Patrick Boucheron

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Patrick Boucheron
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Patrick Boucheron lors du Festival international de géographie 2016.

Naissance
Paris
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français

Patrick Boucheron, né en 1965 à Paris, est un universitaire, écrivain, historien et éditeur français.

Spécialiste du Moyen Âge et de la Renaissance, particulièrement en Italie, il est, depuis 2015, président du conseil scientifique de l’École française de Rome. Il a été élu la même année professeur au Collège de France sur la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècles »[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Reçu premier au concours de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud en 1985, premier à l'agrégation d'histoire en 1988[2], il soutient son doctorat intitulé Le pouvoir de bâtir : urbanisme et politique édilitaire à Milan aux XIVe et XVe siècles en 1994 et devient maître de conférences à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud avant de rejoindre l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en 1999[3]. Il est membre de l’Institut universitaire de France de 2004 à 2009 et il soutient une habilitation à diriger des recherches en 2009. Il est professeur d'histoire du Moyen Âge à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne de 2012 à 2015. Parmi ses maîtres figurent Jean-Louis Biget, son professeur à l'ENS, et Pierre Toubert, qui a dirigé sa thèse, ainsi que Claude Gauvard et Jean-Philippe Genet, avec lesquels il a travaillé à la Sorbonne. Son domaine de recherche est l’Italie médiévale — ses villes, ses princes, ses artistes — mais aussi l’écriture de l’histoire aujourd’hui. Il a aussi mené un cycle de recherche sur l'espace public au Moyen Âge, conjointement avec Nicolas Offenstadt. Son livre Léonard et Machiavel constitue une tentative pour mêler récit historiographique et littérature, en comblant par l'écriture les silences des sources (en l'occurrence, les sources sur une possible rencontre entre Léonard de Vinci et Nicolas Machiavel).

Il intervient régulièrement sur France culture[4] et donne des conférences tous les ans au Banquet du livre de Lagrasse[5],[6]. Il collabore, depuis 2000, au magazine L'Histoire, où il siège au comité de rédaction, et au journal Le Monde (Le Monde des livres) depuis 2007.

Il a été directeur des Publications de la Sorbonne[7] de 2012 à 2015. Il est également conseiller éditorial aux éditions du Seuil pour la collection « L'Univers historique »[8], après avoir dirigé une collection historique aux éditions Alma.

En 2015, à la fin de l'année universitaire, il est nommé professeur au Collège de France pour une chaire intitulée « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale (XIIIe – XVIe siècles) »[9]. Avec l'arrivée de Patrick Boucheron, dont Eric Aeschimann de L'Obs décrit comment sa leçon inaugurale prend à partie le monde universitaire, « le Collège de France vire à gauche »[10].

Contre les romans nationaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire mondiale de la France.

En 2017, sous sa direction est publiée une Histoire mondiale de la France. Confronté au « récit entraînant du roman national » , Patrick Boucheron estime nécessaire d'« organiser la résistance face à ce type d’offensive idéologique »[11], une démarche « délibérément politique » selon L'Obs[12].

L'ouvrage part d'une intuition de Jules Michelet, selon laquelle « Ce ne serait pas trop de l’histoire du monde pour expliquer la France »[13]. Ainsi précise Boucheron, de nouvelles dates sont « réintégrées dans le récit national : le coup d'État de Pinochet en 1973 n’est-il pas aussi une date de l’histoire française dans la mesure où cet événement produit dans les consciences politiques une entaille profonde ? »[13]. Selon Les Inrocks, cette histoire de France veut « se déprendre d’une vision étriquée et rétrécie d’un paradis perdu »[13]. Libération présente le livre comme étant celui d'une histoire où Frantz Fanon, Dominique de Villepin et Simone de Beauvoir détrônent Napoléon, Clovis et Jeanne d’Arc au panthéon des Grands Hommes[14].

Se présentant comme « dépassionnée », cette Histoire mondiale de la France reste quand même, selon Boucheron, « grosse des inquiétudes du présent. »[15]

Les succès de l'histoire non universitaire sont, selon lui, pour partie, le résultat de sa génération d'historiens qui « s’est peut-être enfermée dans une sorte de « chic intellectuel », une conception un peu « artiste » de l’histoire, de son écriture, inévitablement élitiste dans son allure et dans ses sujets » se spécialisant par exemple en histoire médiévale sur les révoltés, les marginaux, les prostituées délaissant d'autres pans importants de l'histoire[11].

Pour Patrick Boucheron, « le défi qui est devant la gauche est celui de réarmer l’idée de progrès [...] Il faut réinventer une manière d’y croire à nouveau et de mener la bataille d’idées. »[11] Et selon Libération, « malgré les précautions oratoires de Patrick Boucheron, il s’agit bien de produire un autre récit qui fait la part belle aux idées progressistes : métissage, égalité, mixité, ouverture… »[14] Le quotidien se pose tout de même la question si « en accumulant les références aux migrations, à la religion - rencontres et chocs successifs, notamment, entre christianisme et islam -, à la mondialisation et à l’écologie, Histoire mondiale de la France ne frise-t-elle pas l’anachronisme ? N’y a-t-il pas un risque à retracer le passé à travers les obsessions d’aujourd’hui ? »[14]

Pour l’historien Jean-Pierre Rioux, « l’entreprise [...] est bourrée de science neuve et de talent »[14].

Pour l'essayiste Alain Finkielkraut, Patrick Boucheron serait caractéristique d'un enseignement de l'histoire « que nul scrupule, nulle probité intellectuelle n'arrête, quand il s'agit de souligner les failles et les fautes de la France dans son rapport à l'altérité »[16]. L’ouvrage serait un « bréviaire de la bien-pensance et de la soumission ». Il décrit ses auteurs comme des « fossoyeurs du grand héritage français » qui « n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume » mettant en doute que le fait d'affirmer qu'il n’y a pas de civilisation française et la France n’a rien de spécifiquement français puisse contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble[12].

Eric Zemmour dans un article intitulé « Dissoudre la France en 800 pages », fait un compte rendu critique de l'ouvrage qui s'inscrit, selon lui, dans la volonté de déconstruction de notre « roman national » présente dans l'Éducation nationale depuis les années 1970. Il dénonce une histoire selon laquelle il n’y aurait « pas de races, pas d’ethnies, pas de peuple », mais que des « nomades » et estime que Boucheron veut « renouer avec le roman national, mais ne garder que le roman pour tuer le national ». Le parti pris particulier de l'ouvrage serait que « tout ce qui vient de l’étranger est bon »[17].

La presse a apporté un large soutien médiatique à cette « Histoire mondiale » ce qui a eu pour conséquence de multiplier les ventes[12].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le pouvoir de bâtir : urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, Collection de l’École française de Rome, 239, 1998.
  • Les palais dans la ville : espaces urbains et lieux de la puissance publique dans la Méditerranée médiévale (direction, en collaboration avec Jacques Chiffoleau), Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2004.
  • Les villes d’Italie (vers 1150-vers 1340), Paris, Belin, 2004.
  • Léonard et Machiavel, Paris, Verdier, 2008, rééd. Verdier/poche 2013.
  • Le mot qui tue : une histoire des violences intellectuelles de l’Antiquité à nos jours, Paris, Champ Vallon, 2009 (direction, en collaboration avec Vincent Azoulay).
  • Histoire du monde au XVe siècle, Paris, Fayard, 2009, rééd. 2 vol., Paris, Pluriel, 2012 (direction).
  • Faire profession d’historien, Paris, Publications de la Sorbonne, 2010.
  • L’espace public au Moyen Âge : débats autour de Jürgen Habermas, Paris, PUF, 2011 (direction, en collaboration avec Nicolas Offenstadt).
  • La ville médiévale, Paris, Points Seuil, 2011 (en collaboration avec Denis Menjot).
  • L’entretemps : conversations sur l’histoire, Paris, Verdier, 2012.
  • Léonard de Vinci : la nature et l’invention, Paris, La Martinière, 2012 (direction, en collaboration avec Claudio Giorgione).
  • L’histoire au conditionnel, Paris, Mille et une Nuits, 2012 (en collaboration avec Sylvain Venayre).
  • Conjurer la peur : Sienne, 1338 : essai sur la force politique des images, Paris, éditions du Seuil, octobre 2013, (ISBN 978-2-02113-499-5).
  • Pour une histoire-monde, Paris, PUF, 2013 (en collaboration avec Nicolas Delalande).
  • De l'éloquence architecturale. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), Paris, Éditions B2, 2014.
  • Prendre dates, Paris, Verdier, 2015 (co-écrit avec Mathieu Riboulet)
  • Ce que peut l'histoire (Leçon inaugurale au Collège de France), Paris, Fayard/Collège de France, 2016.
  • Comment se révolter, Paris, Bayard, 2016 (ISBN 2227489243).
  • Histoire mondiale de la France, Paris, Le Seuil, 2017 (direction, en collaboration avec Nicolas Delalande, Florian Mazel, Yann Potin et Pierre Singaravélou).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Biographie », sur www.college-de-france.fr (consulté le 4 octobre 2016)
  2. « Concours - Agrégation », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  3. Biographie de Patrick Boucheron sur le site du Collège de France.
  4. http://www.franceculture.fr/personne-patrick-boucheron.html/
  5. Sophie Walon-Lagrasse (Aude), envoyée spéciale, « Au Banquet du livre de Lagrasse, l'ivresse de la pensée littéraire et philosophique », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  6. Julie Clarini (Lagrasse (Aude), « Banquet du livre : Platon dans la garrigue », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  7. http://www.univ-paris1.fr/services/publications-de-la-sorbonne/comite-editorial/
  8. « La vie de l'édition | L'Histoire », sur www.histoire.presse.fr (consulté le 18 avril 2016)
  9. « Patrick Boucheron », sur www.college-de-france.fr (consulté le 18 avril 2016)
  10. Histoire : le Collège de France vire à gauche, nouvelobs.com, 19 décembre 2015
  11. a, b et c Patrick Boucheron : « Il faut réinventer une manière de mener la bataille d’idées », entretien, humanite.fr, 5 janvier 2017
  12. a, b et c "Histoire mondiale de la France": le livre qui exaspère Finkielkraut, Zemmour et Cie, nouvelobs.com, 1er février 2017
  13. a, b et c Patrick Boucheron invite à une histoire élargie de la France, lesinrocks.com, 17 janvier 2017
  14. a, b, c et d Une autre histoire de France est possible, liberation.fr, 10 janvier 2017
  15. http://www.lejdd.fr/Societe/L-historien-Patrick-Boucheron-La-France-est-objectivement-une-puissance-surevaluee-839734, entretien, lejdd.fr, 17 janvier 2017
  16. Alain Finkielkraut et la colonisation : “La fusée Macron s’est ensablée en Algérie”, Alain Finkielkraut, L’esprit de l’escalier, à partir de 7min15, 19 février 2017
  17. « Dissoudre la France en 800 pages », Éric Zemmour, lefigaro.fr, 18 janvier 2017

Liens externes[modifier | modifier le code]