Claire Bretécher

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Bretécher
Nom de naissance Claire Bretécher
Naissance (77 ans)[1]
Nantes, Loire-Atlantique
Nationalité Drapeau de France Française
Profession
Formation
Conjoint
Guy Carcassonne (1951-2013)
Signature de Bretécher

Claire Bretécher (prononciation : [brəteʃe]) (née le [1] à Nantes) est une auteure de bande dessinée humoristique et illustratrice française.

Après avoir collaboré aux principaux titres de la presse jeunesse franco-belge dans les années 1960 (Record, Tintin et Spirou), Bretécher participe à l'émergence de la bande dessinée adulte francophone en rejoignant Pilote en 1969 puis en co-fondant L'Écho des savanes en 1972. De 1973 à 1981, elle publie dans l'hebdomadaire d'information généraliste Le Nouvel Observateur une série de gags en une ou deux pages moquant les comportements de la gauche bourgeoise bien-pensante, Les Frustrés, première bande dessinée francophone à succès basée sur la critique sociale. Ensuite, tout en travaillant ponctuellement pour la presse, elle continue à se faire la sociologue des classes moyennes supérieures urbaines en consacrant des albums à la maternité, à la médecine, au tourisme, puis à l'adolescence avec sa deuxième œuvre phare, la série Agrippine (1988-2009).

Seule femme à avoir collaboré aux principaux périodiques francos-belges classiques, Claire Bretécher jouit d'une notoriété assez importante dès le début des années 1970, qui va s'accroissant tout au long de sa décennie grâce à sa collaboration au Nouvel Observateur. Régulièrement invitée dans les médias et traduite dans de nombreuses langues, cette auteure majeure de la bande dessinée francophone a reçu plusieurs prix importants, dont en 1982 un Grand Prix d'Angoulême spécial remis par les lauréats précédents. En 2015, elle a fait l'objet d'une exposition rétrospective à la Bibliothèque publique d'information du Centre Beaubourg, à Paris.

Parallèlement à ses bandes dessinées, Bretécher a beaucoup travaillé pour la publicité et a réalisé une œuvre peinte qui a fait l'objet de plusieurs recueils. C'est par ailleurs une pionnière de l'auto-édition d'albums de bande dessinée, qu'elle pratique de 1975 au milieu des années 2000. Les Frustrés (en 1975) et Agrippine (en 2001) ont été adaptés en dessin animé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts dans la presse jeunesse[modifier | modifier le code]

Claire Bretécher naît en à Nantes dans une famille catholique bourgeoise, d'un père juriste et d'une mère femme au foyer[2]. Elle commence très tôt à dessiner et suit des cours aux Beaux-Arts de Nantes durant son adolescence. Désireuse de quitter une ville qu'elle n'aime pas et un père violent, elle part s'installer à Paris à 19 ans[3]. Elle s'établit rue Gabrielle, dans le quartier de Montmartre, alors mal famé[4]. Dès son arrivée, elle tente de placer ses travaux dans diverses rédactions, tout en gagnant sa vie en gardant des enfants[5]. En 1960, elle enseigne également le dessin en lycée durant neuf mois[6], mais cette expérience n'est pas concluante[7]. Après avoir réussi à placer quelques illustrations dans Le Pèlerin, elle commence à collaborer avec les éditions Bayard qui publient ses dessins dans plusieurs de leurs magazines[6]. Dans la deuxième moitié des années 1960, elle travaille également pour Larousse, Hachette et pour la publicité[8].

Bretécher débute dans la bande dessinée en illustrant une histoire de René Goscinny, Facteur Rhésus, publiée en 1963 dans L'Os à Moelle, que Pierre Dac venait de relancer[8]. Bretécher éprouve de grandes difficultés à répondre aux attentes de Goscinny et la série est arrêtée après quelques mois[8]. En 1964, elle commence à collaborer au magazine Record et y publie plusieurs illustrations ou histoires courtes. De 1965 à 1967, elle travaille également pour l’hebdomadaire Tintin où elle crée le personnage humoristique Hector. En 1967, après l'acceptation par le rédacteur-en-chef Yvan Delporte de son histoire « Des navets dans le cosmos »[8], elle commence à travailler pour le journal Spirou où est publié à partir de décembre Les Gnangnan une série humoristique mettant en scène des bébés aux dialogues très matures. En 1968, elle crée le duo comique de Huns Baratine et Molgaga pour Record. La même année débutent dans Spirou les séries Les Naufragés, sur des textes de Raoul Cauvin, puis Robin les foies, pourtant plus ancienne que les deux précédentes[8].

De Pilote au Nouvel Observateur : une auteure majeure des années 1970[modifier | modifier le code]

À partir de 1969, elle participe au journal Pilote où elle crée le personnage de Cellulite et déploie un « humour plus adulte[6] ». Dans ce même journal, elle doit, comme la plupart des auteurs non établis, réaliser des histoires courtes inspirées par l'actualités, ce qu'elle n'apprécie pas jusqu'à ce que Goscinny la laisse y injecter l'aspect satirique qu'elle désirait y mettre[9] ; ces actualités deviennent alors une série de gags en une planche intitulée Salades de saison[6]. Elle publie également de nombreuses histoires courtes qu'elle scénarise presque toujours[10], et entre avril et juillet 1970 Tulipe et Minibus, récit de 28 pages qu'Hubuc, mourant, n'avait plus la force de dessine[9]. Seule femme de la rédaction, elle y apprécie cependant l'atmosphère[5]. Fin 1971, les cinq récits de Fernand l'orphelin qu'Yvan Delporte avait écrits pour elle sont publiés sous le titre Alfred de Wees dans le magazine néerlandais Pep[11].

Au dernier trimestre 1972, tout en continuant à travailler pour Pilote, Bretécher participe également à la création avec Gotlib et Mandryka de L'Écho des savanes, à la demande de ce dernier[9]. Bien que Goscinny ne lui refusait jamais d'histoire dans Pilote, elle apprécie de pouvoir traiter dans L'Écho n'importe quel sujet[9]. Cette première expérience dans la presse pour adultes est suivie d'une collaboration au nouveau mensuel écologique Le Sauvage, qui publie dès son premier numéro en mai 1973 Le Bolot occidental[12], sa première incursion dans la presse généraliste[13].

Bretécher est ensuite engagée par l'hebdomadaire le Nouvel Observateur, qui publie chaque semaine à partir du numéro du une planche dans la rubrique sociétale « Notre époque », rapidement titrée « La Page des Frustrés »[12]. Dans la lignée des Salades de saison[6], elle y critique une certaine classe moyenne supérieure urbaine de gauche donneuse de leçon et nombriliste[14]. Accaparée par son travail pour le Nouvel Observateur, bien qu'elle ne s'implique pas dans la vie de la rédaction, elle cesse fin 1974 de travailler pour les revues de bande dessinée, sinon pour une histoire dans Fluide glacial début 1975 et quatre récits courts de Celullite publiés dans Pilote mensuel entre 1975 et 1977—décision rendue d'autant plus facile qu'elle est bien mieux payée par son nouvel employeur[15].

Le succès des Frustrés et un désir d'autonomie la décident à se lancer dans l'auto-édition pour en publier le premier recueil en 1975[7]. Cet album (qui reçoit le prix du scénariste français du festival d'Angoulême 1976) et les quatre suivants connaissent « un succès considérable » et sont traduits en plusieurs langues[6], ce qui la conduit à auto-éditer l'ensemble de ses nouveautés durant les 30 années suivantes. Une adaptation animée est diffusée à la télévision française en 1975[16], tandis qu'en 1976 sa grande amie Dominique Lavanant et Josiane Balasko créent la première de nombreuses adaptations théâtrales[17]. Dès le milieu de la décennie, Bretécher est reconnue « au-delà du seul lectorat de la bande dessinée[13] ».

En 1976, elle recueille dans Le Cordon infernal une grande partie de ses planches publiées dans L'Écho des savanes, et publie en 1980 un album consacré à Sainte Thérèse d'Avila, intitulé La Vie passionnée de Thérèse d'Avila, dont la prépublication dans Le Nouvel Observateur avait choqué certains chrétiens, alors que d'autres n'y avaient rien vu d'irrévérencieux[18]. Ressentant une certaine lassitude de travailler au Nouvel Observateur, elle cesse sa collaboration hebdomadaire au début de 1981, tout en réservant à la revue la prépublication de ses histoires suivantes[7].

Des Frustrés à Agrippine : les années 1980 et 1990[modifier | modifier le code]

En 1982, alors que nombre de ses amies sont alors enceintes, Bretécher publie Les Mères, album consacré à la maternité[19]. En juin de la même année, l'organisation du festival d'Angoulême demande aux premiers lauréats du Grand prix de la ville d'Angoulême d'élire un Grand Prix spécial pour co-présider en janvier suivant la dixième édition du festival avec Paul Gillon, élu Grand Prix par le jury lors de la neuvième édition[20]. Ceux-ci choisissent rapidement d'élire Claire Bretécher[20]. Son ami Dominique Bréchoteau monte pour ce dixième festival en janvier 1983 la première exposition d'ampleur de ses dessins[21]. Quelques mois plus tard, Bretécher continue à explorer la question de l'enfantement avec Le Destin de Monique, consacré aux mères porteuses, une question alors peu traitée.

La même année, les éditions Denoël publient la première sélection de ses peintures, avec un avant-propos d'Umberto Eco et des commentaires de Daniel Arasse[22].

C'est également en 1983 qu'elle rencontre le juriste Guy Carcassonne, de onze ans son cadet et déjà père de deux filles[23], de qui elle tombe immédiatement enceinte alors qu'elle se pensait stérile[24]. Ils élèvent ensemble leur fils Martin et les deux filles de celui-ci, Marie et Nuria, et restent en couple jusqu'à la mort de Carcassonne en 2013[23].

En 1985 et 1986, Bretécher publie deux volumes de Docteur Ventouse, bobologue, où elle pose un regard moqueur sur les milieux médicaux parisiens[21]. En 1988, elle s'attaque au monde de l'adolescence avec Agrippine[7]. L'année suivante, elle moque l'appétence de la bourgeoisie intellectuelle pour les voyages lointains et dépaysants dans Tourista[25],[26] Comme Les Frustrés, la plupart de ces albums sont immédiatement traduits en plusieurs langues[27].

Le succès d’Agrippine conduit cependant Bretécher à en faire la série dans laquelle elle aborde tous les thèmes qui l'intéressent : après 1989, elle ne publie en effet qu'une seule bande dessinée hors de cet univers, Mouler démouler, en 1996, un recueil d'histoire courtes dans la lignée des Frustrés[28]. Trois albums d'Agrippine sortent ainsi entre 1991 et 1993, puis trois autres entre 1998 et 2004 [29]. La série est appréciée de la critique, qui décerne à son cinquième volume Agrippine et l'Ancêtre l'Alph-Art humour au festival d'Angoulême 1999. En 2001, Canal+ diffuse 26 épisodes d'une adaptation en dessin animé de la série, dans laquelle Bretécher s'est peu impliquée[30].

Parallèlement à ses activités d'auteure de bande dessinée, Bretécher travaille beaucoup dans les années 1980 et 1990 pour la publicité[31], notamment pour les yaourts BA de Besnier en 1993[32],[33] ou les supermarchés Huit à 8 entre 1995 et 1999[34],[35], peint[36] et illustre de nombreux ouvrages[37]. Elle soutient également en 1999 un mémoire de maîtrise en psychologie à l'université de Nantes intitulé « Existence d'un amorçage différencié selon la nature de l'humeur[38] ».

Fin de l'auto-édition et ralentissement de la production depuis le milieu des années 2000[modifier | modifier le code]

À partir de 2006, après plus de 30 ans d'auto-édition, Bretécher confie à Dargaud la gestion de son catalogue[39]. Dargaud en profite pour publier une version colorisée du Destin de Monique sous le nouveau titre Une saga génétique en 2006, un recueil d'inédits en 2007, et des intégrales des Frustrés puis d'Agrippine[39],[29]. Glénat publie également en 2006 un recueil des bande dessinée de jeunesse de l'auteure dont il avait conservé les droits[40] tandis que Dupuis Les Naufragés en 2008 dans une collection consacrée aux œuvres de jeunesse de Raoul Cauvin[41].

En 2009 Dargaud publie Agrippine déconfite, huitième tome de la série Agrippine[42] et dernier album de bande dessinée de Bretécher à ce jour. Celle-ci continue cependant à illustrer des ouvrages, dont un tarot divinatoire en 2011[43]. En mai 2013, le décès brusque de son mari alors qu'ils voyageaient à Saint-Pétersbourg la marque fortement[44]. En 2016, elle illustre un recueil de perles d'écoliers réunies par Dominique Resch[45].

Malgré ce ralentissement dans sa production, l'œuvre de Bretécher continue à être reconnue, comme en témoignent la diffusion en 2012 sur la radio France Culture d'adaptations en cinq épisodes des Frustrés et d'Agrippine suivies en 2014 d'une deuxième saison des Frustrés[46] puis l'exposition monographique que lui consacre la Bibliothèque publique d'information du centre Georges Pompidou, à Paris, du au , plus la grande rétrospective jamais consacrée à Bretécher[47]. À cette occasion, Dargaud publie deux compilations de cent pages[48].

L'œuvre de Bretécher[modifier | modifier le code]

Une simplicité graphique au service de l'expressivité et de l'humour[modifier | modifier le code]

Dans son enfance, Bretécher lit des revues pour filles (La Semaine de Suzette) et des hebdomadaires de bande dessinée franco-belge (Tintin, Spirou, etc.) dont elle recopie et adapte assidûment ses histoires préférées[3], celles d'Hergé notamment[49]. À Paris dans les années 1960, elle découvre des auteurs américains qui influencent sa carrière professionnelle : Le Magicien d'Id de Johnny Hart et Brant Parker est ainsi une inspiration graphique majeure pour ses séries Robin les Foies, Baratine et Molgaga et Cellulite[50], tandis que les comic strip de Jules Feiffer lui font prendre conscience qu'un style « lâché » est un bon moyen de moquer en bande dessinée les travers de ses contemporains[5],[51]. Hors de la bande dessinée, elle est également influencée par l'Anglais Ronald Searle, autre dessinateur au style très expressif[3], son premier « Dieu[52] » graphique.

Bretécher est à ses débuts critiquée pour la qualité de son dessin, notamment de la part de René Goscinny[44], et elle reconnaît avoir parfois « pillé » les auteurs qu'elle admirait durant sa période de formation[53]. Toutefois, profitant de travailler le plus souvent sans collaborateur, Bretécher affine rapidement son style pour l'adapter le mieux possible à son propos et développer dès le début des années 1970 un dessin « nerveux et efficace[7] ». Ce style, faussement simple, confère à ses personnages, selon son collègue Martin Veyron, « une souplesse et une vie exemplaires[44] ». Cette « conjugaison de la simplification et de l'exagération[54] » rattache donc Bretécher à la caricature.

Cette apparente simplicité formelle assumée[a] n'est pas liée à des limitations techniques puisque Bretécher déploie par ailleurs « une extrême variété de techniques mises à l’épreuve dans les esquisses, croquis, peintures de portraits, etc.[55] », lesquels permettent d'apprécier « sa virtuosité de dessinatrice[55] ». Ce style n'est pas non plus lié à une appétence particulière pour les croquis ou le dessin d'après nature chez celle qui ne se considère « pas une graphomane, comme Cabu », et peut passer de longues périodes sans dessiner[5].

Ce graphisme efficace et expressif est associé à une grande maîtrise de l'art de la composition[50], par exemple des effets de gradation comique[56], et des « techniques traditionnelles de la bande dessinée[57] ». Ainsi, dans la lignée de Feiffer, Bretécher utilise généralement dans Les Frustrés une disposition des cases extrêmement régulière (gaufrier) et des dessins qui se répètent beaucoup (itération iconique) ce qui permet mieux mettre en valeur les rares variations de postures des personnages et ainsi de maximiser l'effet humoristique porté par le texte[58], tout en montrant la monotonie et les redondances des positions défendues par ses personnages[59]. La simplicité des décors accentue ces effets[60].

L'efficacité de Bretécher se retrouve également dans ses textes. René Pétillon a ainsi déclaré en 2015 : « Les dialogues sont époustouflants. La langue qu'elle emploie ne ressemble à rien d'autre. Elle a inventé une syntaxe et puise aussi bien dans le français classique du XVIIIe que dans l'argot ou le verlan. Ça devient la langue Bretécher[44]. ». Bretécher ayant du mal à construire des gags à chute traditionnels[9], elle préfère en effet placer l'humour dans des dialogues à la ponctuation limitée, presque toujours dépourvus de virgules, comme pour mieux montrer l'incapacité de ses personnages à cesser de parler[61]. À partir du début des années 1970, avec Salades de saison et Les Frustrés, ses dialogues parodient les tics de langage, manières et la langue de bois de la bourgeoisie intellectuelle urbaine française des années 1970, ce qui plaît à ce milieu, friand des « représentations de ses mœurs et de ses tics[62] ». Dans ses ouvrages ultérieurs, notamment ceux de la série Agrippine, elle a amélioré et amplifié ce procédé parodique, allant « bien au-delà de la caricature[63] » en mettant en scène la langue française à travers un argot français contemporain non seulement restitué mais également en grande partie inventé, et porteur d'une grande charge humoristique[63].

L'accumulation d'effets graphiques et textuels variés parfois novateurs, parfois empruntés à la bande dessinée franco-belge ou la caricature classique[64] permet donc à Bretécher de déployer un humour référentiel, plein d'esprit, qu'elle privilégie à l'humour de situation[65].

Une pionnière de la critique sociale en bande dessinée[modifier | modifier le code]

Cette capacité à saisir la langue d'une certaine population, ainsi qu'à inventer des façons de parler allant « toujours dans le sens où va la langue elle-même[66] », se rattache plus globalement à ses qualités souvent louées d'« observatrice très fine de ses contemporains[55] ». Intéressée par la description des relations humaines, Bretécher a en effet accompagné l'évolution de la société française des années 1970 aux années 2000, en particulier l'évolution des mœurs[5], ce qui l'a conduit à aborder « avec audace des sujets qui demeurent aujourd’hui encore source de vives dissensions[55] », comme la libération sexuelle, l'homosexualité, la contraception, le clonage, la psychanalyse, etc[67],[14]. Depuis les années 1970, Bretécher jouit ainsi d'une réputation de sociologue de la bande dessinée, image confortée par les propos d'intellectuels comme Roland Barthes, qui l'aurait selon Jean Daniel qualifiée en 1976 de « meilleure sociologue de l’année » pour sa page des Frustrés[68], ou Pierre Bourdieu, qui a loué en Agrippine une « évocation (...) rigoureuse, quasi ethnographique[69] ».

Bretécher ne se cantonne cependant pas à la description : en montrant les contradictions et la vacuité de personnages passant leur vie à s'interroger et à déblatérer[63], elle « déconstruit les mythes de la classe moyenne bourgeoise[70] », ce qui en fait une pionnière de la « dérision sociale[71] » en bande dessinée, à une époque où celle-ci était peu pratiquée en France[b]. Sa cible de prédilection est, depuis les Salades de saison, la « bourgeoisie intellectuelle parisienne[69] » de gauche, dont elle a mis à jour toutes les contradictions avant de s'attaquer dans Agrippine à l'égoïsme et la superficialité adolescentes[13] de ses enfants.

Si ses personnages s'avèrent bien de véritables « archétypes sociaux[63] », leur traitement est assez fin pour conférer à ses histoires un aspect à la fois « intemporel[72] » et international[14]. Certains critiques ont ainsi vu dans son travail, notamment Les Frustrés, l'œuvre d'une moraliste plus que d'une sociologue[51],[73]Yves-Marie Labé l'a ainsi qualifiée en 1997 de « moderne Saint-Simon de la bande dessinée[28] ». Bretécher a cependant toujours récusé l'une ou l'autre de ces qualifications[67],[2]. Elle ne se met d'ailleurs jamais elle-même en scène dans ses bandes dessinées, à l'inverse d'auteurs satiriques comme Roz Chast[74].

Quoique « sans concession[55] » et « âpre[51] », sa vision s'accompagne souvent d'une certaine tendresse, ce qui témoigne d'un positionnement politique complexe. Solitaire, sceptique face aux groupes[2]— « raisonnablement misanthrope[5] » selon ses propres mots —, Bretécher a régulièrement affirmé que la politique ne l'intéressait guère[2], et ne la commentait d'ailleurs guère dans ses histoires[51]. Elle a toujours aimé se moquer du gauchisme, même en mai 1968, période durant laquelle elle préfère travailler sur ses planches à livrer pour Spirou qu'aller manifester avec ceux qu'elle qualifie d'« étudiants dorés sur la tranche[2] ». Et en 2008 elle déclare que le sinologue Simon Leys, ostracisé par les milieux intellectuels de gauche dans les années 1970 pour avoir critiqué le maoïsme, est avec le bédéiste belge André Franquin l'un des deux seuls hommes qu'elle admire[39]. Elle a également toujours assumé d'être passée de Pilote au Nouvel Observateur non seulement pour avoir un public plus large, mais également car cela était mieux payé[15], tout comme de travailler pour la publicité, activité lucrative[2]. Très opposée au racisme et à la xénophobie[15], Bretécher a cependant toujours affirmé se sentir « profondément de gauche[2] ». Cette position complexe se retrouve dans son rapport au féminisme.

Bretécher, le féminisme et la place des femmes dans la bande dessinée[modifier | modifier le code]

Bretécher est considérée comme une auteure de bande dessinée féministe, à la fois pour son œuvre et pour son rôle pionner. Elle a en effet été l'une des rares femmes à travailler à la fois pour Tintin et Spirou[c], puis la première à devenir un auteur vedette de Pilote. En co-fondant L'Écho des savanes, elle participe à la naissance symbolique de la bande dessinée adulte en France. Et la notoriété que lui apporte Les Frustrés en font la première auteure francophone, et l'une des premières en Occident, à acquérir un statut de star médiatique. Son succès a poussé de nombreuses dessinatrices à se lancer dans la bande dessinée et elle a directement influencé de nombreuses auteures et auteurs, comme Maitena Burundarena ou Hélène Bruller[75]. À l'instar de sa collègue de Pilote Annie Goetzinger, Bretécher ne participe cependant pas au trimestriel féminin de bande dessinée Ah ! Nana (1976-1979), où contribuent la plupart des autres grandes auteures françaises d'alors (Chantal Montellier, Florence Cestac ou Nicole Claveloux, etc.), et elle n'a jamais cherché à s'investir pour défendre la place des femmes dans la bande dessinée et affirme n'avoir jamais été victime de misogynie dans le milieu de la bande dessinée[5].

Bretécher entretient en effet un rapport complexe avec le féminisme. Dans son enfance sa mère, malgré son milieu social, l'encourage à l'autonomie et l'indépendance[5], et Bretécher se considère dans les années 1960 comme « violemment féministe[30] ». Son « dégoût[5] » du militantisme l'empêche cependant de s'investir dans des mouvements précis pour privilégier la défense du féminisme dans son entourage[30]. Ce regard critique sur le féminisme militant, ne l'empêche pas de déclarer en 1974 partager « de A à Z » les « points de vue » de Gisèle Halimi[76] ou d'illustrer en 1976 une affiche du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception[77] et, plus généralement, de défendre la cause des femmes tout au long de son œuvre[78],[79], en évoquant de très nombreux sujets polémiques : contraception, chirurgie esthétique, maternité et poids de la famille, sexualité, fécondation in-vitro, esclavage domestique, machisme, inégalités professionnelles, etc[80].

Bretécher innove également en termes de représentation des femmes dans la bande dessinée. En créant en 1969 Cellulite dans Pilote, elle est la première à proposer une série dont l'héroïne ne corresponde pas aux canons de la presse enfantine et adolescente de l'époque : « soit des fillettes assexuées, soit des bonnes femmes monstrueuses et ridicules[81] ». Dans Les Frustrés et ses histoires ultérieures, elle continue à montrer les corps et attitudes des femmes—ainsi que d'ailleurs que des hommes—avec un réalisme « d'une variété sans équivalent » pour les années 1970 et 1980[82]. Cette représentation fidèle permet aux lectrices un grand degré d'identification qui participe au succès de l'œuvre de Bretécher[79].

Une artiste populaire et influente[modifier | modifier le code]

Une pionnière de l'auto-édition en bande dessinée[modifier | modifier le code]

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Le succès de L'Écho des savanes, revue qu'elle édite à partir de 1972 avec Nikita Mandryka et Marcel Gotlib sans l'aide d'aucune maison d'édition, pousse Bretécher à recueillir elle-même en album les histoires qu'elle dessine à partir de cette époque et qui ne paraissent pas dans Pilote, d'autant que son principal support de publication après 1973, Le Nouvel observateur est un hebdomadaire sans expérience dans l'édition d'albums de bande dessinée. Malgré le surcroît de temps que cette activité demande, l'individualiste Bretécher, lassée du paternalisme des éditeurs et désireuse de gagner plus d'argent, cherche en effet alors à acquérir plus d'indépendance[2]. Son premier recueil d'histoires des Frustrés, paru en 1975, est un succès : pour la première fois en Europe francophone l'auto-édition de bande dessinée apparaît comme le moyen de toucher un large public. Bretécher déclare en 2008 : « J'étais un peu parano vis-à-vis des éditeurs et cela m'amusait de faire cela, après L'Écho des savanes. J'allais voir le photograveur, mon imprimeur allemand, en Espagne. J'ai toujours été aidée par des copines. Et j'ai gagné beaucoup d'argent[39]. »

Ce succès encourage dans les années suivantes, de nombreux auteurs notoires à suivre son exemple, parmi lesquels Jean Tabary (Iznogoud), Jean Graton (Michel Vaillant) et Marcel Uderzo (Astérix et Obélix). Quant à Bretécher, elle auto-édite pendant plus de trente ans l'ensemble de ses nouveaux albums, tout en laissant Glénat gérer ses œuvres de jeunesse et Dargaud les histoires publiées dans Pilote. À partir de 1998, elle publie ses œuvres sous l'entité Hyphen[7]. Moins productive, peu désireuse de valoriser son fonds, et incapable de gérer la trésorerie d'Hyphen après le décès de sa comptable, Bretécher cède en 2006 à Dargaud l'ensemble des droits[39].

Une auteure majeure célébrée au-delà du champ de la bande dessinée[modifier | modifier le code]

Qualifiée de « Grande dame du monde de la BD » (« grande dame of the BD world[83] ») ou d'« auteure essentielle de la bande dessinée francophone[13] », Bretécher a connu tout au long de sa carrière un succès public comme critique continu dont témoignent les trois prix reçus entre 1976 et 1999 au festival d'Angoulême, dont elle reste en 2017 l'une des deux seules femmes Grand Prix avec Florence Cestac. Son succès s'étend également à l'étranger : ses œuvres sont traduites dès les années 1970 en anglais (dans Viva et par National Lampoon[14]), néerlandais (dans Gummi), allemand, italien (dans Linus puis Alter de 1973 à 1979[84]) et serbo-croate[14] et elles l'ont également été en espagnol, danois, suédois[85]. Ces multiples traductions témoignent du caractère universel de son œuvre[14]. Elle a reçu les deux plus grandes distinctions décernées en Suède et en Allemagne à des auteurs étrangers, respectivement le Prix Adamson du meilleur auteur international en 1987 et le Prix Max et Moritz spécial récompensant une œuvre remarquable en 2016. Sa notoriété dépasse cependant le simple cercle des amateurs de bande dessinée.

Régulièrement invitée à Tac au tac lorsqu'elle travaillait pour Pilote, Bretécher est en effet très présente à la télévision et dans les médias français durant les années 1970 et 1980, ce qui témoigne « de son statut de star (...) et de la fascination qu’elle exerçait sur les médias, seule femme, belle de surcroît, au milieu d’un groupe de dessinateurs[55] ». En 1981, elle arrive 26e ex-æquo d'un classement des intellectuels francophones contemporains les plus influents « sur l'évolution des idées, des lettres, des arts, des sciences, etc. » établi par le magazine Lire[86]. En décembre 1982, elle fait l'objet d'un épisode du Tribunal des flagrants délires de Pierre Desproges. En 1984, elle devient la première auteure à figurer dans un tube de l'été quand Joëlle Kopf, la parolière du groupe Cookie Dingler, inclut parmi les caractéristiques de leur « femme libérée » le fait de ne lire que Bretécher dans le Nouvel Obs—douze ans plus tard, c'est la chanteuse Juliette qui cite cette « belle harangère » dans sa chanson Rimes féminines parmi les femmes qu'elle aurait voulu être[87].

Des penseurs aussi différents que Pierre Bourdieu, Roland Barthes, Umberto Eco ou Daniel Arasse l'ont célébrée[55], et ses œuvres ont fait l'objet de plusieurs études universitaires[55]. Malgré cette notoriété, ce n'est qu'à l'hiver 2015-2016 qu'à été organisée la première exposition rétrospective d'ampleur sur son œuvre, à la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou, à Paris. À cette époque, aucune monographie ne lui avait cependant été consacrée, ce que la commissaire de l'exposition attribuait à « sa personnalité farouche, peu encline aux mondanités, et à sa modestie[55] ».

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Œuvres de Claire Bretécher.

Présentation des principales œuvres[modifier | modifier le code]

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Bandeau apposé par Kokonino (lui écrire) • 13 avril 2017

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Périodiques[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, Bretécher collabore à quatre des principaux hebdomadaires de bande dessinée jeunesse franco-belges. Entrée à Record en 1964 comme illustratrice, elle y signe quelques bandes dessinées à partir de l'année suivante, sans pour autant y développer de série majeure. En février 1965, elle entre à Tintin, où 29 de ses gags sont publiés jusqu'en mars suivant[88] ; sa série Hector ne s'y impose cependant pas. Acceptée à Spirou en 1967 grâce au récit court absurde « Des navets dans le cosmos »[8], elle y publie outre quelques histoires indépendantes ses deux premières séries importantes : 51 demi-planches des Gnangnan (1967-1970) et quatre gags et dix récits courts des Naufragés sur des textes de Raoul Cauvin (1968-1971)[89].

En 1969, l'hebdomadaire français Pilote, orienté vers les jeunes adolescents plus que les enfants, accepte sa série moyenâgeuse parodique Cellulite, dont quatorze récits courts ou à suivre totalisant près de 200 pages sont publiés jusqu'en 1977[90]. Le bon accueil fait à cette histoire convainc la rédaction de Spirou à publier les quatre récits de Robin les foies entre 1969 et 1971[89], une série ancienne de l'auteure[8]. Dans Pilote, outre Cellulite, Bretécher réalise plus de 170 pages, souvent des gags en une page dont un tiers sont publiés sous le titre Salades de saison[90]. Ne trouvant pas d'éditeur français, les 20 pages de Fernand l'orphelin, scénarisées par Yvan Delporte, sont publiés dans l'hebdomadaire néerlandais Pep[11].

Tout en continuant à collaborer à Pilote, Bretécher lance en mai 1972 avec ses collègues Marcel Gotlib et Nikita Mandryka le magazine de bande dessinée adulte L'Écho des savanes, pour lequel elle réalise plus de 140 pages jusqu'à fin 1974[91]. Dans la même période, elle commence également à collaborer à la presse non spécialisée en bande dessinée : d'abord en réalisant Les Amours écologiques du Bolot occidental pour Le Sauvage à partir de mars 1973, puis en transposant ses Salades de saison dans l'hebdomadaire généraliste Le Nouvel observateur à partir de septembre 1974 sous le titre Les Frustrés.

Après cette date, hormis une collaboration ponctuelle à Fluide glacial[92] en 1975, une dernière histoire de Cellulite laissée inachevée en 1977 dans Pilote mensuel[90] et la réédition de Fernand l'orphelin dans Spirou en 1977[89], Bretécher ne collabore plus qu'avec le Nouvel observateur, où sont pré-publiés dans les années 1980, 1990 et 2000 l'ensemble de ses récits postérieurs aux Les Frustrés.

Le tableau suivant synthétise les données figurant dans l'article Œuvres de Claire Bretécher en n'indiquant de manière détaillée que les histoires à suivre et récits complets de plus de dix pages.

(Série :) Titre Périodique Dates Pages Précisions
Hector Tintin (éd. française) no 850 à 878[88] - +13,
Divers gags (16) Tintin (éd. française) no 851 à 910[88] - +16,
Divers gags (2) et récits courts (4) Spirou no 1536 à 1662[89] - +21,
Les Gnangnan Spirou no 1548 à 1693[89] - +51, Demi-planches.
Les Naufragés (4 gags et 10 récits courts) Spirou no 1594 à 1744[89] - +49, Scénario de Raoul Cauvin.
Couverture no 1594.
Cellulite (7 récits courts) Pilote no 502 à 693[90] - +47, Couvertures no 514 et 592.
Robin les foies Spirou no 1635 à 1733[89] - +23,
Divers gags (34) et récits courts (18) Pilote no 530 à 750[90] - +77, Scénarios de Bretécher sauf sept récits.
Actualités (8 gags et 17 récits courts) Pilote no 533 à 598[90] - +43, Scénarios de Bretécher sauf deux Actualités.
Cellulite : « Symphonie en flûte majeure » Pilote no 540-1[90] - +12,
Tulipe et Minibus Pilote no 546 à 559[90] - +30, Scénario d'Hubuc.
Couverture no 546.
Cellulite : Les Bonnes Œuvres Pilote no 575 à 589[90] - +30, Couverture no 575.
Cellulite : Croisé en solde Pilote no 614 à 617[90] - +16, Couverture no 614.
Salades de saison Pilote no 619 à Pilote mensuel no 3[90] - +53,
Fernand l'orphelin Pep no 71-49 à 72-24 - +20, Scénario d'Yvan Delporte
Réédité en 1977 dans Le Trombone illustré[89].
Cellulite : Les Vapeurs de Camomille Pilote no 628 à 633[90] - +14, Couverture no 628.
Les Amours écologiques du Bolot occidental Le Sauvage no 1 à ? -?  ?
Divers gags (8) et récits courts (13) L'Écho des savanes no 1 à 10[91] - +96, Couverture no 1.
Cellulite : L'Artisan du bonheur Pilote no 674 à 688[90] - +32, Couverture no 674.
Le Cordon infernal L'Écho des savanes no 4[91] +16, Couverture.
Cellulite : Bloustorie Pilote no 732-3[90] - +12,
Les Aventures adventices de Doudou-Daffodil reine des croque-monsieur L'Écho des savanes no 6 à 9[91] - +21,
« Les Aventures estupidas dé Fremión el rigolo » Le petit Mickey qui n'a pas peur des gros no 7[93] +1,
Un après-midi de Miquette L'Écho des savanes no 9[91] +12,
Cellulite : Les Bâtisseurs de cathédrale Pilote mensuel no 15, 25, 29 et 37[90] - +30, Couverture no 25 et 37.
« Gangrène au Groënland » Fluide glacial no 3[92] +5,

Albums[modifier | modifier le code]

Dargaud publie entre 1972 et 1974 les trois premiers albums de Bretécher en compilant des histoires de Cellulite et des Salades de saison. Entre 1974 et 1980, Glénat publie trois séries de Bretécher parues auparavant dans la presse jeunesse (Les Naufragés, Les Gnangnan et Baratine et Molgaga). À partir de 1975, Bretécher auto-édite ses bandes dessinées publiées dans la presse adulte et Le Nouvel observateur, sous son propre nom jusqu'en 1997, puis sous l'identité « Hyphen SA ». Ce catalogue est repris par Dargaud en 2006, qui en profite pour publier en 2007 un volume d'histoire des années 1960-1970 inédites en album. C'est également en 2006 que Glénat réédite en un épais volume Baratine et Molgaga et l'ensemble des séries publiées dans Spirou (dont trois inédites en album), hormis Les Naufragés, réédités en 2008 par Dupuis dans une collection spéciale consacrée à Raoul Cauvin.

Le tableau suivant indique les premières éditions en album des bandes dessinées de Bretécher. La plupart de ces albums ont fait l'objet de rééditions, d'éditions spéciales (France loisirs, supplément à des revues), d'éditions poche ou de compilation (dont des intégrales).

Titre Série Maison d'édition Date ISBN
Les États d'âme de Cellulite[e] Cellulite t. 1 Dargaud 1972 (OCLC 424422519)
Salades de saison 1973 (ISBN 2205007025)
Les Angoisses de Cellulite Cellulite t. 2 1974 (ISBN 2205007548)
Les Gnangnan Glénat 1974 (ISBN 2723400077)
Les Frustrés 1 Claire Bretécher 1975 (ISBN 2901076017)
Les Frustrés 2[f] 1976 (ISBN 2901076033)
Le Cordon infernal et autres contes moraux 1976 (ISBN 2901076025)
Les Naufragés (scénario de Raoul Cauvin) Glénat 1976 (ISBN 2723400336)
Les Amours écologiques du Bolot occidental Claire Bretécher 1977 (ISBN 2901076041)
Les Frustrés 3 1978 (ISBN 290107605X)
Les Frustrés 4 1979 (ISBN 2901076068)
Les Frustrés 5 1980 (ISBN 2901076076)
Baratine et Molgaga Glénat 1980 (ISBN 272340062X)
La Vie passionnée de Thérèse d'Avila Claire Bretécher 1980 (ISBN 2901076068)
Les Mères 1982 (ISBN 2901076084)
Le Destin de Monique[g] 1983 (ISBN 2901076092)
Docteur Ventouse, bobologue 1985 (ISBN 2901076106)
Docteur Ventouse, bobologue 2 1986 (ISBN 2901076114)
Agrippine 1988 (ISBN 2901076122)
Tourista 1989 (ISBN 2901076130)
Agrippine prend vapeur Agrippine, t. 2 1991 (ISBN 2901076173)
Les Combats d'Agrippine Agrippine, t. 3 1993 (ISBN 2901076181)
Agrippine et les Inclus Agrippine, t. 4 1995 (ISBN 2901076203)
Mouler démouler 1996 (ISBN 2901076238)
Agrippine et l'Ancêtre Agrippine, t. 5 Hyphen 1998 (ISBN 2901076270)
Agrippine et la secte à Raymonde Agrippine, t. 6 2001 (ISBN 2901076211)
Allergies Agrippine, t. 7 2004 (ISBN 2901076459)
Décollage délicat[h] Robin des foies Glénat 2006 (ISBN 9782723456494)
Fernand l'orphelin
Tulipe et Minibus (scénario d'Hubuc)
Inédits[i] Dargaud 2007 (ISBN 9782505002468)
Agrippine déconfite Agrippine, t. 8 2009 (ISBN 9782505000556)

Illustration[modifier | modifier le code]

La longue carrière de dessinatrice de Claire Bretécher l'a conduite à réaliser des illustrations pour des magazines (y compris en couverture) ou des ouvrages (le plus souvent humoristiques ou didactiques), à concevoir des affiches (comme celle de la pièce de théâtre Le Prénom en 2010[94]) et à participer à de nombreuses campagnes publicitaires[31]. Il s'agit le plus souvent d'illustrations humoristiques.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Bretécher a participé à l'écriture de deux spectacles théâtraux : Frissons sur le secteur (avec Serge Ganzl et Dominique Lavanant), créé à Paris le 8 octobre 1975 par Dominique Lavanant[95] et Auguste Premier ou Masculin-Féminin (avec Hather Robb d'après des textes de Boris Vian, M. Dassau et Guillaume Apollinaire), créé à Mesvres le 6 juillet 1980 par Hather Robb[96].

Peinture et dessin[modifier | modifier le code]

Parallèlement à son activité de bédéaste et d'illustratrice sur commande, Bretécher pratique pour son plaisir la peinture, en particulier des portraits en gros plan en couleur qui témoignent selon Patrick Gaumer de son « talent[7] ». Éric Aeschimann a loué des « acryliques (...) aux couleurs splendides de fermeté[97] ». Bien qu'elle dessine assez peu pour son plaisir[5], Bretécher le fait tout de même parfois. Les principaux ouvrages tirés de ces activités sont :

Adaptations des œuvres de Bretécher[modifier | modifier le code]

Les œuvres de Bretécher ont fait l'objet d'adaptations animées, théâtrales et radiophoniques.

  • En 1975, onze courts-métrages animés adaptés des Frustrés sont diffusés à la télévision française[16].
  • En 2001, Canal + diffuse la série Agrippine sous la forme de 26 épisodes de 26 minutes, produits par Ellipse Animation.
  • En 2012, Christèle Wurmser adapte avec la réalisatrice Christine Bernard-Sugy les Frustrés (5 épisodes de 8 minutes) et Agrippine (5 épisodes de 25 minutes) pour France Culture ; cinq nouveaux épisodes des Frustrés sont diffusés en 2014[46].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

Monographies et numéros de revues[modifier | modifier le code]

  • Les Cahiers de la bande dessinée n°24, Glénat, 1974.
  • Isabelle Bastian-Dupleix, Dossier de presse : Exposition Claire Bretécher, Paris, Bibliothèque publique d'Information Centre Pompidou, , 25 p. (lire en ligne).
  • Florie Boy, Les Femmes dans la bande dessinée d'auteur depuis les années 1970. : Itinéraires croisées : Claire Bretécher, Chantal Montellier, Marjane Satrapi (mémoire de master), Lyon, Université Lumière-Lyon-II, (lire en ligne).

Articles[modifier | modifier le code]

  • Yves Di Manno, « La Distanciation du quotidien », Les Cahiers de la bande dessinée, no 24,‎ , p. 23-25.
  • Maryse Fauvel, « Bretécher moraliste », Sites: The Journal of Twentieth-Century/Contemporary French Studies, vol. 1, no 1,‎ , p. 323-326 (ISSN 1740-9306, lire en ligne).
  • Marie-Hélène Gatto, « Écoutez, c'est du Bretécher ! », De ligne en ligne, no 18,‎ , p. 22-23.
  • Patrick Gaumer, « Bretécher Claire », dans Dictionnaire mondial de la BD, Paris, Larousse, , 954 p. (ISBN 9782035843319), p. 117.
  • Marie-Ange Guillaume, « Claire Bretécher : Portrait », dans Collectif, Morceaux choisis, Paris, Dargaud, (ISBN 9782505065180), p. 5-15.
  • Yves-Marie Labé, « Bretécherons un peu ! », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • (en) Libbie McQuillan, « “I live my body, I am my body”. Claire Bretécher’s Comic Bodies », dans Julia Prest et Hannah Thompson (dir.), Corporeal Practices. (Re)figuring the Body in French Studies, Oxford, Peter Lang, , p. 91-103.
  • Jean-Pierre Mercier, « Le Trait Claire », De ligne en ligne, no 18,‎ , p. 14-15.
  • Christophe Quillien, « Bretécher, Claire », dans Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber et Béatrice Didier (dir.), Le Dictionnaire universel des créatrices, Paris, Éditions des femmes, (ISBN 9782721006318, lire en ligne).
  • Ingeborg Rabenstein-Michel, « Petite sociologie de la frustration chez Claire Bretécher, ou: la médiation franco-allemande par la BD », dans Dietmar Hüser et Ulrich Pfeil (dir.), Populärkultur und deutsch-französische Mittler/Culture de masse et médiateurs franco-allemands : Akteure, Medien, Ausdrucksformen/Acteurs, médias, articulations, Bielefeld, Transcript, , p. 87-98.
  • (en) Cynthia Rose, « Madame Audacity : The art of Claire Bretécher », The Comics Journal,‎ (lire en ligne).
  • (en) Mireille Rosello, « Claire Bretécher's Les Frustrés », dans Infiltrating Culture : Power and Identity in Contemporary Women's Writing, Manchester, Manchester University Press, (ISBN 0-7190-4875-3, lire en ligne), p. 23-52.
  • Françoise-Marie Santucci, « Claire Bretécher, 58 ans, rare réussite féminine de la BD. Bien dans sa coquille, elle sort son cinquième «Agrippine». Fine de claire », Libération,‎ (lire en ligne).
  • (en) Dina Sherzer, « Claire Bretécher. Queen of BD », The Journal of Popular Culture, vol. 14, no 3,‎ , p. 394-404 (ISSN 1540-5931, lire en ligne).
  • Marina Yaguello, « Bretécher prend vapeur », Lecture jeune, no 77,‎ , p. 23-4 (ISSN 1163-4987).

Interviews[modifier | modifier le code]

Bibliographies[modifier | modifier le code]

Ressources audiovisuelles[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « J’aimerais que mon dessin ait l’air torché, rapide, comme mes brouillons qui sont toujours bien meilleurs que le résultat final. » Laurence Le Saux, « Agrippine #8 *** », sur Bodoï, (consulté le 18 octobre 2016).
  2. Son proche ami et collègue chez Pilote Gérard Lauzier n'a ainsi commencé à publier qu'en 1974 ses Tranches de vie satiriques.
  3. Liliane Funcken (1927-2015) l'avait fait avant Bretécher mais toujours en collaboration étroite avec son mari Fred (1921-2013).
  4. Décerné le 18 juin 1982 par les anciens grands prix d'Angoulême en vue de la dixième édition du festival en 1983. Nicolas Albert, « Case Départ raconte Angoulême : 1982, premières visites ministérielles », sur nrblog.fr, .
  5. Préface de René Goscinny, postface de Marcel Gotlib.
  6. Préface de Jean Daniel.
  7. Réédité en 2006 sous le titre Une saga génétique.
  8. Ce volume reprend également Les Gnangnan et Baratine et Molgaga.
  9. Recueil de pages parues dans divers périodiques dans les années 1960 et 1970.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b D'autres sources donnent le 17 avril.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Santucci 1998.
  3. a, b et c Guillaume 2015, p. 5.
  4. Claire Bretécher, B. dessineuse, 6 min 35.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j « Claire Bretécher: "Je suis raisonnablement misanthrope" », sur lexpress.fr, (consulté le 19 octobre 2016).
  6. a, b, c, d, e et f Bastian-Dupleix 2015, p. 9.
  7. a, b, c, d, e, f et g Gaumer 2010.
  8. a, b, c, d, e, f et g Bretécher 1974, p. 7.
  9. a, b, c, d et e Bretécher 1974, p. 10.
  10. Cance, Teller et Sadoul 1974, p. 42.
  11. a et b (nl) « Alfred de Wees », sur depepsite.nl
  12. a et b Cance, Teller et Sadoul 1974, p. 43.
  13. a, b, c et d Quillien 2013
  14. a, b, c, d, e et f Sherzer 1980, p. 394.
  15. a, b et c Bretécher 1974, p. 13.
  16. a et b « Les Frustrés par Bretécher », sur ina.fr.
  17. Claire Bretécher, B. Dessineuse, 41 min
  18. Natalie Zemon Davis (trad. Luce Girard), « La Quête de Michel de Certeau », Esprit, no 423,‎ mars/avril 2016, p. 279 (ISSN 0014-0759, lire en ligne).
  19. Philippe Kaeppelin, « À propos des Mères de Claire Bretécher », Éducation 2000, no 21,‎ , p. 40-44
  20. a et b Nicolas Albert, « Case Départ raconte Angoulême : 1982, premières visites ministérielles », sur nrblog.fr,
  21. a et b Bastian-Dupleix 2015, p. 10.
  22. a et b « Notice bibliographique Portraits », sur bnf.fr.
  23. a et b Olivier Duhamel, « Guy Carcassonne : "la réussite d'un étudiant "fils de rien"" », (consulté le 19 mai 2015).
  24. Liliane Roudière, « Claire Bretécher, 50 ans de BD et toujours dans sa bulle », Causette, no 19,‎ (lire en ligne).
  25. « Tourista », sur dargaud.com.
  26. « Tourista », sur bedetheque.com.
  27. Voir plus bas la section « Traductions ».
  28. a et b Labé 1997.
  29. a et b « Agrippine », sur bedetheque.com.
  30. a, b et c Bretécher 2009.
  31. a et b « Notice bibliographique Affiches de promotions », sur bnf.fr.
  32. Sandrine L'Herminier, « Yaourts santé : la nouvelle bataille de l'ultrafrais », Les Échos,‎ (lire en ligne)
  33. « Notice bibliographique BA », sur bnf.fr.
  34. « La BD rajeunit 8 à Huit », sur lsa-conso.fr, .
  35. « (AUT) Bretécher -Pub- 1995 1999 8 à huit au cœur de la pub ! », sur bedetheque.com.
  36. Voir plus bas la section « Peinture et dessin ».
  37. Voir plus bas la section « Illustration » et l'article détaillé Œuvres de Claire Bretécher#Illustration.
  38. (SUDOC 072811927)
  39. a, b, c, d et e Bretécher 2008.
  40. « Décollage délicat », sur bedetheque.com.
  41. « Les naufragés », sur bedetheque.com.
  42. Laurence Le Saux, « Agrippine #8 *** », sur Bodoï, (consulté le 18 octobre 2016).
  43. a et b « Notice bibliographique Le tarot divinatoire de Claire Bretécher », sur bnf.fr.
  44. a, b, c et d « BD : jamais frustrés avec Bretécher ! », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  45. « Notice bibliographique Nos enfants sont des poètes », sur bnf.fr.
  46. a et b Gatto 2015.
  47. Monique Younès et Mathilde Cesbron, « L'oeuvre de la créatrice d'"Agrippine" au centre Pompidou », sur rtl.fr, .
  48. Les Années Pilote et Morceaux choisis. « (AUT) Bretécher », sur bedetheque.com.
  49. Sadoul et Glénat 1974, p. 8.
  50. a et b Rose 2016.
  51. a, b, c et d Mercier 2015, p. 15.
  52. Claire Bretécher, B. dessineuse, 29 min 42.
  53. Bretécher 1974, p. 9.
  54. Boy 2009, p. 73.
  55. a, b, c, d, e, f, g, h et i Bastian-Dupleix 2015, p. 5.
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  57. Bastian-Dupleix 2015, p. 6.
  58. Jeanne Puchol, « [SOB2012] Commentaire de planche : Claire Bretécher », (consulté le 19 octobre 2016).
  59. Fauvel 1997, p. 323
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  62. Pierre Trotignon, « Analyses et comptes rendus : Pascal Bruckner, La Tentation de l'innocence », Revue philosophique de la France et de l'étranger, t. 185, no 4,‎ , p. 521 (lire en ligne)
  63. a, b, c et d Yaguello 1996, p. 23.
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  65. Sherzer 1980, p. 395.
  66. Yaguello 1996, p. 24.
  67. a et b Bastian-Dupleix 2015, p. 7.
  68. Daniel rapporte ce propos dans un éditorial du Nouvel Observateur, puis le reproduit dans sa préface au second tome des Frustrés. Il a confirmé en 2015 à Didier Pasamonik qu'il ne l'avait pas inventé. Didier Pasamonik et Jean Daniel, « Jean Daniel (Fondateur du Nouvel Observateur) : "Claire Bretécher faisait partie de l’ADN du journal !" », sur actuabd.com, (consulté le 10 octobre 2016)
  69. a et b Pierre Bourdieu, « Agrippine et le moderne », Lecture jeune, no 77,‎ , p. 22 (ISSN 1163-4987).
  70. « She deconstructs middle-class bourgeois myths ». Sherzer 1980, p. 396.
  71. Bruno Frappiat, « Le « Neuvième Art » : La bande dessinée a tenu à Angoulême son premier Salon », Le Monde,‎ (ISSN 0395-2037, lire en ligne)
  72. Guillaume 2015, p. 10.
  73. Fauvel 1997.
  74. Audrey Mefford, Funny or French: How Humor Varies Between Cultures , mémoire de l'Université du Tennessee à Chattanooga, p. 19.
  75. Boy 2009, p. 109
  76. Bretécher 1974, p. 14.
  77. Voir cet article sur le site Mondes sociaux.
  78. Lucie Servin, « Claire Bretécher, une femme d’exception », sur associationartemisia, (consulté le 2 octobre 2016).
  79. a et b (en) Nicole Hollander, « Esprit de corps », The Women's Review of Books, vol. 6, no 1,‎ , p. 10.
  80. Boy 2009, p. 104.
  81. Sadoul et Glénat 1974, p. 9.
  82. Boy 2009, p. 101
  83. (en) Laurence Grove, Comics in French : The European bande dessinée in context, New York, Berghahn Books, coll. « Polygons », (ISBN 9781845455880), p. 265.
  84. (it) « BRETECHER Claire », sur fumetto-online.it et (it) « BRETECHER Claire », sur fumetto-online.it.
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  86. Pierre Bourdieu, « Le hit-parade des intellectuels français ou qui sera juge de la légitimité des juges ? », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 52, no 1,‎ , p. 95-100.
  87. « Paroles Juliette Rimes féminines », sur paroles-musique.com.
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