Barbe (cheval)

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Cheval berbère

Barbe
(ber) ⴰⴳⵎⴰⵔ ⴰⵎⴰⵣⵉⵖ agmar amaziɣ
Barbe marocain durant une tbourida
Barbe marocain durant une tbourida
Région d’origine
Région Ouest de l'Afrique du Nord
Caractéristiques
Morphologie Cheval de selle
Taille 1,48 m à 1,58 m en moyenne
Poids 400 kg à 550 kg
Robe Alezan, bai (dont bai-brun), gris ou noir, gène crème possible.
Tête Profil convexe ou rectiligne.
Pieds Petits et hauts.
Caractère Calme, doux, équilibré et courageux
Autre
Utilisation Randonnée équestre, endurance, dressage, loisirs et guerre.

Le Barbe (berbère : ⴰⴳⵎⴰⵔ ⴰⵎⴰⵣⵉⵖ ; agmar amaziɣ) est une race de chevaux de selle originaire d'Afrique du Nord. Traditionnellement associé aux peuples Berbères (Amazighs) du Maghreb, il est mentionné dès l'Empire romain. Le Barbe gagne l'Europe en nombre à la faveur des conquêtes musulmanes des VIIe et VIIIe siècles. Il devient une monture de dressage classique renommée dans diverses Cours royales à partir du XIVe siècle. Tombé dans l'oubli au XXe siècle, il est remis au goût du jour à la fin des années 1980, notamment après sa première journée mondiale organisée à Alger, en 1987.

De format moyen, réputé peu élégant avec sa croupe tombante et sa queue attachée bas, le Barbe est doté d'une très grande résistance.

Définition et étymologie[modifier | modifier le code]

Groupe de cavaliers hommes en ligne et au galop.
Cavaliers berbères durant une tbourida sur la plage d'Essaouira, au Maroc.

La race des chevaux Barbe tire son nom des peuples Berbères ; d'après l'éditeur français Jean-Louis Gouraud, « leur histoire, leurs destins sont indissociables »[1].

Ce nom est utilisé pour la première fois par Hassan El Ouazzan (Léon l'Africain) durant la première moitié du XVIe siècle, avant d'être repris dans toute l'Europe[2]. Auparavant, la notion de « cheval Barbe » se confond avec celle de Genet d'Espagne ou de cheval zénète, désignant les montures élevées par les arabo-berbères de la Péninsule Ibérique[2]. Historiquement, les Maghrébins et les Andalous opèrent une distinction entre leurs chevaux, non par « race », mais par usage : selle, bât ou labour[3]. La notion de race Barbe se définit initialement par opposition à celle de race Arabe[4], un autre cheval dit « oriental », dont le berceau d'élevage recoupe celui du Barbe. Le général Eugène Daumas se refuse ainsi à établir une « ligne de démarcation trop tranchée entre le Barbe et l'Arabe » :

« Appelez-le maintenant persan, numide, barbe, arabe de Syrie, nedji, peu importe, toutes ces dénominations ne sont que des prénoms, si l'on peut parler ainsi, le nom de famille est un : cheval d'Orient »

— Eugène Daumas, Les Chevaux du Sahara[5]

Le Dr vétérinaire marocain Yassine Jamali[4] et la Dr en Histoire Blandine Husser[6] soulignent le caractère générique du nom « Barbe », attribué par des Européens à tout cheval d'Afrique du Nord, au point que l'unicité du cheval Barbe dans l'ensemble du Maghreb finisse par constituer un dogme et un legs colonial[7]. Ce nom générique perdure jusqu'à nos jours, favorisant, d'après Jamali, des dérives qui conduisent à attribuer le nom de « Barbe » à des chevaux issus de croisements avec d'autres races plus grandes et plus lourdes[8]. Il entretient également l'illusion d'une race unique qui n'aurait pas évolué entre le XVIe siècle et le XXe siècle[6]. Selon l'historien du cheval Robin Law (2018), la plupart des auteurs s'accordent pour distinguer quatre grands types de chevaux en Afrique : L'Arabe (ou « Aryen »), le Barbe (ou « Barbare »), le « poney », et le Dongola[9]. Le Barbe et le Dongola appartiennent au même groupe, celui des chevaux africains de type « occidental », à profil de tête convexe[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Homme debout près de pierres gravées.
Henri Lhote près des fresques du Tassili, représentant de grands quadrupèdes.

Les fresques du Tassili, recensées par le préhistorien Henri Lhote, tendent à attester une présence du cheval dans le Maghreb remontant à 5 000 ans av. J.-C., bien que cette interprétation puisse être contestée[10]. Environ 1 200 ans av. J.-C., le cheval domestique est introduit par des peuples humains dont l'origine reste à déterminer[10]. Jean-Louis Gouraud estime « probable » que ces chevaux soient à l'origine du Barbe, dont l'histoire peut être retracée avec des sources fiables sur deux millénaires[10].

Le professeur Paul Dechambre estime que la race Barbe provient du croisement régulier entre deux autres races de chevaux d'Afrique, l'Arabe et le Dongola[11]. Une autre théorie ancienne, cèlle de Piètrement, prête au Barbe des origines mongoles[12].

Des docteurs en paléontologie animale soutiennent entre 1987 et 2002 qu’il est vraisemblablement un cheval propre au nord de l’Afrique, issu d’un cheval sauvage domestiqué qui y vivait depuis plusieurs dizaines de milliers d’années. Des recherches menées en Algérie établissent que des ossements d'espèce chevaline sont trouvés dans des gisements datant de 4 000 ans et plus. En Afrique du Nord, le cheval fait partie intégrante de la vie de l'homme, dans toute son histoire. Des peintures rupestres représentant des chevaux ont été trouvées en Algérie. Le cheval Barbe est une race autochtone du Maghreb en Afrique du Nord ( Algérie, Tunisie, Mauritanie, Maroc et Libye), d'après des études paléontologiques et des analyses d’ADN. Cette origine est renforcée par les gravures et peintures rupestres et par les monuments qui existent sur le sol de l’Afrique du Nord depuis la Libye jusqu’au Maroc. Ces inscriptions représentent la domestication d’un cheval ayant les caractéristiques morphologiques du cheval barbe actuel. Le cheval Barbe est élevé depuis l’antiquité pour la chasse, la guerre, la parade et le travail. Il est le compagnon traditionnel des nomades et des éleveurs des Atlas et des Hauts Plateaux.

À l'époque romaine[modifier | modifier le code]

Panneau avec cheval et à l'arrière-plan une louve allaitant deux enfants, peut-être Romulus et Rémus
Panneau de mosaïque avec un cheval et une louve sous laquelle se trouvent deux enfants, peut-être les jumeaux Romulus et Rémus[13].

Les sources romaines attestent (sous le nom de « cheval de Barbarie ») de la présence de chevaux chez les « barbares ». La mosaïque des chevaux de Carthage, qui montre des chevaux de course[14] préparés pour une course de cirque et munis de colliers avec le nom entier ou abrégé du propriétaire, présente 56 panneaux exposant des portraits de chevaux de race Barbe, selon l'historien de l'Art Mongi Ennaïfer[15]. Ces animaux font l'objet d'un commerce dans tout l'Empire romain, et gagnent de nombreux pays de la Méditerranée comme l'Italie et la France. Monture des Numides, le Barbe est employé par les armées de Jules César déployées pendant la Guerre des Gaules.

Jean-Louis Gouraud estime que la cavalerie d'Hannibal Barca, qui menaça Rome, était composée de chevaux ancêtres des montures du Maghreb actuel[10].

Au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Aux VIIe et VIIIe siècles, de nombreux chevaux Barbes arrivent en Europe par la Péninsule Ibérique, avec les conquêtes musulmanes[16],[10]. Ces chevaux remontent les écuries royales des cours d'Europe depuis le XIVe siècle. Antoine de Pluvinel vante leurs qualités et leurs aptitudes au dressage classique. Le jeune Louis XIII monte Le Bonite, un étalon Barbe mentionné par Pluvinel[16]. Roan Barbary, un cheval Barbe rouan, devient la monture favorite de Richard II[16].

Le Barbe gagne également l'Afrique subsaharienne en traversant le Sahara dans un flux allant constamment du Nord vers le Sud ; vraisembablemnt, d'après Jean-Louis Gouraud, dans le cadre de routes commerciales entre le Soudan et le Maghreb d'une part, et entre Tripoli et Gao d'autre part (la « route des chars »)[17].

Au XIXe[modifier | modifier le code]

Gravure de chevaux en noir et blanc.
Chevaux Barbe d'après l’Encyclopédie pratique de l'agriculteur, 1877.

Les Français qui arrivent à la régence d'Alger en 1830 connaissent déjà le Barbe, alors depuis longtemps importé en Europe comme monture de luxe[6]. D'après Jean-Louis Gouraud, les troupes envoyées par Charles X se rendent rapidement compte de l'inadaptation de leurs chevaux français au climat local, et s'empressent de les remplacer par le Barbe local, ce qui mène à la création du corps de cavalerie des spahis par le général Clauzel[18]. Le général Oudinot fait l'éloge de cette race en 1847, déclarant que « le Barbe réunit au plus haut degrés les qualités que recherche l'homme de guerre »[10].

En 1843, les spahis sénégalais sont renforcés par 26 cavaliers « algériens » vraisemblablement remontés en Barbes[18]. À l'époque de la colonisation de l'Algérie par la France, ces chevaux sont importés et arrivent par bateau à Sète et Marseille[16].

Du XXe à nos jours[modifier | modifier le code]

À partir des années 1970, le Barbe marocain est croisé avec des races de chevaux plus grandes et plus lourdes (Percheron, Breton, chevaux de sport...) dans l'objectif de faire naître des montures mieux adaptées à la tbourida[8].

En France, la race est re-découverte à la fin du XXe siècle, après une longue période d'oubli[19]. Un recensement des chevaux Barbe en Algérie, en 1986, permet de dénombrer au moins 38 000 sujets répertoriés[D 1]. L'année suivante, quelques personnes organisent la première journée mondiale du cheval Barbe à Alger[20] ; au moins 500 chevaux de pure race Barbe sont par ailleurs répertoriés en Tunisie[D 2].

Le stud-book est ouvert en 1989 en France.

En 1992, le nombre de Barbe répertoriés au Maroc s'élève à 2 500[D 3], pour 13 000 en Mauritanie[D 4]. En 1998, le Dr Mohammed El Kohen confie au journaliste Serge Farissier que : « Le Barbe est en voie de disparition [au Maroc] mais la race est l’objet d’un regain d’intérêt, dans le berceau et en Europe, grâce à la création de l'Organisation mondiale du Cheval Barbe »[P 1]. En Europe, l'intérêt pour le Barbe porte sur ses aptitudes au tourisme équestre et à l'endurance[10].

Description[modifier | modifier le code]

Cheval vu de face, sous le soleil.
Jument Barbe tunisienne alezane.

D'après le Dr vétérinaire marocain Yassine Jamali, le concept de « cheval Barbe » rassemble artificiellement sous un même nom des modèles de chevaux très différents les uns des autres[21]. La race est ordinairement classée par biotope[22]. Trois grands types sont ainsi distingués chez le Barbe : celui des plaines littorales, plus grand et mieux développé ; le Barbe des montagnes, plus petit et plus sûr de pied ; enfin le Barbe des Hauts-plateaux à la limite du Sahara, réputé pour sa frugalité[16].

En 2005, le Barbe est classé parmi les 23 plus belles races chevalines du monde dans la revue Cheval pratique[P 2].

Taille et poids[modifier | modifier le code]

Le Larousse du cheval du Dr Jacques Sevestre (1983) décrit le Barbe comme assez petit, toisant entre 1,42 m et 1,50 m[23]. L'ouvrage de la France Agricole (2016) le cite comme un cheval de taille moyenne, toisant couramment de 1,48 m à 1,58 m[16] ; Jean-Pierre Digard et al. donnent une fourchette plus large, de 1,45 m à 1,60 m[24] au garrot.

Certains modèles très anciens avaient été sélectionnés comme chevaux de guerre et ont été élevés dans ce but. Ils toisaient de 1,55 m à 1,60 m, comme les chevaux des spahis. Certains éleveurs en France tentent de retrouver ces caractéristiques, et donnent par concours d'élevage le label Royal Maure à ces Barbe un peu plus grands.

Ce cheval pèse entre 400 et 500 kg[16].

Morphologie[modifier | modifier le code]

Le type morphologique du Barbe est généralement en complète opposition avec celui de la race Arabe[25]. Il présente une apparence générale ramassée[23]. Cheval assez court et fin, plutôt anguleux[16], « carré » et médioligne, sa longueur (scapulo-ischiale) est égale à sa taille, l'indice corporel T/L est égal à 1 (cheval carré).

Tête[modifier | modifier le code]

Tête d'un cheval gris dans son box.
Tête du Barbe marocain Ouadoud, offert à la France par le roi du Maroc Mohammed VI en 2009.

La tête du Barbe est plutôt longue[26] et forte[16],[24]. Elle présente un profil rectiligne ou convexe, parfois moutonné, avec un front souvent bombé[16],[26],[12]. Pour Sevestre, elle présente un profil « franchement convexe »[27]. Ses formes arrondies sont caractéristiques d'une tête « de poulain »[12].

Elle est étroite au niveau du chanfrein[12], et chargée en ganaches[24], avec des naseaux effacés[16]. Les arcades et orbites sont elles aussi effacées[12], l'œil en forme d'amande peu ouvert. Les oreilles sont droites, et plutôt courtes[16], ou de taille moyenne[26].

Corps[modifier | modifier le code]

Zafira al Saïda, jument Barbe.

L'encolure est courte, recherchée bien greffée, et rouée[16]. Le garrot est théoriquement très saillant et marqué[16],[28], mais peut être noyé. L'épaule, plate[28], présente une inclinaison moyenne[16], elle est recherchée puissante et bien inclinée. La poitrine est haute et souvent étroite[28], mais recherchée large et profonde. Le dos est court, parfois tranchant[16], souvent droit voire convexe (« dos de mulet »[28]), et recherché solide. Les côtes sont légèrement aplaties[12]. Le rein est court et puissant, parfois légèrement voussé. La croupe est creuse, large et puissante, inclinée (dite « en pupitre »)[16],[28],[12]. Les fesses sont minces et fuyantes[12]. La queue, fournie, est attachée bas, et les crins en sont longs, abondants et épais[29].

Les cuisses sont plates[12]. Le Barbe possède des canons longs qui lui donnent beaucoup d'« air sous le ventre »[16]. Les membres sont solides[30], fins et secs[28], et le tour de canon doit être supérieur à 18 cm, les canons sont minces, et les paturons longs[28]. Les pieds sont petits, ronds et durs, avec des talons plutôt hauts[31] et ressérés[28].

Robe[modifier | modifier le code]

Les robes rencontrées chez le Barbe sont le bai sous toutes ses variantes (dont bai-brun), l'alezan, le noir et le gris[26].

D'après la journaliste française Lætitia Bataille, ce cheval est généralement gris en Algérie, alezan en Tunisie, et bai ou bai-brun au Maroc[31] ; la fréquence élevée de l'alezan en Tunisie est confirmée par Chabchoub et al. en 2004, qui relèvent 73 % d'alezan, suivis par 21 % de bais, et 6 % de gris[32].

La robe rouan est acceptée, bien que particulièrement rare[31]. Les robes issus de la dilution par le gène Crème (palomino, isabelle) sont présentes chez cette race. Elles étaient plutôt rares car considérées traditionnellement au Maghreb comme une tare, les poulains naissant crème étant supprimés à la naissance. En Europe, le gène crème est recherché.

Tempérament et entretien[modifier | modifier le code]

C’est un cheval particulièrement rustique, d'une grande sobriété, en particulier sous les climats chauds du fait de sa résistance à la sécheresse et aux aléas climatiques. Il demande notamment une ration alimentaire moindre par rapport à des chevaux de sang de type Pur-sang ou Selle français[31]. Un célèbre dicton sur lui dit qu'« il peut la faim, il peut la soif, il peut le froid, il peut le chaud, jamais il n’est fatigué ». Le Barbe s'acclimate parfaitement à la vie dans le désert. Son tempérament très fiable en fait un cheval d'instruction idéal. Calme, doux, équilibré et courageux, il est énergique et apprécie le travail. Il est d’une douceur incontestable et d’un dressage facile.

Il se montre à l'aise sur les sols durs et accidentés[23].

Allures[modifier | modifier le code]

Les allures du Barbe peuvent être courtes, mais elles sont énergiques[31].

Le Barbe a fait l'objet d'une étude visant à déterminer la présence de la mutation du gène DMRT3 à l'origine des allures supplémentaire : l'étude de 15 sujets a permis de confirmer l'absence de cette mutation chez tous les chevaux testés, ainsi que l'absence de chevaux présentant des allures supplémentaires parmi les sujets de la race[33]

Sélection[modifier | modifier le code]

Barbe gris de modèle lourd, utilisé pour les fantasia.

Au Maroc, l'utilisation du Barbe pour la tbourida (fantasia) fait débat : la discipline demande de grands chevaux puissants, souvent croisés avec le Percheron, le Breton, le Frison, ou d'autres races européennes de grande taille[P 3]. Or, le stud-book du cheval Barbe demande à l'inverse un cheval plutôt petit, fin et endurant[P 3].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le Barbe est apprécié en Europe pour sa robustesse[23]. C'est un cheval d'une grande polyvalence, rapide et endurant, qui peut être employé dans la plupart des disciplines équestres. Cependant, il est limité en saut d'obstacles et en dressage[31]. En endurance, ses représentants obtiennent des résultats notables. Il excelle en TREC. En équitation de travail, il se défend plus qu’honorablement. On le retrouve en équitation de loisir et particulièrement dans le tourisme équestre[31],[30]. C'est aussi un bon cheval de spectacle, grâce à ses facilités d'apprentissage[31]. Il est d'une impressionnante rapidité sur de courtes distances. Sa finesse athlétique est alliée à des qualités fonctionnelles accrues par la sélection.

Les chevaux qui tractent des hippomobiles dans les villes marocaines sont généralement des Barbe, de même que ceux des travailleurs agricoles des régions reculées telles que le Moyen Atlas[P 4].

En Europe, il a longtemps fait partie des chevaux de dressage classique employés pour l'équitation de Cour[30].

Usages militaires[modifier | modifier le code]

Le Barbe a historiquement beaucoup servi de cheval de guerre[34]. Il fut longuement très recherché par la cavalerie française afin de remonter les régiments de spahis[23], dont il a participé à la renommée[16].

En Algérie, il est utilisé par la garde républicaine. En Tunisie, la police l'emploie pour la patrouille. Au Maroc, ce sont les gardes du roi qui l'emploient pour le service.

Fantasia / tbourida[modifier | modifier le code]

Cavaliers berbères avant une fantasia.

Dans l'imaginaire collectif, le Barbe est particulièrement associé à la fantasia (nommée tbourida au Maroc), un spectacle culturel typique de l'Afrique du Nord[P 4]. Cependant, comme le souligne Yassine Jamali, la grande majorité des chevaux de tbourida marocains ne sont pas de pure race Barbe, mais issus de croisements avec des races de chevaux de plus grande taille, en particulier avec des étalons Bretons amenés de France durant le protectorat pour des travaux agricoles[P 4].

Centres équestres[modifier | modifier le code]

Son tempérament et sa frugalité rendent le Barbe très apprécié et recherché dans les manèges[23]. Il a fait partie des montures employées par les premiers centres équestres de France, alors nommés des « sociétés hippiques », après la dissolution des derniers régiments de Spahis[31].

Endurance[modifier | modifier le code]

Dans la région de Tébessa (Algérie et Tunisie), le Barbe est élevé pour participer à des courses de plat ou d'endurance[24].

Croisements[modifier | modifier le code]

Cheval noir costaud monté à l'intérieur d'un bâtiment devant du public.
Cheval demi-trait, propriété du roi du Maroc.

Le Barbe influence de nombreuses races de chevaux dans le monde, notamment le Pure race espagnole et le Lusitanien[16], ainsi que le cheval navarrin, le Criollo argentin, et le Mustang, descendant de chevaux barbes et ibériques retournés à l'état sauvage.

Il est à l'origine d'une grande partie des chevaux d'Afrique subsaharienne, notamment ceux du Tchad, du Nord du Togo et du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Bénin, du Nigeria et du Cameroun[35]. Ces chevaux sont généralement plus petits que le Barbe, et dotés d'un poitrail moins ouvert, mais ils présentent une physionomie générale comparable[35].

Un étalon présumé Barbe, Godolphin Arabian, fait partie des trois étalons fondateurs de la race du Pur-sang[36].

Arabe-Barbe[modifier | modifier le code]

Les chevaux issus du croisement entre le Barbe et l'Arabe sont nommés Arabe-Barbe. Ils sont très communs dans toute l'Afrique du nord, en raison des nombreux brassages de la population chevaline locale[12]. Il se trouve ausi dans la Péninsule Ibérique, et plus rarement, en France.

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Le Barbe a surtout été électionné sur les territoires correspondant au Maroc et à l'Algérie actuelles[23] ; il est à la base de tous les chevaux du Maghreb, et se trouve aussi en Tunisie[37] et en Libye. Les croisements avec l'Arabe sont plus fréquents dans ces deux derniers pays, rendant le Barbe lybien plus rapide que les autres[23]. La race a été diffusée à la fois vers l'Afrique subsaharienne, l'Europe[37], et les Amériques[18] :

« Si le cheval a un foyer, et sa dispersion aux quatre points cardinaux un épicentre, c'est en Berbérie, en Afrique du Nord, qu'ils se trouvent »

— Jean-Louis Gouraud, Chevaux[38]

Jusqu'au XVIIIe siècle, il est exporté en grands nombres vers l'Europe, depuis le port de Tanger[23]. D'après Gouraud, le régiment de cavalerie honorique sénégalais utilise des chevaux Barbe du Maroc[18].

Au Maroc[modifier | modifier le code]

En Algérie[modifier | modifier le code]

Le Barbe occupe naturellement une place de choix en Algérie[37].

En Tunisie[modifier | modifier le code]

D'après Jemmali et al. (étude de 2017), la Tunisie compte environ 6 000 Barbe purs[39]. D'après le journaliste Serge Farissier, l'Extrême Sud tunisien compte des chevaux Barbe purs dans les régions de Gabès et d'El Hamma[P 1]. Il s'en trouve aussi dans l'Est, près de l'Atlas et de la frontière avec l'Algérie, dans les plaines de Kasserine, Thala et du Kef, où il est élevé par les tribus Fraichiches et Ouderna[P 1]. Le deuxième centre d'élevage du Barbe est au centre de la Tunisie, autour de Kairouan, notamment parmi les tribus Jlass et Souassi[P 1].

En France[modifier | modifier le code]

En 2018, la France compte 3 308 Barbe répertoriés[D 5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Louis Gouraud, Le tour du monde en 80 chevaux : Petit abécédaire insolite, Actes Sud Nature, , 212 p. (ISBN 2330102038 et 9782330102036), p. Chapitre « Barbe ».
  2. a et b Jamali 2020, p. 23.
  3. Jamali 2020, p. 28.
  4. a et b Jamali 2020, p. 24.
  5. Melchior Joseph Eugène Daumas, Les Chevaux du Sahara, et les mœurs du désert : Septième édition, revue et commentée, avec des commentaires par l'Émir Abd-el-Kader, Paris, Michel Lévy frères, , 7e éd., 527 p. (lire en ligne), p. 241.
  6. a b et c Husser 2017.
  7. Jamali 2020, p. 30.
  8. a et b Jamali 2020, p. 27-28.
  9. a et b Law 2018.
  10. a b c d e f et g Gouraud 2004, p. 44.
  11. Étienne Saurel, Le Cheval, encyclopédie de l'équitation et des sports hippiques, Paris, Librairie Larousse, (lire en ligne), p. 26 ; 36.
  12. a b c d e f g h i et j Maumené 1930, p. 45.
  13. Jan Willem Salomonson, La mosaïque aux chevaux de l'antiquarium de Carthage, La Haye, Imprimerie nationale, , 144 p., p. 97.
  14. 62 panneaux représentent des chevaux selon Abdelmajid Ennabli, Georges Fradier et Jacques Pérez, Carthage retrouvée, Tunis/Paris, Cérès/Herscher, , 151 p. (ISBN 9973-19-055-6), p. 111.
  15. Mongi Ennaifer, « Le thème des chevaux vainqueurs à travers la série des mosaïques africaines », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, vol. 95, nos 95-2,‎ , p. 825 (ISSN 0223-5102, lire en ligne).
  16. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s et t Bataille et Tsaag Valren 2017, p. 38.
  17. Gouraud, p. 52.
  18. a b c et d Gouraud 2004, p. 48.
  19. Bataille et Tsaag Valren 2017, p. 37.
  20. Claux 2010.
  21. Jamali 2020, p. 25.
  22. Jamali 2020, p. 26.
  23. a b c d e f g h et i Sevestre et Rosier 1991, p. 139.
  24. a b c et d Digard 2002, p. 283.
  25. Porter et al. 2016, p. 438.
  26. a b c et d Rousseau 2016, p. 314.
  27. Sevestre et Rosier 1991, p. 139-140.
  28. a b c d e f g et h Sevestre et Rosier 1991, p. 140.
  29. Bataille et Tsaag Valren 2017, p. 38-39.
  30. a b et c Bernard et al. 2002, p. 33.
  31. a b c d e f g h et i Bataille et Tsaag Valren 2017, p. 39.
  32. Chabchoub, Landolsi et Jary 2004, p. 34.
  33. (en) M. Promerová, L. S. Andersson, R. Juras et M. C. T. Penedo, « Worldwide frequency distribution of the ‘Gait keeper’ mutation in the DMRT3 gene », Animal Genetics, vol. 45, no 2,‎ , p. 274–282 (ISSN 1365-2052, DOI 10.1111/age.12120, lire en ligne, consulté le 17 décembre 2017).
  34. Bataille et Tsaag Valren 2017, p. 37-38.
  35. a et b Gouraud 2004, p. 52.
  36. Bernard et al. 2002, p. 32.
  37. a b et c Guedaoura et al. 2011, p. 14.
  38. Gouraud 2004, p. 43.
  39. (en) Bayrem Jemmali, Hadded Mezir, Nawel Barhoumi, Syrine Tounsi, Faten Lasfer, A. Trabelsi, Belgacem Aoun, Imen Gritli, Soufiene Ezzar, Abdelhak Younes, Mohamed Ezzaouia, Boulbaba Rekik et Hatem Ahmed, « Genetic diversity in Tunisian horse breeds », Archiv für Tierzucht, vol. 60, no 2,‎ , p. 153-160 (ISSN 0003-9438, lire en ligne).

Références issues de la base de données DAD-IS[modifier | modifier le code]

  1. « Barbe / Algeria (Horse) » (consulté le 12 octobre 2020).
  2. « Barbe / Tunisia (Horse) » (consulté le 12 octobre 2020).
  3. « Barbe / Morocco (Horse) » (consulté le 12 octobre 2020).
  4. « Barbe / Mauritania (Horse) » (consulté le 12 octobre 2020).
  5. « Barbe / France (Horse) » (consulté le 12 octobre 2020).

Références de presse[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Serge Farissier, « Le Barbe dans les pays du Maghreb », Cheval Savoir, no 3,‎ (lire en ligne, consulté le 30 avril 2013).
  2. C. Hercy, E. Feuillerac, F. Halm et N. Lazarus, « Zoom sur les 23 plus belles races », Cheval pratique,‎ , p. 42-95.
  3. a et b « Cheval barbe et arabe barbe, des ambitions et des menaces », sur L'Economiste, (consulté le 7 septembre 2019).
  4. a b et c « Maroc – Yassine Jamali : « Il faut réhabiliter le cheval barbe » », sur JeuneAfrique.com, Jeune Afrique, (consulté le 11 octobre 2020).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages spécialisés[modifier | modifier le code]

  • [Claux 2010] Stéphanie Claux, Le cheval barbe : situation actuelle au Maroc, Toulouse, École nationale vétérinaire de l'Université Paul Sabatier, . Document utilisé pour la rédaction de l’article
    Thèse de Doctorat Vétérinaire
  • [Collectif 1989] Collectif, Le cheval Barbe : Tous les textes officiels, Lausanne/Paris, Favre/Caracole, , 193 pages p. (ISBN 2-8289-0330-3 et 9782828903305)
  • [Digard 2002] Institut du monde arabe et Jean-Pierre Digard (dir.), Chevaux et cavaliers arabes dans les arts d'Orient et d'Occident, Éditions Gallimard et Institut du monde arabe, , 304  p. (ISBN 2-07-011743-X)Voir et modifier les données sur Wikidata
    • [Gouraud 2002] Jean-Louis Gouraud, « Les sept vies du cheval barbe », dans Chevaux et cavaliers arabes dans les arts d'Orient et d'Occident, , p. 45-49
  • [Husser 2017] Blandine Husser, Beauté du paradoxe : le Cheval Barbe dans son destin franco-algérien, 1542-1914, Paris, École nationale des chartes, (OCLC 992990143, lire en ligne)
  • [Jamali 2020] Yassine Hervé Jamali, Le Cheval barbe, Actes Sud, coll. « Arts équestres », , 272 p. (ISBN 978-2-330-13111-1)

Sources académiques[modifier | modifier le code]

  • [Chabchoub, Landolsi et Jary 2004] Ahmed Chabchoub, Faouzi Landolsi et Y. Jary, « Étude des paramètres morphologiques de chevaux Barbes de Tunisie », Revue de médecine vétérinaire, vol. 155, no 1,‎ , p. 31-37 (ISSN 0035-1555, lire en ligne, consulté le 5 janvier 2019)
  • [Guedaoura et al. 2011] S. Guedaoura, J. F. Cabaraux, Moumene, A. Tahraoui et B. Nicks, « Évaluation morphométrique de chevaux de race barbe et dérivés en Algérie », Annales de Médecine Vétérinaire, Université de Liège, vol. 155,‎ , p. 14-22 (lire en ligne)
  • [Jemmali et al. 2015] Bayrem Jemmali, Mohamed Mabrouk Haddad, Ouled Ahmed Hatem, Faten Lasfer, Bilal Aoun, Soufiene Ezzar, Souhila Kribi, S. Gtari, Mohammed Ezzaouia et Boulbaba Rekik, « Investigation de la diversité génétique des races Barbe et Arabe Barbe en Tunisie », Journal of New Sciences, vol. 21,‎ (ISSN 0973-6913, lire en ligne, consulté le 18 février 2020)

Ouvrages généralistes[modifier | modifier le code]

Sources anciennes[modifier | modifier le code]

  • [Maumené 1930] Albert Maumené, « Le cheval Barbe dans l'Afrique du Nord », La vie à la campagne, vol. LXV,‎ , p. 45 (lire en ligne)