Vielle à roue

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Vielle à roue
Image illustrative de l'article Vielle à roue
Vielle vers 1980

Classification Instrument à cordes frottées
Famille Instrument à cordes
Instruments voisins Violon
Nyckelharpa
Vielle organisée/Lira organizzata
Tessiture sol4 à sol6 (vielle sol-do)
ré4 à ré6 (vielle ré-sol)
Instrumentistes célèbres Patrick Bouffard
Gilles Chabenat
Autres instrumentistes
Principaux facteurs Boudet père & fils à Jenzat, Jacques Grandchamp, Denis Siorat, Philippe Mousnier
Joueur de vielle à roue à Saint-Jean-des-Ollières, Puy-de-Dôme (France).

La vielle à roue est un instrument à cordes frottées par une roue en bois au lieu d'un archet. La roue est tournée avec une manivelle, pendant que la main gauche du musicien joue la mélodie sur un clavier.

Histoire[modifier | modifier le code]

Vielle à roue du XIVe siècle, représentée sur un triptyque du monastère de Piedra à Saragosse.

La vielle à roue apparaît au Moyen Âge, dès le IXe siècle. Elle nécessitait deux personnes, une pour tourner la roue, l'autre pour jouer. On trouve de nombreuses représentations de vielle à roue sculptées (chapiteaux d'église) ou peintes, par exemple par Jérôme Bosch. D'abord instrument de cour pour qui Bâton et Vivaldi ont écrit quelques pages, la vielle fut détrônée par le piano-forte et son usage fut alors plutôt réservé aux mendiants. À la fin du XVIIe siècle, l'aspect de la vielle est encore simple et rustique, d'une forme à peu près carrée (on l'appelle alors "chiffonie"). C'est seulement à la fin du siècle qu'un luthier de Versailles commence à monter des mécanismes de vielle sur des corps de guitare ou de luth. Cela donne aux instruments un ton plus doux et en même temps plus fort que celui des vielles anciennes. Au cours du XVIIIe siècle, des instruments construits avec beaucoup de soin et richement ornés font leur entrée à la cour. Les luthiers Guersan, Lambert, Louvet, Varquain et Salomon étaient les plus performants vers le milieu du siècle. Pendant cette période, beaucoup d'œuvres ont été composées pour cet instrument, entre autres les six sonates « Il Pastor Fido » attribuées à Antonio Vivaldi.

La révolution française va provoquer un second changement profond de l'usage de la vielle, qui revient alors dans le domaine des instruments régionaux et populaires.

Au XIXe siècle, elle tombe en désuétude avant que le Berry, en quête d’identité, ne s’empare de l’instrument ainsi que de la cornemuse pour en faire ses emblèmes. La société des Gâs du Berry[1], fondée par Jean Baffier en 1888, solidifie cette réputation. Au XXe siècle, dans les années 1960 et 1970, le mouvement « folk » se l’approprie de nouveau et les groupes dits « folkloriques » se constituent.

Depuis, l’instrument est en constante évolution : on l’électrifie et la vielle électroacoustique apparaît ; ce qui fait aujourd’hui la joie de musiciens comme Marc Anthony ou Gilles Chabenat, habitués de ce type d’instrument. Certains utilisent beaucoup l'électroacoustique de la vielle, comme Grégory Jolivet ou Yann Gourdon. D’autres, comme Patrick Bouffard, préfèrent continuer à explorer la vielle dans sa simplicité en faisant plutôt varier les mélanges de styles musicaux. Et puis il y a les grands maîtres d’aujourd’hui dont la maîtrise de l’instrument, d’une précision hors du commun, est extraordinaire : citons Valentin Clastrier. Mais l’évolution de la vielle, n’est pas sans liens avec les génies d’hier tels que Gilbert Malochet (1859-1945), le légendaire Gaston Guillemain (1870-1965), le créatif Georges Simon (1902-1986, qui a formé Claude Taillade, Gilles Chabenat, Jean François Dutertre, René Zosso, Dominique Regef, Évelyne Girardon, etc.), et Gaston Rivière (1909-2004) dont les professeurs furent G. Malochet et G. Guillemain. Il faut mentionner aussi l’illustre André Dubois, dernier rescapé de cette tradition, dont la Méthode de vielle fait toujours référence.

Vielle à roue vers 1750
Vielles hongroises

Aujourd’hui, l’instrument continue à évoluer : on affine toujours et encore la qualité de la vielle et les luthiers sont en quête d’un son pur et précis. L’intérêt pour la vielle a grandi, on la retrouve parfois même dans les compositions modernes de la chanson française (Stefan Eicher, Olivia Ruiz, Stille Volk, ou encore Yves Jamait), mais aussi dans le folk metal, tel le groupe Eluveitie qui utilise cet instrument.

L’apprentissage de la vielle est depuis les années 1970 possible dans certains conservatoires (Clermont Ferrand, Bourges, Nevers) avec des maîtres-sonneurs comme Jacky Aucouturier à Châteauroux, qui y fonde la première classe de vielle de France en 1977, ou Jean-François « Maxou » Heintzen dans le Bourbonnais.

Le conservatoire à rayonnement régional de Limoges a également vu la création du premier département de musique traditionnelle de France, en 1987. La classe de vielle à roue est dirigée par Philippe Destrem, qui enseigne également la cornemuse.

Facture[modifier | modifier le code]

Mécanisme de la vielle

Deux cordes, appelées chanterelles, passent par le clavier ; leur longueur de vibration est changée par l'action des touches appelées sautereaux. Le sautereau est un élément du clavier de la vielle à roue qui comprend des tiges coulissantes pour chaque note. Les sautereaux sont fixés sur chaque tige par groupe de deux (deux cordes en chanterelles) et permettent, comme le doigt du violoniste, de déterminer la partie de corde vibrante. Après appui sur la tige du clavier, celle-ci est rejetée par la vibration des cordes, faisant ainsi reculer la paire de sautereaux.

Un nombre variable de cordes, passant hors du clavier, émettent chacune un son, formant ainsi un accord continu : ce sont les bourdons (gros bourdon, petit bourdon, mouche et corde de chien ou trompette). Au-dessous des bourdons se trouvent parfois des cordes sympathiques qui donnent au ton un caractère plus doux.

Parmi les bourdons, une corde particulière donne cette caractéristique originale de la vielle qui est de pouvoir rythmer une mélodie. Cette corde ne passe pas sur un chevalet fixe, mais repose sur une petite pièce de bois appelée le « chien », elle-même maintenue sur la table d'harmonie par la pression de la corde. Lorsque cette corde vibre suffisamment, la pièce de bois vibre alors sur la table, et génère un son comparable à un grésillement. L'instrumentiste produit cette vibration par une frappe de la manivelle, que l'on appelle détaché ou « coup de poignet ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La société des Gâs du Berry

Galerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fustier Paul (2006), La vielle à roue dans la musique baroque française : instrument de musique, objet mythique, objet fantasmé ?, Thèse de doctorat de l'Université Lumière-Lyon2 (Faculté des lettres, scinces du langage et arts), sous la direction de Pierre Saby, soutenue le 10 mars 2006
  • Collectif, Conception, réalisation, maquette Jean-Loup Fontana, Michel Foussard, Sansougna, La vielle à roue dans les Alpes méridionales, Nice, Art et Culture des Alpes-maritimes (ACAM),‎ 21 juin 1991, 96 p. (ISBN 2-906700-11-8)
    Cahiers des Alpes-maritimes n°9 édité par le Conseil Général des Alpes-Maritimes (ACAM). Le cahier constituait le catalogue de l’exposition « Sansougna, La vielle à roue dans les Alpes méridionales ». Presses d’Imprimix Nice

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Yves Labbé, « Victor Gautier, sonneur de vielle : « J’ai marié trois générations ! » », ArMen, no 49, février 1993, p. 32-45

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]