Kon Ichikawa

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Kon Ichikawa
Description de l'image Kon Ichikawa.jpg.
Naissance
Ise, Japon
Nationalité Drapeau du Japon Japonais
Décès (à 92 ans)
Ise, Japon
Profession Réalisateur
Films notables La Harpe de Birmanie,
Le Pavillon d'or
La Vengeance d'un acteur

Kon Ichikawa (市川 崑, Ichikawa Kon?, né le à Ise, nouveau nom de Ujiyamada dans la préfecture de Mie - mort le dans sa ville natale) est l'un des plus célèbres réalisateurs japonais.

Il a réalisé un grand nombre de films, des années 1940 à nos jours, et, bien que peu d'entre eux furent diffusés en Occident, leur reconnaissance (nomination, parfois récompense) dans des festivals internationaux parmi les plus prisés comme le Mostra de Venise ou le Festival de Cannes lui valurent une notoriété internationale. Son style a beaucoup varié durant sa longue carrière, mais on notera qu'il privilégia souvent les objectifs grand angle et le cinémascope pour restituer une esthétique visuelle proche du théâtre kabuki, et qu'il revint fréquemment à des thèmes pacifistes nuancés d'humour noir.

Biographie[modifier | modifier le code]

Début de carrière[modifier | modifier le code]

En 1933, après des études de commerce à Osaka[1], Kon Ichikawa trouva un emploi dans la section animation de la société Jenkins-Osawa, à Kyoto, où il devint ensuite assistant de réalisateurs tels que Tamizo Ishida, Yutaka Abe et Nobuo Aoyagi[2]. Au début des années 1940, les studios Jenkins-Osawa fusionnèrent avec les sociétés de production Toho et Photo Chemical Laboratories (P.C.L.)[3]. Kon Ichikawa rejoignit Tōkyō à cette occasion. Il y rencontra Natto Wada (和田 夏十, Natto Wada?, parfois transcrit en Natsuto Wada[4]), alors traductrice pour la Toho, qui deviendra sa femme et écrira les scénarios de la plupart de ses films réalisés entre 1949 et 1965.

En 1946, la Toho[5] lui donna l'opportunité de réaliser un premier film, La Fille du temple Dojo (Musume Dojoji), une animation tournée avec des marionnettes et adaptée d'une pièce de bunraku. Kon Ichikawa ne présenta pas le script du film au comité de censure de l'occupant américain[6] avant de le réaliser (peut-être parce qu'il avait peu de chances d'être accepté ? les thèmes trop « médiévaux » étaient généralement rejetés[7]) ; en conséquence, les autorités américaines confisquèrent les bobines, empêchant la diffusion. Longtemps perdu, on l'a cru détruit, mais le film est désormais retrouvé (et conservé, notamment, par la Cinémathèque française).

Affirmation cinématographique et politique[modifier | modifier le code]

Le contrôle et la censure des médias par les forces d'occupation avaient des effets très sensibles sur l'industrie cinématographique japonaise[8], et se traduisirent notamment, dans l'immédiat après-guerre, par une montée en puissance des syndicats et l'apparition de conflits sociaux dans les sociétés de productions. Fondé le 5 décembre 1945[9] (seulement quatre mois après la fin de la guerre) le syndicat de la Toho était l'un des plus actifs, et organisa d'importantes grèves et manifestations dès le début 1946. À partir de l'automne 1946, un mouvement de grève plus radical provoqua une scission parmi les employés de la Toho et aboutit à la création en mars 1947[10] d'une nouvelle société de production sous la bannière anticommuniste, la Shintōhō . S'étant opposé aux grévistes, Kon Ichikawa rejoignit la Shintōhō. Ce parti pris n'était pas sans conséquences pratiques : il était à l'abri des « chasses aux sorcières » anticommunistes (qui commencèrent en 1948 lorsque les américains changèrent radicalement leur politique à cet égard[11]) mais se trouvait désormais dans une société de production sans grands moyens financiers, privée de « tête d'affiche » (comme Mikio Naruse et Akira Kurosawa, qui étaient restés à la Toho) et qui se trouvait par conséquent contrainte de produire un cinéma grand public. C'est pourquoi, jusqu'au début des années 1950, Kon Ichikawa dut réaliser des films à vocations plus commerciales qu'artistiques.

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Kon Ichikawa meurt le à l'âge de 92 ans.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Chikage Awashima dans Le Pont du Japon (1956)

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • 1946 : La Fille du temple Dojo (娘道場寺, Musume Dōjōji)
  • 1947 : Mille et une nuits avec la Toho (東宝千一夜, Tōhō Senichiya)
  • 1948 : La Fleur éclose (待ち焦より, Hana hiraku - Machiko yori)
  • 1948 : 365 nuits I (三百六十五夜 東京篇, Sambyakurokujugo ya - Tokyo-hen)
  • 1948 : 365 nuits II (三百六十五夜 大阪篇, Sambyakurokujugo ya - Osaka-hen)
  • 1949 : Portrait d'un être humain (人間模様, Ningen moyo)
  • 1949 : Passion sans frein (果しなき情熱, Hateshinaki jonetsu)
  • 1950 : Sanshiro de Ginza (銀座三四郎, Ginza Sanshirō)
  • 1950 : Terre chaude (熱泥地, Netsudeichi)
  • 1950 : Poursuite à l'aube (暁の追跡, Akatsuki no tsuiseki)
  • 1951 : L'Amant (恋人, Koibito)
  • 1951 : L'Amour volé (盗まれた恋, Nusumareta koi)
  • 1951 : Fleur de nuit ou Le Parfum de la nuit (夜来香, Ieraishan)
  • 1951 : L'Homme sans nationalité (無国籍者, Mukokuseki-sha)
  • 1951 : Coule la rivière Solo (ブンガワンソロ, Bungawan Solo)
  • 1951 : La Marche nuptiale (結婚行進曲, Kekkon koshinkyoku)
  • 1952 : Monsieur Lucky (ラッキーさん, Rakki-san)
  • 1952 : Les Jeunes gens (若い人, Wakai hito)
  • 1952 : La Femme qui a touché les jambes (足にさわった女, Ashi ni sawatta onna)
  • 1952 : Par ci, par là (あの手この手, Anote konote)
  • 1953 : Monsieur Pû (プーサン, Pū-san)
  • 1953 : La Révolution bleue (青色革命, Aoiro kakumei)
  • 1953 : La Jeunesse de Heiji Zenigata (天晴れ一番手柄 青春銭形平次, Seishun Zenigata Heiji)
  • 1953 : Les Amants (愛人, Aijin)
  • 1954 : Tout sur moi (わたしの凡てを, Watashi no subete o)
  • 1954 : Un Milliardaire (億万長者, Okuman choja)
  • 1954 : Douze chapitres sur les femmes (女性に関する十二章, Josei ni kansuru jūni shō)
  • 1955 : Histoire de fantômes de la jeunesse (青春怪談, Seishun kaidan)
  • 1955 : Le Pauvre cœur des hommes (こころ, Kokoro)
  • 1956 : La Harpe de Birmanie (ビルマの竪琴, Biruma no Tategoto)
  • 1956 : La Chambre des exécutions ou La Chambre de punition (処刑の部屋, Shokei no heya), adaptation d'un roman de Shintarō Ishihara
  • 1956 : Nihonbashi ou Le Pont du Japon (日本橋, Nihonbashi)
  • 1957 : Le Train bondé (満員電車, Manin densha)
  • 1957 : Les Hommes de Tohoku (東北の神武たち, Tōhoku no zunmu-tachi)
  • 1957 : Le Trou (穴, Ana)
  • 1958 : Le Pavillon d'or ou Le Brasier (炎上, Enjō), adaptation du roman de Yukio Mishima
  • 1959 : Les Mots de nos rencontres : au revoir, bonjour (あなたと私の合言葉 さよなら、今日は, Anata to watashi no aikotoba : sayonara, konnichiwa)
  • 1959 : L'Étrange Obsession (鍵, Kagi), adaptation du roman de Jun'ichirō Tanizaki
  • 1959 : Feux dans la plaine (野火, Nobi)
  • 1960 : Testaments de femmes (女経, Jokyō) - 2e partie : (物を高く売りつける女, Mono o takaku uritsukeru onna)
  • 1960 : Le Fils de famille (ぼんち, Bonchi)
  • 1960 : Tendre et folle adolescence (おとうと, Otōto)
  • 1961 : Dix femmes en noir (黒い十人の女, Kuroi junin no onna)
  • 1962 : Le Serment rompu (破戒, Hakai)
  • 1962 : J'ai deux ans (私は二歳, Watashi wa nisai)
  • 1963 : La Vengeance d'un acteur (雪之丞変化, Yukinojō henge)
  • 1963 : Seul sur l'océan Pacifique (太平洋ひとりぼっち, Taiheiyō hitori-botchi)
  • 1964 : La Danse du grisbi ou La Puissance de l'argent (ど根性物語 銭の踊り, Dokonjo monogatari - zeni no odori)
  • 1967 : La Guerre des boutons de Toppo Jijo (トッポ・ジージョのボタン戦争, Toppo Jijo no botan sensō)
  • 1971 : Pourquoi ? (愛ふただび, Ai futatabi)
  • 1973 : Errances (股旅, Matatabi)
  • 1975 : Je suis un chat (吾輩は猫である, Wagahai wa neko de aru), adaptation du roman de Natsume Sōseki
  • 1976 : Entre l'épouse et la femme (妻と女の間, Tsuma to onna no aida), coréalisé avec Shirō Toyoda
  • 1976 : Le Complot de la famille Inugami ou La Famille Inugami (犬神家の一族, Inugami-ke no ichizoku)
  • 1977 : La Ballade du diable ou La Ritournelle du démon (悪魔の手毬唄, Akuma no temari-uta)
  • 1977 : L'Île de la prison (獄門島, Gokumon-to)
  • 1978 : La Reine des abeilles (女王蜂, Jobachi)
  • 1978 : Le Phénix (火の鳥, Hi no tori)
  • 1979 : La Maison du pendu (病院坂の首縊りの家, Byoinzaka no kubikukuri no ie)
  • 1979 : Le Train de la voie lactée 999 (銀河鉄道999, Ginga Tetsudo 999)
  • 1980 : Koto ou L'ancienne capitale (古都, Koto)
  • 1981 : Le Bonheur (幸福, Kofuku)
  • 1983 : Les Quatre sœurs Makioka (細雪, Sasame-yuki)
  • 1984 : Ohan (おはん, Ohan)
  • 1985 : La Harpe de Birmanie (ビルマの竪琴, Biruma no Tategoto), remake
  • 1986 : Le Palais des fêtes (鹿鳴館, Rokumeikan )
  • 1987 : L'Actrice (映画女優, Eiga joyū)
  • 1987 : La Princesse de la lune (竹取物語, Taketori monogatari)
  • 1988 : La Grue (つる 鶴, Tsuru)
  • 1991 : L'Affaire du meurtre de la légende de Tenga (天河伝説殺人事件, Tenkawa densetsu satsujin jiken)
  • 1993 : Fusa (その木戸を通って映画, Sono kido o tootte)
  • 1993 : Shinjitsu ichiro, téléfilm
  • 1993 : Le Retour de Monjiro Kogarashi (帰って来た木枯し紋次郎, Kaette kitta Kogarashi Monjiro)
  • 1994 : Les 47 rōnin (四十七人の刺客, Shijūshichinin no shikaku)
  • 1996 : Le Village aux huit tombes (八つ墓村, Yatsu haka mura)
  • 2000 : Shinsengumi (新選組, Shinsengumi)
  • 2000 : Doraheita (どら平太, Dora-heita)
  • 2001 : La Mère (かあちゃん, Kah-chan)
  • 2006 : Les Inugamis (犬神家の一族, Inugami-ke no ichizoku), remake

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • 1965 : Tokyo Olympiades (東京オリンピック, Tokyo Orinpikku)
  • 1968 : La Jeunesse (Seishun)
  • 1969 : Kyoto (Kyoto)
  • 1970 : Le Japon et les Japonais (日本と日本人, Nihon to Nihonjin)
  • 1973 : Les Sprinters, 5e segment dans le film collectif Visions of Eight
  • 1973 : Temps arrête-toi, tu es belle (Tokiyo tomare - kimi wa utsukushii)

Télévion[modifier | modifier le code]

  • 1965 - 1966 : Le Dit du Genji (源氏物語, Genji monogatari), série télévisée
  • 1986 : Le Conte des chatons (子猫物語, Koneko monogatari)
  • 2002 : Tobo, série télévisée, 3 épisodes
  • 2003 : Le Mariage de ma fille (娘の結婚, Musume no kekkon)

Filmographie (producteur)[modifier | modifier le code]

  • 1960 : La Femme qui a touché les jambes (足にさわった女, Ashi ni sawatta onna) de Yasuzō Masumura
  • 1962 : J'ai deux ans (私は二歳, Watashi wa nisai)
  • 1963 : La Vengeance d'un acteur (雪之丞変化, Yukinojō henge)
  • 1965 : Tokyo Olympiades (東京オリンピック, Tokyo Orinpikku)
  • 1967 : La Guerre des boutons de Toppo Jijo (トッポ・ジージョのボタン戦争, Toppo Jijo no botan sensō)
  • 1969 : Kyo (京), documentaire
  • 1977 : La Ballade du diable ou La Ritournelle du démon (悪魔の手毬唄, Akuma no temari-uta)
  • 1977 : L'Île de la prison (獄門島, Gokumon-to)
  • 1979 : La Maison du pendu (病院坂の首縊りの家, Byoinzaka no kubikukuri no ie)
  • 1983 : Les Quatre sœurs Makioka (細雪, Sasame-yuki)
  • 1984 : Ohan (おはん, Ohan)
  • 1987 : L'Actrice (映画女優, Eiga joyū)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Max Tessier, Le Cinéma japonais au présent, Paris, Lherminier, (réimpr. 1984), 219 p. (ISBN 2-86244-028-0)
  • Tadao Sato (trad. Karine Chesneau et al.), Le Cinéma japonais, Tome II, Paris, Cinéma/pluriel et Centre Georges Pompidou, , 324 p. (ISBN 2-85850-930-1)
  • Donald Richie (trad. Romain Slocombe), Le Cinéma japonais, Paris, Édition du rocher, , 402 p. (ISBN 2-268-05237-0)
  • (en) James Quandt (dir.), Kon Ichikawa, Toronto, Cinematheque Ontario, , 445 p. (ISBN 0-9682969-3-9)
    L'ouvrage de référence sur Kon Ichikawa, dont les articles sont écrits par de célèbres auteurs ou réalisateurs (tels que Yukio Mishima ou Yasuzo Masumura), des experts renommés du cinéma japonais (Tadao Sato, Donald Richie, Max Tessier, Aaron Gerow) ou des proches du réalisateur (y compris sa femme, Natto Wada et lui-même).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon l'article Ichikawa Kon de l'Encyclopædia Britannica.
  2. Cf. la fiche biographique des lauréats du prix Akira Kurosawa au Festival international du film de Tokyo, Akira Kurosawa Award for 2006 Winers
  3. Selon de nombreuses sources, par exemple : Kon Ichikawa Biography, Jonathan Crow, All Movie Guide [(en) lire en ligne].
  4. L'écriture Natto Wada est généralement adoptée, y compris dans les ouvrages de référence. Il s'agit d'un nom d'artiste, son vrai nom de jeune fille est Yumiko Mogi (et après mariage, Yumiko Ichikawa).
  5. Certaines sources, en particulier l'Encyclopædia Britannica indiquent que ce film fut tourné pour les studios Shintōhō. C'est un anachronisme : les studios Shintōhō n'existent pas encore en 1946, ils ne seront fondés que l'année suivante, en 1947 (ce que Britannica confirme par ailleurs).
  6. Cf. Tadao Sato, op. cit., p. 10 et Jonathan Crow, op. cit.
  7. Voir par exemple Donald Richie, op. cit, p. 133, ou Tadao Sato, op. cit, p. 12.
  8. Donald Richie indique à ce sujet que le général Douglas MacArthur s'investit lui-même dans la réforme du cinéma japonais, dès 1945 ! (op. cit., p. 133).
  9. Tadao Sato, op. cit., p. 23.
  10. Tadao Sato, op. cit., p. 25.
  11. Cf. Donald Richie, op. cit., p. 143.

Liens externes[modifier | modifier le code]