Edvard Munch

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Edvard Munch

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Edvard Munch en 1933

Naissance
Ådalsbruk, Løten (Norvège)
Décès (à 80 ans)
Oslo (Norvège)
Nationalité Drapeau de Norvège Norvégien
Activités Peintre
Mouvement artistique Expressionnisme

Œuvres réputées

Le Cri (1893)
La Madone (1894)

Edvard Munch (ˈɛdvɑʁd ˈmʉŋk) (12 décembre 1863 - 23 janvier 1944)[1] est un peintre expressionniste norvégien.

Edvard Munch peut être considéré comme le pionnier de l'expressionnisme dans la peinture moderne. Il est très tôt réputé pour son appartenance à une nouvelle époque artistique en Allemagne et en Europe centrale, et son œuvre et son importance sont aujourd'hui reconnues en Europe et dans le monde. Les œuvres de Munch les plus connues sont celles des années 1890, notamment Le Cri.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Edvard Munch naît le 12 décembre 1863 à Løten. Il grandit dans la capitale norvégienne Oslo, qui s'appelait à l'époque Christiana. Son père, Christian Munch — frère de l'historien Peter Andreas Munch (no) — est un médecin militaire profondément religieux, aux revenus modestes. Sa mère meurt de tuberculose alors qu'Edvard n'a que cinq ans. Il poursuit ses études secondaires à l'école de la cathédrale de Christiana. Il est aussi de faible constitution, mais c'est sa sœur aînée Sophie qui est la victime suivante de la phtisie (une des formes de la tuberculose). Une plus jeune sœur est rapidement diagnostiquée comme souffrant de « mélancolie » (aujourd'hui dépression). Des cinq enfants, seul son frère Andréas se marie, mais il meurt quelques mois après son mariage. Munch revient le plus souvent aux impressions de maladie, de mort et de tristesse.

Réalisme[modifier | modifier le code]

Munch étudie deux années à l'école technique avant de se consacrer très sérieusement à l'art. Il étudie les anciens maîtres, suit le cours de dessin de nu à l'école royale de dessin et obtient pendant un temps la correction du plus grand naturaliste norvégien de l'époque, Christian Krohg. Ses premières œuvres sont imprégnées du réalisme français et rapidement il se révèle comme un grand talent.

La maison de Munch à Åsgårdstrand

En 1885, Munch effectue un court séjour à Paris. Cette même année il commence son travail sur un tableau décisif l'Enfant malade. Pour Munch, il s'agit de sa sœur Sophie. Il travaille longtemps sur ce tableau, à la recherche d'une première impression et d'une expression picturale satisfaisante pour transcrire une expérience personnelle douloureuse. Il renonce à l'espace et à la forme plastique et opte pour une composition rappelant une icône. La surface du tableau montre les signes d'un processus créatif difficile. La critique est très négative.

Les œuvres principales des années suivantes sont moins provocantes par leur forme. Inger à la plage en 1889 montre l'aptitude de Munch à la représentation d'atmosphère lyrique, dans la même veine que le néoromantisme de l'époque. Il peint ce tableau à Åsgårdstrand, une petite ville du littoral des alentours de Horten. Le littoral très sinueux, caractéristique de cette région, se retrouve comme leitmotiv significatif dans de nombreuses compositions de Munch.

Plaque commémorative sur la maison qu'il a occupée à Åsgårdstrand.

Christiana-Bohème[modifier | modifier le code]

En 1889, il peint notamment le portrait de l'auteur norvégien du roman Scènes de la Bohème de Kristiania, Hans Jæger. La fréquentation dans la deuxième moitié des années 1880 de Jæger et de son cercle d'anarchistes radicaux marque un tournant décisif dans la vie de Munch et est la source d'une mutation et d'un conflit interne. C'est à cette époque que commence sa vaste production biographique-littéraire, qu'il reprendra à plusieurs moments de son existence. Ces premiers dessins fonctionnent comme des « consultations » des différentes motivations centrales des années 1890. En accord avec les idées de Jæger, il veut retranscrire par une capture la plus proche et la plus fidèle possible les affres et les ennuis de la vie moderne : il veut « peindre sa propre vie ».

France[modifier | modifier le code]

À l'automne 1889, Munch a droit à une grande exposition de ses œuvres à Christiana, où l'État lui accorde une bourse d'artiste pour trois ans. Paris, où il devient pour un moment l'élève de Léon Bonnat, est une destination logique. Mais l'impulsion la plus importante, il la ressent en s'orientant dans la vie artistique de la ville. C'est à cette époque que perce un mouvement post-impressionniste avec plusieurs expériences anti-naturalistes. Cela a pour effet de libérer Munch. « L'appareil photo ne peut pas concurrencer le pinceau et la palette, » écrit-il, « tant que l'on ne peut pas l'utiliser au Paradis ou en Enfer. »

Peu après son arrivée à Paris, Munch reçoit la nouvelle de la mort de son père. C'est dans ce contexte que l'on interprète souvent la solitude et la mélancolie de son tableau Nuit (1890). L'intérieur sombre avec la seule figure à la fenêtre est totalement dominée par les tons bleus, une peinture « ton sur ton » qui rappelle les accords de couleur nocturnes de James McNeill Whistler. Cette œuvre moderne et unique est aussi une expression de la « décadence » des dernières années du XIXe siècle.

Lors de son exposition de l'automne 1891 à Christiana, Munch montre entre autres de la mélancolie. Dans ses tableaux dominent les grandes lignes courbes et les zones de couleurs homogènes, une simplification et une stylisation utilisée par Paul Gauguin et les synthétistes français. « Symbolisme - la nature a été formée dans une ambiance morale » écrit Munch.

À cette époque, il réalise les premières esquisses de son œuvre la plus connue, Le Cri. Il peint également une série de tableaux dans un style impressionniste et pointilliste, avec des motifs de la Seine ou de la rue de parade de Christiana, Karl Johan. Mais ce qui intéresse surtout Munch, ce sont les impressions de l'âme et non celles des yeux.

Allemagne[modifier | modifier le code]

À l'automne 1892 Munch présente les fruits de son séjour français. À la suite de cette exposition il est invité par le « club d'art de Berlin » (Berliner Kunstverein), où ces mêmes œuvres doivent être exposées. Mais cela finit par un cauchemardesque « succès de scandale ». Le public et les vieux peintres comprennent Munch comme une provocation anarchiste, et l'exposition est fermée à cause de la protestation.

Munch s'est ainsi fait un nom à Berlin lorsqu'il se décide à y rester. Il entre dans un cercle de littéraires, d'artistes et d'intellectuels où les Scandinaves sont fortement représentés. On y retrouve entre autres le dramaturge suédois August Strindberg, le sculpteur norvégien Gustav Vigeland, le poète polonais Stanisław Przybyszewski, l'écrivain danois Holger Drachmann et l'historien de l'art allemand Julius Meier-Gräfe. On y discute de la philosophie de Nietzsche ainsi que d'occultisme, de psychologie et des côtés sombres de la sexualité.

En décembre 1893, Munch expose sur l'avenue Unter den Linden. Il présente entre autres six peintures sous le titre Étude en une série : l'Amour. Cela marque le début de ce qui deviendra le cycle La Frise de la Vie (Lebensfries), « un poème sur la Vie, l'Amour, la Mort ». On y retrouve des motifs saturés d'ambiance (stimmungsgesättigt), comme La tempête, Clair de lune et Nuit étoilée, où l'on peut sentir l'influence du Germano-Suisse Arnold Böcklin. D'autres motifs éclairent le côté nocturne de l'amour, comme Rose et Amélie et Vampire. Plusieurs tableaux ont la mort comme thème, et le plus marquant est La mort dans la chambre de la malade. Dans cette composition se remarquent notamment les dettes de Munch envers les synthétistes et les symbolistes français. Avec ses couleurs crues et blafardes, le tableau montre une scène fortement figée, comparable au tableau final d'une pièce d'Ibsen. La scène rappelle la mort de sa sœur Sophie, et toute la famille est représentée. La mourante, assise dans un fauteuil, est représentée de dos, mais attire le regard sur le personnage qui représente Munch lui-même.

L'année suivante, la frise continue avec des tableaux comme La Peur, Cendres, Madone, Sphinx ou Les Trois Âges de la femme, un tableau monumental totalement dans l'esprit du symbolisme. En commun avec Meier-Gräfe, entre autres, Przybyszewski réalise en 1894 la première publication sur l'œuvre de Munch. Il la décrit comme « réalisme psychique ».

Retour en France[modifier | modifier le code]

En 1896, Munch abandonne Berlin pour Paris, où séjournent notamment August Strindberg et Meier-Gräfe. Il se concentre de plus en plus sur les moyens graphiques, aux dépens de la peinture. À Berlin, il avait commencé avec la gravure à l'eau forte et la lithographie ; il réalise maintenant en collaboration avec le célèbre imprimeur Auguste Clot des lithographies en couleurs et sa première gravure sur bois. Il prévoit aussi la production d'une frise sous le nom Le miroir. Sa maîtrise souveraine des moyens graphiques et sa grande originalité artistique font qu'il est aujourd'hui reconnu comme un classique des arts graphiques.

Il réalise deux affiches de programmes pour des pièces d'Henrik Ibsen au théâtre de l'Œuvre tandis que l'illustration des Fleurs du Mal de Baudelaire reste inachevée.

De retour en Norvège en 1898, il réalise les illustrations d'une édition spéciale du journal allemand Quickborn, avec des textes d'August Strindberg. Il fait la connaissance de Tulla Larsen, avec laquelle il entreprend en 1899 un grand voyage: Paris, Nice, Berlin, Florence et Rome.

Belle Époque[modifier | modifier le code]

À la Belle Époque, Munch essaie de finir sa frise. Il peint une série de nouveaux tableaux, certains dans des formats plus grands, partiellement empreints de l'esthétique du Jugendstil. Pour le grand tableau Métabolisme (1898), il réalise un cadre en bois avec des reliefs sculptés. Il reçoit d'abord le nom de Adam et Ève et occupe la place centrale du mythe du péché originel dans la philosophie pessimiste de l'amour de Munch. Des œuvres comme La croix vide ou Golgotha (tous les deux de 1900) reflètent une orientation métaphysique de l'époque et sont également un écho de la jeunesse de Munch dans un milieu de piété.

Une relation amoureuse épuisante à cette époque conforte Munch dans le fait de vivre l'art comme une vocation.

La Belle Époque est une phase ininterrompue d'expériences. Un style décoratif et vif se manifeste, influencé par l'art des Nabis, notamment de Maurice Denis. Déjà en 1899, Munch peint La danse de la vie, tableau qui peut être résumé comme une « monumentalisation » personnelle et audacieuse de ce style décoratif. Une série de paysages du fjord de Christiana, études délicates et décoratives de la nature, sont considérées comme le paroxysme du symbolisme nordique. Il peint Les filles sur le pont, tableau classique chargé d'émotions, pendant l'été 1901 à Åsgårdstrand.

Succès et crise[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, Munch était en position de construire une véritable carrière. En 1902, il présente à l'exposition de Sécession à Berlin pour la première fois la frise dans son intégralité. Une exposition de Munch à Prague influence de nombreux artistes tchèques. Les portraits, souvent en pied, prennent une place de plus en plus importante dans son œuvre. Le portrait de groupe Les Quatre Fils du docteur Max Linde (1904) compte parmi les plus grands chefs-d'œuvre du portrait moderne. Mais sa vie personnelle n'est pas simple: en 1902, au cours d'une scène violente avec Tulla Larsen, il se blesse d'un coup de revolver à la main gauche. En 1908, souffrant de dépression et d'hallucinations, il séjourne six mois dans une clinique à Copenhague. Le tableau La mort de Marat (1907) laisse apparaître des sentiments de mort. En 1916 Munch achète une confortable maison à Skoyen, près d'Oslo. Il y mène une existence solitaire, mais apaisée, très honoré, et il continue à peindre.

Durant sa vieillesse, il a des problèmes oculaires (hémorragie du vitré) avec la vision de corps flottants importants qu'il a représentés dans certains de ses tableaux[2].

Dans les années 1930 et 1940, les nazis jugeront son œuvre « art dégénéré » et retireront ses tableaux des musées allemands. Munch sera profondément remué par cette situation, lui qui était antifasciste et qui considérait l'Allemagne comme sa seconde patrie.

Décès[modifier | modifier le code]

Edvard Munch décède à Ekely, près d'Oslo, le 23 janvier 1944, un mois après ses 80 ans. Il lègue environ un millier de tableaux, 4 500 dessins et aquarelles et six sculptures à la ville d'Oslo, qui construit en son honneur le Musée Munch à Tøyen. La construction d'un nouveau musée a été annoncée par la municipalité d'Oslo le 28 mai 2013[3].

L'effigie d'Edvard Munch apparaît sur les billets de 1 000 krone, la monnaie norvégienne[4].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Signature de Munch

Le Cri (Skrik, 1893) est probablement son œuvre la plus connue. Comme dans le cas de beaucoup de ses œuvres, il en a peint plusieurs versions. Le Cri est une pièce de la série La Frise de la Vie, que Munch a assemblée au tournant du siècle ; il traite d'une manière récurrente des thèmes de la vie, de l'amour, de la peur et de la mort.

La collection la plus importante de ses œuvres se trouve au Munchmuseet (le Musée Munch) à Tøyen dans Oslo. Quelques-unes de ses peintures se trouvent à la Nasjonalgalleriet, la galerie nationale d'Oslo. Le bar Dagligstuen de l'Hotel Continental d'Oslo possède de nombreuses impressions.

Le Cri et La Madone ont été volés le 22 août 2004 au musée Munch d'Oslo. Ils ont été récupérés dans des circonstances non connues en août 2006 en Norvège. Les deux œuvres ensemble sont estimées à 100 millions de dollars[Quand ?]. Le Cri a été récemment vendu à 119 millions de dollars.

Œuvres sur Edvard Munch[modifier | modifier le code]

La vie et l'œuvre du peintre ont donné naissance à d'autres œuvres, parmi lesquelles le film Edvard Munch, la danse de la vie, de Peter Watkins, une biographie des jeunes années de l'artiste, filmée dans des lieux où ce dernier habita, avec des acteurs non professionnels, et dans des tons proches de ceux des toiles de Munch.

Dominique Dussidour, dans un essai intitulé Si c'est l'enfer qu'il voit, insiste au contraire sur sa très grande période de création, à partir de 1909, au sortir de la clinique du docteur Jacobson à Copenhague où il s'était fait soigner pour alcoolisme. Prenant appui sur la correspondance de l'artiste, elle retrace ses efforts pour voir les choses, les paysages et les gens sans tenir compte des conventions ni des convenances. [5]

Rétrospectives[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Caroline Diez et Edde, Edvard Munch : l'œil moderne, Centre national d'art et de culture Georges Pompidou (Paris), Schirn Kunsthalle (Francfort-sur-le-Main), Tate Modern (Londres),‎ 2011, 59 p. (ISBN 978-2-84426-538-8)
    catalogue d'exposition
  • Dominique Dussidour, Si c'est l'enfer qu'il voit : dans l'atelier d'Edvard Munch, Paris, Gallimard, coll. « L'un et l'autre »,‎ 2006, 236 p. (ISBN 2-07-078119-4)
  • Ingrid Junillon, Edvard Munch face à Henrik Ibsen : impressions d'un lecteur, Louvain, Peeters,‎ 2009, 487 p. (ISBN 978-90-429-2252-5)
    texte remanié d'une thèse d'Histoire de l'art, Lyon 2, 2001
  • Atle Næss (trad. Hélène Hervieu), Munch : les couleurs de la névrose, Paris, Hazan,‎ 2011, 470 p. (ISBN 978-2-7541-0535-4)
  • Gérard Titus-Carmel, Edvard Munch : entre chambre et ciel, Besançon, Virgile,‎ 2007, 102 p. (ISBN 978-2-914-48158-8)
  • Frédérique Toudoire-Surlapierre, La dernière fois ; suivi de Entre l'horloge et le lit : le dernier affrontement d'Edvard Munch, Chatou, Éditions. de la Transparence,‎ 2007, 284 p. (ISBN 978-2-35051-024-8)
  • Jean-François Chevrier, « Le « drame de la vie » : Edvard Munch », dans L'Hallucination artistique, L'Arachnéen,‎ 2012, 688 p. (ISBN 978-2-9529302-9-1)


Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Edvard Munch, la danse de la vie, film de Peter Watkins (1974)
  • Le Cri, court métrage de Jacky Chavaudret (2001)
  • Edvard Munch, ou L'« anti-cri », parcours dans l'exposition à la Pinacothèque de Paris, 19 février-18 juillet 2010, film documentaire réalisé par Dov Bezman et Frédérike Morlière, Pinacothèque de Paris, 2010, 44 min 15 (DVD, contient également un entretien avec Marc Restellini)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]