Judith Gautier

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Judith Gautier
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Judith Gautier par Nadar, vers 1880

Nom de naissance Louise Charlotte Ernestine Gautier
Alias
Judith Walter
Naissance
Paris
Décès
Saint-Énogat
Auteur
Langue d’écriture français

Compléments

fille de Théophile Gautier

Louise Charlotte Ernestine Gautier, dite Judith Gautier, par son mariage Madame Catulle Mendès, est une femme de lettres française, née à Paris le et morte à Saint-Énogat (aujourd’hui Dinard) le .

Judith Gautier est l'une des femmes les plus fascinantes de son époque, par sa passion pour l'Asie (Chine et Japon notamment), par son rôle de pionnière dans l'analyse de la mystique wagnérienne, et par ses relations passionnées avec l'avant-garde littéraire française, de Victor Hugo à Baudelaire en passant par Gustave Flaubert. Elle est également la première femme à entrer à l’Académie Goncourt, en 1910.

Biographie[modifier | modifier le code]

Judith Gautier, portrait de John Singer Sargent, 1885

Fille de l'écrivain Théophile Gautier et d'Ernesta Grisi (la sœur de la danseuse Carlotta Grisi), elle passe sa petite enfance dans une liberté quasi-absolue et sous la surveillance d'une nourrice à sa dévotion, qui ne lui rendent que plus pesant son internement au pensionnat Notre-Dame-de-la-Miséricorde[1].

Enfin, son père la fait venir auprès de lui et de sa plus jeune sœur, Estelle. C'est là qu'elle fait montre de talents originaux, et qu'elle fait la connaissance de nombreux amis de son père, parmi lesquels Baudelaire ou les frères Goncourt.

La première contribution de Judith Gautier à la littérature est la publication d'un article sur la traduction française d'Euréka, d'Edgar Poe, par Baudelaire[2]. Ce dernier est absolument bouleversé par l'article de Judith.

Théophile Gautier recueille un jour un lettré chinois du nom de Ding Dunling, réfugié politique en France, qui apprend à Judith la langue chinoise et l'initie à la civilisation, notamment la littérature, de l'Empire du Milieu. À vingt-deux ans, elle publie Le Livre de Jade, une collection d'anciens poèmes chinois, choisis et traduits avec l'assistance de son précepteur, et ce premier livre lui assure d'emblée un succès auprès des lettrés de l'époque. Judith Gautier atteint peu après un succès encore plus éclatant avec la publication de ses deux premiers romans, Le Dragon impérial (1869) et L'Usurpateur (1875).

Son père était entouré d'un cercle cosmopolite – recevant constamment Théodore de Banville, Gustave Flaubert, Edmond de Goncourt, Charles Baudelaire, Champfleury, Arsène Houssaye, Gustave Doré... Elle y fait des ravages. Un prince persan la poursuit longtemps de ses assiduités. Mais Judith finit par tomber amoureuse de Catulle Mendès, un écrivain jeune, très séduisant et, alors, talentueux. Cependant, cette histoire d'amour et leur projet de mariage déplait souverainement à Théophile Gautier et entraîne la séparation des parents de Judith, car Ernesta soutient sa fille. Le mariage a lieu, sans la présence de Théophile, en 1866. Ce dernier savait, par son enquête personnelle, que Catulle Mendès était un personnage de très mauvaise vie, et il avait prévu que le mariage n'apporterait que le malheur à sa fille. C'est ce qui arrive en effet, et celle-ci en est très malheureuse, pendant plusieurs années. Les jeunes époux finissent par se séparer, et Catulle peut dès lors se livrer à sa passion pour sa maîtresse Augusta Holmès, qui avait eu de lui plusieurs enfants avant et pendant son mariage avec Judith. Les deux époux divorcent officiellement lorsque la loi le permet, c'est-à-dire de nombreuses années plus tard.

Cette expérience a une influence sur le reste de la vie de Judith, qui ne prit jamais d'autre époux et garda toujours une certaine méfiance à l'égard des hommes. Son compagnon ordinaire est le musicien d'origine hollandaise Benedictus, personnage tout à sa dévotion, d'un naturel très discret et toujours prêt à satisfaire les moindres caprices de son égérie.

Auparavant, à l'été 1869, Judith et Catulle, accompagnés de Villiers de l'Isle-Adam, rendent visite à Richard Wagner à Tribschen, près de Lucerne[note 1]. On dit qu'elle inspire à Wagner les « filles-fleurs » de Parsifal et qu'il a écrit près d'elle le troisième acte de Siegfried. Elle devient une habituée de Bayreuth, enseignant au maître les subtilités des mystiques orientaux. Peut-être ne devient-elle pas sa maîtresse, mais elle fut assurément son dernier amour. Elle-même écrit plusieurs livres sur Wagner, sur son dernier opéra, Parsifal, et sur leurs relations.

Plusieurs années plus tard, après 1870, elle fascine également Victor Hugo, revenu en France, qui écrit en son honneur l'un de ses très rares sonnets. Après la mort de Théophile Gautier en 1872, elle devient sa maîtresse[3]. Elle subjugue également Jean Lorrain, rencontré en 1873 lors de vacances à Fécamp.

Elle se sépare de Catulle Mendès, qui entretenait depuis plusieurs années une liaison avec la compositrice Augusta Holmès, en 1878 — le divorce est prononcé en — et s'installe au 31 rue Washington (VIIIe arrondissement), dans un charmant appartement rempli de bouddhas où elle tient salon tous les dimanches. Mais elle passe aussi beaucoup de temps dans sa villa en Bretagne, à Saint-Énogat, où elle étudie l'occultisme aux échos des légendes celtes.

À la fin des années 1870, Judith Gautier publie son troisième roman, Lucienne, qui retient moins l'attention que ses précédents livres, peut-être parce que ce roman se passe en France et non plus dans un cadre oriental.

Durant les années 1880 et 1890, elle publie plusieurs recueils d'articles et de contes, ainsi qu'une nouvelle, Isoline, et que plusieurs romans, dont La conquête du Paradis, Le Roman d'un éléphant blanc et Iskender. Son recueil de poèmes traduits du japonais Les poèmes de la libellule, tiré dans une édition de luxe, fait également sensation. Elle écrit un certain nombre de pièces de théâtre.

À partir de 1904, elle publie trois volumes de souvenirs, Le Collier des jours, Le Second rang du collier et Le Troisième rang du collier, exemples d'autobiographie. À la même époque, elle continue de fournir un recueil de nouvelles, Le Paravent de Soie et d'or. Son ami Pierre Louÿs écrit, dans une annexe du Pré aux oiseaux, sa plus célèbre œuvre, Aphrodite. Judith fréquent Péladan ou encore Pierre Loti, avec lequel elle écrit une pièce de théâtre destinée à Sarah Bernhardt, La fille du ciel en 1911. La comédienne décide malheureusement de ne point jouer cette pièce. Le dernier roman de Judith, Le roman d'un grand chanteur (1912) est en réalité la biographie de l'un de ses cousins italiens, Mario de Candia.

En 1904, le comité du Prix Fémina sollicite son adhésion. Mais la consécration survient en octobre 1910, lorsqu’elle devient la première femme à entrer à l’Académie Goncourt[4],[5]. Élue au second couvert à la mort de Jules Renard, elle prend ironiquement la place de celui qui la désignait comme « une vieille outre noire, mauvaise et fielleuse, couronnée de roses comme une vache de concours ». Malgré l'ampleur de l'honneur, Judith siège fort peu dans cette assemblée.

Dans la dernière époque de sa vie, Judith Gautier est accompagnée d'une jeune fille toute à sa dévotion, Suzanne Meyer-Zundell. Cette relation fait que certains auteurs envisagent aujourd'hui une éventuelle homosexualité de Judith Gautier. Mais elle est âgée alors de plus de 60 ans.

Judith Gautier meurt, de fatigue, à l'âge de 72 ans dans sa propriété de Saint-Énogat, « Le pré aux oiseaux », avant la fin de la Première Guerre mondiale. Elle est inhumée à Dinard dans sa propriété. Une épitaphe en chinois est gravée sur la dalle de granit  : « La lumière du ciel arrive... »[6].

Le Livre de Jade[modifier | modifier le code]

Le Livre de Jade a paru en 1867 sous le pseudonyme de Judith Walter. Une deuxième édition, « corrigée et augmentée », sous-titrée « Poèmes traduits du chinois par Judith Gautier » a paru en 1902. Dans cette édition, aux soixante et onze poèmes provenant de l’édition de 1867 sont ajoutés trente-neuf autres poèmes. Les poèmes parus en 1867, « variations » sur les poèmes chinois, n'ont que peu de rapport avec les textes originaux. Certains sont des adaptations des traductions faites par le sinologue Hervey-Saint-Denis dans Poésies de l'époque des Thang, et une bonne partie sont des créations de Judith Gautier elle-même. Dans l'édition de 1902, d'après F. Stocès, vingt-deux poèmes sur les cent dix sont de véritables traductions, et vingt-cinq adaptés ou inspirés de Hervey-Saint-Denis. Le succès de l'ouvrage, republié plusieurs fois et traduit en plusieurs langues, a donné au public une image de la poésie chinoise parfois très éloignée de la réalité[7].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Melle Judith Gautier à la Fourberie, John Singer Sargent, vers 1883-1885.
  • Le Livre de Jade, recueil de poèmes chinois anciens (1867), sous le pseudonyme de Judith Walter, remanié et republié en 1902 [édition de 1867] sur gallica ; [édition de 1902]
  • Le Dragon impérial, roman (1869), sous le nom de Judith Mendès. Texte sur wikisource
  • L'Usurpateur, roman (1875), sous le nom de Judith Mendès, couronné par l'Académie française et publié de nouveau en 1887 sous le titre La Sœur du soleil. Texte sur wikisource
  • Lucienne, roman (1877). Texte sur wikisource
  • Les Cruautés de l'amour, recueil de quatre nouvelles (1879)
  • Les Peuples étranges, recueil d'articles sur la Chine (1879)
  • Le Ramier blanc, pièce de théâtre (1890)
  • Isoline, nouvelle (1882)
  • Isoline et La fleur-serpent, et autres nouvelles (1882). Comprend : Isoline, La Fleur-serpent, Trop tard, L'Auberge des roseaux-en-fleur, La Tunique merveilleuse, Le Fruit défendu. Texte sur Gallica
  • Richard Wagner et son œuvre poétique depuis "Rienzi" jusqu'à "Parsifal", essai (1882). Texte sur wikisource
  • La Femme de Putiphar (1885)
  • Iseult, conte (1885)
  • Poèmes de la libellule, recueil de poèmes traduits du japonais (1885)
  • La Marchande de sourires, drame en 5 actes, Théâtre de l'Odéon,
  • Fleurs d'Orient, contes (1893). Texte sur wikisource
  • Le Vieux de la montagne, roman (1893). Texte sur wikisource
  • Parsifal (1893)
  • La Barynia, pièce de théâtre (1894)
  • Iskender, histoire persane, roman (1886)
  • Souvenir d’une folle soirée — Une charade chez Richard Wagner, in « Cosmopolis », no 9, septembre 1896, p. 765-774 ; texte sur Gallica
  • Le lion de la victoire et La reine de Bengale (1887), les deux parties du roman La conquête du Paradis, plusieurs fois remanié et publié
  • Les noces de Fingal, poème (1888)
  • Les musiques bizarres à l'Exposition, avec Bénédictus (1889)
  • Tokyo, chapitre du livre collectif Les capitales du monde (1892)
  • Le roman d'un éléphant blanc (1893), qui fut illustré par Mucha l'année suivante. Texte sur wikisource
  • La Camargo, pièce de théâtre (1893)
  • La sonate au clair de lune, pièce de théâtre (1894)
  • Parsifal (1898)
  • Khou-en-atonou, contes (1898)
  • Une fausse conversion, pièce de théâtre d'après l'œuvre de Gautier père (inédit) (1899)
  • Les Princesses d'amour, roman (1900). Texte sur wikisource
  • Les Musiques bizarres à l'Exposition de 1900, recueil de morceaux musicaux asiatiques, en collaboration avec Bénédictus (1900)
  • Le paravent de soie et d'or (1904)
  • Le livre de la foi nouvelle (1900)
  • Le Collier des jours, souvenirs (1904). Texte sur Gallica
  • Princesses d'amour, pièce de théâtre inédite (1908)
  • Tristiane, pièce de théâtre parue en revue seulement (1910)
  • Embûche fleurie, pièce de théâtre inédite (1911)
  • L'Apsara, pièce de théâtre
  • Mlle de Maupin, pièce de théâtre d'après le roman de Gautier père (inédit)
  • En Chine, ouvrage de vulgarisation (1911)
  • Dupleix, ouvrage de vulgarisation (1912)
  • L'Inde éblouie, refonte du roman "La conquête du paradis" (1913)
  • Le Second Rang du collier, souvenirs. Texte sur Gallica
  • Le Troisième Rang du collier, souvenirs (1909). Publié dans La Revue de Paris, 1909. Texte sur wikisource
  • Poésies (1911)
  • Le roman d'un grand chanteur, roman (1912)
  • La vierge de prompt-secours, ouvrage théâtral (1912)
  • Lettres inédites de la marquise de Sévigné (1913)
  • Parsifal (1914)
  • Les grandes et petites querelles de Richard Wagner, article publié dans « Le Temps » le , p. 3-4. Texte sur Gallica
  • Le Japon, ouvrage de vulgarisation (1912)
  • Les parfums de la pagode (1919), recueil de contes
  • Un général de cinq ans, conte contemporain sur la guerre, illustré par sa sœur Estelle Gautier
  • Auprès de Richard Wagner, souvenirs (1861-1882), avant-propos par Gustave Samazeuilh, Paris, Mercure de France, (1943)

Édition des œuvres[modifier | modifier le code]

  • Yvan Daniel (éd.), Œuvres complètes de Judith Gautier, Romans, Contes et Nouvelles, Paris, Classiques Garnier, coll. « Littérature française du XIXe siècle », vol. I, 2011
  • Yvan Daniel (éd.), Le Livre de Jade, Paris, Imprimerie Nationale / Actes Sud, coll. "La Salamandre", 2004

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En se repérant à l'aide du Journal de Cosima Wagner, la chronologie du déplacement du couple Mendès et de Villiers de l'Isle-Adam est la suivante :
    • première visite à Tribschen : du 16 au 25 juillet 1869 ;
    • séjour à Munich (exposition de peinture, préparatifs de la première de L'Or du Rhin avec visite incognito de Wagner du 31 août au 2 septembre, rencontre de Hans Richter, Franz Liszt, Franz Servais) : du 25 juillet au 13 septembre ;
    • Tribschen de nouveau, avec Franz Servais : du 13 septembre au 18 ou 19 septembre.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Knapp 2007, p. 9-27.
  2. Canh-Gruyer - Encyclopædia Universalis
  3. Alain Rubens, Victor Hugo et le sexe, article de L'Expess le 13 février 2012 (consulté le 18 juin 2014)
  4. Izquierdo 2009.
  5. Knapp 2007, p. 367.
  6. « Judith et Estelle Gautier », Le Télégramme,‎ (lire en ligne)
  7. Stocès 2006, Revue de littérature comparée, p. 335-350.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Classement par date de parution.

  • Remy de Gourmont, Promenades littéraires, Mercure de France,‎ (lire en ligne), « Les souvenirs de Judith Gautier ».
  • Dita Camacho, Judith Gautier. Sa vie et son œuvre,‎ .
  • Joanna Richardson (trad. Sara Oudin), Judith Gautier, Paris, Éditions Seghers,‎ .
  • Anne Danclos, La vie de Judith Gautier. Égérie de Victor Hugo et de Richard Wagner, Paris, Barré et Dayez,‎ .
  • Denise Brahimi, « Judith Gautier, ses pères, sa mère, son œuvre » », Romantisme, vol. 22, no 77,‎ , p. 55-60 (lire en ligne).
  • Ferdinand Stocès, « Sur les sources du Livre de Jade de Judith Gautier (1845-1917) », Revue de littérature comparée, vol. 3, no 319,‎ , p. 35-350 (lire en ligne).
  • Bettina Knapp (trad. Daniel Cohen), Judith Gautier, une intellectuelle française libertaire, Éditions L'Harmattan,‎ , 416 p. (ISBN 9782296029026, lire en ligne) (inscription nécessaire) – via L'Harmattan.
  • Brigitte Koyama-Richard, Le Japon et la Chine dans les œuvres de Judith Gautier, Éditions Synapse,‎ .
  • Patricia Izquierdo, Devenir Poétesse à la Belle Époque - Étude littéraire, historique et sociologique, Éditions L'Harmattan,‎ , 398 p. (ISBN 9782296108455, lire en ligne), « Souci du perfectionnisme : Judith Gautier, Andrée Vivien et Cécile Sauvage » (inscription nécessaire) – via L'Harmattan.
  • Véronique Chagnon-Burke, Béatrice Didier (dir.), Antoinette Fouque (dir.) et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes,‎ , « Gautier, Judith [Paris 1845 - Saint-Énogat, auj. Dinard 1917] », p. 1707.

Sources sur le web[modifier | modifier le code]

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