Histoire démographique des Amérindiens

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L'Histoire démographique des Amérindiens est marquée profondément par les premiers contacts avec des explorateurs européens qui d'une part, ont perpétré des massacres à grande échelle des populations amérindiennes pour mener à bien la conquête de l'Amérique, et d'autre part ont amené avec eux des maladies contagieuses de l'Ancien Monde (Europe, Asie et Afrique). Selon certains spécialistes, les Indiens de l'Amérique auraient connu un déclin démographique important dès le début du XVIe siècle.

Évaluation de la population dans l'Amérique précolombienne[modifier | modifier le code]

L'évaluation repose sur des données archéologiques et sur les témoignages et mémoires des conquistadors et ecclésiastiques. Les Incas procédaient à des recensements périodiques des populations, mais les quipus conservés ne sont pas décryptables. Le document le plus intéressant pour le Mexique est le Codex Mendoza, rédigé en 1549, et qui donne la liste des tributs versés à l'empereur des Aztèques en 1519. L'absence de données fiables a conduit à des estimations plus ou moins fantaisistes.

Thomas Calvo, spécialiste de l'Amérique hispanique donne les chiffres suivants[1] :

  • Empire aztèque et ses marges: 17,5 millions d'habitants, dont:
    • territoires du Nord: 2,5 millions
    • Mexique central: 15 millions
  • Amérique centrale: 5 millions d'habitants, dont:
    • Chiapas: 0,8 million
    • Salvador: 0,4 million
  • Empire inca: 12 millions d'habitants, dont:
    • Sierra de Quito: 1 million
    • Pérou: 9 millions
    • Haut-Pérou (Bolivie):0,3 million
  • Amazonie (Brésil): 4 millions d'habitants
  • Caraïbes: 5 millions d'habitants
  • Araucans: 1 million d'habitants
  • Peuples à la périphérie des grandes civilisations: 4 millions d'habitants, dont:

Pour Pierre Chaunu[2], « les résultats de Borah et Cook conduisent à une révision complète de notre représentation de l'histoire américaine. Ce n'est plus 40 millions d'hommes jugés excessifs du docteur Rivet qu'il faut supposer à l’Amérique précolombienne, mais 80 à 100 millions d’âmes peut être ». Les études auxqelles P. Chanu fait référence sont celles de Sherburne F. Cook et Woodrow W. Borah, démographes de l'école de Berkeley[3].

Pierre Clastres donne pour les seuls indiens Guarani en 1539 une population de 1,5 millions d'habitants au minimum.

Guerres, massacres, réduction en esclavage[modifier | modifier le code]

La colonisation européenne a parfois mené à des guerres d'extermination (les Conquistadors) et le refoulement des Indiens des États-Unis vers des territoires peu propices aux activités d'exploitation (agriculture et extraction forestière et minière). En Amérique du sud, les Indiens furent le plus souvent réduits à l'esclavage ou exterminés. Dans l'Argentine actuelle ne subsiste qu'une infime minorité indienne, celle ayant survécu à la violente « Conquête du Désert » menée par Julio Argentino Roca à la fin du XIXe siècle.


Selon l'historien Michel Mourre, l'esclavage et les mauvais traitements infligés par les conquérants aux populations conquises sont largement responsables de l'effondrement démographique de la population mexicaine. "Dès 1537, la bulle Sublimis Deus de Paul III déclarait que les Indiens, baptisés ou non, ne pouvaient être réduits en esclavage, mais ces prescriptions, confirmées par les Leyes nueves de 1542, restèrent trop souvent lettre morte, et la population indienne, évaluée à 11 millions au moment de la conquête, n'était plus que de un million cinq cent mille vers 1650. L'évangélisation du pays, souvent superficielle, s'accompagna d'une destruction complète de l'ancienne culture aztèque"[4]. M. Mourre se fonde sur des estimations basses ; selon certains démographes, la population mexicaine serait passée en un siècle de 25 millions à 1,5 millions[5].

Certains historiens comme Tzvetan Todorov[6] considèrent que les violences perpétrées par les conquistadors ont entraîné un nombre de morts si élevé qu'il faut parler de génocide amérindien, mais cette appellation est très controversée et témoignerait de deux visions antagonistes de l'Histoire, l'une attachée au devoir de mémoire pour les tenants du terme génocide, l'autre attachée à 'absence de reconnaissance officielle d'un tel génocide par l'ONU[7].

Le choc viral et bactérien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Échange colombien.

Sans pouvoir préciser avec certitude l'ampleur de l'impact des maladies infectieuses chez les Amérindiens, le taux de mortalité aurait atteint 90 pour cent pour certaines populations durement affectées. Les Amérindiens, qui n'étaient pas immunisés contre des virus et maladies comme la coqueluche, la rougeole ou la variole qui sévissaient depuis des millénaires dans l'Ancien Monde, auraient été foudroyés par des épidémies plusieurs décennies avant que des colons arrivent dans des territoires apparemment peu peuplés de l'intérieur. N'ayant aucune connaissance sur les virus à l'époque, les Européens n'ont donc aucunement profité en connaissance de cause des faiblesses immunitaires des populations autochtones.

Par la suite, au XVIIIe siècle en Nouvelle-Angleterre, le général Amherst autorisa la distribution de couvertures infestées de petite vérole aux Amérindiens de la tribu des Delaware, dans le but qu'ils soient exterminés par la maladie. Cet événement constitue sans doute la première attaque biologique officielle perpétrée en Amérique.

Le processus a commencé dès les années 1500 et a emporté des centaines de milliers de vies.

En 1520 et 1521, une épidémie de variole toucha les habitants de Tenochtitlan et fut l’un des principaux facteurs de la chute de la ville au moment du siège. En effet, on estime entre 10 à 50 % la part de la population de la cité qui serait morte à cause de cette maladie en deux semaines. Deux autres épidémies affectèrent la vallée de Mexico : la variole en 1545-1548 et le typhus en 1576-1581. Les Espagnols, pour compenser la diminution de la population, ont rassemblé les survivants des petites villes de la vallée de Mexico dans de plus grandes cités. Cette migration a brisé le pouvoir des classes supérieures, mais n’a pas dissous la cohésion de la société indigène dans un Mexique plus grand.

Les épidémies de variole, de typhus, de grippe, de diphtérie de rougeole, de peste auraient tué entre 50 et 66 % de la population indigène selon les régions de Amérique latine[8].

En 1617-1619, une épidémie de peste bubonique ravage la Nouvelle-Angleterre. Le bilan de ces épidémies est difficile à donner avec exactitude. Les sources sont inexistantes et les historiens ne sont pas d'accord sur les estimations. Certains avancent 10 millions d'Amérindiens pour tout le continent ; d'autres[Qui ?] pensent plutôt à 90 millions, dont 10 pour l'Amérique du Nord. Le continent américain entier (de l'Alaska au Cap Horn) aurait abrité environ 50 millions d'habitants en 1492 ; pour comparaison, il y avait 20 millions de Français au XVIIe siècle. Les chiffres avancés pour le territoire des États-Unis d'aujourd'hui sont compris entre 7 et 12 millions d'habitants. Environ 500 000 Amérindiens peuplaient la côte Est de cet espace. Ils ne sont plus que 100 000 au début du XVIIIe siècle. Dans l'Empire espagnol, la mortalité des Amérindiens était telle qu'elle fut l'un des motifs de la traite des Noirs, permettant d'importer dans le « Nouveau Monde » de la main-d'œuvre pour les mines et les plantations.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'Argentine compte aujourd'hui 700 communautés indigènes, qui représentent 3 % des 36 millions d’habitants (dont 200 000 Mapuches vivant en Patagonie) [9]. Le dernier représentant du peuple Selk’nam est décédé en 1999[10].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Thomas Calvo, L'Amérique ibérique de 1570 à 1910, Nathan université 1994, p. 14
  2. Chaunu Pierre, La population de l’Amérique indienne. Nouvelles recherche, 1963, Revue Historique, tome I.
  3. Sherburne F. Cook, Woodrow W. Borah, The Indian Population of Central Mexico (1531-1610), Berkeley-Los Angeles-Londres, University of Califorina Press, 1960 ; et Essays in Population History : Mexico and the Caribbean, Berkeley-Los Angeles-Londres, University of Califorina Press, 1971.
  4. Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, article "Mexique", éd de 1996, p.3624.
  5. Sherburne F. Cook, Woodrow W. Borah, The Indian Population of Central Mexico (1531-1610), Berkeley-Los Angeles-Londres, University of Califorina Press, 1960 ; et Essays in Population History : Mexico and the Caribbean, Berkeley-Los Angeles-Londres, University of Califorina Press, 1971.
  6. Tzvetan Todorov, La Conquête de l'Amérique : La Question de l'autre, Seuil, 1982, p.170-171
  7. Frédéric Dorel, « La thèse du « génocide indien » : guerre de position entre science et mémoire », Amnis, revue de civilisation contemporaine Europe/Amérique, no 6,‎ (lire en ligne)
  8. Calvo, Op. Cit. p. 30
  9. Le long combat des Indiens d’Argentine, L'Humanité, 3 janvier 2001
  10. Le Peuple oublié d’argentine, 22 janvier 2004

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cook, Noble David. Born to Die: Disease and New World Conquest, 1492–1650, Cambridge, Cambridge University Press, 1998.
  • David Henige, Numbers from Nowhere: The American Indian Contact Population Debate, Norman: University of Oklahoma Press. 1998.
  • J. Ruffié, J.-C. Sournia, Les Epidémies dans l’histoire de l’homme. De la Peste au Sida, Essai d’anthropologie médicale, Paris, Champs/Flammarion, 1995,
  • David Stannard, American Holocaust – Columbus and the Conquest of the New World, Oxford University Press, 1993
  • George E. Tinker, Missionary Conquest : The Gospel and Native American Cultural Genocide, Minneapolis, Fortress Press, 1993
  • John W. Verano, Douglas H. Ubelaker (sous la dir.), Disease and Demography in the Americas, Washington D.C., Smithsonian Institution Press, 1992
  • Russel Thornton, American Indian Holocaust and Survival. A Population History since 1492, Norman, Presses de l'université de l'Oklahoma, 1990
  • McNeill, William H. Plagues and Peoples, New York, Bantam Doubleday Dell, 1976
  • Théodore de Bry, Le Théâtre du Nouveau Monde. Les Grands Voyages de Théodore de Bry, 1591
  • Bartolomé de Las Casas, Très brève relation de la destruction des Indes, 1542.