Veuze

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La veuze est une cornemuse de l'ouest de la France. Elle a gardé des caractéristiques très proches des cornemuses qui étaient employées depuis le Moyen Âge. Au XIXe siècle on retrouve plusieurs témoignages écrits en Haute-Bretagne mentionnant des « vèzes », « vaises », « poche-hautbois » ou encore « binious ». Sous ces différentes appellations, il est difficile d'être certain qu'il s'agisse de la veuze telle qu'on a pu la redécouvrir en Loire-Atlantique et dans les marais Breton-Vendéen. D'ailleurs les informateurs de ces territoires usaient de plusieurs noms pour désigner le même instrument. On pouvait entendre des gens dire que tel sonneur jouait du biniou, mais c'était de la veuze.

Histoire[modifier | modifier le code]

Faute d'enquête sur le sujet on peut penser qu'elle fut jouée en Ille-et-Vilaine jusqu'en 1850 environ. Ainsi, H. Buffet dans son livre Haute-Bretagne explique que « la vèze ne sonne plus que pour Mardi Gras dans le pays de Fougères dès 1816 ». Dans le même ouvrage, il décrit l'instrument et explique que le violon le remplace petit à petit dans tout le département. En 1835, Charles de La Thébaudière décrit une noce en pays de Vitré. Il cite un orchestre composé de violons, flûte et cornemuse. En 1880, dans le glossaire du parler du pays de Dol, on cite la vèze et on dit qu'il y a encore deux sonneurs de vèzes à Bourdas qui viennent sonner à la foire[1]. Dans ce département aucun instrument n'a pu être retrouvé.

Durant plusieurs siècles, une cornemuse à long chalumeau était employée partout en Bretagne. Puis, le biniou fit son apparition en Basse-Bretagne pour jouer avec la bombarde une octave au-dessus (on pense fin XVIIIe siècle d'après l'iconographie), alors qu'en Haute-Bretagne, on garda un type de cornemuse à long chalumeau : la veuze. On sait aujourd'hui que la veuze n'est pas l'ancêtre direct du biniou, mais plutôt que ces deux cornemuses ont un ancêtre commun. En effet, Thierry Bertrand, luthier, musicien et spécialiste de la veuze, a essayé de réaliser un biniou-coz en transposant les perces et autres caractéristiques morphologiques des veuzes anciennes et il en a conclu que le biniou n'était pas une veuze modifiée. Même si elles ont des points communs.

La veuze s'éteint entre les deux guerres. Ses derniers territoires furent le pays guérandais et la Brière, le marais breton-vendéen, une partie du pays nantais et dans une moindre mesure les pays de basse-vilaine. Jean Villebrun retrouve quelques vieilles veuzes qui serviront d'exemple au luthier Dorig le Voyer pour confectionner les premières veuzes modernes. Cette recherche donnera lieu en 1976 à la création de l'association « Sonneurs de veuze » à Nantes, principale source de connaissance et de recherche sur le sujet. Thierry Bertrand, suivi par quelques autres luthiers, reprendra le flambeau de la facture de cet instrument qui reste rare.

Facture[modifier | modifier le code]

Elle est constituée d'un sac dans lequel viennent s'emboiter un porte-vent, un pied d'environ 35 cmanche double) et un bourdon unique (à anche simple).

Le musicien, appelé veuzou, insuffle l'air par le portevent muni d'un clapet (autrefois en cuir, il est souvent remplacé de nos jours par une soupape en plastique) empêchant le retour de l'air, alors dirigé vers les deux seules issues possibles : le bourdon et le chalumeau.

Les anches du bourdon et du chalumeau vibrent au passage de l'air, produisant le son. L'anche est double pour le chalumeau, c'est-à-dire constituée de deux lamelles de roseau montées sur un tube de laiton conique, et simple pour le bourdon (une seule lamelle, en roseau ou en plastique, montée sur une armature). La poche de cuir est utilisée en tant que réserve d'air : le temps de reprendre sa respiration, on la compresse avec son bras afin de garder une pression constante au niveau du chalumeau et du bourdon. 10 chalumeaux anciens ont été retrouvés, 10 autres ont été identifiés sur photos. La tonique est située entre le Si4 et le Sib4. Les bourdons sont en principe composés de deux sections (ou articles) pour le bourdon ténor ou trois sections pour le bourdon basse de perce cylindrique. L'article supérieur est terminé par une "poire" faisant office de caisse de résonance.

Évolutions[modifier | modifier le code]

De nos jours la veuze n'a pas changé et les principes restent les mêmes, avec différentes évolutions non négligeables :

  • on propose tout type de tonalités (généralement en La, en Sol,en Do ou en Sib) pour les bourdons, qu'ils soient basse ou ténor et de même, plusieurs tonalités sont possibles pour le chalumeau (généralement La/Ré, zone du Marais Breton, ou Sol/Do, zone Bretonne) ;
  • la poche — dans la grande majorité des cas — est désormais étanche sans graissage ;
  • l'anche de bourdon est parfois en plastique ;
  • un système de clef peut permettre de couper l'arrivée d'air dans le bourdon ou le chalumeau.

Promotion de la veuze[modifier | modifier le code]

Thierry Bertrand, et Lucien Proux, ont fondé ensemble à La Garnache (Vendée) la première école de veuze de France. Leur but, redonner vie à cet instrument, éviter que ne se perde le patrimoine musical de cette région (surtout le Nord-Ouest vendéen).

l'Association sonneurs de veuzes a été formée à Nantes en 1976.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Lecomte, Le parler dolois, étude et glossaire des patois comparés de l'arrondissement de Saint-Malo ; suivi d'un relevé des locutions et dictions populaires, Champion, 1910, p. 203 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Thierry Jigourel, Cornemuses de Bretagne, éditions CPE, 2011 (ISBN 978-2-84503-943-8)
  • « Redécouverte de la veuze, cornemuse de haute Bretagne », ArMen, n°14, Avril 1988, p. 14-29
  • Henri-François Buffet, La Haute-Bretagne, Librairie Celtique, Paris, 1954 (Laffite Reprints 1982)
  • Ch. Lecomte, Le parler Dolois, étude et glossaire des patois comparés de l'arrondissement de St Malo, Champion, 1910
  • H. Caulabix, Dictionnaire des locutions populaires du box pays de Rennes en Bretagne
  • Oust et Vilaine pays de tradition, Groupement des pays de Vilaine, 2000
  • Abel Hugo, La France pittoresque (description d'une noce en pays de Châteaubriant)
  • Charles de la Thébeaudière, « Description d'une noce en 1830 dans le Pays de Vitré », Musique bretonne, n°182, Janvier/Février, 2004
  • Yves Defrance, Musiques traditionnelles de Bretagne, Skol Vreizh (no 39)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]