Madame Butterfly

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Madama Butterfly

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Madame Butterfly
Madama Butterfly
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Lithographie de la première par Adolfo Hohenstein.

Genre Opéra
Nbre d'actes 2 ou 3
Musique Giacomo Puccini
Livret Luigi Illica et Giuseppe Giacosa
Langue
originale
Italien
Sources
littéraires
Madame Butterfly, pièce de théâtre de David Belasco tirée d’une histoire de John Luther Long
Durée (approx.) 2 h 30
Dates de
composition
été 1901 -
Partition
autographe
casa Ricordi, Milan
Création
La Scala, Milan
Création
française

Opéra-Comique, Paris

Personnages

  • Cio-Cio-San dite « Madame Butterfly » (soprano)
  • Suzuki, sa servante (mezzo-soprano)
  • Franklin B. Pinkerton, lieutenant de la marine des États-Unis d'Amérique (ténor)
  • Sharpless, consul des États-Unis d'Amérique à Nagasaki (baryton)
  • Kate Pinkerton, femme de Pinkerton (mezzo-soprano)
  • Goro, « nakodo » (entremetteur) (ténor)
  • Il principe Yamadori (« le prince Yamadori »), prétendant (ténor)
  • Lo zio Bonzo (« l'oncle bonze »), oncle de Cio-Cio-San (basse)
  • Il commissario imperiale (« le commissaire impérial ») (basse)
  • L'ufficiale del registro (« l'officier d’état civil ») (basse)
  • Lo zio Yakusidé (« l'oncle Yakusidé »), oncle de Cio-Cio-San
  • La madre di Cio-Cio-San (« la mère de Cio-Cio-San ») (mezzo-soprano)
  • La zia di Cio-Cio-San (« la tante de Cio-Cio-San ») (soprano)
  • La cugina di Cio-Cio-San (« la cousine de Cio-Cio-San ») (soprano)
  • « Dolore » (« Douleur »), fils de Pinkerton et de Butterfly (rôle muet)
  • Parents, amis et amies de Cio-Cio-San, serviteurs, marins (chœur)

Airs

  • Duo Pinkerton/Sharpless « Dovunque al mondo » - Acte I
  • Ensemble « Ecco! Son giunte » (Butterfly et ses amies) - Acte I
  • Duo Butterfly/Pinkerton « Viene la sera » - Acte I
  • Air de Butterfly « Un bel dì, vedremo » - Acte II
  • Air de Butterfly « Che tua madre dovrà » - Acte II
  • Chœur à bouche fermée - Acte II
  • Duo Pinkerton/Sharpless « Addio, fiorito asil » - Acte III
  • Air final de Butterfly « Con onor muore » - Acte III

Madame Butterfly (titre original en italien : Madama Butterfly, en API : [maˈdaːma ˈbatterflai]) est un opéra italien en deux ou trois actes de Giacomo Puccini, sur un livret de Luigi Illica et de Giuseppe Giacosa, représenté pour la première fois le à La Scala de Milan. L'opéra est qualifié de « tragedia giapponese in due atti » (tragédie japonaise en deux actes) sur les programmes et dans la partition autographe, mais entre 1904 et 2016, il a été représenté le plus souvent dans une version révisée en trois actes, en scindant en deux parties plus courtes l'acte II. L'œuvre est dédiée à Hélène de Monténégro, reine d'Italie. Faisant partie du grand répertoire, il s'agit selon Operabase du 6e opéra le plus joué au monde, juste après Tosca du même compositeur.

Genèse et création[modifier | modifier le code]

Puccini vers 1900.

Le 21 juin 1900, Puccini est enthousiasmé par une représentation au Duke of York's Theatre (en) de Londres de la pièce en un acte de David Belasco, Madame Butterfly, a Tragedy of Japan, elle-même inspirée d'une histoire de John Luther Long[1] (1898), et veut acheter les droits sur-le-champ, bien qu'il ne parle pas anglais. Après d’âpres négociations, le contrat n'est signé qu'en avril 1901 et les librettistes Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, réunis pour la dernière fois, se mettent à l'œuvre. L'histoire était parvenue à John L. Long par le biais de sa sœur, Jennie Correll, qui avait habité entre 1892 et 1894 à Nagasaki, avec son mari missionnaire, et qui avait alors connu à cette occasion une jeune fille de maison de thé, appelée Chō-san[2], ou Miss Butterfly, qui aurait été séduite par un officier américain, William B. Franklin, de l'USS Lancaster[3].

La composition s'étend de l'été 1901[4] au [5], l'orchestration ayant commencé en 1902, au fur et à mesure de l'écriture du livret. Puccini enquête sur les us et coutumes japonais et s'imprègne de la musique et du rythme nippons. Il va même jusqu'à rencontrer la femme de l'ambassadeur du Japon en Italie ou encore Sada Yacco. À ceux qui lui reprochent de n'y être jamais allé, il réplique que « les drames humains sont universels »[6] et il poursuit avec frénésie la recherche de documentation sur ce pays lointain, y compris par une photo de la rade de Nagasaki que lui fournit Giulio Ricordi ou par un kimono que lui procure Illica. Il écrit justement à ce dernier en 1902 : « Désormais, je suis embarqué au Japon et je ferai de mon mieux pour le restituer. » Demeurent de nombreuses imprécisions dans la transcription de la langue ou de mauvaise interprétation des usages japonais de l'ère Meiji qui ne seront rectifiées qu'en 2003[7]. Le titre de l'opéra initialement retenu, Butterfly tout court, devient le , par acte notarié « Madama Butterfly », deux jours seulement avant la première.

La Scala, quelques années avant la création de Butterfly.

Après les succès retentissants de La Bohème (1896) et de Tosca (1900), Puccini s’attendait à un accueil favorable. Mais la première représentation le à la Scala de Milan est un fiasco qui fera date[8], les sifflets et moqueries ayant commencé dès le lever de rideau. De minutieuses répétitions de l'ouvrage avaient pourtant été dirigées par l'éminent maestro Cleofonte Campanini (it), avec une distribution incluant la soprano Rosina Storchio dans le rôle de Cio-Cio-San, le ténor Giovanni Zenatello dans celui de Pinkerton, le baryton Giuseppe De Luca dans le rôle de Sharpless et la mezzo-soprano Giuseppina Gianonia dans celui de Suzuki. Sous la régie de Tito Ricordi II, la mise en scène avait été confiée à Adolfo Hohenstein, qui dessine l'affiche de 1904 illustrant cet article, et les décors à Lucien Jusseaume.

Malheureusement, selon l'éditeur Ricordi, « le spectacle donné par la salle semblait aussi bien organisé que celui présenté en scène puisqu'il commença en même temps. » On ne sait si la création fut sabotée par l'éditeur rival de Ricordi, Sonzogno, ou par une claque soutenant Pietro Mascagni, l'opéra ayant étant jugé par certains comme une réplique de La Bohème mais avec moins de fraîcheur.[réf. nécessaire] Le pire moment est sans doute lorsque des chants d'oiseaux simulés lors de l'intermezzo donnent aux spectateurs l'idée d'imiter une basse-cour au grand complet. Puccini réagit et parle d'un « vrai lynchage »[9]. Effarés, Illica et Giacosa exigent le retrait immédiat de l'opéra de l'affiche. L’opéra paraissait-il trop long et son découpage en deux actes rompait-il avec les habitudes de l’art lyrique italien ?

L'intérieur du Teatro Grande à Brescia.

Bien que réticent, le compositeur souhaitait pourtant clairement un opéra ramassé et percutant, ce qui était alors une optique radicale et un acte précurseur[10] (les premiers opéras de ce type datent de 1905[11]). Le 16 novembre 1902, il avait écrit à Illlica :

« L'opéra doit être en deux actes […] Absolument, j'en suis convaincu, et ainsi, l'œuvre d'art apparaîtra telle à faire grande impression. Pas d'“entr'acte” [en français] et arriver à la fin en tenant cloué sur son son fauteuil pendant une heure et demie le public ! C'est énorme, mais c'est la vie de cet opéra[12]. »

Toujours est-il que Puccini en tire les leçons : il remanie l’opéra et le réorganise en trois actes « mieux équilibrés ». Il supprime aussi quelques mélodies et en tout plus d'un millier de mesures : notamment, lors de la signature de l'acte de mariage, la chanson à boire de l'oncle Yakusidé[13] et en adoucissant et complétant le rôle de Pinkerton[14]. La nouvelle version présentée le , seulement trois mois après, au Teatro Grande de Brescia, est un triomphe, prélude à une fulgurante carrière internationale : Buenos Aires, Montevideo, Alexandrie, Le Caire, Londres, Budapest, Washington, New York, Barcelone et Paris, cette dernière dans une version française de Paul Ferrier (1843-1920), présentée à l’Opéra-Comique le 28 décembre 1906, qui deviendra la version standard[15]. En 1910, l'opéra arrive à Saïgon et à Sydney[16],[17].

En plein japonisme, le thème de la geisha épousant un Américain de passage rappelle bien sûr Madame Chrysanthème de Pierre Loti, qui a d’ailleurs été adapté à l’opéra par André Messager en 1893. Mais la ressemblance est très lointaine. Alors que Madame Chrysanthème est une Japonaise cynique et vénale, qui compte son argent au départ du marin, la trop jeune Butterfly tombe passionnément amoureuse de F. B. Pinkerton, un officier de l'United States Navy, au point de sacrifier les conventions sociales et de renier sa famille et sa religion ancestrale. Et Pinkerton, cynique, raciste et lâche dans la version originale, éprouvera des remords tardifs à la mort de Butterfly, ce qui n’est pas commun pour les marins de passage.

Versions successives[modifier | modifier le code]

Madame Butterfly sur une affiche de Leopoldo Metlicovitz.

Le fiasco initial obligea le compositeur et l'éditeur, la casa Ricordi, à retirer immédiatement la partition après la première de la Scala[18], après une seule représentation, afin de soumettre l'œuvre à une révision approfondie. Notamment, il s'agissait d'éliminer certains détails mais aussi d'insérer un air comme « Addio, fiorito asil » pour adoucir le rôle de Pinkerton. Un des principaux changements est la ligne vocale de l'air final du suicide de Butterfly. La nouvelle version est donnée le au Teatro Grande, trois mois à peine après la catastrophique première à la Scala. C'est la soprano Solomiya Krushelnytska, « la plus belle et la plus charmante Butterfly » d'après Puccini, qui l'interprète cette fois-ci, orchestre toujours dirigée par le maestro Campanini[19].

Geraldine Farrar en Madame Butterfly, 1907.

L'opéra est repris au Teatro Regio de Turin le toujours avec Krushelnytska, dirigée cette fois-ci par Arturo Toscanini. La partition et les effets de mise en scène, notamment la durée de la présence du rôle muet sur scène, sont encore retouchés par Puccini, et ce, jusqu'en 1907 (date de la publication complète par Ricordi), changements qui interviennent d'abord avec la création d'une troisième version au Royal Opera House, Covent Garden de Londres, le , puis le pour celle de la quatrième version au Théâtre national de l'Opéra-Comique de Paris, traduite et adaptée en français par Paul Ferrier. Après des représentations en anglais dès 1906 à Washington et à New York, la première en italien se déroule le sous la supervision du compositeur[20] au Metropolitan Opera House de New York avec un plateau prestigieux, incluant Geraldine Farrar, Enrico Caruso, Louise Homer (en) et Antonio Scotti. Au Metropolitan, il y a eu au total 868 représentations de Madame Butterfly jusqu'en 2016, ce qui en fait le 7e opéra le plus joué dans cette salle. À l'Opéra-Comique, il atteint 100 représentations en 1912, 500 en 1929, 1 000 en 1959 et 1 240 en 1972. Et un des cinq ou six les plus joués au cours du XXe siècle. Sont rapidement créées des versions chantées en anglais, français, espagnol, allemand et même en hongrois (12 mai 1906). De 1907 à 1927, l'opéra est ultérieurement traduit en tchèque, en polonais, en slovène, en riksmål, en suédois, en croate, en danois, en russe, en roumain, en serbe, en bulgare, en lituanien, en letton et en finnois.

Enfin, en 1920, Puccini revient une dernière fois sur la partition, en rétablissant au Teatro Carcano un air supprimé de Yakusidé. Mais cette arietta est rarement jouée car Ricordi n'avait pas réédité cette partition depuis 1907. Une nouvelle édition critique est commandée, une première fois en 1977, à Julian Smith, puis en 1981, le théâtre de la Fenice voulant faire rejouer la version originale de 1904. Cette nouvelle partition est finalement publiée en mars 1982 et jouée le 28 mars à Venise, en alternance avec la version en 3 actes[21], puis en 1983 à Paris.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, après l'attaque de Pearl Harbor, l'opéra n'est plus joué aux États-Unis, car jugé trop négatif quant à l'image américaine. Il contient pourtant la musique de The Star-Spangled Banner qui était alors uniquement l'hymne de l'United States Navy avant de devenir l'hymne américain. L'opéra contient également le Kimi ga yo, l'hymne impérial japonais (entrée en scène du commissaire impérial)[22].

Lors de l'ouverture de la saison 2016-2017, la Scala de Milan reprend, sous la direction de Riccardo Chailly et avec la mise en scène de Alvis Hermanis, la version originale de 1904, en deux actes, reconstruite par Julian Smith et la casa Ricordi, avec María José Siri dans le rôle-titre. La standing ovation ne dure pas moins de 14 minutes, le fiasco initial de 1904 devient un triomphe public et critique[23].

Distribution[modifier | modifier le code]

Personnages Tessiture Distribution
lors de la création
(17 février 1904)
Distribution
de Brescia
(28 mai 1904)
Cio-Cio-San (Madama Butterfly) soprano Rosina Storchio Solomiya Krushelnytska[24]
Suzuki, sa servante mezzo-soprano Giuseppina Giaconia Giovanna Lucacewska
B. F. Pinkerton, lieutenant de la marine des États-Unis d'Amérique ténor Giovanni Zenatello Giovanni Zenatello
Sharpless, consul des États-Unis d'Amérique à Nagasaki baryton Giuseppe De Luca Virgilio Bellatti
Goro, un entremetteur ténor Gaetano Pini-Corsi Gaetano Pini-Corsi
Il principe Yamadori ténor[25] Emilio Venturini (en)
Lo zio Bonzo, oncle de Cio-Cio-San basse Paolo Wulmann[26] Tisci-Rubini
Yakusidé, oncle de Cio-Cio-San basse Antonio Volpini[26] Gianoli-Galletti
Le commissaire impérial basse Viale
L'officier d'état civil basse Gennari
La mère de Cio-Cio-San mezzo-soprano Tina Alasia
La tante soprano Ghissoni
La cousine soprano Palmira Maggi
Kate Pinkerton mezzo-soprano Manfredi Decima
« Dolore » (Douleur), fils de Cio-Cio-San rôle muet bambina Ghissoni
Parents, amis et amies de Cio-Cio-San, serviteurs, marins chœur chœur
Puccini et Toscanini vers 1900.
  • Lors des deux créations, le chef d'orchestre est Cleofonte Campanini (it)[27], et non Arturo Toscanini qui dirigera l'œuvre peu après, en juillet 1904, à Buenos Aires, puis pour la 3e version, celle de Covent Garden, en janvier 1906 au Teatro Regio de Turin[28].
  • Dans l'ordre traditionnel de la locandina (affiche), les personnages sont les suivants :
    • Cio-Cio-San dite « Madame Butterfly » (soprano)
    • Suzuki, sa servante (mezzo-soprano)
    • Kate Pinkerton, femme de Pinkerton (mezzo-soprano)
    • Benjamin Franklin Pinkerton[29], lieutenant de la marine des États-Unis d'Amérique (ténor)
    • Sharpless, consul des États-Unis d'Amérique à Nagasaki (baryton)
    • Goro, « nakodo » (entremetteur) (ténor)
    • Il principe Yamadori (« le prince Yamadori »), prétendant (ténor)
    • Lo zio Bonzo (« le bonze »), oncle de Cio-Cio-San (basse)
    • Lo zio Yakusidé (« l'oncle Yakusidé »), oncle de Cio-Cio-San
    • Il commissario imperiale (« le commissaire impérial ») (basse)
    • L'ufficiale del registro (« l'officier d’état civil ») (basse)
    • Lo zio Yakusidé (« l'oncle Yakusidé »), oncle de Cio-Cio-San
    • La madre di Cio-Cio-San (« la mère de Cio-Cio-San ») (mezzo-soprano, également partie du chœur)
    • La zia di Cio-Cio-San (« la tante de Cio-Cio-San ») (soprano, chœur)
    • La cugina di Cio-Cio-San (« la cousine de Cio-Cio-San ») (soprano, chœur)
    • « Dolore » (« Douleur »), fils de Pinkerton et de Butterfly (rôle muet)
    • Parents, amis et amies de Cio-Cio-San, serviteurs, marins (chœur)

Résumé[modifier | modifier le code]

Nagasaki de nos jours.

Nagasaki, quartier d'Omara[30], « temps présent » [1901-1904][31]). Un jeune officier américain en escale, Franklin B. Pinkerton, loue une maison traditionnelle et épouse pour cette occasion une geisha de quinze ans, Cio-Cio-San (ce qui signifie en japonais « Madame Papillon »). Simple divertissement exotique pour lui, le mariage est pris très au sérieux par la jeune Japonaise qui renonce à sa religion. Après la cérémonie et une brève idylle, Pinkerton repart (acte I).

Estampe d'Utagawa Kuniyoshi représentant un jigai (1848).

Trois ans ont passé, espérant toujours son retour, Cio-Cio-San lui reste fidèle et refuse des propositions alléchantes de mariage. Pinkerton revient enfin au Japon avec sa nouvelle épouse américaine et apprend qu'il a eu un fils en son absence. Quand Cio-Cio-San comprend enfin la situation, elle leur abandonne son enfant et se donne la mort par jigai en se poignardant (acte II, en deux parties).

Argument[modifier | modifier le code]

Acte I[modifier | modifier le code]

Bref prélude : exposition du « thème japonais » allegro vigoroso qui réapparaîtra tout au long de l'opéra mais à chaque fois quelque peu modifié.

Sur une colline qui domine le port et la rade de Nagasaki, en 1904, Goro, entremetteur, fait visiter à B. F. Pinkerton, officier américain de passage, la maison de style japonais, avec terrasse et jardin, que ce dernier vient d’acheter. Il lui montre le fonctionnement des parois mobiles, les shōji. Il lui présente ses serviteurs dont Suzuki, la servante de sa jeune fiancée, Cio-Cio-San dite « Madame Butterfly ».

Puis arrive, essoufflé en raison de la montée, le consul américain Sharpless. Pinkerton lui explique que les contrats de location, ici, sont très précaires. On signe pour 999 ans mais on peut se dédire chaque mois ! C’est pareil pour les contrats de mariage (air « Dovunque al mondo, lo yankee vagabondo »[32]).

Sharpless le met en garde et l’avertit de la candeur et de la sincérité de Butterfly. Pinkerton prend ce mariage comme un passe-temps et lui explique qu’il se mariera plus tard avec une « vraie épouse américaine » (« una vera sposa americana »).

Arrivée de Butterfly en tête d’un magnifique cortège avec ses amies et ses parents (air « Ecco! Son giunte »). Elle chante son bonheur. Pinkerton est sous le charme mais prend le mariage au second degré (« Che burletta »[33]) malgré les avertissements répétés de Sharpless.

Ils entrent dans la maison. Elle lui montre quelques petits objets qu’elle a emportés, le poignard tantō avec lequel son père s’est suicidé sur ordre de l'empereur par seppuku et les Ottokés (en japonais hotoke-sama), statuettes symbolisant les âmes de ses ancêtres. Elle lui avoue s’être convertie au « Dieu des Américains » par amour pour lui.

Le commissaire impérial célèbre la cérémonie de mariage. Tout le monde trinque (Chanson de l'oncle Yakusidé, supprimée dans la seconde version) et se réjouit quand soudain, apparition quasi-surnaturelle, l’oncle bonze surgit ! Il maudit Butterfly qui a renié sa famille et ses ancêtres. Moment d’une grande intensité dramatique, Pinkerton défend Butterfly et chasse le bonze.

Restés seuls, il la réconforte. Le premier acte s’achève sur un très beau duo d’amour (« Viene la sera »[34]). Elle se sent « seule … et reniée, reniée… et heureuse » (« Sola e rinnegata! rinnegata e felice! »). Comme le papillon, elle est épinglée pour la vie !

Acte II, première partie[modifier | modifier le code]

Autographe de Puccini,
le 25 octobre 1923 à Vienne,
« Un bel dì, vedremo »

Trois ans se sont écoulés depuis le départ de Pinkerton, mais Butterfly l’attend toujours. Entre-temps, sa situation financière s’est dégradée. Suzuki prie pour que Butterfly cesse de pleurer, mais sans grand espoir (« On n’a jamais vu un mari étranger revenir au nid »), tandis que Butterfly prie le « dieu américain ». Elle espère le retour de Pinkerton à la « saison où les rouges-gorges font leur nid » comme il lui avait promis (aria de Butterfly « Un bel dì vedremo (it)»[35]).

Goro et Sharpless rendent visite à Butterfly. Goro lui présente de riches prétendants, dont le prince Yamadori. Mais elle les éconduit tous car elle se considère encore comme mariée.

Sharpless commence à lui lire une lettre de Pinkerton dans laquelle celui-ci annonce à Butterfly que leur histoire est terminée, mais le consul n’ose achever sa lecture. Bouleversée, Butterfly promet qu’elle se tuera si Pinkerton ne revient pas. Puis, elle présente son enfant à Sharpless, dont ce dernier ignorait l’existence (« Che tua madre dovrà ») et assure au consul qu'elle préférerait mourir plutôt que redevenir geisha. Profondément ému, Sharpless se retire, promettant de prévenir Pinkerton. Pendant ce temps, Goro rôde autour de la maison, répandant le bruit que l’enfant n’a pas de père.

Coup de canon ! Le navire USS Abraham Lincoln de Pinkerton entre au port et Butterfly le scrute avec sa longue-vue. Persuadées que le moment du retour est enfin arrivé, les deux femmes décorent la maison avec toutes les fleurs du jardin et Butterfly s’habille comme au premier jour pour accueillir Pinkerton.

Acte II, seconde partie, ou Acte III[modifier | modifier le code]

Geraldine Farrar avec « Dolore ».

Après avoir attendu en vain toute la nuit avec son enfant, au petit matin, Butterfly s’endort, épuisée.

Pinkerton et Sharpless arrivent alors avec Kate, la nouvelle épouse américaine de Pinkerton. Il demande à Suzuki de lui confier l’enfant pour assurer son avenir (trio Pinkerton-Suzuki-Sharpless). Sharpless reformule à Pinkerton ses reproches (« Ve dissi »[36]). Pinkerton éprouve un remords sincère (air « addio, fiorito asil »[37]), mais s'enfuit lâchement.

Kate demande l’enfant à Suzuki et promet d’en prendre soin. Butterfly se réveille, aperçoit Kate et comprend la vérité. Désespérée, elle consent à confier son fils à Pinkerton à condition qu’il vienne lui-même le chercher.

Après avoir bandé les yeux de Dolore et l'avoir envoyé jouer avec Suzuki, Butterfly se donne la mort par jigai, avec le tantō de son père sur lequel sont gravés ces mots :

« Celui qui ne peut vivre dans l’honneur meurt avec honneur. »

Pinkerton arrive trop tard et prend le corps sans vie de Butterfly, en s'écriant à trois reprises : « Butterfly ! »

Airs célèbres[modifier | modifier le code]

Non ve l'avevo detto chanté par Enrico Caruso (1910).
Non conosci il bel suol chanté par Claudia Muzio (1917).
Ancora un passo chanté par Claudia Muzio (1917).
Un bel dì, vedremo chanté par Rosetta Pampanini (1927).

Les passages les plus célèbres de l'opéra sont :

  • le duo Pinkerton/Sharpless « Dovunque al mondo » - Acte I
  • l'ensemble « Ecco! Son giunte » (Goro et les amies de Butterfly) - Acte I
  • le duo Butterfly/Pinkerton « Viene la sera » - Acte I
  • l'air de Butterfly « Un bel dì, vedremo » - Acte II
  • l'air de Butterfly « Che tua madre dovrà » - Acte II
  • le chœur à bouche fermée qui sert de transition entre les deux parties de l'acte II original
  • le duo Pinkerton/Sharpless « Addio, fiorito asil » - Acte III (ajout de la 2e version)
  • l'air final de Butterfly « Con onor muore » - Acte III

Analyse critique[modifier | modifier le code]

« Je ne suis pas fait pour les actions héroïques. J'aime les êtres qui ont un cœur comme le nôtre, qui sont faits d'espérances et d'illusions, qui ont des élans de joie et des heures de mélancolie, qui pleurent sans hurler et souffrent avec une amertume tout intérieure.[38] »

Selon son contemporain Ferruccio Busoni, Madame Butterfly était « indécente »[39] et bien d'autres encore après lui ont continué à la considérer comme une œuvre commerciale, aux contenus passablement banaux, excessivement sentimentale, expression mielleuse et gâtée du goût petit-bourgeois italien de l'ère Giolitti. En réalité, malgré ces opinions souvent suffisantes, parfois même partagées par des spécialistes et amateurs de Puccini[40], Madame Butterfly occupe une place de grand relief dans le panorama culturel de la fin de siècle et du début du Novecento. Qualifié de « quintessence puccinienne », il est considéré comme peut-être le plus personnel de ses opéras, pour « son atmosphère confinée à souhait, presque morbide », pour « son raffinement orchestral extrême », pour « son inspiration japonisante d'une délicatesse et d'une beauté absolue »[41].

Histoire d'un amour déchirant et fatal, le chef-d'œuvre de Puccini vise un point central de la culture du décadentisme : le drame sans fin de la perte. Le changement psychologique qui se vérifie dans chaque situation de perte, sans aucun deuil possible. Un principe tragique qui travaille Cio-Cio-San confrontée à la répétition sans issue de cette perte : celle de son père par seppuku, celle de sa famille et de ses amis parce qu'elle a renoncé au bouddhisme et aux ancêtres, celle de sa propre identité raciale en devenant Madame Pinkerton, celle d'une vie aisée en renonçant aux propositions du prince Yamadori, celle du mari qui ne revient pas et qu'elle ne reverra pas et enfin celle de son fils Dolore/Gioia auquel s'adressent ses tout derniers mots avec une voix blanche : « Gioca, gioca » (« Joue, joue »), juste avant le tragique jigai. Les autres personnages de la tragédie restent schématiques :

« Puccini invite à une plongée dans cette psyché complexe dont on ne sort pas indemne[42]. »

Malgré son caractère éminemment domestique et la patine exotique, il s'agit bien d'une authentique tragédie japonaise comme le précise son sous-titre, partagée entre un Extrême Orient fascinant et intriguant et un Extrême Occident arrogant et corrupteur. Butterfly, face à ce dilemme moral, fait alors le choix le plus difficile et courageux, en rétablissant l'ordre troublé, par son ultime et troublant sacrifice.

Orchestration[modifier | modifier le code]

Puccini prévoit dans la partition l'emploi des instruments suivants :

Instrumentation de Madame Butterfly
Cordes
quintette à cordes : violons I et II, altos, violoncelles, contrebasse, 1 harpe
Bois
3 flûtes traversières (III. jouant du piccolo), 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes[43], 1 clarinette basse, 2 bassons
Cuivres
4 cors d'harmonie en fa, 3 trompettes en fa, 3 trombones, 1 trombone basse
Percussions
timbales, tambour, triangle, cymbale, tam-tam, grosse caisse, cloches, tam-tam japonais (ad libitum)[44]

Sont en plus joués sur scène : une clochette, des cloches tubulaires, des clochettes japonaises, une viole d'amour, des sifflets d'oiseaux, un tam-tam, un tam-tam grave. Bruits de canon, de chaînes et d'ancres. La clochette est jouée par Suzuki durant sa prière au début de l'acte II, « E Izaghi ed Izanami ».

Grands interprètes[modifier | modifier le code]

En dehors des deux remarquables créatrices du rôle-titre de 1904, mais qui n'ont pas été enregistrées pour cette œuvre, Rosina Storchio[45] et Salomea Krusceniski[46], de nombreuses prime donne ont marqué leur temps. Dans ce même rôle de Cio-Cio-San, il faut citer : Claudia Muzio, Toti Dal Monte, Geraldine Farrar, Iris Adami Corradetti (it) et Bidu Sayão qui furent les Butterflies préférées de l'avant-guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, la plus célèbre Butterfly demeure Renata Scotto, suivie par Victoria de los Ángeles, Renata Tebaldi, Pilar Lorengar, Anna Moffo, Raina Kabaivanska et Mirella Freni (qui ne l'interpréta toutefois jamais sur scène[47]).

Si la voix de Renata Tebaldi est considérée par certains comme celle de la toute meilleure soprano italienne du siècle, même la remarquable interprétation de Renata Scotto ne semble pas pouvoir dépasser celle de la divine Maria Callas et ce, malgré son physique qui est loin de celui attendu pour la jeune et menue Cio-Cio-San[48]. Il en va de même pour Leontyne Price, Martina Arroyo ou Montserrat Caballé, même si elles sont somptueuses vocalement. Plus récemment, au XXIe siècle, le rôle-titre a été celui remarqué de Cristina Gallardo-Domâs (es), de Patricia Racette ou de María José Siri.

Tamaki Miura en 1916.

La première fois où l'opéra est joué en dehors d'Italie, et ce, dès le 2 juillet 1904, il est dirigé par Arturo Toscanini au Teatro de la Ópera de Buenos Aires : la Storchio y triomphe. La première représentation à Londres date du 10 juillet 1905 à Covent Garden avec Emmy Destinn et Enrico Caruso, tandis qu'aux États-Unis, elle est donnée le 15 octobre 1906 en anglais, lors d'une tournée de sept mois, au Columbia (Belasco) Theater de Washington puis, peu après au Garden Theatre (en) de New York, le 12 novembre. La création au Met a lieu le 11 février 1907 avec Geraldine Farrar et Caruso (dir. Arturo Vigna (en)). Le 12 mai 1906, Butterfly est donnée en hongrois au Théâtre royal de l'opéra à Budapest, avec Elza Szamosi (hu)[49]. Fin 1906, c'est Marguerite Carré (en) qui crée le rôle en français à l'Opéra-Comique. Le 26 mars 1910, l'opéra arrive en Australie au Theatre Royal de Sydney avec Amy Eliza Castles (en) dans le rôle-titre.

Entre 1915 et 1920, la Japonaise Tamaki Miura devient célèbre pour ses multiples incarnations du rôle : sa statue a été installée depuis au Glover Garden dominant la rade de Nagasaki où se déroule l'opéra.

Discographie[modifier | modifier le code]

Cette discographie sélective des intégrales est notamment celle proposée pour l'écoute aux lecteurs du programme de la Scala 2016-2017, où est représentée la version originale de 1904, en deux actes, après reconstitution de l'édition critique[50] :

Renata Tebaldi en Butterfly.

Vidéos[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Anna May Wong berce l'enfant dans le film de 1922 The Toll of the Sea.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Publiée sous le titre de Madam Butterfly, en 18 feuillets, sur The Century Monthly Magazine, traduite en italien par Angelo Clerici dans La lettura, revue dirigée par Giuseppe Giacosa, publiée en février 1904, au moment même où la création de Madame Butterfly avait lieu à la Scala. Bien entendu, Long affirma toujours que cette histoire était fondée sur des faits réels, que certains s'attachèrent à reconstituer a posteriori, en oubliant de préciser que le terme français de « mousmées » (du japonais musume, « femme ») était alors devenu d'usage courant, car elles existaient à Nagasaki et ailleurs au Japon, un des principaux ports de ce pays et celui le plus ouvert aux étrangers et aux marins de passage.
  2. En japonais, 蝶々さん, transcrit en rōmaji Chō-chō-san, peut se traduire par Madame ou Mademoiselle Papillon, mais le titre de cet opéra est composé sous la forme『蝶々夫人』soit en kana ちょうちょうふじん、transcrit Chōchō-fujin, ou encore plus simplement Madama Butterfly, マダマ・バタフライ, le suffixe honorifique « -san » étant employé comme vocatif. En italien, ce nom est devenu Cio-Cio-San.
  3. « ”Una vera sposa...”? Inganno e illusione nella prima scaligera di Madama Butterfly », article d'Arthur Groos, présenté lors du congrès international « Madama Butterfly », organisé par la Scala les 10 et 11 novembre 2016, repris dans le programme de la saison 2016-2017 de cet opéra, p. 65.
  4. Puccini commence en réalité dès novembre 1900, alors qu'il a décidé que ce serait le sujet de son futur opéra et alors que le contrat avec Belasco lui cédant les droits ne sera signé que le 1er avril 1901.
  5. Voir sur comitatopuccini.com.
  6. Interview de 1910 en français, à New York, lors de la présentation de La fanciulla del West, citée in « Madama Butterfly 1904: una perfetta idea di teatro » (conversation avec Riccardo Chailly), Madama Butterfly, Uno sguardo nell'Archivio Storico Ricordi, Bertelsmann, 2016.
  7. Minna no opera (« opera del popolo »).
  8. Le 17 février 1904 est la date la plus citée dans l'histoire lyrique de la Scala ; cf. notamment l'article de Michele Girardi, « Le fiasco du 17 février 1904 : chronique de la soirée dans les journaux ».
  9. Il défie l'audience : « Plus fort ! C'est moi qui ai raison ! Vous verrez bien ! C'est le plus grand opéra que j'aie jamais écrit. »
  10. Dans un premier temps de la composition, trois actes avaient été prévus et écrits, dont le 3e devait se dérouler dans le consulat américain et rompre l'unité de lieu. Ce n'est que le 16 novembre 1902 que Puccini écrit à Giulio Ricordi que « le livret n'est plus bon du tout » après le deuxième acte et qu'il s'est convaincu que « l'opéra ne devait comprendre que deux actes » en demandant à Ricordi de ne pas s'affoler. « Le drame doit évoluer vers son dénouement sans diversion : rapide, efficace, terrible ! [...] avec deux actes, le premier durera une heure et le second peut-être une heure et demie, mais l'effet sera tout différent ! De cette façon, je suis sûr de tenir le public en haleine d'un bout à l'autre. », cité in Giacomo Puccini, Marcel Marnat, Fayard, 2005, p. 341 et 342.
  11. Salome en un acte de Richard Strauss qui fit scandale à son tour.
  12. « Madame Butterfly, une tragédie en kimono », article de Michele Girardi, programme de la Scala, saison 2016-2017, p. 81.
  13. « À l'ombre d'un kaki sur le Nunki-Nunko-Yama »
  14. Ajout de l'aria « Addio fiorito asil »
  15. . Madame Butterfly demeure pour nombre de critiques un work in progress dont les différentes versions, au nombre officiel de cinq, le nombre d'actes et un découpage incertain (deux ou trois), la dramaturgie et les didascalies, présentent des variantes jamais résolues. Qui plus est, la version de l'Opéra-Comique, souvent présentée à tort comme définitive, était avant tout circonstancielle. Puccini, pour conserver de bons rapports avec le tout-puissant directeur du théâtre, Albert Carré, devait satisfaire aux insuffisances de Marguerite Carré, qu'il traite même de « patata » (pomme de terre). Pour cette création française, Puccini consent donc à des coupures pour éviter de trop fatiguer la femme du directeur. « Contrairement à ce que l'on dit parfois, ces allègements ne signalent pas une ”version définitive” même si on observe ces élisions dans les représentations actuelles. » (Giacomo Puccini, Marcel Marnat, Fayard, 2005).
  16. La première version en anglais date du 15 octobre 1906 au théâtre Columbia (Belasco) de Washington puis au théâtre Garden de New York le 12 novembre de la même année, pour une tournée de sept mois par la Compagnie de l'opéra anglais de Henry Wilson Savage (en). Le début en Argentine date du 2 juillet 1904 au Teatro de la Ópera de Buenos Aires où triomphe la Storchio. Dès 1908, elle est jouée dans le nouveau Teatro Colón avec 29 représentations. À Londres, elle est représentée pour la première fois, pour la 3e version, le 10 juillet 1905 au Royal Opera House de Covent Garden. En 1906, Puccini établit une autre version qu'il supervise pour le Metropolitan Opera House qui débute le 11 février 1907 en présence du compositeur pour la première fois à New York et avec Geraldine Farrar et Enrico Caruso. La 4e version est celle de Paris, traduite en français, modifiée également du point de vue dramaturgique, notamment pour tenir compte des insuffisances de la soprano Marguerite Carré que Puccini n'appréciait guère. L'Opéra-Compique ne récupère pas le décor de Lucien Jusseaume (celui de la Scala), mais la réussite des nouveaux décors, ceux de Michel Jambon et Alexandre Bailly, en fait un succès malgré une distribution de routine si on excepte Jean Périer en Sharpless. Finalement, ce n'est qu'en 1907, avec une publication complète par la casa Ricordi qu'est définie celle qui sera la version définitive, la plus jouée, celle qui servira de référence. En Espagne, la première en espagnol est au Teatro del Bosc de Barcelone en août 1907. En novembre de la même année, elle débute en italien au Teatro Real de Madrid. La première au théâtre du Liceu est de 1909. Toujours en 1907, elle est donnée à Rio de Janeiro, à Berlin, à Prague et à Vienne (le 31 octobre, en allemand, en présence du compositeur). Ici encore, le succès est au rendez-vous avec 62 représentations en trois saisons, d'admirables décors d'Alfred Roller, avec Selma Kurz et la direction de Francisco Spetrino. En Australie, c'est le 26 mars 1910 au théâtre Royal de Sydney, avec Amy Castles.
  17. Après avoir été représenté en France surtout à l'Opéra-comique, Madame Butterfly débute pour la première fois dans son intégralité au Palais Garnier le 23 juin 1978, dans une production de la Scala de Milan, mise en scène par Jorge Lavelli, sous la direction de Georges Prêtre, avec Teresa Zylis-Gara (Cio-Cio-San), Jocelyne Taillon (Suzuki), Franco Tagliavini (Pinkerton) et Tom Krause (Sharpless). En 1983, Massimo Bogianckino présente, en alternance, les deux versions de l’œuvre, sous la direction d’Alain Lombard (version en trois actes) et de Miguel Ángel Gómez Martínez (en) (version en deux actes), dans une mise en scène, des décors et des costumes de Pierluigi Samaritani, avec Raina Kabaivanska / Hélène Garetti (Cio-Cio-San), Christa Ludwig / Anna Ringart (Suzuki), Ernesto Veronelli / Maurizio Frusoni (Pinkerton), Giorgio Zancanaro / Alessandro Corbelli (Sharpless). Madame Butterfly fait son entrée à l’Opéra Bastille en novembre 1993, dans une mise en scène de Bob Wilson, sous la direction musicale de Chung Myung-whun, avec Diana Soviero, Nicoletta Curiel, Johan Botha et William Stone dans les rôles principaux, reprise en 2010.
  18. Puccini rembourse sur-le-champ 20 000 lires de frais au théâtre milanais.
  19. L'œuvre est jouée dans un théâtre comble, avec de nombreuses personnalités de l'art et de la critique, acclamée par des ovations incessantes, notamment pour le compositeur et le chef d'orchestre, et pas moins de sept bis, dont pour le chœur à bouche fermée, « opéra qui suscite l'admiration générale », in In giro del mondo in un mese, rubrique « Musica e musicisti », 15 juin 1904, cité par le programme « Madama Butterfly » de 2016-2017 de la Scala, p. 100.
  20. Pour son premier voyage, rétribué, aux États-Unis.
  21. Le 21 mars est d'abord donnée la 3e version en 3 actes. Le dimanche 28 suivant, la Fenice reprend la version originale de 1904, dirigée par Eliahu Inbal, régie de Giorgio Marini, mise en scène de Lauro Crisman, avec Eugenia Moldoveanu (ro), Leonia Vetuschi, Beniamino Prior et Ferdinand Radovan (locandina de 1982, [1]).
  22. Partition originale avec le Kimi ga yo
  23. Marca País Uruguay, 15 décembre 2016.
  24. Connue en Italie comme Salomea Krusceniski.
  25. Le créateur du rôle, Emilio Venturini (en), était un ténor. La partition américaine de Ricordi en deux actes de 1905, accessible auprès de l'université de l'Indiana, précise que c'est un rôle de baryton tandis que la musique est en clé de sol. Tiene tal tesitura y voz que este papel del príncipe Yamadori lo han interpretado a veces barítonos.
  26. a et b Puccini Role Creators.
  27. Amadeus Almanac (en italiano).
  28. Cependant, Marcel Marnat (Giacomo Puccini, Fayard) et le Kobbé (Tout l'opéra, R. Laffont) donnent, à tort, Toscanini comme chef d'orchestre à Brescia, malgré les sources. Toscanini dirigera aussi la première reprise à la Scala, après la mort de Puccini, le 28 novembre 1925.
  29. Sous la plume de Illica, on trouve aussi, les versions erronées « Sir Francis Blummy » ou « F. B. Pinkerton ».
  30. La pièce se déroulait sur la colline de Higashi (Higashi-Yamate) qui domine le port et la ville de Nagasaki. La ville proche d'Ōmura, d'où vient Cio-Cio-San, n'est pas compatible avec la description de l'action. Le livret présente en outre une coquille sur ce toponyme, comme sur la plupart des mots japonais, et précise le lieu de naissance de Butterfly comme étant « Omara-Nagasaki ».
  31. Bien que la plupart des recensions situent l'action précisément au moment où l'opéra est créé, soit en 1904, l'action s'étend en fait sur trois ans, entre l'acte I et l'acte II. L'histoire qui a inspiré le récit de Long (1898) se déroule en fait un peu auparavant, entre 1892 et 1894.
  32. « Partout dans le monde, le Yankee vagabond ».
  33. « Quelle farce ! »
  34. « La nuit approche ».
  35. « Un beau jour, nous verrons…»
  36. « Je vous l’avais bien dit »
  37. « Adieu asile fleuri »
  38. Giacomo Puccini, cité in « Commentaire musical » de Bruno Poindefert, Avant-scène opéra n° 56, p. 8
  39. « Es ist unanständig » (« Ce n'est pas convenable ») s'exclame-t-il après une représentation à Vienne.
  40. Classic Voice
  41. Article « Madame Butterfly » de Sylvain Fort, in L'Univers de l'opéra, sous la dir. de B. Dermoncourt, coll. « Bouquins », Robert Laffont, 2012.
  42. Article de Sylvain Fort, ibid.
  43. En la et si bémol.
  44. Comme indiqué par Puccini dans la partition, la viole d'amour soutient le chœur pendant le chœur à bouche fermée.
  45. Bien que s'étant jurée de ne plus jamais l'interpréter, Storchio fera rapidement, en juillet 1904, et avec grand succès la première création à l'étranger, et ce, malgré le catastrophique fiasco de la première à la Scala. En la huant, dans une ambiance survoltée, certains évoquent même qu'elle serait, en raison de son kimono flottant, déjà enceinte d'Arturo Toscanini. Elle ne jouera cependant plus le rôle en Italie.
  46. Le 17 février 1904 à la Scala de Milan, Puccini subit un fiasco cinglant pour son nouvel opéra Madame Butterfly. Jamais encore le compositeur n’était assuré ainsi de la réussite, mais les spectateurs sifflèrent l’opéra. Le célèbre maestro était déprimé. Ses amis lui proposèrent de refaire son œuvre et d'inviter Salomea au rôle principal. Le 29 mai, la première du Madame Butterfly révisé eut lieu sur la scène du Teatro Grande de Brescia ; ce fut un triomphe. Le public appela sept fois les acteurs et ovationna le compositeur sur la scène. Après la représentation le compositeur reconnaissant expédia à Salomea son portrait avec la dédicace : « Pour la plus belle et la plus charmante Butterfly ».
  47. En 1974, Mirella Freni enregistre une représentation filmée par Jean-Pierre Ponnelle et dirigée par Karajan où la critique la loue pour son timbre vocal impressionnant dans ce rôle éprouvant et pour la poésie qui se dégage de son interprétation de la malheureuse Cio-Cio-San.
  48. Elle enregistre les deux arias principales en 1954, puis une intégrale dirigée par Herbert von Karajan à la Scala en 1955 (cf. discographie). « Son objectif avec le rôle de Butterfly est de défier le temps (et sa culture) pour brosser un portrait authentique d'une jeune épouse japonaise ». Elle y parvient si parfaitement (dans l'enregistrement intégral) « que les premiers critiques étaient troublés, voire heurtés, par la sonorité complètement différente qu'elle produisait tout au long du premier acte (s'aventurant à utiliser le timbre léger d'une enfant même dans de grandes phrases fortissimo) et dans d'autres passages soigneusement choisis du reste de l'opéra ». Comme l'écrit aussi John Steane : « C'est, comme par miracle, la jeune fille de quinze ans et non la grande Maria Callas qui se tient devant nous. ». « On entend à certains endroits l'adulte pleine de désillusion et de peur, à d'autres l'enfant encore pleine d'espoir ». Mike Ashman, 2014.
  49. Voir sur internetculturale.it.
  50. « Ascolti » par Luigi Bellingardi, p. 184 et 185 dudit programme.
  51. Renata Tebaldi, considérée comme la meilleure soprano italienne du XXe siècle par Epoch Times, chante l'air de « Un bel dì vedremo »
  52. critique de Robert Levine sur Classicstoday
  53. Notice de Madame Butterfly (1915) sur Afi.com
  54. IMdB
  55. a et b Notice de Madame Butterfly (1932) sur Afi.com.
  56. (en) Madame Butterfly sur l’Internet Movie Database
  57. [(en) Harakiri sur l’Internet Movie Database]
  58. The Takarazuka Concise Madame Butterfly tr. par K. and L. Selden, intr. par A. Groos, in Japan Focus 14, 14, 7 (15 juillet 2016).
  59. Jonathan Clements et Helen McCarthy, « Madame Butterfly », dans The Anime Encyclopedia, Revised & Expanded Edition: A Guide to Japanese Animation Since 1917, Berkeley, Cal., 2nd, , 387–388 (print) p. (ISBN 978-1-933330-10-5, OCLC 71237342, lire en ligne)
  60. (en) « お蝶夫人の幻想 », allcinema
  61. (en) « お蝶夫人の幻想 », Japanese Movie Database (consulté le 18 juillet 2014)
  62. (en) Madame Butterfly sur l’Internet Movie Database
  63. Scorned and dangerously obsessed former lover Alex Forrest (Close) finds comfort in and identifies heavily with Cio-Cio San. The original, abandoned ending of the film shows Alex committing suicide in an identical fashion as Cio-Cio San while Un bel dì plays in the background
  64. (en) David Ng, « 'Butterfly' subtext in 'Fatal Attraction' still can't be ignored », Los Angeles Times,‎ (lire en ligne)
  65. LocoRetro.com: El peacdo de Oyuki.
  66. The West End and Broadway musical Miss Saigon was, in part, based on Madama Butterfly. The story was moved to Vietnam and Thailand and set against the backdrop of the Vietnam War and the Fall of Saigon, but the central themes are largely unchanged.
  67. Stanton Welch – Credits and biography.
  68. Cho Cho, Arts Centre Melbourne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]