Massacres de harkis

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Les massacres de harkis sont l'ensemble des violences dont ont été victimes des anciens harkis (supplétifs engagés dans l'armée française de 1954 à 1962 durant la guerre d'Algérie), en Algérie après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 consécutif aux accords d'Évian et en dépit du contenu de ceux-ci, dont l'engagement du FLN à ne pas exercer de représailles.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Après le cessez-le-feu, les harkis sont désarmés et renvoyés dans leurs foyers. Très rapidement, il commencent à être torturés et massacrés par la population. Les accords d'Evian exigent de l'armée française qu'elle n'intervienne pas, et les soldats français refusent d'agir à la demande des harkis[1].

Le 12 mai 1962, le ministre français des Armées, Pierre Messmer, donne l'instruction de ne pas permettre aux harkis de rejoindre la métropole, contrairement aux engagements pris par l'armée française[2],[1]. Le 16 mai, le Ministre d'Etat chargé des affaires algériennes, Louis Joxe, demande par télégramme de sanctionner les personnes participant au rapatriement des harkis en France[1]. 42 500 harkis, avec leur famille, peuvent s'établir en France métropolitaine sur un nombre total de supplétifs évalué entre 200 000 et 250 000[3] ; ils représenteraient en 2012 avec leurs descendants environ 500 000 personnes[4]. Contrairement aux Pieds-noirs, ils n'ont pas été considérés comme des « rapatriés » mais comme des « réfugiés »[5].

Le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu varie selon les estimations entre 10 000 et 150 000[6]. Il semble qu'actuellement, les historiens s’accordent à évaluer de 60 000 à 70 000 le nombre de morts[7]. De nombreux harkis furent également arrêtés et emprisonnés.

Reconnaissance française[modifier | modifier le code]

Le 23 septembre 2001, Jacques Chirac affirme que « la France n'a pas su sauver ses enfants de la barbarie » au sujet des massacres[8].

Le 14 avril 2012, Nicolas Sarkozy a officiellement reconnu, sans rappeler le contenu de l'accord de cessez-le-feu, la responsabilité du gouvernement français dans « l'abandon » des harkis après la fin de la guerre d'Algérie. Il décrète : « La France se devait de protéger les harkis de l'Histoire, elle ne l'a pas fait. La France porte cette responsabilité devant l'Histoire »[9],[10].

Le 25 septembre 2016, c'est au tour de François Hollande de reconnaître la responsabilité française dans les massacres de harkis. Il affirme : « La reconnaissance de la responsabilité de la France est un acte symbolique qui fait avancer la paix des mémoires, de toutes les mémoires de la guerre d'Algérie, de ses mémoires blessées »[8],[10].

Le 25 septembre 2018, plusieurs cérémonies ont eu lieu partout en France en hommage aux harkis[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « 12 mai 1962 : l'abandon des harkis », sur Mediapart, (consulté le 18 février 2018)
  2. Télégramme n° 1334 du 12/5/1962, reproduit dans Fatima Besnaci-Lancou, Gilles Manceron (dir.), Les harkis dans la colonisation et ses suite, Éditions de l'Atelier, 2008, p. 97.
  3. François Xavier Hautreux («Les supplétifs pendant la guerre d'Algérie», in Fatima Besnaci-Lancou, Gilles Manceron (dir.), Les harkis dans la colonisation et ses suite, Éditions de l'Atelier, 2008, p.50) évoque un maximum de 400 000, qu'il estime peu probable, en comptant tous les corps supplétifs : harkis, GMS, maghaznis, aassès et GAD.
  4. Elise Vincent (envoyée spéciale à Perpignan), « Sarkozy : l'Etat est responsable dans "l'abandon" des harkis », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  5. Todd Shepard et Claude Servan-Schreiber, 1962 : Comment l'indépendance algérienne a transformé la France, Payot, (ISBN 9782228903301, lire en ligne)
  6. Jean Lacouture, dans Le Monde du 13 novembre 1962 donne, à cette date, une première estimation : « Plus de dix mille harkis auraient été, entre le 18 mars et le 1er novembre (1962) , exécutés ou assassinés». Mohand Hamoumou, dans Et ils sont devenus harkis (Fayard, 1994, réédité en 2001, page 249), précise: « Pourtant, il faut bien l’admettre, c’est bien 100 000 à 150 000 personnes, l’équivalent de villes comme Cergy-pontoise ou Orléans, qui furent assassinées dans des conditions horribles ». Le général François Meyer, dans son ouvrage « Pour l’honneur, avec les harkis », (Editions CLD, 2005, page 168) reprend l’estimation de l’historien Jean-Charles Jauffret : «  Il semble qu’un consensus rassemble peu à peu les historiens français, et qu’une évaluation commune de 60 000 à 80 000 (victimes) soit retenue ». Boussad Azni, à l’origine de la création du Comité national de liaison des harkis, avance le chiffre de 150 000 harkis tués dans le livre Harkis, crime d’Etat, généalogie d’un abandon (Editions Ramsay, collection J’ai lu, 2002, page 56). Georges-Marc Benamou, dans son livre Un Mensonge français, avance le chiffre de 70 000 victimes. L’historien Gilbert Meynier a déclaré dans une interview publiée dans le quotidien El Watan le 10 mars 2005 que les massacres avaient été moins importants et plus localisés que ce que déclarent certains journalistes comme Georges-Marc Benamou. Abderahmen Moumen et Fatima Besnaci-Lancou, dans Les harkis (éd. Le cavalier bleu, collection Idées reçues, août 2008, page 40), écrivent : « Peu d’historiens s’aventurent à donner des chiffres. Benjamin Stora avance, dans La guerre d’Algérie (1954-2004), la fin de l’amnésie (2004), une estimation entre 10 000 et 25 000 morts, d’autres reprennent les estimations du général Maurice Faivre, soit entre 55 000 et 75 000 morts ». De fait, en 1995, le général Maurice Faivre avançait une fourchette de 50 000 à 70 000 harkis tués par le F.L.N. (Pierre Messmer, Les blancs s'en vont: récits de décolonisation, Albin Michel, 1998, p.174). Les chiffres des morts ont pu être contestés car basés sur des témoignages locaux que l’on a ensuite étendu à l’ensemble du pays.
  7. Jean-Jacques Jordi, « À propos des Harkis » in Sorties de guerre sous la direction de Jacques Frémeaux et Michèle Battesti, Cahier N° 24, 2005, p.48.
  8. a et b « Guerre d'Algérie : qui a laissé massacrer les harkis ? », Marianne,‎ (lire en ligne)
  9. Jean Décotte, « Sarkozy déclare l'Etat responsable dans l'abandon des harkis », Le Point,‎ (lire en ligne)
  10. a et b « proposition de loi relative à la reconnaissance de la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des harkis », sur www.senat.fr (consulté le 18 février 2018)
  11. « Harkis : une journée d'hommage national organisée partout en France », /www.francetvinfo.fr,‎ 2018-25-09 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ageron (Charles-Robert), « Le “drame des harkis”, mémoire ou histoire », Vingtième siècle, revue d'histoire, n° 68, 10-12/2000, p. 3-15.
  • Thénault (Sylvie), « Massacre des harkis ou massacres de harki ? Qu'en sait-on ? », in Fatima Besnaci-Lancou, Gilles Manceron (dir.), Les harkis dans la colonisation et ses suite, Éditions de l'Atelier, 2008, p. 81-91.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liste des massacres[modifier | modifier le code]

Autres articles[modifier | modifier le code]