Mirliton (musique)

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Le terme mirliton comporte plusieurs sens en musique : il peut désigner un petit instrument de musique populaire, un procédé organologique et enfin une qualité grossière de certaines musiques ou poésies.

Alexandre Desrousseaux, Vocabulaire des Chansons et pasquilles lilloises, Lille 1881[1].
Abrégé du dictionnaire de l'Académie française, Paris 1883[2].
Le mirliton, ancêtre du bigophone.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Dans une étude publiée en 2001, Hans Mattauch, de l'Université Technique de Braunschweig, fait remonter à 1723 l'apparition du mot mirliton dans le premier sens de « coiffure de gaze pour femmes[3] ».

Le lexique du Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNTL) indique que le mot mirliton apparaît en 1738 pour désigner une monnaie, puis en 1745 pour désigner une « sorte de flûte[4] ».

L'étymologie exacte du mot mirliton reste inconnue. On peut seulement remarquer que le mot mirliton rappelle le mot mirlitaire, manière comique et péjorative pour désigner les militaires qui apparaît en 1781 chez Rétif de la Bretonne[5].

Organologie[modifier | modifier le code]

Par métonymie ou synecdoque, le terme de mirliton est passé dans la langue courante d'une partie d'instrument ou d'un procédé organologique à un nom d'instrument.

En effet, le mirliton désigne une fine membrane (végétale ou animale) vibrante recouvrant un trou, servant de cavité de résonance, mis en branle par le souffle (ou la vibration sonore) et qu'on rencontre dans de nombreux instruments de musique du monde : flûtes et chalemie traditionnelles (en Chine notamment), mais aussi xylophones traditionnels (balafon africain, marimba mexicain). Cette membrane a la particularité de déformer et d'amplifier le son en y apportant un buzz et une résonance nasillarde[6].

Beaucoup d'ethnies utilisent aussi des mirlitons primitifs (à base de simples feuilles d'arbre) dans leurs cérémonies religieuses afin de changer ou transformer la voix humaine ; l'instrumentiste fait résonner la membrane à l'unisson de sa voix.

Instrument[modifier | modifier le code]

La flûte à mirliton est devenue au fil du temps le mirliton tout court, qui est désormais fabriqué industriellement à titre d'instrument festif ou à destination des enfants notamment.

Historique[modifier | modifier le code]

Dessin de Mersenne, 1636.

En 1636, Marin Mersenne décrit cet instrument qu'il appelle « eunuque »[7] :

Le quatriesme Chalumeau (figuré sur la planche d'illustration) est appelé Eunuque par quelques-uns, mais la difference de ses sons ne vient pas de celle de ses trous, ny de sa longueur comme il arrive aux autres : car elle ne fait point d'autre son que celuy de la bouche, ou de la langue qui parle, dont elle augmente la force & la resonance par le moyen de sa longueur & de sa capacité, & par une petite peau de cuir mince, & déliée comme la peau d'un oignon, dont on affuble le haut, où l'on void A, afin que le vent & la voix que l'on pousse par le trou B, qui fait l'emboucheure, aille frapper cette peau comme un petit tambour, qui donne un nouvel agreement à la voix par ses petits tremblemens qui la reflechissent. La boëtte ou le pavillon AB, sert à couvrir ladite peau, & ses trous donnent l'issuë à la voix, quoy qu'ils ne soient pas nécessaires. Or l'on fait quatre ou cinq parties différentes de ces Flustes pour un concert entier, qui à cela par dessus toutes les autres Flustes, qu'il imite davantage le concert des voix, car il ne luy manque que la seule prononciation, dont on approche de bien prés avec ces Flustes.

Texte mis en français moderne :

Le quatrième chalumeau (figuré sur la planche d'illustration) est appelé Eunuque par quelques-uns, mais la différence de ses sons ne vient pas de celle de ses trous, ni de sa longueur comme il arrive aux autres : car elle ne fait point d'autre son que celui de la bouche, ou de la langue qui parle, dont elle augmente la force et la résonance par le moyen de sa longueur et de sa capacité, et par une petite peau de cuir mince, et déliée comme la peau d'un oignon, dont on affuble le haut, où l'on voit A, afin que le vent et la voix que l'on pousse par le trou B, qui fait l'embouchure, aille frapper cette peau comme un petit tambour, qui donne un nouvel agrément à la voix par ses petits tremblemens qui la réfléchissent. La boîte ou le pavillon AB, sert à couvrir ladite peau, et ses trous donnent l'issue à la voix, quoi qu'ils ne soient pas nécessaires. Or l'on fait quatre ou cinq parties différentes de ces flûtes pour un concert entier, qui à cela par dessus toutes les autres flûtes, qu'il imite davantage le concert des voix, car il ne lui manque que la seule prononciation, dont on approche de bien près avec ces flûtes.

L'appellation flûte eunuque est aussi utilisée de nos jours en français pour désigner le mirliton. C'est l'un de ses deux noms usuels en anglais : eunuch flute. L'autre est : onion flute, « flûte à l'oignon[8] ». De même en Allemagne, on l'appelait également jadis Zwiebelflöte (« flûte à l'oignon »), puisqu'elle comportait dans sa fabrication une pelure d'oignon.

Dans le Guide de l'art instrumental, dictionnaire pratique et raisonné des instruments de musique anciens et modernes publié par Albert Jacquot en 1886[9] on trouve sa définition sous un autre nom encore :

TROMPETTE DE CANNE. C’est le roseau fendu, servant de jouet aux enfants de la campagne ; ce roseau est évidé, à l’exception d’une petite membrane, qui résonne. Cet instrument n’est autre que le mirliton primitif.
Les mirlitons de la foire de Saint-Cloud vus par Honoré Daumier[10].

Les mirlitons de la foire de Saint-Cloud étaient jadis célèbres : « Mirliton et foire de Saint-Cloud sont synonymes[11]. »

A la foire à Saint-Cloud
On y vend de tout ;
Le plus fort commerce
Bat sur le mirliton
Que chaque garçon
Paye à son tendron[11].

À propos de leur sonorité, Ernest Jaimes écrit, en 1867 : « on en tire un son assez désagréable[11]. »

Instruments apparentés[modifier | modifier le code]

En 1881, en s'inspirant du mirliton et le perfectionnant, le Français Bigot invente le bigophone, instrument beaucoup plus puissant, qui connaîtra une très grande popularité en France, Belgique, Allemagne, durant une cinquantaine d'années. Le bigophone sera vendu dans de nombreux pays : Russie, Suède, Angleterre, etc.

Vont apparaître ensuite des versions américaines du bigophone, connues sous le nom de songophone, vocophone ou zobo, qui connaîtront un immense succès aux États-Unis. Ces instruments sont aujourd'hui oubliées par le grand public.

D'autres instruments ressemblent au mirliton, par exemple le kazoo ou gazou.

Le mirliton dans la culture[modifier | modifier le code]

Mirlitons, signaux de chemin de fer.

En 1733, Michel Corrette a composé Le Mirliton, Ier concerto comique pour trois flûtes ou violons avec la basse-continue. Ouvrage utile aux mélancoliques.

Pour des motifs différents, les vers de mirliton et la musique de mirliton sont des expressions péjoratives. Autrefois, on trouve des poèmes de faible qualité imprimés sur des bandes de papier, enroulées autour du tube de l'instrument. Ce qui est à l'origine de l'expression « vers – ou rimes – de mirliton » pour désigner des vers trop faciles. De son côté, le son du mirliton a donné l'expression musique de mirliton pour désigner une musique sommaire et désagréable à écouter.

Dans certaines chansons paillardes, le mirliton est assimilé au pénis, comme dans Le Mirliton de Lisette, de F.-J. Girard en 1848[12], et aussi parfois au sexe féminin, comme dans Le Mirliton, chanson de salle de garde en 1911-1913[13].

Par analogie de forme, on a donné à une spécialité pâtissière de Pont-Audemer le nom de mirliton de Pont-Audemer.

Les dessins portés par une succession de signaux de chemin de fer leur a valu le nom de mirlitons, car ils rappellent la bandelette enroulée avec des poèmes autour du tube en carton de l'instrument populaire. Un signal au dessin différent, ayant la même fonction, employé dans le métro de Paris, a par la suite hérité du même nom.

En 1833, Alfred de Musset écrit une chanson burlesque intitulée Complainte historique et véritable sur le fameux duel qui a eu lieu entre plusieurs hommes de plume très inconnus dans Paris, à l'occasion d'un livre dont il a été beaucoup parlé de différentes manières, ainsi qu'il est relaté dans la présente complainte, à chanter sur l'air de la Complainte du maréchal de Saxe[14]. Son 8e couplet parle des mirlitons :

Éditée à la Mi-Carême 1878 : une chanson de la Société des mirlitons, goguette lilloise équipée de mirlitons.
Ils prirent les Dames blanches[15]
Pour s'en aller à Meudon
Acheter des mirlitons,
Afin que Gustave Planche
Pût faire baisser le ton
A messieurs du Feuilleton.

Le mirliton est une chanson célèbre au XIXe siècle en France. On y trouve notamment les paroles suivantes[16],[17] :

Mad'moisell', pour s'en servir
Il suffit d'une leçon !
Ah ! jouez du mirlitir,
Du ton, du mirliton !

Sur son air on a placé quantité de chansons.

En 1885, Aristide Bruant ouvre son célèbre cabaret : Le Mirliton, dans l'ancien local du Chat noir. Il existe jusqu'en 1895. Il crée et dirige également une revue du même nom qui paraît durant 22 ans, d'octobre 1885 à avril 1906.

Une danse des mirlitons se trouve au troisième tableau du deuxième acte du ballet de Tchaïkovski Casse-noisette créé à Saint-Pétersbourg en 1892.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vocabulaire de : Chansons et pasquilles lilloises. Quatrième volume : avec musique (Nouvelle édition, avec les airs notés, des modifications et un vocabulaire), par Alexandre Desrousseaux, Éditeur : imprimerie de L. Danel, Lille 1881, page 276.
  2. Article Mirliton de l'Abrégé du dictionnaire de l'Académie française, d'après la dernière édition de 1878, ancien vocabulaire Nodier, entièrement refondu, et suivi d'un appendice comprenant tous les mots en usage non encore admis par l'Académie et d'un dictionnaire de géographie ancienne et moderne, Éditeur : imprimerie de Firmin-Didot, Paris 1883, page 618.
  3. Hans Mattauch, Le Mirliton enchanteur. Historique d’un mot à la mode en 1723, Revue d'histoire littéraire de la France, 4/2001 (Volume 101), pages 1255-1267.
  4. Voir l'article Mirliton sur le site du CNRTL - Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  5. Rétif de la Bretonne, La Raptomachie, page 381 de La Découverte australe par un homme-volant, ou Le Dédale français, nouvelle très philosophique, 4e volume, Leipsick 1781.
  6. (de) Horst Seeger, Musiklexikon in zwei Bänden, Leipzig, 1966.
  7. F. Marin Mersenne, Harmonie universelle, contenant la théorie et la pratique de la musique., S. Cramoisy éditeur, Paris 1636-1637, livre cinquième, pages 229 (illustration), 230 (description écrite).
  8. Voir l'article Eunuch Flute, or Onion Flute dans l'Encyclopædia Britannica 1911.
  9. Albert Jacquot, Guide de l'art instrumental, dictionnaire pratique et raisonné des instruments de musique anciens et modernes, indiquant tout ce qui se rapporte aux différents types d'instruments en usage depuis l'époque la plus reculée jusqu'à nos jours..., Fischbacher éditeur, Paris 1886. Notice BNF : FRBNF30641583. Texte en ligne : [1].
  10. Extrait de la série « Les Beaux jours de la vie ». Légende de la gravure datant d'avant le 25 octobre 1845 et intitulée « Le retour de la foire de Saint-Cloud » : « Au diable les mirlitons et mirlitonneurs... Comment peut-on permettre un pareil instrument dans un pays où l'on tolère déjà la Clarinette !... »
  11. a, b et c Ernest Jaimes, La Fête de Saint-Cloud, chapitre de : Le palais impérial de Saint-Cloud, le parc et la ville, pages 19-20, Brunox imprimeur-éditeur, Versailles 1867.
  12. F.-J. Girard, Le Mirliton de Lisette, Chansons nationales et autres, Éditeur : chez tous les marchands de nouveautés, Paris 1848, page 87.
  13. Le Mirliton, Anthologie hospitalière et latinesque, recueil de chansons de salle de garde anciennes et nouvelles, entre-lardées de chansons du Quartier latin, fables, sonnets, charades, élucubrations diverses, etc. Tome 2, par Bernard, Edmond Dardenne dit : Courtepaille ; avec un avant-propos de Taupin, Paris 1911-1913, page 326.
  14. Publication posthume.
  15. Omnibus dont la caisse était peinte en blanc.
  16. Extrait de : G. Davenay, AU JOUR LE JOUR, Les destinées du mirliton, Le Figaro, 16 août 1895, page 1, 2e et 3e colonnes.
  17. Partition de l'air du Mirliton, utilisée pour la chanson de Béranger Le jour des morts

Articles liés[modifier | modifier le code]