(À suivre)

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(À Suivre)
Image illustrative de l’article (À suivre)

Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Langue Français
Périodicité mensuel
Genre Bande dessinée
Date de fondation 1978
Date du dernier numéro 1997
Éditeur Casterman

Rédacteur en chef Jean-Paul Mougin

(À suivre) est un périodique mensuel de bande dessinée belge pour adultes publié par Casterman entre et .

Il était principalement consacré à la bande dessinée d’auteur. En 1983, son tirage atteignait plus de 50 000 exemplaires avant de décliner à partir de 1986. Le titre disparait pendant les années 1990.

Historique[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Au tournant des années 1960 et 1970, une opposition apparaît entre les « acteurs de la jeune garde » de la bande dessinée et les figures du classicisme incarnées par Goscinny.

À la fin des années 1960, des magazines tels que Charlie Mensuel (1969) et Actuel se sont lancés dans la bande dessinée pour adultes. Dans un contexte de libération des mœurs et de renversement des interdits, Bretécher, Gotlib et Mandryka ont fondé L’Echo des savanes. Gotlib est ensuite parti pour créer Fluide glacial, considéré comme la première revue de nouvelle génération. En 1975, Métal hurlant (Druillet, Moebius, Farkas, Dionnet) s’est imposé dans le domaine de la science-fiction. À la fin des années 1970, le mouvement est devenu commercial, encouragé par les éditeurs. La contre-culture est ensuite passée de mode et des catalogues adultes ont été créés par les presses spécialisées, notamment les éditions Dargaud. Par la suite, des catalogues ont été créés sur la base d’auteurs de magazines à succès tels que Métal hurlant ou Fluide glacial.

Le magazine (À Suivre) a marqué l’apparition ou le développement d’une bande dessinée dite « d’auteur », caractérisée par de nouvelles ambitions graphiques et une esthétique plus sombre et étrange. De nombreux grands noms de la bande dessinée française des années 1980, tels que Tardi, y ont fait leurs premiers pas, tandis que d’autres, comme Manara, en ont profité pour changer de public. Dans les années 1970, ils n’étaient pas les premiers sur le marché de la bande dessinée pour adultes et ont suivi des revues bien établies telles que Pilote, L'Écho des savanes, Fluide glacial ou Métal hurlant. L’équipe à l’origine d’(À Suivre) a mis en avant une nouvelle manière de créer la bande dessinée, caractérisée par les grands romans en bande dessinée. La formule de base comprenait des chapitres de diverses bandes dessinées en format long, une partie rédactionnelle et des bandes de format court.

Création[modifier | modifier le code]

Casterman était une entreprise importante qui cherchait de nouveaux débouchés pour continuer à se développer[1]. Louis Gérard et Didier Platteau ont encouragé la nouveauté et se sont rendus en 1974 au Salon international de la bande dessinée (ancien nom du Festival d’Angoulême). Ils en sont revenus convaincus qu’il fallait entrer sur le marché de la bande dessinée pour adultes. Ils ont recruté Jacques Tardi et tous les trois ont convaincu Casterman de créer sa propre revue. Fin 1976, il était question de créer « un magazine mensuel en noir et blanc permettant de publier par chapitres de longs récits à la manière de La Ballade de la mer salée », selon les mots de Didier Platteau[2]. Hugo Pratt a présenté Jean-Paul Mougin à Gérard et Platteau lors du Salon d’Angoulême de 1977. En avril 1977, Mougin a été recruté comme rédacteur en chef. Les auteurs privilégiés étaient Pratt, Tardi, Claude Auclair et le scénariste Lob. Étienne Pollet, membre du conseil d’administration des éditions, a suggéré Étienne Robial comme directeur artistique. En octobre 1977, l’équipe s’est étoffée avec Bernard Ciccolini (maquettiste) et Anne Porot (secrétaire de rédaction). Mougin et Platteau ont recruté des dessinateurs tels que Sokal, Schuitenet Goffin. Trois numéros zéro ont été publiés avant que la revue ne prenne définitivement le nom d’(À Suivre). Le lancement était prévu en en même temps que le Salon d’Angoulême.

Du numéro 1 (février 1978) au numéro 40 (mai 1981) : les débuts.[modifier | modifier le code]

« Avec toute sa densité romanesque, (À Suivre) sera l’irruption sauvage de la bande dessinée dans la littérature[2] », affichant une volonté de donner à la bande dessinée ses lettres de noblesse, de laisser une liberté totale à ses collaborateurs pour explorer leurs univers[réf. nécessaire]. C'est en ces mots que Jean Paul Mougin, rédacteur en chef du magazine de ses origines jusqu'à son crépuscule, présente l'esprit de celui-ci dans l’éditorial du numéro 1 de (À suivre). C'est alors une véritable nouveauté : personne n’a jamais publié de la bande dessinée de cette manière comme un Roman-feuilleton [2].

La direction des éditions Casterman confie à Jean Paul Mougin la direction en chef du magazine. Un cocktail de lancement fastueux est organisé le  : un exemplaire du premier numéro est distribué à chaque invité, en breton, hommage à Bran Ruz, bande dessinée bretonne de Claude Auclair et Alain Deschamps, qui constitue alors l’une des attractions fortes de ce nouveau support.

Dès ses origines, (À Suivre) marque par son esprit et son allure à part. D'un point de vue esthétique, le public retient bien sur le logo (qui reste le même pendant 9 ans), mais aussi le noir et blanc profond caractéristique des planches du magazine. Sur le fond, le journal laisse son empreinte par sa liberté de ton, mais surtout son approche littéraire et romanesque, qui se traduit par la publication de longues histoires divisées en « chapitres copieux[2] ». De plus, les auteurs qui vont collaborer au succès de la revue vont former une nouvelle vague innovante qui va marquer la bande dessinée des années 1970 jusqu'à aujourd'hui, à l'instar de Hugo Pratt, Tardi, Jean-Claude Forest, Cabanes, F'murr et Ted Benoit.

(À Suivre) marque la naissance du « roman en bande dessinée », caractérisé par des formats longs, sans trop de contraintes de pagination (on y trouve une volonté de « sortir du 48 pages standard » (Louis Gérard). Jean-Paul Mougin incite les auteurs à privilégier le récit, le romanesque, un « héritage littéraire affirmé[2] » (selon les propres mots de ce dernier [origine citation ?]). Cette nouvelle manière de concevoir la bande dessinée se cristallise notamment dans Ici Même, de Tardi (au dessin) et Jean-Claude Forest (au scénario) : cette œuvre, connue comme l’un des premiers « romans en bande dessinée », est présente sur la couverture du premier numéro et symbolise l’univers d’(À Suivre) et l'esprit du magazine. Elle témoigne d'une nouvelle manière de faire de la bande dessinée.

En plus de ces formats longs, publiés au fil des numéros du magazine sous la forme de chapitres, (À Suivre) présente un contenu rédactionnel de qualité : dans chaque numéro, on trouve un dossier (par exemple sur les Celtes, dans le premier numéro), une rubrique intitulée L'actualité (À Suivre) (composée d'une dizaine de page, traitant de l'actualité littéraire et éditoriale), et, souvent, une nouvelle. À partir de la fin des années 1970, une nouvelle rubrique fait son apparition, Infos (À Suivre), consacrée à l'actualité de la bande dessinée, proposant également des chroniques mensuelles sur le polar et la science-fiction.

À cela s'ajoute un cahier humoristique de 8 à 12 pages, intitulé « Pendant ce temps à Landerneau » (inspiré du Trombone illustré, supplément du Journal de Spirou), animé principalement par Franquin et Delporte, mais aussi des complices plus ou moins réguliers, à l'instar de Gotlib ou encore Binet. Celui-ci s'étend sur une douzaine de numéros, jusqu’en , avant d’être remplacé par une rubrique à l’humour davantage littéraire et référencé, « Cessez de me suivre ou j’appelle un agent » (notamment animée par Cabanes, Mandryka, et Pétillon), pendant un an. Par la suite, disparaît l'idée d'inclure dans le magazine une rubrique humoristique régulière.

Dans ces premiers numéros, un certain nombre d'auteurs s'illustrent, par des œuvres qui vont marquer le monde de la bande dessinée de la fin des années 1970 et du début des années 1980, à l'instar de Ici Même de Tardi, Silence de Comès, HP et Giuseppe Bergman de Milo Manara, ou encore Corto Maltese en Sibérie de Hugo Pratt.

Du numéro 41 (juillet 1981) au numéro 73 (février 1984) : une époque de bouillonnement créatif.[modifier | modifier le code]

Au début des années 1980, (À Suivre) traverse une période faste : le magazine connaît un important succès, le lectorat est vaste, de nombreux « romans bande dessinée » paraissent sous forme d'albums. L'équipe du magazine, déjà bien établie et composée de pointures, est hautement créative, et voit l'arrivée de nouveaux auteurs qui vont eux aussi connaître la célébrité et marquer le monde de la bd : Loustal, Boucq, Ferrandez, Schuiten et Peeters, Rochette, Bourgeon… C'est une période de liberté et d’expérimentations pour le magazine, réputé pour ses innovations.

Les auteurs devenus phares sont largement valorisés et mis en avant : dans les pages d'(À Suivre) paraissent les dernières œuvres de Tardi (notamment les aventures de Nestor Burma, basées sur le personnage de Léo Malet), de Comes (La Belette)… En parallèle, une nouvelle écurie de collaborateurs réguliers rejoint le magazine, issus par exemple de Métal Hurlant, à l'instar de Loustal et Paringaux (Cœurs de Sable).

En filigranes, apparaît un profil caractéristique du héros (À Suivre) : « ni héros ni surhomme », des êtres humains « dans toute [leurs] nuance[s] et [leur] complexité, avec [leurs] doute[s], [leurs] faiblesses et [leurs] espoirs », « des personnages éminemment réels, au plus près de la complexité et de l'ambivalence humaine[2]» (Nicolas Finet).

Le début des années 1980 est ainsi une période hautement prolifique pour (À Suivre), marquée par la publication de nombreux « romans bande dessinée » à succès et l'apparition de séries amenées à devenir célèbres : la série des Cités Obscures de Schuiten et Peeters, la série Carnets d'Orient de Ferrandez, Ada dans la jungle de Altan, Le Transperceneige de Rochette, Berceuse électrique de Ted Benoit, Le sortilège du bois des brumes de Bourgeon, Canardo de Sokal, et bien d'autres encore.

Du numéro 74 (mars 1984) au numéro 116 (septembre 1987) : la consécration.[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1980, (À Suivre) est devenu une institution : son format fait école, son identité éditoriale est forte, reconnaissable et affirmée. De nouveaux auteurs de poids intègrent les rangs du journal, à l’instar de Geluck et Francis Masse.

Les piliers du journal sont toujours là, et leur créativité ne tarit pas : Fmurrr poursuit les aventures loufoques de sa Jehanne avec Le fils de Jehanne d’Arque, Comes signe un nouveau format long avec Eva, tandis que Tardi voit enfin publiées dans (À Suivre) Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-sec, Mougin étant pendant un temps retenu par le côté trop « grand public » selon lui du personnage. De nouveaux-venus font pour leur part une entrée remarquée, à l’instar de Guiton et de ses Contes du Lapin Jaune. Geluck rejoint l’aventure (À Suivre) en , dans le numéro 92, mettant en scène de son personnage du chat sur 5 planches. Déjà une célébrité en Belgique, il était alors inconnu en France : son arrivée démontre la volonté d’introduire davantage d’humour dans le magazine.

Petit à petit, Casterman impose sa logique de valorisation commerciale, une exigence de rentabilité et de ventes, qui entre parfois en concurrence ou en contradiction avec le souci de faire un bon mensuel de bande dessinée.

La douzième édition du Festival d’Angoulême, en 1986, est un véritable triomphe pour Casterman et l’équipe (À Suivre) : Tardi décroche le Grand Prix de la ville d’Angoulême, Schuiten et Peeters le prix du meilleur album pour La fièvre d’Urbicande, tandis que Les pionniers de l’aventure humaine de Boucq remporte le prix de la critique.

En parallèle, commence à paraître un magazine secondaire des éditions Casterman : Corto, le mensuel d’Hugo Pratt, dirigé également par Mougin à la rédaction en chef. Celui-ci va connaitre l’échec, et disparaître après 22 numéros, en .

Le numéro 109, en , est l’occasion d’une rénovation complète du magazine : nouveau logo, nouvelle maquette. Comme le dit Nicolas Finet, dans (À Suivre), une aventure en bande dessinée : « le besoin d’afficher une nouvelle formule est rarement un bon signe : il constitue en vérité l’indication que l’on n’est plus au sommet de sa forme ».

Du numéro 117 (octobre 1987) au numéro 144 (janvier 1990) : le déclin.[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1980, (À Suivre) est un journal en crise : malgré l’arrivée de Moebius ou du lancement d’un format comics, le magazine entre dans une période d’hésitations et d’errements. De ces années de trouble et de turbulence, l’identité de la revue ressort fortement brouillée.

Cela marque un infléchissement important dans la direction éditoriale : les grands récits qui ont bâti la légende et le style du magazine sont moins présents, tandis que le magazine Corto capte une bonne partie des auteurs liés au récit d’aventure.

Lorsque le magazine fête en 1988 ses 10 ans d’existence avec son numéro 121, les rangs de son équipe sont clairsemés, même si la fête organisée sonne comme une reconnaissance publique de la part de l’ensemble de la profession.

En , au numéro 128, un nouveau rédacteur en chef, Richard Poisson, vient seconder Mougin qui, débordé, s’occupe alors de deux journaux, Corto et (À Suivre). Poisson introduit un certain nombre d’idées nouvelles : il cherche notamment à amener les auteurs à porter davantage leur regard sur l'actualité et à accroître le nombre de pages rédactionnelles.

La grande innovation de cette période est l’apparition de détachables au format comics (Le Surfeur d’Argent de Moebius), dans le contexte de la nouvelle impulsion donnée à ce médium aux États-Unis notamment par Frank Miller et Alan Moore.

Cependant, cette nouvelle formule ne fonctionne pas : (À Suivre).

Du numéro 145 (février 1990) au numéro 178 (novembre 1992) : un ultime regain de vitalité.[modifier | modifier le code]

En ces deux premières années des années 1990, (À Suivre) va connaitre un regain de vitalité certain, retrouvant pendant un temps son inspiration et son identité. Cependant, cela ne suffira pas à éviter l’inexorable naufrage du magazine.

À l’aube des années 1990, Jean-Paul Mougin est optimiste, affichant son enthousiasme pour ce qui semble annoncer une renaissance du journal. Moebius fait publier dans les pages de (A Suivre) le Monde d’Edena, Fmurrr revient avec Le pauvre chevalier, Pratt fait son grand retour après l’échec de Corto avec Cato Zoulou, tandis que Cabanes remporte le Grand Prix de la ville d’Angoulême cette année-là. Un an plus tard, d’autres grands noms du magazine font leur retour, à l’instar de Ferrandez avec un nouveau Carnet d’Orient, ou de Sokal qui reprend son personnage de Canardo.

Au niveau rédactionnel, apparaît une rubrique cinéma, qui va s’installer durablement au sein du magazine.

Cependant, cette éclaircie ne va durer qu’un temps : le lectorat de (A Suivre) ne cesse de diminuer, le prix du magazine augmente tandis que les budgets publicitaires se raréfient.

Du numéro 179 (décembre 1992) au numéro 239 (décembre 1997) : le chant du cygne.[modifier | modifier le code]

En 1992, même si le contenu du magazine demeure un temps riche et de qualité, à l’instar de C’était la guerre des tranchées de Tardi, (A Suivre) amorce la phase finale de son déclin.

La publicité s’y raréfie, symptôme et cause partielle des problèmes financiers du journal. Très vite, alors qu’avancent les années 1990, ses collaborateurs même phares, à l’image d’Hugo Pratt, apparaissent moins inspirés, tandis que la partie rédactionnelle ne retrouve pas sa qualité d’antan : tout cela donne l’image d’un magazine livré à lui-même, à la dérive. Malgré quelques bonnes surprises épisodiques, telle que les Aventures psychotiques de Napoléon et Bonaparte de Rochette, force est de constater que (A Suivre) semble à bout de souffle.

En 1995, malgré de nouvelles tentatives de changement de formule, les ventes ne cessent de s’effondrer. Cette même année, Hugo Pratt décede, laissant un vide béant dans l’équipe du journal.

En 1997, la décision de mettre un terme à la publication d’(À Suivre) est prise. L’éditorial du numéro 238, rédigé par Mougin, annonce cette disparition : « nous devons nous rendre à l’évidence : il nous faut arrêter[2] ». En cette ultime année d’existence, (À Suivre) ne se vendait plus qu’à 23 000 exemplaires par mois.

Le numéro 239, qui paraît en , sera le dernier. Il se compose d’une liste de l’ensemble des individus ayant collaboré avec le magazine, et d’entretiens de ses auteurs plus marquants. En couverture, Tardi reprend son personnage d’Arthur Même, présent sur la couverture du premier numéro, qui tire cette fois ci métaphoriquement le rideau sur (À Suivre) et son histoire, tandis que, en quatrième de couverture, apparaît, de manière hautement symbolique, le mot (FIN).

Œuvres et auteurs phares de la revue[modifier | modifier le code]

Entre autres œuvres parues dans (À suivre) :

Liste complète des artistes (dessinateurs et scénaristes) ayant collaboré à (À suivre)[modifier | modifier le code]

Les collaborations sont désignées comme ceci : auteur-scénariste

Exposition[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Finet 2004, p. 11.
  2. a b c d e f et g Finet 2004.