Panorama (peinture)

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Un panorama (du grec pan, tout, et horama, spectacle) est une peinture à 360 degrés de grande dimension, dont la production s'étend essentiellement entre la toute fin du XVIIIe et le début du XXe siècle, développée sur le mur intérieur d'une rotonde et donnant l'illusion de la réalité par des effets de perspective et de trompe-l'œil. Le bâtiment qui l'abrite a été appelé panorama ou parfois cyclorama et comprend un dispositif d'immersion (estrade, plancher, système d'éclairage, etc.). Par extension, bâtiment et procédé tendent à se confondrent.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les deux rotondes situées à l'entrée du passage des panoramas (Paris, vers 1820, musée Carnavalet).
Le village néerlandais de Scheveningen, une petite section du panorama Mesdag (1880–1881), avec un faux terrain au premier plan.

Les panoramas se présentaient sous la forme suivante : le spectateur était invité à entrer dans la rotonde en empruntant un tunnel plongé dans l'obscurité. Il débouchait alors au milieu d'une peinture circulaire dont il ne pouvait voir ni le haut, caché par un paravent, ni le bas, à cause d'une rambarde qui le maintenait à distance du tableau. La source de lumière était de même masquée par le paravent[1]. La toile, d'environ 7 mètres de haut et couvrant des murs circulaires de 17 à 50 mètres de diamètres[2], était exposée le plus souvent lors d'expositions et circulait d'une ville à l'autre, voire d'un pays à l'autre.

Les peintres panoramistes[modifier | modifier le code]

L'inventeur[modifier | modifier le code]

Le 19 juin 1787, le peintre britannique Robert Barker fait breveter son invention, une peinture circulaire qui absorbe l’observateur dans la scène représentée grâce à sa circularité et à l'éclairage particulier[3]. Il ouvre une première rotonde à Leicester Square qui présente des centaines de vues jusqu'à sa fermeture en 1861.

Les autres peintres[modifier | modifier le code]

Le premier grand panoramiste français est Pierre Prévost (1764-1823)[4].

En avril 1799, Robert Fulton obtient un brevet d'exploitation pour la France de l'invention de Barker et fait construire la première rotonde panoramique à Paris dans les jardins de l'hôtel de Montmorency-Luxembourg où il expose une toile de Prévost intitulée Vue de Paris depuis les Tuileries[5] qu'il compose avec l'aide des peintres Constant Bourgeois, Denis Fontaine et Jean Mouchet[6].

Article détaillé : Passage des panoramas.

Revendant le brevet à James William Thayer (1763-1835), celui-ci embaucha Prévost, entre autres, pour concevoir les grands panneaux, et fit construire deux rotondes au même endroit. Des dizaines de lieux d'exposition ouvrirent à Paris et en France tout au long du XIXe siècle sous forme de rotonde dont les armatures furent d'abord en bois, puis en fonte. Des panoramas peints ont été exécutés par exemple durant le règne de Napoléon pour représenter ses faits militaires.

Jean-Charles Langlois (1789-1870), dit Le colonel, connut également le succès avec ses peintures panoramiques. Il fut l'un des premiers à inclure des objets réels pour faire la transition entre la toile et le spectateur[7]. Théophile Poilpot (1848-1915) fut réputé pour ses panoramas de batailles. Édouard Detaille et Alphonse de Neuville réalisent deux grands panoramas des batailles de Champigny et de de Rezonville, qui sont découpés et vendus en tableaux.

En Allemagne, Louis Braun (1836-1916) est le peintre du panorama de Sedan, présenté à Francfort-sur-le-Main. Anton von Werner présente un panorama de la bataille de Sedan à Berlin, sur l'Alexanderplatz en 1881.

Panorama et cyclorama[modifier | modifier le code]

Panorama et cyclorama tendent à devenir synonymes vers 1880 : le deuxième terme est courant chez les Anglo-saxons, tandis qu'en France, par exemple, il tend à définir de préférence un dispositif propre à la scénographie théâtrale (voir cyclorama (théâtre)).

On relève que le cyclorama de Jérusalem (Panorama de Jérusalem au moment de la crucifixion du Christ, 1883) de l'artiste Paul Philippoteaux est l'un des plus grands du monde, mesurant 13 m de haut sur 115 m de long (Sainte-Anne-de-Beaupré, Québec) ; un autre panorama de Philippoteaux, le Gettysburg Cyclorama, fut traduit en quatre versions, dont une lontemps exposée dans la ville de Boston, dans le Cyclorama Building (en), un bâtiment construit à cet effet en 1884. Une dizaine d'années plus tôt, Philippoteaux avait commencé à réaliser des peintures en cyclorama avec son père en s'inspirant des événements militaires entre autres de la guerre de 1870 et de la guerre de sécession[8]. Il ne fut pas le seul : Lucien-Pierre Sergent et Joseph Bertrand illustrèrent également de cette façon certaines batailles de la guerre civile américaine qui eurent un gros succès et furent exposées à New York, Chicago, San Francisco et Tokyo (1891) dans des installations démontables et itinérantes. En 1885, Eugen Bracht présentait dans une rotonde à Philadelphie et à Kansas City la Bataille de Chattanooga.

Durant l'exposition universelle de 1900 à Paris, fut présenté le Cinéorama qui s'inspire de ce dispositif.

Panoramas subsistants[modifier | modifier le code]

Des centaines de panoramas ont été réalisés, et seulement une trentaine est parvenue jusqu'à nous. L'un des plus récents est celui de la Bataille de Stalingrad exposée à Volgograd, mesurant 16 m de haut sur 120 m de long, la plus grande peinture existante en Russie.

Bâtiments[modifier | modifier le code]

à Bruxelles
Article détaillé : Panorama du Caire.
  • Un autre bâtiment existe toujours dans le centre de la ville et a été transformé en parking, le Parking Panorama, entrées 10 boulevard Maurice Lemonnier et 19 rue Van Helmont. Le bâtiment, connu à l'époque sous le nom de rotonde Castellani, a été construit en 1879 sur les plans de l'architecte Henri Rieck et a été utilisé comme panorama jusqu'en 1924. La charpente métallique d'origine est visible depuis le troisième étage du parking.
Article détaillé : Rotonde Castellani.
à Waterloo

La toile du panorama de la bataille est toujours accrochée dans le bâtiment originel de 1912, au pied de la butte du Lion.

à Paris
en Allemagne

Peinture[modifier | modifier le code]

Panoramas disparus[modifier | modifier le code]

Bâtiments[modifier | modifier le code]

Affiche pour The Mississippi River Panorama de John Banvard présenté à l'Amory Hall de Boston (1847).
à Paris
  • Seul le nom du passage des Panoramas témoigne encore de l'existence de deux rotondes d'exposition qui se trouvaient autrefois de part et d'autre de l'entrée située sur le boulevard Montmartre ;
  • le panorama de la rue des Marais-Saint-Martin (1831, diamètre extérieur 38 m, intérieur 35 m, hauteur 15 m), aujourd'hui Rue Albert-Thomas, fut la première salle exploitée par Jean-Charles Langlois ;
  • la rotonde des Panoramas des Champs-Élysées (1839, diamètre 40 m, hauteur 15 m), seconde salle bâtie pour Jean-Charles Langlois par l'architecte Jacques Hittorff dans le grand carré des Champs-Élysées (aujourd'hui Jardins des Champs-Élysées) a été miraculeusement épargnée par le grand chantier ouvert pour la construction du Palais de l'Industrie (1855). Située plus au sud, elle fut annexée à ce dernier pour la durée de l'Exposition universelle de 1855, puis finalement démolie l'année suivante pour permettre l'aménagement d'un chemin d'accès à la Seine[15]. Elle n'est pas à confondre avec le troisième des panoramas dirigés successivement par Langlois, connu sous le nom de Panorama national (voir ci-devant le paragraphe sur les panoramas subsistants).
aux États-Unis
  • Le Panorama du Mississippi de John Banvard (en), achevé en 1846, montrant le paysage de la rivière sur une bande de 4 570 m sur 3,65 m de haut, considéré comme le plus grand du monde : les rouleaux, stockés dans un hangar de Coldspring Harbour (New York) prirent feu en 1891[16].

Peinture[modifier | modifier le code]

Panoramas au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. G. Bapst, p. 1-6
  2. G. Bapst, p.8
  3. G. Bapst, p. 7
  4. Louis du Chalard & Antoine Gautier, Les panoramas orientaux du peintre Pierre Prévost (1764-1823), in Orients, Bulletin de l'association des anciens élèves et amis des langues orientales, juin 2010, p. 85-108.
  5. Le titre proposé à l'époque fut : Le Panorama ou tableau sans bornes, représentant une superbe vue de Paris et de ses environs, prise du haut du Palais des Tuileries, l'adresse était au Jardin dit d´Apollon, boulevard de Montmartre et le prix d´entrée de 1,50 francs par personne.
  6. (en) Don Herweck, Robert Fulton: Engineer of the Steamboat, Minneapolis, Compass Point Books, 2008, 40 p. (ISBN 978-0-75653-961-0), p. 17
  7. G. Baps, p. 22
  8. (en) Dean S. Thomas, The Gettysburg Cyclorama: A Portrayal of the High Tide of the Confederacy Gettysburg, Pennsylvania: Thomas Publications, 1989, pp. 17–19.
  9. En 1906, on lui donna le sobriquet de Sordide verrue
  10. "Le Panorama du Congo est resté dans un bon état, qui permettrait en tout cas d’envisager une restauration et une exposition" Éric Deffet, L’incroyable histoire du Panorama de la Meuse. Le Soir, 23 avril 2011 page 25.
  11. "Le Panorama de la Bataille de l’Yser est en pièces. Mais des pièces qui composent malgré tout un témoignage historique important" ibidem.
  12. Éric Deffet, L’incroyable histoire du Panorama de la Meuse. Le Soir, 23 avril 2011 page 25.
  13. Vues du Panorama de la Bataille de Stalingrad
  14. Historique et vues du Panorama du Siège de Sébastopol
  15. Bernard Comment, The Panorama, Reaktion Books, London, 2003.
  16. Guiness-Hachette, Le Livre des extrêmes, Paris, Hachette, 1962, page 191.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Germain Bapst, Essai sur l'histoire des panoramas et des dioramas. Extrait des rapports du jury international de l'exposition universelle de 1889, Paris, Imprimerie nationale, 1891. Disponible sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6481919w
  • Charles Castellani, Confidences d’un panoramiste : aventures et souvenirs, Paris, M. Dreyfous et M. d’Alsace, 1895, 374 p. Disponible sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113918d
  • Jacques Ignace Hittorff, Description de la rotonde des panoramas élevée dans les Champs-Elysées : précédée d’un aperçu historique sur l’origine des panoramas..., Paris, aux bureaux de la revue générale de l’architecture et des travaux publics, 1842, 29 p. Disponible sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65408431
  • Max de Nassouty, « Le Panorama de la Compagnie Générale Transatlantique à l’exposition universelle de 1889 », Le Génie civil : revue générale des industries françaises et étrangères, 10-11-1888, Neuvième année Tome XIV no 2, p. 17-20. (illustration de la structure du panorama en construction p. 17) Disponible en ligne : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64792277/f1.item
  • Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle. Le livre des passages, trad. Jean Lacoste, Paris, Cerf, 1989
  • Jean-Marc Besse, « Le panorama : voir et connaître au XIXe siècle », in J’aime les panoramas. S’approprier le monde, L. Madeline, J-R. Bouiller (dir.), Genève, Musées d’art et d’histoire de Genève, 2015, pp. 58-66.
  • Jean-Marc Besse, Face au monde. Atlas, jardins, géoramas, Paris, Desclée de Brouwer, 2003 (ISBN 2-220-05166-8)
  • Bernard Comment, Le XIXe siècle des panoramas, Adam Biro, Paris, 1993
  • Patrick Désile, Généalogie de la lumière. Du panorama au cinéma, Paris, L'Harmattan, 2000 (ISBN 2-7384-9092-1)
  • Claude Lamboley, « Petite histoire des Panoramas ou la fascination de l’illusion », Bulletin de l’Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, 2008, no 38, p. 37‑52. Disponible en ligne : http://www.ac-sciences-lettres-montpellier.fr/academie_edition/fichiers_conf/Lamboley2007.pdf
  • Laurent Lescop, « Panoramas oubliés : restitution et simulation visuelle », Cahier Louis-Lumière - Revue numérique annuelle de l’ENS Louis-Lumière, 2016, no 10, p. 49‑64. Disponible en ligne : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01499682
  • Patrice Thompson, « Essai d'analyse des conditions du spectacle dans le Panorama et le Diorama », Romantisme, n°12, 1982, p.47-64. Disponible en ligne : http://www.persee.fr/docAsPDF/roman_0048-8593_1982_num_12_38_4575.pdf
  • Alice Thomine-Berrada, "Le Panorama au XIXe siècle : retour sur un mythe fondateur de la modernité", in J’aime les panoramas. S’approprier le monde, L. Madeline, J-R. Bouiller (dir.), Genève, Musées d’art et d’histoire de Genève, 2015, pp. 30-40.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]