français sur la promenade des anglais, Cinéma 67, no 114.
  • Émile Breton, Pionniers en Belgique (Gros plan), L'Humanité, 19 mars 1997 humanite.presse.fr.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait de naissance n° 21/1877
  2. a et b Machin, Alfred in Dictionnaire du cinéma - Les réalisateurs, Jean Tulard Robert Laffont, 1999
  3. Guido Convents, À la recherche des images oubliées. La préhistoire du cinéma en Afrique 1897-1918, p. 128-131
  4. Les studios du Karreveld et La Belge-Cinéma/Film
  5. Le Karreveld, notre lieu de spectacle
  6. Visite à un réalisateur français pionnier du cinéma.
  7. IMDb
  8. René Predal, Le cinéma français sur la promenade des anglais, Cinéma 67, n° 114, p. 80.
  9. René Predal, Le cinéma français sur la promenade des anglais, op. cit., p. 79
  10. Francis Lacassin, Alfred Machin, de la jungle à l'écran, Paris, Dreamland, 2001
  11. Ce documentaire offre un intérêt historique car ce sont les plus anciennes tournées à Madagascar. V. à ce propos la manifestation sur Regards comparés Madagascar organisée par Africultures en 2003africultures.com).
  12. L'intrigue tourne autour d'une femme qui aime les animaux et ne peut pas s'empêcher de les ramener chez elle.
  13. Un film social et progressiste marquant du réalisateur français qui met en scène l'exploitation par un grand magasin de ses confectionneuses. Leur misère au quotidien entraîne une dégradation de leur santé. Elles deviennent tuberculeuse et contaminent malgré elles la riche clientèle à travers les textiles qu'elles confectionnent.
  14. avec Fernand Crommelynck dans le rôle du capitaine Stewart, Cécile May dans Mademoiselle Stewart, Jean Liezer dans le rôle du détrousseur de cadavres Vaneck, Fernande Dépernay qui incarne la dame de compagnie, Herzé dans le sous-officier blessé, Georges Mertens, Fernand Gravey
  15. Une vengeance d'un coiffeur en forme de vaudeville.
  16. Le cinéaste filme des goumiers algériens ; des combattant à l’allure inhabituelle, arrivant de France et issus de diverses tribus d'Algérie. Les goumiers y apparaissaient comme des cavaliers à l'allure fière, à la peau mate, portant un turban blanc et armés d’un long et mince fusil, porté à l’épaule par une bretelle.
  17. ainsi que Ginette Maddie, Maurice de Féraudy, Maxime Desjardins et Maurice Schutz
  18. Ce livre evoque le contexte du travail de Machin en Afrique.
  19. Avec une publication en fin d'ouvrage de 20 scénarios pour lesquels aucun matériel film n'a pu être retrouvé à ce jour.
  20. Quelque deux cents documents et le témoignage de ses collaborateurs rassemblés par Francis Lacassin font d'Alfred Machin, de la jungle à l'écran un ouvrage qui permet de découvrir un grand pionnier de l'histoire du cinéma français, hollandais et belge.