Antoine Bibesco

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Photographie du prince Bibesco vers 1925

Le prince Antoine Bibesco, né à Paris le 19 juillet 1878 et mort à Paris le 2 septembre 1951, est un diplomate roumain élevé en France, qui fut un ami proche de Marcel Proust.

Biographie[modifier | modifier le code]

Antoine Bibesco est le fils du prince Alexandre Bibesco, dernier fils survivant de l'ultime hospodar de Valachie, sa mère la princesse Hélène Bibesco, née Epourano, est la fille d'un ancien Premier ministre de Roumanie. Le prince Antoine et son frère le prince Emmanuel sont élevés à Paris au 69 rue de Courcelles. Ils passent leurs vacances dans leur domaine de Craiova qui appartient à la famille, jusqu'à leur expulsion par le pouvoir communiste, après la Seconde Guerre mondiale.

Sa mère, la princesse Hélène, tient un salon fort réputé à Paris, où le jeune homme rencontre entre autres les musiciens Claude Debussy, Fauré, Charles Gounod et Camille Saint-Saëns, les peintres Pierre Bonnard et Édouard Vuillard, le sculpteur Aristide Maillol, ainsi qu'Anatole France et surtout Marcel Proust, dont il devient avec son frère un ami proche, surtout à partir de 1901[1]. Proust appelle Antoine Bibesco « Un titan formidable et charmant[2], » dont les paroles « distillent un miel délicieux et ne manquent pas, malgré cela, d'un certain aiguillon. » Les parents du jeune homme sont des mécènes du milieu musical et pictural et commandent des œuvres à Edgar Degas et Georges Enesco. Antoine Bibesco continue la tradition familiale en commandant des tableaux à son ami Vuillard.

Son amitié avec Proust dure jusqu'à la mort de ce dernier en 1922. Il est Ocsebib et Proust est surnommé Lecram. Le prince Bibesco tente de faire publier À la recherche du temps perdu par André Gide à la Nouvelle Revue française, mais n'y parvient pas. Bibesco inspire Proust pour certains des traits de Robert de Saint-Loup. Il se rendait souvent en visite le soir chez Proust qui vivait reclus dans son appartement pour lui raconter avec esprit les derniers faits des gens du monde.

Bibesco publie plus tard sa correspondance avec l'écrivain. Il écrit lui-même des pièces de théâtre en français, qui sont aujourd'hui oubliées. Une de ses pièces rencontre toutefois un certain succès à Broadway en 1930 (Ladies All). Il traduit aussi en français Week end de Noel Coward et Le Domaine de John Galsworthy.

Carrière diplomatique[modifier | modifier le code]

Le prince et la princesse Bibesco

Antoine Bibesco entre dans la carrière diplomatique. Il est d'abord conseiller de la légation roumaine à Paris et à Pétrograd, puis premier secrétaire à Londres en 1914. En 1918, il fait partie du cercle des amis d'Herbert Asquith, ancien Premier ministre. À l'époque le prince Bibesco a une liaison avec Enid Bagnold, mais il tombe amoureux de la fille d'Asquith, Elizabeth, qui a vingt-et-un ans, alors qu'il en a quarante. Lady Asquith estime qu'il aura une bonne influence sur sa fille et écrit: « Quel gentilhomme ! Il n'y a aucun gentleman de la sorte dans ma famille et aucun qui n'ait reçu une telle éducation. » Le mariage a lieu le 29 avril 1919 en l'église anglicane St. Margaret's de Westminster. C'est l'événement mondain de l'année, auquel assiste même la reine Alexandra. George Bernard Shaw fait aussi partie des invités. De cette union est issue une fille unique, Priscilla (1920-2004).

Le mariage n'empêche pas le prince Bibesco d'entretenir plus tard des liaisons féminines. Rebecca West, avec qui il a une courte liaison en 1927, le surnomme l'athlète du boudoir. Elle se rend compte un jour, à une réception à l'ambassade d'Angleterre de Paris, que beaucoup des dames présentes ont été par le passé la maîtresse du prince, à un moment ou à un autre.

Il poursuit sa carrière diplomatique à Washington, où il est ministre plénipotentiaire de la légation roumaine de 1920 à 1926, puis à Madrid de 1927 à 1931. Le Premier ministre roumain Titulescu rappelle en 1936 tout le personnel diplomatique et le prince remplit la tâche difficile d'assurer à la France et à la Grande-Bretagne que le royaume de Roumanie ne tombera pas du côté du fascisme.

Il vit en Roumanie à partir de 1939. Sa femme meurt en 1945 et ses propriétés sont confisquées par les communistes. Il ne retournera plus dans son pays. Il revient vivre à Paris, où il meurt et est enterré en 1951.

Enid Bagnols écrit à sa mort dans The Times: « Il avait trois tombeaux dans son cœur, qu'il n'a en fin de compte selon moi jamais pu fermer: celui de sa mère, de son frère Emmanuel, et de sa femme. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Yves Tadié, op. cité, pp. 457-458
  2. Jean-Yves Tadié, op. cité, p. 459

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • La Lutte, pièce de théâtre
  • Un Jaloux, pièce de théâtre, montée en 1904 au théâtre Marigny
  • Jacques Abran, pièce de théâtre montée au théâtre Réjane

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Mina Curtiss, Other People's Letters, Boston, Houghton Mifflin Company, 1978
  • George Painter, Marcel Proust, Paris, Mercure de France, 1966, 2de édition 1992, traduit de l'anglais
  • Jean-Yves Tadié, Marcel Proust, Paris, Gallimard, 1996

Voir aussi[modifier | modifier le code]