Manœuvre d'Uskub

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
image illustrant le domaine militaire
Cet article est une ébauche concernant le domaine militaire.

Vous pouvez partager vos connaissances en l’améliorant (comment ?) selon les recommandations des projets correspondants.

Manœuvre d’Uskub
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte moderne de la Macédoine

Informations générales
Date du 24 au 30 septembre 1918
Lieu Macédoine
Issue Victoire décisive alliée
Belligérants
Drapeau du Royaume de Bulgarie Royaume de Bulgarie
Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Drapeau de la France France
Drapeau du Royaume de Serbie Royaume de Serbie
Flag of Greece (1822-1978).svg Royaume de Grèce
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Commandants
Drapeau de la Bulgarie Ferdinand Ier
Flag of the German Empire.svgFriedrich von Scholtz
Drapeau de la France Louis Franchet d'Esperey
Drapeau de la Serbie Živojin Mišić
Forces en présence
1re armée bulgare
XIe armée allemande
10 divisions
15 divisions
Pertes
80000 prisonniers
400 canons
25 officiers, 500 hommes

Première Guerre mondiale

Batailles

Front d'Europe de l’Ouest

Frontières (8-1914) · Liège (8-1914) · Dinant (8-1914) · Anvers (9-1914) · Grande Retraite (9-1914) · 1re Marne (9-1914) · Course à la mer (9-1914) · Yser (10-1914) · 1re Ypres (10-1914) · 1re Messines (10-1914) · Hartmannswillerkopf (1-1915) · Neuve-Chapelle (3-1915) · 2e Ypres (4-1915) · Artois (5-1915) · Artois (9-1915) · Loos (9-1915) · Verdun (2-1916) · Hulluch (4-1916) · Somme (7-1916) · Arras (4-1917) · Vimy (4-1917) · Chemin des Dames (4-1917) · 2e Messines (6-1917) · 3e Ypres (7-1917) · Cote 70 (8-1917) · 1re Cambrai (11-1917) · Offensive du printemps (3-1918) · 4e Ypres (4-1918) · Michael (5-1918) · 2e Marne (5-1918) · Aisne (5-1918) · Bois Belleau (6-1918) · Château-Thierry (7-1918) · Le Hamel (7-1918) · Amiens (8-1918) · Cent-Jours (8-1918) · L'Ailette (9-1918) · 2e Cambrai (10-1918)


Front italien

1re Isonzo (6-1915) · 2e Isonzo (7-1915) · 3e Isonzo (10-1915) · 4e Isonzo (11-1915) · 5e Isonzo (3-1916) · 6e Isonzo (8-1916) · 7e Isonzo (9-1916) · 8e Isonzo (10-1916) · 9e Isonzo (11-1916) · 10e Isonzo (5-1917) · Mont Ortigara (6-1917) · 11e Isonzo (8-1917) · Caporetto (12e Isonzo) (10-1917) · Piave (6-1918) · Vittorio Veneto (10-1918)


Front d'Europe de l’Est

Stallupönen (8-1914) · Gumbinnen (8-1914) · Tannenberg (8-1914) · Lemberg (8-1914) · Krasnik (8-1914) · 1re lacs de Mazurie (9-1914) · Przemyśl (9-1914) · Vistule (9-1914) · Łódź (11-1914) · Bolimov (1-1915) · 2e lacs de Mazurie (2-1915) · Gorlice-Tarnów (5-1915) · Varsovie (6-1915) · Lac Narotch (3-1916) · Offensive Broussilov (6-1916) · Turtucaia/Tutrakan (9-1916) · Offensive Flamanda (9-1916) · Offensive Kerensky (7-1917) · Marasesti (8-1917)


Front du Moyen-Orient

Afrique du Nord · Caucase · Perse · Dardanelles · Mésopotamie · Sinaï et Palestine · Ctésiphon (11-1915) · Kut-el-Amara (12-1915) · Magdhaba (12-1916) · Révolte arabe · Rafa (1-1917) · Bagdad (3-1917) · 1re Gaza (3-1917) · 2e Gaza (4-1917) · Aqaba (7-1917) · Beer-Sheva (10-1917) · 3e Gaza (11-1917) · Megiddo (9-1918)


Front des Balkans

Campagne de Serbie · Bataille du Cer · Bataille de la Kolubara
Expédition de Salonique
 · Bataille de Doiran · Bataille de Monastir · Bataille de Monastir (1917) · Bataille de Skra-di-Legen · Bataille du Dopbropolje


Front africain

Laï (8-1914) · Sandfontein (9-1914) · Tanga (11-1914) · Naulila (12-1914) · Jassin (1-1915) · Gibeon (4-1915) · Bukoba (6-1915) · Mongua (8-1915) · Salaita (2-1916) · Beringia (5-1916) · Negomano (11-1917)


Bataille de l'Atlantique

1re Heligoland (8-1914) · Penang (10-1914) · Coronel (11-1914) · Falklands (12-1914) · Dogger Bank (1-1915) · Gotland (7-1915) · Juttland (5-1916) · Funchal (12-1916) · Pas-de-Calais (4-1917) · Détroit de Muhu (10-1917) · 2e Heligoland (11-1917) · Zeebruges (4-1918) · 1er Ostende (4-1918) · 2e Ostende (5-1918)

La Manœuvre d’Uskub, aujourd'hui Skopje (en macédonien Скопје), est une attaque menée par la cavalerie alliée entre le 24 et le 30 septembre 1918 en Macédoine, afin de couper en deux l'armée bulgare, déjà malmenée par l'offensive qui a débuté le 15 septembre 1918. Elle permet aux troupes alliées, commandée par le général Louis Franchet d'Espérey, d'exploiter la percée du front (Bataille de Dobro Polje) en remontant la vallée du Vardar en direction de Vélès et d'Uskub, coupant ainsi l'armée bulgare en deux et obligeant la Bulgarie à signer l'armistice le 29 septembre.

Contexte[modifier | modifier le code]

Lassitude bulgare[modifier | modifier le code]

Mécontente de ses alliés depuis la conclusion de la Paix de Bucarest, entre la Roumanie vaincue et les puissances centrales, la Bulgarie est fatiguée par trois années de conflit, tandis que le moral de l'armée est au plus bas, les soldats, en majorité des paysans, sont mal nourris, mal équipés et ne supportent pas la guerre de positions[1].

Lorsque le front est rompu, au milieu du mois de septembre 1918, les soldats n'ont tout simplement pas la volonté de résister à une offensive de dégagement que la passivité des troupes transforme en offensive de rupture[1].

le front de Macédoine en septembre 1918[modifier | modifier le code]

Après avoir connu trois années de stabilité, le front de Macédoine connaît au mois de septembre 1918, sous la houlette de son nouveau commandant, Louis Franchet d'Esperey, une soudaine activité[2].

En effet, préparée avec soin depuis le début du mois d’août 1918[3], l'offensive alliée, au départ conçue comme une attaque de dégagement, doit balayer les unités placées devant elles.

Cette opération, dans un contexte d'une offensive plus large contre le front bulgare, est également préparée sur le plan politique, les généraux français responsables du front se rendent à Londres et à Rome afin de convaincre les principaux dirigeants des pays alliés de la pertinence de cette offensive[3].

Rompu à partir du 20 septembre, le front bulgare est scindé en deux le 24 septembre par la conquête par les troupes serbes de la ville de Gradsko et de ses importants dépôts, permettant aux troupes alliées, éloignées de leur base de Macédoine grecque, de se rééquiper avec les équipements destinés aux unités allemandes et bulgares[3]

Rupture du front de Macédoine[modifier | modifier le code]

Le 15 septembre, la première position bulgare (Dobropolie-Verenik) est enlevée sur un front de 15 km ; le 17, les deux pointes alliées, ayant percé le front, font leur jonction[4] le 18, la brèche s'élargit sur 25 km de large et 15 km de profondeur. À l'est de Doiran, la IIe armée bulgare résiste face aux Anglais. Après la rupture du front sur le secteur Sokol-Dobropolie-Vetrenik, une deuxième attaque doit être effectuée par les Anglais à Doiran, les Grecs surveillant le front de la Strouma, et l'offensive doit se poursuivre vers Vélès et Uskub.

La bataille[modifier | modifier le code]

Étude stratégique[modifier | modifier le code]

L'analyse du terrain montre que la Macédoine présente deux régions nettement séparées par les monts Bélès.

À l'ouest, le terrain est montagneux et offre deux pénétrantes étroites, la vallée du Vardar et la boucle de la Tcherna séparées par la montagne de la Moglena. Ces axes sont lourdement défendus par les Bulgares bien fortifiés. Toutefois, les liaisons transversales sont rares ce qui empêche l'adversaire de faire passer des troupes d'un compartiment de terrain à l'autre ce que les alliés peuvent faire le long de la frontière grecque. Il existe le long de la vallée du Vardar des nœuds comme Gradsko et Uskub dont le contrôle permet de couper les communications entre les armées germano-bulgares de l'ouest, autour d'Ohrid et celle de l'est autour de Guevgueli. Mais remonter directement la vallée du Vardar et de la Tcherna est dangereux. Les défenses sont extrêmement développées et les étranglements comme celui de Démir Kapou sont difficiles à dépasser.

Après la bataille de Dobro Polje, Franchey d'Esperey continue son offensive, cherchant à atteindre les « nœuds » de communication le long de la vallée du Vardar en contournant les défenses de la vallée à travers la montagne. Ce faisant, il coupe l'armée germano-bulgare en deux, d'un côté la XIe armée allemande, de l'autre la Ire bulgare.

Préparation[modifier | modifier le code]

Pour cette opération, les forces alliées comprennent :

Ces unités sont renseignées par les reconnaissances aériennes effectuées à partir du milieu du mois de septembre. Ces reconnaissances, effectuées alors que la guerre a changé de nature sur partie du front[N 2], renseignent les Alliés sur le rôle de la région d'Uskub pour les approvisionnements des unités des puissances centrales déployées dans la région[5].

Les consignes qui sont données à l'officier responsable de l'exécution de la manœuvre, Jouniot-Gambetta, insistent sur la prise de la ville d'Uskub, dont le contrôle est stratégique pour la réalisation d'une retraite allemande dans de bonnes conditions[6].

Exécution[modifier | modifier le code]

Expédition de Salonique, manœuvre d'Uskub

Pendant que la bataille continue de se dérouler sur les sommets, les troupes serbes exploitent la rupture. Le 21, elles atteignent Démir Kapou.

  • 23 septembre
    • Le groupement Tranié (42e RIC) arrive à 13 heures à Prilep[N 3], rejoint par la brigade de cavalerie du général Jouinot-Gambetta.
    • Les Serbes (2e Armée) de la division Yougo-slaves sont bloqués au sud de Grodsko.
    • Les Serbes (1re Armée) sont devant Velès après s'être heurtés au col de la Babouna à quelques troupes allemandes ramenées de Russie.
    • La brigade de cavalerie du général Jouinot-Gambetta, composée d'unités coloniales, lance un raid à travers la montagne pour gagner Uskub.
  • 24 septembre
    • La 17e division coloniale du général Pruneau entreprend un mouvement tournant par Cicevo et le monastère d'Arhangel permettant à la division Yougo-Slave de prendre Gradsko et les parcs de ravitaillement du général von Scholtz ; par ce raid, les magasins approvisionnant les unités des puissances centrales engagées face aux troupes alliées en Macédoine orientale tombent sous le contrôle des Alliés[7].
  • 25 septembre
    • La 35e division italienne atteint et occupe Kruševo.
  • 26 septembre
    • Prise de Velès par la 1re Armée serbe.
    • La 16e DIC, après avoir franchi le Vardar, occupe les hauteurs de Gradec.
  • 27 septembre
    • Les Français et les Grecs du général Anselme sont au nord de Radovis.
  • 28 septembre
    • La 17e DIC du général Pruneau arrive à Štip.
  • 29 septembre
    • la brigade de cavalerie du général Jouinot-Gambetta, épuisée et coupée de ses approvisionnements en nourriture, débouche sur Uskub dont elle s'empare par surprise[8]. La XIe armée germano-bulgare est obligée de se replier sur l'ouest vers Kalkandelen (Tetovo), et tente une reconquête de la ville, sans succès en raison des renforts alliés envoyés dans la ville à marche forcée[9]. Elle abandonne ses positions autour de la vallée du Vardar, dans la plaine de la Tcherna et doit capituler.
    • Le centre bulgare, la Ire armée, est rejeté vers Sofia par les troupes serbes.
    • La gauche bulgare (IIe et IVe armée) se bat encore face aux Grecs et aux Britanniques sur la Basse Strouma.

Cependant, les unités germano-bulgares qui retraitent sont également victimes des attaques aériennes alliées, modestes mais décisives pour embouteiller davantage encore les routes de la retraite vers le Nord[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

La défaite militaire bulgare[modifier | modifier le code]

La conquête d'Uskub menace les flancs de l'armée bulgare, dont certains éléments se battent encore contre les Serbes et les Grecs, mais la prise de contrôle de la ville par les Alliés ouvre d'importantes perspectives aux troupes alliées, soit vers le Nord, vers le Danube et la Hongrie, soit vers l'Est, menaçant Constantinople, capitale de l'Empire Ottoman, à court terme[10].

L'annonce de la conquête de la ville est accueillie avec joie chez les alliés, tandis que le roi des Bulgares, Ferdinand, prévoit un écroulement rapide des fronts des empires centraux, à la suite des succès alliés en Macédoine[11].

le retour des soldats serbes[modifier | modifier le code]

Durant cette bataille, les troupes serbes démontrent leur capacité offensive, alors qu'elles connaissaient une crise de moral durant l'année précédente; elles sont d'ailleurs abondamment mises en avant par les commandants français et britanniques en poste dans les Balkans[12].

L'armistice bulgare[modifier | modifier le code]

Article détaillé : armistice de Thessalonique.

Le 29 septembre, après avoir sondé les Alliés à partir du 26 septembre[13], la Bulgarie accepte les termes d'un armistice imposé par le commandement français, cessant officiellement sa participation à la guerre.

Le 3 octobre, le tsar Ferdinand, roi de Bulgarie abdique en faveur de son fils Boris.

La Bulgarie ayant capitulé, Franchey d'Espérey peut se lancer dans la libération de la Serbie en se couvrant, à droite par l'occupation de la Bulgarie et l'envoi de forces sur le Danube, à gauche en délivrant l'Albanie, tout en prévoyant une opération contre Constantinople.

Décoration[modifier | modifier le code]

  • USKUB 1918 est inscrit sur le drapeau des régiments cités lors de cette bataille.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. 42e et 44e RIC, 20e et 39e bataillon de tirailleurs sénégalais, un régiment grec et cinq groupes d'artillerie.
  2. Depuis la rupture du front, la guerre dans le secteur devient une guerre de mouvement de grande ampleur.
  3. Compte-rendu du général Henrys au général Franchey d'Esperey du 29 septembre : « En ce qui concerne le détachement Tranié... le 23 septembre il arrivait le premier à Prilep et y prenait 7 canons et 2800 fusils » dans Souffrances et gloires des soldats d'Orient Louis Cordier, U.S.H.A., Aurillac, 1971.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Renouvin, 1934, p. 606
  2. Schiavon, 2014, p. 324
  3. a, b et c Renouvin, 1934, p. 599
  4. Le Moal, 2008, p. 208
  5. Schiavon, 2014, p. 338
  6. a et b Schiavon, 2014, p. 339
  7. Renouvin, 1934, p. 600
  8. Schiavon, 2014, p. 340
  9. Schiavon, 2014, p. 341
  10. Renouvin, 1934, p. 372
  11. Schiavon, 2014, p. 342
  12. Le Moal, 2008, p. 209
  13. Schiavon, 2014, p. 343

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Général Jouinot-Gambetta  : USKUB ou du rôle de la cavalerie d'Afrique dans la victoire. Berger-Levrault 1920- in 8 380p. préface d'Aristide Briand

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Le Moal, La Serbie du martyre à la victoire. 1914-1918, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre », , 257 p. (ISBN 978-2-9163-8518-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19), (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre », , 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Max Schiavon, Le front d'Orient : Du désastre des Dardanelles à la victoire finale 1915-1918, Paris, Taillandier, , 378 p. (ISBN 979-10-210-0672-0) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]