Hiéroglyphe égyptien

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Écriture hiéroglyphique
Image illustrative de l'article Hiéroglyphe égyptien
Hiéroglyphes sur le temple de Kôm Ombo
Caractéristiques
Type logogrammes et phonogrammes
Langue(s) ancien égyptien, moyen égyptien
Historique
Époque Du IVe millénaire avant notre ère au IVe siècle
Système(s) dérivé(s) hiératique, démotique
Codage
Unicode U+13000 – U+1342F
ISO 15924 Egyp

Un hiéroglyphe[1] est un caractère de la plus ancienne écriture égyptienne.

L’écriture hiéroglyphique égyptienne est figurative : les caractères qui la composent représentent en effet des objets divers, — naturels ou produits par l'homme —, tels que des plantes, des figures de dieux, d'humains et d'animaux... (cf. classification des hiéroglyphes). Les égyptologues y distinguent traditionnellement trois catégories de signes : les signes-mots (ou idéogrammes), qui désignent un objet ou, par métonymie, une action ; les signes phonétiques (ou phonogrammes), qui correspondent à une consonne isolée ou à une série de consonnes[2] ; les déterminatifs, signes « muets » qui indiquent le champ lexical auquel appartient le mot.

Apparue à la fin du IVe millénaire avant notre ère en Haute-Égypte (sud du pays), l'écriture hiéroglyphique est utilisée jusqu’à l'époque romaine, soit pendant plus de trois mille ans. La connaissance des hiéroglyphes se perd avec la fermeture des lieux de culte païens par l’empereur Théodose Ier vers 380 apr. J.-C.. Si certains chercheurs déclarent que certains hiéroglyphes auraient été décodés par Ibn Wahshiyya vers le IXe siècle[3], il faudra, après la découverte de la pierre de Rosette, le génie de Jean-François Champollion[4] pour briser, après quatorze siècles, ce qui paraissait être « un sceau mis sur les lèvres du désert »[5].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot hiéroglyphe dérive du grec ἱερογλύφος / hieroglúphos, formé lui-même à partir de ἱερός / hierós (« sacré ») et γλύφειν / glúphein (« graver »).

À l'époque gréco-romaine, il désignait « celui qui trace les hiéroglyphes » et non les hiéroglyphes eux-mêmes, qui se disaient τὰ ἱερογλυφικά (γράμματα) / tà hieroglyphiká (grámmata), c'est-à-dire « les (caractères) sacrés gravés » sur les monuments (stèles, temples et tombeaux). Ultérieurement, par un glissement de sens, le mot hiéroglyphes finit par désigner les caractères hiéroglyphiques eux-mêmes.

Les Égyptiens eux-mêmes nommaient leur écriture medou-netjer (« parole divine ») soit, en translittération, mdw nṯr :
R8 S43 Z3

Par extension, on qualifie souvent de hiéroglyphique une écriture utilisant le même principe logographique que l'égyptien. Ainsi, on parle du hittite ou du maya hiéroglyphiques. Il n'est cependant pas admis de dire des caractères chinois qu'ils sont des hiéroglyphes (ce sont des sinogrammes). Hiéroglyphes comme sinogrammes appartiennent à l’ensemble plus vaste des logogrammes (à ne pas confondre avec les logotypes, symboles propres à une entreprise ou à un produit.)

Histoire et évolution[modifier | modifier le code]

Dernière inscription hiéroglyphique connue, porte d'Hadrien à Philæ

Les hiéroglyphes égyptiens, malgré leurs différences avec l'écriture cunéiforme mésopotamienne, y trouvent probablement leurs origines, l'Égypte ayant en ce sens été influencée par le système inventé en Mésopotamie[6].

L'écriture hiéroglyphique est attestée dès le IVe millénaire : la plus ancienne inscription a été découverte en 1986 sur une tombe dans l'antique site d'Abydos et remonte aux années 3250/3200 avant notre ère[7],[8], c'est-à-dire simultanément à l'apparition des caractères cunéiformes en Mésopotamie. Elle fut employée pendant plus de 3 000 ans : la dernière inscription connue à ce jour est datée du 24 août 394, et se trouve dans le temple de Philæ[9].

Dès l'Ancien Empire[10], l’égyptien hiéroglyphique fut un système d’écriture où se mêlaient idéogrammes, signes consonantiques (unilitères, bilitères, et même trilitères) et déterminatifs (voir plus bas). À partir de la XVIIIe dynastie, les scribes utilisèrent un certain nombre de bilitères comme syllabaires (sꜣ, bꜣ, kꜣ etc.) pour transcrire les noms sémitiques ou d’origine sémitique, mais l’écriture dite syllabique ne sortit jamais de ce domaine.

Quelle que soit leur fonction, les signes sont figuratifs : ils représentent quelque chose de tangible, souvent facilement reconnaissable, même pour quelqu'un qui ignore le sens du signe. En effet, pour le dessin des hiéroglyphes, les Égyptiens s'inspirèrent de leur environnement : objets de la vie quotidienne, animaux, plantes, parties du corps. À l'époque de l'Ancien, du Moyen et du Nouvel Empire, il existait environ sept cents signes hiéroglyphiques, alors qu'à l'époque gréco-romaine, on en dénombrait plus de six mille.

Les hiéroglyphes furent gravés sur pierre ou bien, dans le cas de l'écriture hiératique, tracés au calame et à l'encre sur un support moins durable.

Apparue avant la civilisation pharaonique, l'utilisation des hiéroglyphes gravés n'est donc pas liée aux nécessités administratives d'un État en formation. Elle se limitait aux domaines où l'esthétique et/ou la valeur magique des mots avaient de l'importance : formules d'offrandes et fresques funéraires, textes religieux, inscriptions officielles. L'écriture consiste d'abord en de courtes inscriptions - des « énoncés titres » - désignant un souverain, une bataille, une quantité, puis aux environs de -2700, sous le règne du pharaon Djéser marqué par le développement des pratiques religieuses et des rites funéraires, s'élaborent des phrases construites que l'on retrouve essentiellement dans les pyramides.

Antiquité égyptienne du musée du Louvre.

Après le temps consacré au développement du système d'écriture de type hiéroglyphique, quatre autres stades d'évolution (et de simplification progressive) de cette écriture peuvent être distingués : après le stade hiéroglyphique vient le stade des hiéroglyphes linéaires ; puis vient celui de l'écriture hiératique ; vient ensuite celui de l'écriture démotique ; enfin, vient le copte, comme dernière étape du processus d'abstraction et de simplification.

Une première simplification du système d'écriture égyptien est qualifié par les égyptologues de hiéroglyphes linéaires. Ceux-ci conservent l'aspect figuratif des hiéroglyphes gravés, mais furent tracés avec moins de précision que ces derniers ; ils ont par ailleurs constitué un premier pas vers l'abstraction de ce système de représentation. Ils furent peints sur les sarcophages en bois et les papyrus des « livres des morts ».

L'écriture hiératique, troisième stade de l'évolution du système d'écriture égyptien, en constitue la forme cursive. Réservée aux documents administratifs et aux documents privés, elle était tracée au pinceau et avait pour support les ostraca (tessons de poterie ou de calcaire), les tablettes de bois, ou plus rarement le papyrus et le parchemin, d'un coût très élevé.

À partir de l'époque saïte (XXVIe dynastie), l'hiératique fut partiellement supplanté par une nouvelle cursive, le démotique. Il s'agit d'une simplification extrême de l'écriture hiératique, réservée aux actes administratifs et aux documents de la vie courante, d'où son nom d'écriture « populaire ». L'écriture hiératique n'était alors plus utilisé que pour consigner des textes religieux ou sacerdotaux, conjointement avec les hiéroglyphes, d'où son nom d'écriture « sacerdotale ». À l'époque ptolémaïque, le grec s'imposa de plus en plus comme langue administrative : à partir de -146 les contrats écrits uniquement en démotique avaient perdu toute valeur légale[réf. nécessaire].

Le copte, enfin, est le dernier stade de la langue et de l'écriture égyptiennes. Il est encore utilisé de nos jours, mais uniquement comme langue liturgique. Il s'écrit au moyen de l'alphabet grec auquel on a ajouté sept caractères démotiques pour transcrire les sons étrangers au grec.

L'écriture égyptienne n'est plus utilisée actuellement pour écrire quelque langue moderne que ce soit. Cependant, selon certains chercheurs, c'est elle qui, via le proto-sinaïtique, aurait donné naissance à l'alphabet phénicien, lequel, à son tour, sera à l'origine des alphabets hébreu, araméen et grec, donc des caractères latins et cyrilliques[11].

Le système d'écriture[modifier | modifier le code]

Reproduction de la pierre de Rosette

Les hiéroglyphes gravés sont tous, ou peu s'en faut, figuratifs : ils représentent des éléments réels ou imaginaires, parfois stylisés et simplifiés, mais parfaitement reconnaissables dans la plupart des cas.

Jean-François Champollion, le déchiffreur des hiéroglyphes, considéré comme le père de l'égyptologie, définit le système hiéroglyphique comme suit :

« C'est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot[12]. »

En effet, un même caractère peut, selon le contexte, être interprété de diverses manières : comme phonogramme[13] (lecture phonétique), comme idéogramme ou comme déterminatif (lecture sémantique). Nous verrons plus loin que le déterminatif, qui ne se lit pas, facilite la lecture en « déterminant » le champ lexical auquel le mot appartient : ainsi, le déterminatif de l'« homme assis » (A1 d'après la classification de Gardiner) accompagne les mots désignant la fonction (« vizir », « prêtre »), la profession (« artisan »), l'ethnie (« Asiatique », « Égyptien », « Libyen », « Nubien ») ou encore les liens de parenté (« père », « fils », « frère »).

Dans les parties qui suivent, les hiéroglyphes seront translittérés, c'est-à-dire retranscrits à l'aide de symboles d'un autre système d'écriture.

Lecture phonétique[modifier | modifier le code]

On lit le caractère indépendamment de son sens, selon le principe du rébus. Les phonogrammes sont formés soit d'une consonne (signes dits mono- ou unilitères), soit de deux (signes bilitères) ou de trois (signes trilitères). Les vingt-quatre signes unilitères constituent le pseudo-alphabet hiéroglyphique (voir plus bas).

L'écriture hiéroglyphique s'apparente à un abjad : elle ne note pas les voyelles, à la différence du cunéiforme par exemple. C'est une écriture défective (scriptio defectiva).

Ainsi, le hiéroglyphe représentant un canard se lit sꜣ, car telles étaient les consonnes du mot désignant cet animal. On peut cependant utiliser le signe du canard sans rapport avec le sens pour représenter les phonèmes s et à la suite (indépendamment des voyelles qui pourraient accompagner ces consonnes) et ainsi écrire des mots comme sꜣ, « fils » ou, en complétant avec d'autres signes qu'on détaillera plus loin, sꜣw, « garder, surveiller », sꜣtw, « terre ferme » :

G38
 : le caractère sꜣ ;
G38 Z1s
 : le même caractère utilisé seul (le sens du petit trait vertical sera expliqué plus loin) pour signifier « canard » ou, avec le déterminatif approprié, « fils », deux mots ayant les mêmes consonnes ;
z
G38
A A47 D54
 : le caractère sꜣ au sein du mot sꜣw, « garder, surveiller » et dans
z
G38
A t w N23
Z2s
, sꜣtw, « terre ferme ».

L'« alphabet » hiéroglyphique[modifier | modifier le code]

Pour certains caractères, le principe du rébus devint celui de l'acrostiche : on ne lit plus que la première consonne du mot.

Exemples d'utilisation d'idéogrammes pour leur valeur unilitère.[14].
Idéogramme Objet représenté Utilisation comme idéogramme Valeur phonétique de l'idéogramme Valeur unilitère
D21
Z1s
bouche « bouche » /rꜣ/ /r/
D58 Z1s
pied « endroit (où on pose le pied) » /bw/ /b/
I10
Z1
cobra « cobra » /ḏt/ /ḏ /

Ainsi, on peut regrouper les vingt-quatre signes unilitères en une sorte d'« alphabet » hiéroglyphique, qui, cependant, ne fut jamais utilisé comme tel en remplacement des autres hiéroglyphes, bien que c'eût été possible : en effet, tous les mots égyptiens auraient pu être écrits au moyen de ces seuls signes, mais les Égyptiens n'ont jamais franchi le pas et simplifié leur écriture complexe en alphabet. Le pseudo-alphabet égyptien est donc composé de caractères ne notant qu'une seule consonne, bien que certains d'entre eux en désignent plusieurs quand ils sont employés comme idéogrammes.

Pseudo-alphabet hiéroglyphique, dans l'ordre conventionnel des dictionnaires et des grammaires.
Signe Translittération Objet représenté Valeur phonétique Code Gardiner
A
Ꜣ, ꜣ vautour [a] G1
i
Ỉ, ỉ roseau fleuri [i] M17
i i
J, j roseaux fleuris [j] M17a
a
Ꜥ, ꜥ avant-bras [aː] D36
w
W, w poussin de caille [u], [w] G43
b
B, b pied [b] D58
p
P, p siège [p] Q3
f
F, f vipère à cornes [f] I9
m
M, m chouette [m] G17
n
N, n eau [n] N35
r
R, r bouche [r] D21
h
H, h plan ou cour de maison [h] O4
H
Ḥ, ḥ tresse de lin [ħ] V28
x
Ḫ, ḫ boule de corde [x] Aa1
X
H̱, ẖ queue de taureau [ç] F32
z
S, s verrou [z] O34
s
Ś, ś linge [s] S29
S
Š, š pièce d’eau [ʃ] N37
q
Ḳ, ḳ pente [q] N29
k
K, k corbeille [k] V31
g
G, g support de jarre [g] W11
t
T, t pain [t] X1
T
Ṯ, ṯ entrave pour animaux [t͡ʃ] V13
d
D, d main [d] D46
D
Ḏ, ḏ cobra [d͡ʒ] I10

Les compléments phonétiques[modifier | modifier le code]

Une tête de bœuf, un serpent, une main...

L'écriture égyptienne est souvent redondante : en effet, il est très fréquent qu'un mot soit suivi de plusieurs caractères notant les mêmes sons, afin de guider la lecture. Par exemple, le mot nfr, « beau, bon, parfait », peut n'être écrit qu'au moyen du trilitère

nfr
mais il est bien plus fréquent qu'on ajoute à ce trilitère les unilitères pour f et r.

Il est donc écrit nfr+f+r, mais on lit nfr.

Les caractères redondants accompagnant les signes bilitères ou trilitères sont appelés « compléments phonétiques ». Ils se placent devant le signe à compléter (rarement), après (en règle générale) ou bien ils l'encadrent, servant ainsi d'aide à la lecture, d'autant que le scribe, pour des raisons de calligraphie, inversait parfois l'ordre des signes (voir plus bas) :

S43 d w
mdw +d +w (les compléments sont placés après) → on lit mdw, « paroles, langue » ;
x
p
xpr
r
i A40
ḫ +p +ḫpr +r +j (les compléments encadrent) → on lit ḫpr.j, « Khépri ».

Les compléments phonétiques permettent notamment de différencier les homophones. En effet, les signes n'ont pas toujours une lecture unique :

Q1
par exemple, le siège, peut se lire st, ws et ḥtm, selon le contexte dans lequel il se trouve.

La présence de compléments phonétiques - et du déterminatif approprié - permet de savoir quelle lecture suivre :

  • st :
Q1 t
pr
st (écrit st+t ; le dernier caractère est le déterminatif de la maison ou de ce qui s'y rapporte), « siège, trône, endroit » ;
Q1 t
H8
st (écrit st+t ; le dernier caractère est l'œuf, déterminatif du nom de la déesse Isis), « Isis ».
  • ws :
Q1 ir A40
wsjr (écrit ws+jr, avec comme complément phonétique l'œil, qui se lit jr, suivi du déterminatif du dieu), « Osiris ».
  • ḥtm :
H Q1 m&t E17
ḥtm.t (écrit ḥ+ḥtm+m+t, avec le déterminatif du chacal), un type de bête sauvage, peut-être l'ours ;
H Q1 t G41
ḥtm (écrit +ḥtm+t, avec le déterminatif de l'oiseau s'envolant), « disparaître ».

Enfin, il arrive parfois que des mots aient changé de prononciation par rapport à l'ancien égyptien : dans ce cas, il n'est pas rare que l'écriture adopte un compromis dans la notation, les deux lectures étant indiquées conjointement. C'est le cas notamment pour l'adjectif bnrj, « doux (i. e. d'une saveur agréable) », devenu bnj, et le verbe swri, « boire », devenu swj. On les écrit, en moyen égyptien, bnrj et swri,

b n
r
i M30 et s wr
r
i mw A2
, qui se lisent toutefois bnj et swj, le r n'ayant été conservé que pour garder un lien écrit avec le mot ancien (à la manière de notre monsieur, qui ne se lit plus comme il s'écrit).

Lecture sémantique[modifier | modifier le code]

Outre une interprétation phonétique, les caractères peuvent être lus pour leur sens : on parle dans ce cas de logogrammes (plus précisément d'idéogrammes) et de déterminatifs (ou sémagrammes)[15].

Logogrammes[modifier | modifier le code]

Un hiéroglyphe utilisé comme logogramme désigne l'objet dont il est l'image. Les logogrammes sont donc le plus souvent des noms communs ; ils sont généralement accompagnés d'un trait vertical muet indiquant leur valeur de logogramme (l'utilisation du trait vertical est détaillée plus bas)[16] en théorie, tout hiéroglyphe aurait pu servir de logogramme. Les logogrammes peuvent être accompagnés de compléments phonétiques. Dans quelques cas, le rapport sémantique est indirect, métonymique ou métaphorique.

Exemples de hiéroglyphes utilisés comme logogrammes. Dans les trois derniers exemples, le rapport sémantique est de type métonymique ou métaphorique.
Hiéroglyphe Prononciation Objet représenté Sens
ra
Z1
rꜥ soleil
pr
Z1
pr maison
sw t
Z1
swt jonc (t est le complément phonétique)
Dw
Z1
ḏw montagne
nTr Z1
nṯr étendard de temple Dieu
G53 Z1
bꜣ oiseau à tête humaine (représentation traditionnelle du ) âme, «  »
G27 Z1
dšr « flamant rose » - le phonogramme correspondant signifie « rouge », et l'oiseau est associé par métonymie à cette couleur.

Déterminatifs[modifier | modifier le code]

Les déterminatifs ou sémagrammes se placent en fin de mot. Ce sont des caractères muets servant à indiquer le champ lexical du mot. Les cas d'homographies étant très fréquents (d'autant plus que seules les consonnes sont écrites), le recours aux déterminatifs est primordial. Si un procédé similaire existait en français, on ferait suivre les mots homographes d'un indice qu'on ne lirait pas, mais qui en préciserait le sens : « vers [poésie] » et le pluriel « vers [animal] » seraient ainsi distingués.

Il existe de nombreux déterminatifs : divinités, humains, parties du corps humain, animaux, plantes etc. Certains déterminatifs possèdent un sens propre et un sens figuré. Ainsi, le rouleau de papyrus,

Y1
, sert à déterminer les écrits, mais aussi les notions abstraites.

Voici quelques exemples d'utilisation des déterminatifs[17] permettant d'en illustrer l'importance :

Exemples de déterminatifs hiéroglyphiques levant l'ambiguïté entre les homophones nfr.
Mot
nfr w A17 Z3
nfr f&r&t B1
nfr nfr nfr pr
nfr f
r
S28
nfr W22
Z2
Prononciation nfr.w nfr.t nfr.w nfr nfr
Pictogramme déterminatif enfant portant la main à sa bouche. femme assise maison bande d'étoffe frangée cruche avec marque du pluriel
Catégorie lexicale indiquée[18] enfant, jeune femme maison, bâtiment tissu, vêtement pot, vaisselle, boisson
Signification du mot recrues militaires jeune femme nubile fondations vêtement vin, bière

Nota :

Z2
Ce déterminatif est un raccourci pour signaler trois occurrences du mot, c'est-à-dire son pluriel (puisque la langue égyptienne connaît un duel, indiqué parfois par deux traits).

Tous ces mots ont la connotation méliorative « bon, beau, parfait ». Notons qu'un dictionnaire récent[19] indique une vingtaine de mots se lisant nfr ou formés à partir de ce mot – preuve de l'extraordinaire richesse de la langue égyptienne.

Sens de lecture[modifier | modifier le code]

Les hiéroglyphes s'écrivent de droite à gauche, de gauche à droite ou de haut en bas, la direction usuelle étant de droite à gauche. Le lecteur, pour connaître le sens de lecture, doit considérer la direction dans laquelle sont tournés les hiéroglyphes asymétriques. Par exemple, quand les figures humaines et les animaux, facilement repérables, regardent vers la gauche, il faut lire de gauche à droite, et inversement.

Les mots ne sont pas séparés par des blancs ou des signes de ponctuation. Cependant, certains caractères apparaissent surtout en fin de mot, de sorte qu'il est parfois possible de distinguer les mots par ce biais. Il est évident toutefois que seule une solide connaissance de la langue et de sa syntaxe permet de découper un texte en mots.

Le quadrat[modifier | modifier le code]

Les hiéroglyphes ne sont cependant pas simplement alignés les uns à la suite des autres  : en effet, ils se répartissent harmonieusement dans un carré virtuel (c'est-à-dire non tracé), ou quadrat (aussi écrit cadrat), à la manière des sinogrammes. À la différence des sinogrammes, cependant, tout caractère ne remplit pas entièrement le quadrat : certains n'en remplissent que la moitié, horizontalement ou verticalement, d'autres le quart.

Exemples de hiéroglyphes occupant un quadrat, un demi-quadrat et un quart de quadrat.
Quadrat Demi-quadrat horizontal Demi-quadrat vertical Quart de quadrat
A22 G18 W17 N15

U7
r
A2 A1 V13
N35

U7
r
A2 A1 V13
G43

nfr I9
D21
D36
D21
X1
F22

W19 M17 G43 E13 z
t B1
D40 R4
D58 R8
Q3 V1 V34 N5 V20

L'ordre de lecture des éléments disposés à l'intérieur d'un quadrat est indépendant du sens de lecture global, qu'il soit horizontal (quadrats disposés en lignes) ou vertical (quadrats disposés en colonnes). Les signes qui occupent un quadrat se lisent de gauche à droite puis de haut en bas, ou bien de haut en bas puis de gauche à droite.

Particularités calligraphiques et contraintes[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs particularités calligraphiques, dont voici les principales :

  1. les caractères se répartissent en quadrats (voir plus haut) ;
  2. pour éviter qu'un quadrat ne soit incomplet, on inverse parfois des signes afin de rendre l'ensemble plus compact. De même, dans un souci d'esthétique, on choisit avec soin les compléments phonétiques, bien qu'il y ait redondance ;
  3. on inverse parfois les hiéroglyphes d'oiseaux tenant en un quadrat et les signes d'un quart de quadrat (le p par exemple); dans ce cas, le petit caractère précède et occupe le creux du quadrat ;
  4. on peut omettre des signes, surtout ceux notant les phonèmes et j ;
  5. les signes désignant les dieux sont placés en tête d'énoncé, de syntagme ou de mot composé, par antéposition honorifique (inversion respectueuse).

Cependant, même si les hiéroglyphes sont inversés, la lecture et la translittération n'en tiennent évidemment pas compte.

Signes annexes[modifier | modifier le code]

Trait de remplacement[modifier | modifier le code]

Un caractère parfois jugé offensant : « mettre au monde »

Les caractères offensants, funestes, tabous, rares ou complexes peuvent être remplacés par un trait oblique :

F31 s B3
ms(j), verbe signifiant « mettre au monde », peut être écrit :
F31 s Z5
le déterminatif de la femme accouchant (dernier caractère) étant parfois jugé offensant (ou tout simplement trop difficile à dessiner) ;
m t A14
m(w)t, « (la) mort, mourir », sera aussi écrit :
m t Z5
pour éviter le déterminatif de l'ennemi à terre (dernier caractère), signe funeste.

Cartouche[modifier | modifier le code]

On place dans un cartouche les noms de dieux (exceptionnellement) et les deux derniers noms (roi de Haute et Basse-Égypte et fils de Rê) de la titulature royale (toujours) :

début du cartouche
i t
n
N5 A40
début du cartouche
i mn
n
ra
Z1
A40
début du cartouche
q
l
i wA p
d
r A t
H8
jtn, « Aton » jmn-rꜥ, « Amon-Rê » qljwꜣpdrꜣ.t, « Cléopâtre »

Trait de remplissage[modifier | modifier le code]

On fait usage du trait de remplissage pour terminer un quadrat qui serait, sinon, incomplet.

Signes agglutinés[modifier | modifier le code]

Il existe des signes qui sont la contraction de plusieurs autres. Ces signes ont cependant une existence propre et fonctionnent comme nouveaux signes : par exemple un avant-bras dont la main tient un sceptre sert de déterminatif aux mots signifiant « diriger, conduire » et à leurs dérivés.

Redoublement[modifier | modifier le code]

Le redoublement d'un signe indique son duel, le triplement son pluriel.

Signes non-figuratifs[modifier | modifier le code]

Il s'agit :

  • du trait vertical indiquant qu'il s'agit d'un idéogramme (pour les cas d'ambiguïté où un même signe coexiste comme caractère phonétique et idéogramme);
  • des deux traits obliques du duel et des trois traits verticaux du pluriel ;
  • et, emprunté au hiératique, le suffixe de formation du pluriel :
    W

L'orthographe[modifier | modifier le code]

La notion d'une orthographe « correcte » de l'égyptien hiéroglyphique ne se pose pas dans les mêmes termes que pour les langues modernes. En effet, pour presque chaque mot, il existe une ou plusieurs variantes. Par conséquent, on peut se demander si la notion de correction orthographique n'était pas étrangère à la langue égyptienne. En effet, on y trouve :

  • des redondances ;
  • des omissions de graphèmes, dont on ignore si elles sont intentionnelles ou non ;
  • des substitutions d'un graphème à un autre, de sorte qu'il est impossible de distinguer une « faute » d'une orthographe « alternative » ;
  • des erreurs et des omissions dans le tracé des signes, d'autant plus problématiques quand l'écriture est cursive : écriture hiératique mais surtout démotique où la schématisation des signes est extrême.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le « h » initial est muet, mais on ne fait pas la liaison du fait que le « i » qui le suit représente la semi-consonne jod.
  2. L'égyptien hiéroglyphique n'écrit pas les voyelles.
  3. Dr. Okasha El Daly (2005), Egyptology: The Missing Millennium: Ancient Egypt in Medieval Arabic Writings, UCL Press, ISBN 1-84472-063-2 (cf. Arabic Study of Ancient Egypt, Foundation for Science Technology and Civilisation)
  4. Michel Dewachter, Champollion – Un scribe pour l'Égypte, Paris, Gallimard,‎ 1990, p. 130
  5. « Les langues sacrées ont laissé lire leur vocabulaire perdu ; jusque sur les granits de Mezraïm, Champollion a déchiffré ces hiéroglyphes qui semblaient être un sceau mis sur les lèvres du désert, et qui répondait de leur éternelle discrétion … » (François-René de Chateaubriand, Les Mémoires d’Outre-Tombe, IV, XII, chap. 9)
  6. (en), Peter T. Daniels, "The First Civilizations ", in The World's Writing Systems, ed. Bright and Daniels, 1996, p.24
  7. Günter Dreyer, Recent Discoveries at Abydos Cemetery U, dans « The Nile Delta in Transition : 4th-3th Millenium BC », Édit. M. Van Den Brink, Tel Aviv, 1992, p. 293-1299.
  8. Gwenola Graff, « L'invention des hiéroglyphes », La recherche, no 463,‎ avril 2012, p. 64 (lire en ligne)
  9. Le dernier nom de souverain écrit en hiéroglyphes — il s'agit en l'occurrence de l'empereur romain Decius (249 à 251) — se trouve dans le temple d'Esna.
  10. E. Edel, p. 13
  11. W. V. Davies, p. 129 sqq ; voir aussi J. F. Healy, p. 197 sqq.
  12. Jean-François Champollion, Lettre à M. Dacier relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques, 27 septembre 1822
  13. caractère qui représente un son ou phonème
  14. cf. Alan H. Gardiner, Egyptian Grammar, London, 1973, p. 507
  15. Cf. Antonio Loprieno, Ancient Egyptian, A Linguistic Introduction, Cambridge University Press, 1995, p. 13
  16. (en) Antonio Loprieno, Ancient Egyptian: A Linguistic Introduction, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1995, poche (ISBN 978-0-521-44849-9, LCCN 95014789), p. 13
  17. empruntés à l'ouvrage Je lis les hiéroglyphes de Jean Capart
  18. (en) Jim Loy, « Determinative Signs In Egyptian » citant Alan Henderson Gardiner, Egyptian Grammar - Being an Introduction to the Study of Hieroglyphs [détail des éditions]
  19. Raymond O. Faulkner, A Concise Dictionary of Middle Egyptian [détail des éditions]

Exemples de hiéroglyphes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sur l’écriture « syllabique » :
    • Jean-François Champollion, Principes généraux de l'écriture sacrée égyptienne : appliquée à la représentation de la langue parlée, Paris, Institut d'Orient : M. Sidhom,‎ 1836 (réimpr. 1984) (ISBN 978-2-905304-00-1, LCCN 85235704)
      Ouvrage au contenu « périmé ».
    • Jaroslav Černý et Sarah I. Groll, A Late Egyptian Grammar, Rome, Biblical Institute Press,‎ 1975, p. 2 ;
    • Adolf Erman, Neuägyptische Grammatik, Hildesheim, Georg Olms Verlag,‎ 1979, p. 15 – 19 ;
    • (en) E. A. Wallis Budge, Egyptian language : easy lessons in Egyptian hieroglyphics, New-York, Dover Publications,‎ 1910 (réimpr. 1983), 11e éd., poche (ISBN 978-0-486-21394-1)
      Ouvrage « périmé ».
    • Friedrich Junge, Neuägyptisch - Einführung in die Grammatik, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag,‎ 1999, p. 44 sq ;
    • Jean-Claude Goyon, Grammaire de l'égyptien hiéroglyphique : du moyen empire au début du nouvel empire, Lyon, Éditions A.C.V.,‎ 2006, poche (ISBN 978-2-913033-10-8, LCCN 2007459169).
  • Sur le système d’écriture :
    • Erhart Gräfe, Mittelägyptisch - Grammatik für Anfänger, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag,‎ 2001, p. 5 – 15 ;
    • Gustave Lefebvre, Grammaire de l’égyptien classique, Le Caire, Imprimerie de l’Institut français d'archéologie orientale,‎ 1955, p. 9 – 25.
  • Sur la valeur phonétique des signes « alphabétiques » :
    • Gaston Maspero, Introduction à l'étude de la phonétique égyptienne, Paris, H. Champion,‎ 1917 ;
    • Gustave Lefebvre, Grammaire de l’égyptien classique, Le Caire, Imprimerie de l’Institut français d’archéologie orientale,‎ 1955, p. 25 – 31.
  • Pour les enfants :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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