Oriana Fallaci

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Oriana Fallaci est une essayiste et journaliste italienne née le 29 juin 1929 à Florence et morte le 15 septembre 2006 dans la même ville. Elle a été maquisarde dans la Résistance italienne contre Benito Mussolini pendant la Seconde Guerre mondiale. Fallaci a eu beaucoup de succès dans sa carrière, en interviewant des célébrités et des hommes d'État du monde entier. Elle a également déclenché plusieurs discussions autour de ses romans, qui touchaient des thématiques telles que l'avortement, le rôle de la femme dans la société, l'homosexualité, l'intégration raciale, la guerre, l'oppression dictatoriale. Laïque de gauche, après les attentats du 11 septembre 2001 elle a suscité de fortes polémiques à cause de ses prises de position contre l'islam, qui ont obtenu l'approbation des conservateurs italiens mais aussi des accusations de « racisme religieux ».

Carrière et biographie[modifier | modifier le code]

L'enfance dans la Résistance[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, son père, Edoardo Fallaci, ébéniste à Florence, fut un activiste politique luttant dans la Résistance pour mettre un terme à la dictature fasciste de Benito Mussolini. Il fit participer la petite Oriana au groupe armé Giustizia e Libertà sous le prénom d'Emilia. Pendant l'occupation nazie de Florence, Edoardo fut capturé et torturé par les nazis à Villa Trieste. Pendant ce temps, Oriana est vedette, estafette de munitions, et accompagne les prisonniers anglo-américains échappés aux forces de l'Axe vers le front des Alliés. C'est à cette période qu'Oriana Fallaci fut exposée aux atrocités de la guerre. En récompense de son engagement, elle reçut par la suite une attestation à la valeur par l'Armée italienne[1]. Elle passe son bac au lycée classique « Galilée » avec mention.

Débuts dans le journalisme[modifier | modifier le code]

Oriana Fallaci débute sa carrière de journaliste à l'âge de 17 ans, devenant en 1950 envoyée spéciale pour le journal Il mattino dell'Italia centrale. En 1954 elle est embauchée par Arrigo Benedetti, directeur du magazine L'Europeo. Elle collabore à la section fatti romani (« faits romains ») axée sur la vie des célébrités du cinéma et du « Jet Set » romain : Anna Magnani, Marcello Mastroianni, Federico Fellini. Elle développe une façon originale d'interviewer, qui vise à laisser transparaître les contradictions profondes dans lesquelles tombe l'interviewé[2]. Cela lui vaut le déplacement à la section de Milan de L'Europeo, pour lequel elle voyage en Europe et aux États-Unis, où elle interviewe, parmi d'autres, Paul Newman, Sean Connery, Alfred Hitchcock. Le volume I sette peccati di Hollywood (« Les sept péchés d'Hollywood ») est issu de cette époque.

Les missions à l'étranger[modifier | modifier le code]

En 1960 elle est envoyée par L'Europeo en Orient pour parler de la condition féminine. Le reportage Viaggio intorno alla donna ("Voyage autour de la femme") deviendra ensuite le volume Le Sexe inutile[2]. Son premier roman, Pénélope à la guerre, publié en 1962, revendique le rôle de la femme dans la société. Le volume Se il sole muore (« Si le soleil meurt ») recueille les interviews des astronautes et des savants des bases NASA, dont Wernher von Braun. En 1967, elle demande de devenir correspondante de guerre au Viêt Nam. Ses articles sont achetés et traduits par plusieurs journaux dans le monde entier. Dans le volume La Vie, la guerre et puis rien elle retranscrit ses conversations avec des soldats américains, qui confessent leurs désirs et leurs faiblesses. En plus de la retranscription, Fallaci critique dans ce volume les deux belligérants, c'est-à-dire à la fois l'armée américaine et les Việt Cộng. En 1968, elle est emprisonnée avec les étudiants manifestants au Mexique lors du massacre de Tlatelolco[3].

Interviews et romans célèbres[modifier | modifier le code]

Pendant les années 1970 et 1980 elle interviewe de nombreux chefs d'État et personnalités internationales tels qu'Henry Kissinger, le Shah d'Iran, l'ayatollah Khomeini, Willy Brandt, Lech Wałęsa, Zulfikar Alî Bhutto, Ariel Sharon, Walter Cronkite, le colonel Kadhafi, Sammy Davis, Jr., Nguyen Cao Ky, Yasser Arafat, Indira Gandhi, Alexandros Panagoulis, l'archevêque Makarios III, Golda Meir, Nguyen Van Thieu, Haile Selassie. Certains de ces interviews sont recueillis dans le volume « Entretiens avec l'histoire » (1974). Dans la préface, elle déclare[4]:

« Que cela vienne d'un souverain despotique ou d'un président élu, d'un général assassin ou d'un leader adoré, je vois le pouvoir comme un phénomène inhumain et détestable... J'ai toujours considéré la désobéissance envers l'oppression comme la seule façon de profiter du miracle d'être né »

Henry Kissinger, conduit à admettre que la guerre au Viêt Nam avait été « inutile », déclarera plus tard que son interview avec Fallaci avait été « la conversation la plus désastreuse jamais eue avec un journaliste[5] ». L'interview avec l'ayatollah Khomeini, où Fallaci se dévoile en sa présence, sera citée lors de ses prises de position sur l'islam dans les années 2000 :

« OF- [...] S'il vous plaît, Imam, j'ai encore bien des choses à vous demander. De ce « chador » par exemple, qu'on m'a imposé pour venir vous voir et que vous imposez aux femmes, dites-moi : pourquoi obligez-vous les femmes à se cacher comme des ballots dans un vêtement inconfortable et absurde, à cause duquel on ne peut ni travailler ni rien faire ? Pourtant même ici les femmes ont démontré être à la hauteur des hommes, comme les hommes elles se sont battues, elles ont été emprisonnées, torturées, elles ont fait la Révolution comme les hommes.
AK- Les femmes qui ont fait la Révolution n'étaient que des femmes qui portaient le vêtement islamique, pas des femmes élégantes et maquillées comme vous, qui se promènent en décolleté en attirant une cohorte d'admirateurs. Les coquettes qui se maquillent et sortent de chez elles en montrant le cou, les cheveux, leurs formes, n'ont pas combattu le Shah. Celles-là n'ont jamais rien fait de bon, elle ne savent jamais se rendre utiles[...]
OF- Ce n'est pas vrai, Imam, mais de toute façon, je ne fais pas référence qu'au vêtement, mais à ce qu'il représente, c'est-à-dire la ségrégation dans laquelle les femmes ont été forcées après la révolution. Le fait même qu'elles ne puissent pas étudier à l'université avec les hommes, par exemple, ni travailler avec les hommes, ni se baigner à la piscine avec les hommes. Elles doivent plonger avec leur « chador », comment peut-on nager avec le « chador » ?
AK- Cela ne vous regarde pas, nos coutumes ne vous regardent pas. Si vous n'aimez pas le vêtement islamique, vous n'êtes pas obligée de le mettre, car le vêtement islamique est pour les jeunes filles et les femmes bien.
OF- C'est très gentil, Imam, je vais donc me débarrasser tout de suite de ce stupide chiffon moyenâgeux. Voilà »

— Oriana Fallaci, intervista a Khomeini, « Corriere della Sera », 26 septembre 1979[6]

Son livre Lettre à un enfant jamais né (1975) déclenche une polémique en ce qu'il semble défendre une position peu favorable à l'avortement. À ce moment-là, Fallaci soutient pourtant le Parti radical italien, qui prônait la légalisation de l'avortement (Loi 194/1978).
Elle noue une relation avec Alexandre Panagoulis, homme politique et poète grec, leader de la lutte contre la dictature des colonels. Le roman Un homme lui est dédié.
En 1983 elle publie Inshallah, consacré à la mission italienne à Beyrouth dans les années 1980.
Elle obtient son doctorat ès lettres au Columbia College de Chicago. Elle tient des séminaires à l'Université de Chicago, de Yale, d'Harvard et de Columbia.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

sa tombe au cimetière des Allori de Florence.

Elle vit plusieurs mois de l'année à New York, où elle travaille en isolement à son dernier roman, Un cappello pieno di ciliege. Elle sort de son isolement suite aux attentats du 11 septembre 2001. Le 15 septembre 2001 elle publie un article dans le Corriere della sera, intitulé La rabbia e l'orgoglio (« La rage et l'orgueil »), où elle dénonce, en les traitant de « cigales », les Occidentaux qui avaient déclaré que les États-Unis « méritaient » les attentats. À partir de cet article, elle publie deux volumes où elle se qualifie de « Cassandre » et prédit l'autodestruction de la civilisation occidentale, trop faible devant les coups de l'islam. Elle prend position contre l'islam en le décrivant comme une religion liberticide, et défend le droit à l'existence d'Israël tout en comparant l'islam au nazisme et au fascisme.

Alors qu'elle avait commencé sa carrière dans la presse de gauche laïque, la journaliste se rapproche de l'Église catholique et des positions de la droite. Se définissant comme « une athée chrétienne », elle était avec Giuliano Ferrara une des grandes figures des « athées dévots », un mouvement intellectuel italien qui partage le constat d'une nécessité « vitale » pour l'Europe de renouer avec ses « racines chrétiennes ». En 2002, lors du « Forum social » à Florence, elle entre dans une polémique virulente avec le mouvement « no global ». En 2005, Fallaci est reçue en audience privée par Benoît XVI.

Elle meurt d'un cancer des poumons à Florence, à l'âge de 77 ans, dans la nuit du 14 au 15 septembre 2006. En héritage, Oriana Fallaci a donné à l'université pontificale du Latran tout son patrimoine culturel, à savoir sa bibliothèque entière.

Fallaci reçoit deux fois le prix Saint-Vincent du journalisme, ainsi que le prix Bancarella en 1971 pour La vie, la guerre et puis rien, le prix Viareggio en 1979 pour Un homme, le prix Antibes en 1993 pour Inchallah. Les écrits d'Oriana Fallaci ont été traduits en 21 langues dont l'anglais, le russe, l'espagnol, le français, le néerlandais, l'allemand, le grec, le suédois, le polonais, le croate, le persan et le slovène.

Controverses[modifier | modifier le code]

Ces dernières années, Oriana Fallaci a reçu une attention médiatique particulière en raison de ses vives critiques de l'islam et des musulmans. Après les attentats du 11 septembre 2001, elle adopte une position très ferme contre l'islam. Son point de vue est précisé dans deux essais, La Rage et l'Orgueil et La Force de la raison. De nombreuses formulations de son essai La Rage et l'Orgueil (Plon, 2002) lui sont reprochées, comme « il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût », ou encore : « Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d'Allah] passent leur temps avec le derrière en l'air à prier cinq fois par jour. » Dans cet ouvrage, les musulmans sont également comparés à des nouveaux croisés et elle affirme que les imams sont « d'une manière ou d'une autre les guides spirituels du terrorisme ». À propos des mosquées elle écrit que « surtout en Italie […] elles grouillent jusqu'à la nausée de terroristes ou aspirants terroristes ». Elle affirme enfin que les Arabes sous couvert de migrations envahissent l'Europe pour propager l'islam et elle conclut en affirmant que les musulmans « se multiplient comme des rats. »
Un autre journaliste de renom de Florence, Tiziano Terzani, exprime ses réticences vis-à-vis de l'approche d'Oriana Fallaci dans une lettre ouverte publiée dans le quotidien Corriere della Sera. L'historien des croisades Franco Cardini lui répond également dans son livre La paura e l’arroganza (« La peur et l'arrogance »).
Elle a été particulièrement critiquée par des organisations musulmanes et des partis de gauche, notamment en France, où le philosophe Alain Finkielkraut déclare dans Le Point : « Oriana Fallaci a l'insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux. Elle met les pieds dans le plat, elle s'efforce de regarder la réalité en face. Elle refuse le narcissisme pénitentiel qui rend l'Occident coupable de ce dont il est victime. Elle prend au mot le discours et les actes des adversaires. Mais, comme elle en a gros sur le cœur, elle va trop loin. Elle écrit avec des Pataugas. Elle cède à la généralisation. Elle ne résiste pas à la tentation d'enfermer ceux qu'elle appelle les fils d'Allah dans leur essence mauvaise. ». Le sociologue Pierre-André Taguieff écrit : « Fallaci vise juste, même si elle peut choquer par certaines formules. » Finkielkraut conclura cependant que « l'ouvrage est indéfendable » et que Fallaci « succombe à la tentation raciste[7] ». Le Mrap, La Ligue des droits de l'homme et la Licra ont saisi le juge des référés du tribunal de Paris à la parution de La rage et l'orgueil. Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) pour obtenir l'interdiction du livre ; la Ligue des droits de l'homme et la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) pour demander l'insertion d'un avertissement au lecteur en tête de l'ouvrage qui insisterait sur le fait qu'« il ne faut pas confondre islamistes et musulmans. »
Oriana Fallaci faisait l'objet de poursuites pénales en Suisse pour propos discriminatoires à l'égard des musulmans ; l'office fédéral de la justice (OFJ) avait demandé en novembre 2002 à l'Italie de la poursuivre[8].
En dépit de ces critiques, Oriana Fallaci a reçu le soutien de partis politiques et de mouvements tels la Ligue du Nord en Italie, où ses livres ont été vendus à plus d'un million d'exemplaires. Elle a été élue « Femme de l'année 2006 » par Front Page Magazine, web-magazine américain néo-conservateur publié par David Horowitz.

En 2002, lors du Forum Social à Florence, Oriana Fallaci entre en polémique directe avec le mouvement « No Global ». Elle accuse ses membres d'être des « pacifistes à sens unique », voire des « enfants gâtés », et invite les Florentins à s'enfermer chez eux de peur des violences des Black Blocks. Entre autres, les acteurs Dario Fo et Franca Rame lui répondent de la tribune du Forum Social en la qualifiant de « terroriste », tandis qu'une polémique s'ouvre à propos de son imitation par la comédienne Sabina Guzzanti, définie de mauvais goût pour avoir fait référence au cancer dont souffrait la journaliste[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) I sette peccati di Hollywood, Longanesi,‎ 1958, 270 p. (ISBN 8817028363, résumé)
  • Le sexe inutile; voyage autour de la femme [« Il sesso inutile »] (trad. Frances de Dalmatie), Julliard,‎ 1961, 253 p. (résumé)
  • Pénélope à la guerre [« Penelope alla guerra »] (trad. Claude-Antoine Ciccione), La Table ronde,‎ 1963 (résumé)
  • Les abusifs [« Gli Antipatici »] (trad. Henriette Valot), Buchet Chastel,‎ 1969 (résumé)
  • Se il sole muore, Rizzoli (littéralement : Si le soleil meurt), 1965, réédité en 1994 aux éditions Rizzoli
  • La Vie, la guerre et puis rien (Niente e così, sia, 1969), traduit par Jacqueline Remillet, éditions Laffont, 1970
  • Quel giorno sulla Luna Rizzoli, 1970
  • Entretiens avec l'histoire (Intervista con la Storia, 1974), recueil d'interviews, éditions Flammarion, 1992
  • Lettre à un enfant jamais né (Lettera a un bambino mai nato, 1975), traduit par Charles Wagner, éditions Flammarion, 1976
  • Un homme [« Un uomo »] (trad. Bruno Granozio et Denis Bougeois), Paris, Grasset,‎ 2004 (1re éd. 1981) (ISBN 2246253934)
  • Inchallah [« Insciallah »] (trad. Victor France), Paris, Gallimard,‎ 1994 (1re éd. 1992) (ISBN 2070388956)
  • La rage et l'orgueil [« La rabbia e l'orgoglio »], Paris, Plon,‎ 2002 (1re éd. 2001) (ISBN 2259197124)
  • Oriana Fallaci intervista Oriana Fallaci (littéralement : Oriana Fallaci interviewe Oriana Fallaci), paru dans le Corriere della Sera en aout 2004
  • Oriana Fallaci (trad. Victoire Simon), La force de la raison [« La Forza della Ragione »], Monaco, Éditions du Rocher,‎ 2004 (ISBN 2268052648)
  • Oriana Fallaci intervista sé stessa - -L'Apocalisse (littéralement : Oriana s'interviewe elle-même - L'Apocalypse), éditions Rizzoli, 2004
  • (it) Oriana Fallaci, Un cappello pieno di ciliege : una saga, Milano, Rizzoli,‎ 2009 (ISBN 9788817034968)

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Notes et références[modifier | modifier le code]