Paysage dans l'art

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La peinture romantique exalte les paysages sauvages et souvent montagneux ; tableau d'Eugene von Guérard de 1863.

Le paysage dans l'art est une notion qui englobe la représentation des paysages par les différents arts : peinture, le dessin, la photographie, etc.

La représentation du paysage joue un rôle important dans les arts graphiques. Elle peut, entre autres, s'opposer parfois à la représentation des êtres, ou bien peut être utilisée pour les symboliser (peinture religieuse).

En peinture, le paysage est un genre aux côtés de la peinture d'histoire, du portrait, de la peinture de genre, de la nature morte et de la peinture figurative.

La sensibilité paysagère et l'« invention du paysage »[modifier | modifier le code]

Le regard paysager s’est formé dans le monde occidental au contact de l’art pictural et de ses évolutions au début de l’époque moderne[1]. La naissance du paysage est ainsi lié à une médiation par l'art, à un processus d'« artialisation » qui peut être double : in situ – l’attention du paysagiste – et in visu – le regard du peintre[2]. Cette médiation par l’art permet de passer du « degré zéro du paysage », le « pays », au paysage lui-même ; « elle est lente, diffuse, complexe, souvent difficile à reconstituer, mais toujours indispensable. Cela soit dit à l’intention de ceux qui s’obstinent à prôner l’idée [...] d’une beauté naturelle. » Ainsi, si un espace n’est ni contemplé, ni apprécié, sa présence matérielle ne suffit pas à en faire un paysage[3].

Histoire du paysage en peinture[modifier | modifier le code]

Occident[modifier | modifier le code]

De l'Antiquité au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Paysage de l'Odyssée dans la Maison de la via Graziosa, Ier siècle av. J.-C.

Dans l'antiquité grecque et romaine, le paysage n'est peint que comme fond ou environnement destiné à mettre en contexte une scène principale, L’art étrusque, par exemple, ne le fait que rarement apparaitre, comme dans la Tombe des Chasseurs de la nécropole de Monterozzi où l’on voit la perspective du paysage au-delà des tombants d’un dais. Même s'il s'agit plus de topia, c'est-à-dire de schémas paysagistes plutôt que de paysages réels, Alain Roger parle de « proto-paysage » pour l'Antiquité qui voit la représentation de la nature prendre de plus en plus d'importance au détriment des personnages[4].

Durant tout le Moyen Âge chrétien, le paysage n'est conçu que comme œuvre divine et sa représentation fait référence à son créateur. Le « paysage commentaire », expression du byzantinologue Otto Demus (en), suggère l'accompagnement lyrique de la figure religieuse par le relief (ainsi Dieu est souvent représenté par une montagne)[5].

Pendant la pré-Renaissance italienne des XIIIe et XIVe siècle italiens, les primitifs italiens[6] inventent et introduisent le paysage dans le fond des tableaux pour humaniser la représentation religieuse et la rendre accessible car reconnaissable par leurs spectateurs. Ils remplacent ainsi les fonds dorés (d'un paradis inaccessible) par le bleu du ciel et les paysages bibliques sont calqués sur ceux de l'Italie pour être acceptés facilement. Néanmoins ils servent encore de faire-valoir à une scène religieuse ou allégorique, voire à un portrait. À la Pinacothèque nationale de Sienne, deux petites peintures sur bois, qu’on date généralement de 1338 ou 1339, sont considérées comme les premiers « paysages purs » de l’histoire de la peinture occidentale, à une époque où le paysage est déjà un genre noble à part entière en Orient, même si l’intention de leur auteur est probablement tout autre, ces tableaux étant des morceaux de retables ou des panneaux de coffres[7].

Débuts du paysage comme sujet principal[modifier | modifier le code]

À la Renaissance, le paysage sert à exprimer les utopies urbaines et politiques émergentes. D'abord « perçu » dans les représentations de scènes intérieures à travers le cadre des fenêtres, il va prendre une place de plus en plus importante, jusqu'à occuper toute la surface de la toile, comme dans la célèbre Tempête de Giorgione, première peinture où le paysage occupe la place prépondérante. La peinture de paysage se développe particulièrement à cette époque dans les Pays-Bas où la Réforme protestante interdit les images dans les églises

La critique d'art a ainsi longtemps désigné le peintre anversois Joachim Patinier comme l'inventeur du paysage formant un genre à part et se suffisant à lui-même[8].

Les travaux des champs au mois de mars avec le château de Lusignan à l'arrière-plan. Les Très Riches Heures du duc de Berry (1411-1416)
La tempête de Giorgione (vers 1505)

Parallèlement, les personnages des scènes religieuses en extérieur vont « rétrécir » jusqu'à n'être presque plus symbolisés que par les éléments du paysage (ex. : le Christ par une montagne)[9].

La peinture de paysage à l'époque classique et baroque[modifier | modifier le code]

Le paysage ne prend toutefois véritablement son essor qu'au XVIIe siècle, avec le développement du collectionnisme. En Flandres, la première représentation de paysage indépendant est celle de Joachim Patinier. On[Qui ?] distingue alors trois types de paysages :

  • Le paysage classique, où se trouve représentée une nature idéale, grandiose, domptée par l'Homme. La représentation n'est alors pas crédible, mais recomposée pour sublimer la nature et la rendre parfaite ; en général, une histoire se cache dans ce type de paysages, dont les poncifs sont la présence d'éléments d'architecture romaine, combinés à une montagne ou une colline et à un plan d'eau. Les trois centres importants de ce type de représentations sont Rome, avec Annibale Carracci, le créateur de ce type, et ses suivants l'Albane, Le Dominiquin, Poussin…, mais aussi Paris et la Hollande. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, le paysage constitue le cadre idéal d'une vie sensible à plus de naturel, dans la peinture de Watteau, par exemple.
  • Le paysage naturaliste propose une vision plus humaniste, de l'harmonie entre l'Homme et la nature avec Jacob van Ruisdael et Jan Van Goyen. En général, celle-ci est grandiose, abondante et sauvage, représentée souvent lors de tempêtes et d'orages. Si cette vision est plus crédible, il n'est pas nécessaire qu'un lieu précis soit représenté. On trouve donc des œuvres de ce type chez les petits maîtres des écoles du nord dans la veine du succès obtenu par Ruisdael et Van Goyen, et aussi parfois dans les peintures et gravures de Rubens, Rembrandt et Salvator Rosa.
  • Le paysage topographique, qui représente nécessairement un lieu précis et identifiable, avec une nature présentée de manière plus humble et détaillée, en tout cas plus proche de la réalité observée. Ce genre est assez caractéristique de l'école hollandaise, où les peintres sont extrêmement spécialisés (il existe des peintres de paysages d'hiver, de forêts, de canaux, de villes…) : Vermeer, avec sa célèbre Vue de Delft, en est probablement le représentant le plus célèbre. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le paysage devient un enjeu majeur pour une expérience directe prise sur le motif, dans un souci d'exactitude qui relève de la même démarche que celle des Encyclopédistes. Cette pratique pré-photographique, qui se retrouve dans l'Europe entière, a été soulignée chez des historiens de la photographie. On y trouve aussi bien des topographes comme Claude Joseph Vernet et Thomas Girtin que des peintres de paysage inspirés de l'Antique comme Pierre-Henri de Valenciennes dont les études de ciel sur papier préparé ou Georges Michel et ses vues des lointains de Paris semblent étonnamment « modernes ».
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À partir du préromantisme en Europe : infini et informe du paysage autonome, image de l'homme et de la société[modifier | modifier le code]

À l'époque romantique, le paysage devient acteur ou producteur d'émotions et d'expériences subjectives. Le pittoresque et le sublime apparaissent alors comme deux modes de vision des paysages. Les premiers guides touristiques reprennent ces points de vue pour fabriquer un regard populaire sur les sites et les paysages. Les peintres de l'école de Barbizon, les peintre réalistes voient dans le paysage comme des correspondances se construire avec la société des hommes, qui est alors en pleine mutation et cherche à lire dans le paysage comme une leçon à déchiffrer. Le geste de l'artiste, son pouvoir à déchiffrer le paysage et à le recomposer dans le tableau, devient un facteur important dans la valeur expressive et significative du tableau.

Les peintres modernes comme les photographes découpent des points de vue, structurent, jouent de la lumière[modifier | modifier le code]

En faisant du paysage l'objet d'une observation méticuleuse et relative en termes de lumière et de couleurs, l’impressionnisme lui donne un rôle très différent afin de créer une représentation fidèle à la perception vécue que peut en avoir un observateur. Cette fidélité dans la restitution, qui s'exprime par exemple dans les contrastes et les touches « vibrantes », est sans doute une des sources de la passion pour l'impressionnisme (on parle souvent de « miracle impressionniste » pour l'analyse de phénomènes optiques et lumineux dans le rendu d'artistes comme Claude Monet).

L'énergie immatérielle qui anime et façonne le paysage pousse à une représentation abstraite[modifier | modifier le code]

L'abstraction sous ses différentes formes retirera, dès les premières compositions de Kandinsky, une grande partie de la description détaillée du paysage en y voyant la marque de forces immatérielles, bien que l'on emploie souvent l'expression « paysagisme abstrait » à propos de plusieurs peintres non figuratifs (Bazaine, Le Moal ou Manessier) ou Zao Wou-Ki, dans l'abstraction lyrique, parmi tant d'autres.

Orient[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Shanshui, Yamato-e, Peinture de lettrés et Art chinois.
Estampe chinoise peinte sur un éventail. On peut observer à gauche deux individus dont un à cheval. Ces derniers se rendent probablement à leur maison familiale qui se situe tout à droite de l'estampe.

Le paysage a joué un rôle majeur dans l’iconographie chinoise traditionnelle. Les estampes chinoises, souvent peintes à l'encre, sur du papier, du bambou, de la soie ou encore sur un éventail, où les peintres chinois possèdent leur propre langage pictural : vide, vide médian, plein, souffle[10], véhiculent une conception du paysage différente de celle de l’Occident. L’observation attentive d’une peinture ou d’une estampe chinoise montre souvent un ou plusieurs personnages peints très petits par rapport au paysage. L’effet voulu par les peintres chinois, en les peignant souvent, mais pas toujours, au milieu de la toile, est de donner au spectateur devant la toile l’impression d'être à la place du personnage et de pouvoir bénéficier de la vue de celui-ci.

Le paysage en photographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Photographie de paysage.

Le paysage en littérature[modifier | modifier le code]

Le paysage comme matériau et le Land Art[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Paysagiste.
Article détaillé : Land art.

Le Land Art est une tendance de l'art contemporain utilisant le cadre et les matériaux de la nature. Le plus souvent, les œuvres sont à l'extérieur, exposées aux éléments, et soumises à l'érosion naturelle. De ce fait, elles peuvent disparaître complètement. Les premières œuvres ont été réalisées dans les déserts de l'Ouest américain à la fin des années 1960. Les artistes cherchent à lier l'art et la vie, à arrêter de produire des œuvres destinées à être seulement admirées dans des musées.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Université de Besançon, « Perception des paysages », sur Hypergéo.
  2. Notion empruntée à Montaigne par Alain Roger dans son essai Nus et paysages. Essai sur la fonction de l’art, Paris, Aubier, 1978.
  3. Alain Roger, La Théorie du paysage en France, 1974-1994, Paris, Champ Vallon, , 463 p. (ISBN 978-2-87673-217-9, lire en ligne), p. 444 et 448. Voir aussi du même auteur, Court traité du paysage, Paris, Gallimard, 1997.
  4. Augustin Berque, Cinq propositions pour une théorie du paysage, Seyssel, Champ Vallon, , 122 p., 22 cm (ISBN 978-2-87673-191-2, lire en ligne), p. 121.
  5. (en) Enzo Carli, Mia Cinotti, The landscape in art, New York, Morrow, , 318 p., 29 cm (ISBN 978-0-68803-678-2, lire en ligne), p. 30.
  6. Gilbert Croué, « L’Apparition des paysages à la pré Renaissance », Les primitifs italiens, du ciel d’or divin au ciel bleu de la terre.
  7. Enzo Carli, Les musées de Sienne, Novare, Istituto Geografico de Agostini, , 162 p., 28 cm (lire en ligne), p. 120.
  8. Émile Michel, L’Art du paysage, New York, Parkstone International, , 256 p. (ISBN 978-1-78160-300-0, lire en ligne), p. 41.
  9. (en) James S. Ackerman, Rococo to Romanticism : art and architecture, New York, Garland Pub., , 302 p., 29 cm (ISBN 978-0-82402-420-8, lire en ligne), p. 334.
  10. François Cheng, Vide et Plein, Paris, Seuil, , 157 p. (ISBN 978-2-02012-575-8).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Michel Croisille, Paysages dans la peinture romaine : aux origines d’un genre pictural, Paris, Picard, coll. « « Antiqua », 13) », , 158 p. (ISBN 978-2-70840-865-4).
  • Aurélie Gendrat-Claudel, Le paysage, « fenêtre ouverte » sur le roman : le cas de l'Italie romantique, Paris, PUPS, , 445 p. (ISBN 978-2-84050-530-3).
  • Alain Mérot, Du paysage en peinture, Paris, Gallimard, , 443 p. (ISBN 978-2-07-078108-9).
  • Nicole Vandier-Nicolas (textes choisis, traduits du chinois et présentés par), Esthétique et peinture de paysages en Chine : des origines aux Song, Paris, Klincksieck, , 147 p. (ISBN 978-2-25202-366-2).
  • Damien Ziegler (préf. Patrick Brion), La Représentation du paysage au cinéma, Paris, Bazaar & Co, coll. « « cinébazaar » », , 294 p. (ISBN 978-2-917339-11-4), chap. 3.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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