Didier Conrad

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Didier Conrad
Didier Conrad - Lucca Comics & Games 2015.JPG
Didier Conrad en 2015
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Didier Conrad, dit Conrad, né le à Marseille, est un dessinateur et scénariste de bande dessinée français.

Il est le créateur, avec Yann, des séries cultes les Innommables et Bob Morane, publiées par le Journal de Spirou au début des années 1980. Cependant, c'est seulement durant les années 2000 que la première série est éditée avec succès en albums.

Entre temps, il se diversifie avec les séries Donito (Dupuis, 1990-1996), Cotton Kid (Vents d'Ouest, 1996-2002) et Raj (Dargaud, 2007-2011).

Conrad se fait aussi connaître comme auteur de reprises de classiques de la bande dessinée franco-belge : après dessiné la jeunesse de Lucky Luke avec l'irrévérencieux Kid Lucky (deux tomes en 1994 et 1997), il est l'auteur de Marsu Kids (deux tomes en 2011 et 2013). Mais surtout, depuis 2013, il est le dessinateur officiel de la série Astérix, succédant à Albert Uderzo, et sur des scénarios de Jean-Yves Ferri.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts précoces[modifier | modifier le code]

Didier Conrad naît à Marseille le de parents d'origine suisse. Il se passionne rapidement pour la bande dessinée et, à 14 ans, il envoie une planche au Journal de Spirou, qui sera publiée dans la rubrique Carte Blanche du no 1865. Cinq ans plus tard, en 1978, Conrad publie sa première bande dessinée dans le journal : Jason, sur un scénario de Mythic.

Thierry Martens, alors rédacteur en chef du journal, l'avait mis en contact, deux ans plus tôt, avec un autre auteur qui habitait lui aussi Marseille : Yann. Les deux jeunes dessinateurs, bien qu'ayant des personnalités différentes, se trouvent des goûts communs et décident de travailler ensemble[1]. Ayant soumis en vain des projets à Fluide glacial, ils proposent de nouveau leur travail au Journal de Spirou.

Progression remarquée chez Spirou (1979-1983)[modifier | modifier le code]

Le tandem publie et sa première histoire en 1979. Sawfee : La Saga du pendu paraît dans le no 2143 du journal de Spirou. Le trait de Conrad est nerveux, proche de celui de Franquin. Les deux auteurs travaillent ensemble sur le dessin et sur le scénario.

Après quelques autres courts récits, le nouveau rédacteur en chef, Alain De Kuyssche, propose au duo l'animation du journal. Mais Yann et Conrad sont des provocateurs dans l'âme et ils détournent le concept d'animation du journal. Ils prennent d'assaut les hauts de pages et y introduisent des gags voraces qui, la plupart du temps, raillent les autres auteurs de Spirou. Tous y passent et les réactions sont à la hauteur de la provocation. En plus, cette révolution est faite dans un contexte bien particulier car le journal s'enlise artistiquement. Certains auteurs vedettes, aux contrats mirobolants, proposent des histoires souvent médiocres qui occupent beaucoup trop de place dans les pages du journal. Il reste peu de pages pour publier des jeunes auteurs, pourtant talentueux. Alain De Kuyssche est très conscient de cette situation mais est totalement impuissant. Il couvre donc les forfaits de Yann et Conrad. Le journal se divise en deux : les pour et les contre.

Les hauts de pages racontent en quelque sorte les coulisses du journal mais sur un ton plus qu’inhabituel pour ce journal de BD classique. Exemple de haut de page, à propos de la bande dessinée Le Scrameustache de Gos : « Les galaxiens n'ont qu'une couille et ils l'ont sur la tête. » Yann et Conrad s'alimentent aussi des ragots d'auteurs qui sont de leur côté, comme Degotte. Ils font de leurs hauts de pages une espèce de croisade contre la médiocrité ambiante de journal, les poussant à fouiller même la nuit dans les bureaux de la rédaction pour y trouver des secrets inavouables afin de les publier par la suite. Des auteurs comme De Gieter ou Leloup se plaignent de ces interventions irrespectueuses à Charles Dupuis qui décide de nommer José Dutilleu directeur du concept. Il sera chargé, en quelque sorte, de juguler les forfaits du duo. Il eut été plus simple de les remercier mais il subsistait un problème : Yann et Conrad étaient appréciés de Franquin, « dieu vivant » au sein du journal, ce qui les rendait en quelque sorte intouchables.

Forts de leur révolution, Yann et Conrad décident de proposer une nouvelle série régulière pour le journal. À cette époque, Buck Danny disparaît des pages de Spirou. Yann et Conrad proposent alors un nouveau personnage qui évolue dans le même cadre, un aviateur du nom de Chuck Willys. Quelques dessins sont suffisants pour convaincre le rédacteur en chef et le premier épisode de Chuck Willys, Matricule triple zéro, est annoncé dans la page du journal. La semaine suivante, les auteurs proposent les premières planches qui mettent en scène ce nouveau héros mais, oh stupeur, il meurt écrasé dès les premières cases. Trois personnages, Mac, Tim et Tony, descendent de la jeep. Trois personnages qui s'avèrent être finalement les personnages centraux de cette histoire. Il est trop tard pour faire marche arrière et l'histoire est publiée. Ces trois personnages sont qualifiés d'innommables par Mythic. Yann et Conrad les baptiseront ainsi : les Innommables.

C'est Conrad qui met en place la première mouture du scénario de cet épisode qui devait être ensuite dessiné par Yann. Mais Yann a du mal avec le dessin, Conrad l'aide. Yann trouve par contre que cela manque de gags, il retravaille donc l'histoire. L'histoire est alors remise en scène par le duo. Conrad fait le crayonné. Yann l'encre. Conrad retouche l'encrage... Un vrai travail à quatre mains. Au cours des épisodes suivants, Shukumeï, Cloaques et Aventure en jaune, les tâches peu à peu se redéfinissent. Finalement, le scénario devient la charge de Yann, avec de nombreuses interventions de Conrad. Yann propose ensuite un découpage et Conrad s'occupe alors du dessin.

Le deuxième épisode, Shukumeï, est publié dans son intégralité, Charles Dupuis aime beaucoup, contrairement à l'épisode suivant, Cloaques, qui reflète l'état d'esprit de Conrad à l'époque : il désacralise ses personnages et prévoit même, au bout du futur quatrième et dernier épisode, de tuer Mac dans une histoire qui devait se situer au Katanga[2]. Mais Cloaques est refusé : Jean Dupuis n'apprécie par la scène de bagarre entre deux femmes aux seins nus ; il demande que la scène soit modifiée mais le compromis ne fait pas partie du fonctionnement du duo. Ils proposent alors une nouvelle histoire : Aventure en jaune, s'étalant sur 60 planches ; on leur refuse dans un premier temps, prétextant qu'il n'est plus possible de publier des albums au-delà de 46 planches. Mais le duo se moque d'une sortie en album ; on leur accorde donc d'étaler l'épisode sur 60 pages. Les deux compères poussent toujours plus loin les limites de leur provocation : l'immoralité des personnages, la nudité, des prostituées, de la violence et les fameuses cases sur fond noir qui énervent tant les imprimeurs... Ce qui devait arriver arriva : au bout de 46 planches, Aventure en jaune est interrompue et le duo quitte le journal. En 1983, Aventure en jaune paraît en album, complétée par une fin inédite, aux éditions Temps Futurs, maison qui fera rapidement faillite[3].

Au cours de leur passage dans le journal de Spirou, Yann et Conrad auront également participé à la réalisation de quelques épisodes de l'Oncle Paul. Ils feront aussi un essai pour la reprise de Spirou et Fantasio, à la suite de l'abandon de Fournier, mais le contrat proposé était bien trop contraignant pour ces deux rebelles.

Fin du duo avec Yann et carrière en solo (1983-1994)[modifier | modifier le code]

Yann et Conrad sont à la recherche d'un nouveau journal pour publier leurs bandes. Ils sonnent à plusieurs portes et atterrissent à Circus, un magazine tout neuf des éditions Glénat. Dans un premier temps, l'éditeur leur propose de rééditer l'exploit des hauts de pages mais le duo refuse, ne voyant pas l'intérêt qu'il y aurait à réaliser de telles bandes satiriques dans un magazine qui n'avait ni passé ni patrimoine.

Ils proposent alors de reprendre la parodie de Bob Morane dont ils avaient déjà publié deux courtes histoires en 1981 dans Spirou. Le premier épisode de Bob Marone, intitulé Le Dinosaure blanc, démarre en octobre 1983. Le second épisode, L'Affrontement, démarre un an plus tard. Il marquera aussi la fin de la collaboration du duo, pour un moment du moins. Yann et Conrad se brouillent au cours de la parution de cet épisode et c'est Lucie, la compagne de Conrad, qui termine le scénario.

Après sa séparation avec Yann, Conrad devient moins productif. Il crée des histoires d'aventures exotiques en poursuivant sa collaboration avec Lucie qui signe désormais les scénarios de Conrad sous son vrai nom, Sophie Commenge.

L'Avatar, le premier épisode des aventures d'Ernest Poildu, est publié directement en album en 1985 chez Bédéfil. Un second épisode, Jatra - La Chute d'Allyor, est annoncé mais ne verra jamais le jour, bien que réalisé et en partie pré-publié dans le trimestriel éponyme des éditions Bédéfil.

Pendant cinq ans, Didier Conrad ne produit plus rien de nouveau. Ses seules apparitions dans les rayons de bande dessinée sont la réédition en 1986 par Bédéscope d'Aventure en jaune et la première édition de Shukumeï, l'année suivante. Au dos de ces albums sont annoncés Cloaques et un quatrième épisode nommé simplement Les Innommables, qui eux non plus ne verront jamais le jour, du moins chez cet éditeur.

1990 est une année décisive pour Conrad. Il est de retour et chez Dupuis qui plus est. Entretemps, la maison d'édition a beaucoup évolué et propose une collection qui se destine plus à un public adulte : Aire Libre. Conrad publie dans cette collection le diptyque Le Piège malais, qui met en scène le personnage de L'Avatar, Ernest Poild'u, dans une histoire similaire. La même année, est publié par l'auteur, en tirage limité, Tatum : La Machine écarlate, scénarisé de nouveau par Sophie Commenge. Dans ces deux nouvelles œuvres, le trait de Conrad a changé. Il est moins nerveux, moins influencé par Franquin et glisse peu à peu vers celui de Morris.

Revenu dans les bonnes grâces de l'éditeur, Conrad propose alors une nouvelle série régulière, Donito, les aventures d'un petit garçon qui parle aux animaux, situées dans les Caraïbes. Une série on ne peut plus classique, aux antipodes de la provocation des années précédentes. Graphiquement, Donito est une bande aux couleurs directes vives et au trait simplifié. Sur cinq albums publiés entre 1990 et 1996, Conrad exploite toute sa sensibilité. Le "sale gosse" devient un conteur d'histoires merveilleuses plus proches de Walt Disney et de Pépito que Conrad lisait enfant, que de Fluide glacial.

En 1996, il est embauché par le studio DreamWorks pour collaborer au film La Route d'Eldorado. Il décide alors de s'installer aux États-Unis. C'est de là qu'il mènera deux projets de front : le retour des Les Innommables, sous son vrai nom, et Kid Lucky, puis Cotton Kid, sous le pseudonyme commun avec Yann de Pearce.

Le mystérieux Pearce (1994-2002)[modifier | modifier le code]

En 1994, un nouvel auteur, au graphisme très proche de celui de Conrad, fait son apparition. Pearce dessine Kid Lucky ou les aventures du jeune Lucky Luke qui parcourt l'Ouest en compagnie d'un vieux trappeur. Le monde de la bande dessinée s'interroge sur cet auteur. C'est le trait de Conrad et l'humour de Yann, bien que les scénarios soient de Jean Léturgie. Plus tard, on apprend que sous le pseudonyme de Pearce se cache réellement le duo Yann et Conrad, de retour tous deux aux dessins et aux scénarios. Morris leur laisse carte blanche pour ce spin-off de Lucky Luke.

Cependant, le second album, sorti discrètement en 1997, intitulé Oklahoma Jim va être le dernier : Morris remercie le trio et le projet est abandonné.

Jean Léturgie et Pearce recyclent donc leurs idées non exploitées pour d'autres tomes dans une nouvelle série assez proche, Cotton Kid, dont le premier épisode, pré-publié dans Bodoï, paraît en album chez Vents d'Ouest en 1999.

La série, qui est d'une vivacité et d'un esprit éminemment goscinniens, est alimentée jusqu'en 2002 et se compose de cinq albums.

Retour des Innommables (1994-2005)[modifier | modifier le code]

En 1994, apparaît dans les libraires un nouvel album inédit des Innommables, Le Crâne du Père Zé, publié par Dargaud. En effet, durant les années 1980, la série est devenue culte et ce premier album rencontre donc un véritable succès. Il sort sous trois couvertures différentes et au dos de cet album est annoncé deux autres épisodes inédits. L'histoire est la suite de Aventure en jaune. (Le marketing est le même que pour une autre série écrite par Yann pour Philippe Berthet, Pin-Up.)

Yann et Conrad sont de retour en même temps que les Innommables. Le deuxième épisode, Ching Soao, sort l'année suivante et remporte tout autant de succès. Il propose un supplément : la liste des tarifs du Lotus Pourpre, la maison de passe dans laquelle évoluent Mac et ses deux compères. Les albums suivants sortent régulièrement avec, pour les premières éditions, des suppléments toujours plus originaux les uns que les autres. Après quatre épisodes, Aventure en jaune est réédité. Son supplément est la première édition de Matricule Triple Zéro. La série est une première fois réorganisée. Cloaques est réadapté sur deux tomes.

De nouveaux épisodes voient le jour. La série est re-numérotée plusieurs fois jusqu'à la réédition de Shukumeï, qui impose une dernière numérotation en 2002.

À partir de 2003, le duo Yann/Conrad scénarise également de nouveaux épisodes de Bob Marone dans Fluide glacial. Leur intention de départ était de proposer plusieurs dessinateurs pour la reprise de leur série : sur leur liste, figurent Hardy, Verron, ou encore Tarrin, qui proposera un projet qui sera finalement refusé par Fluide glacial. C'est finalement Yoann, sous le pseudo Janus, qui sera choisi au dessin. Sept histoires de 5 à 7 planches sont publiées de 2003 à 2005, regroupées dans un album édité en 2013 par Dargaud.

Entre 2002 et 2004, est publié le troisième et dernier cycle des Innommables, dont l'action se déroule cette fois aux États-Unis, innervée par le regard de Conrad, domicilié là-bas. Trois tomes composent cette conclusion américaine, débutant avec le numéro 10, nommé À l'est de Roswell.

Au bout de ce dernier cycle, Conrad et Yann proposent une nouvelle histoire qui met en scène uniquement Alix Yin Fu, l'asiatique dont Mac tombe amoureux dans les Innommables. L'éditeur leur propose, plutôt que d'intégrer cet album à la série, d'en faire une série dérivée.

Duo avec Wilbur (2005-2013)[modifier | modifier le code]

C'est ainsi que naît Tigresse Blanche. Dans le premier épisode édité par Dargaud en 2005, de nombreuses références sont faites à l'épisode Shukumeï des Innommables. Yann quitte le poste de scénariste après le second épisode, c'est Wilbur, alias Sophie Commenge, qui reprend le scénario pour les quatre albums suivants.

En 2007, toujours scénarisé par Wilbur, Conrad publie une nouvelle série chez Dargaud, Raj, qui raconte les débuts du colonialisme britannique en Inde. Un cadre qu'il connaît pour l'avoir exploité dans L'Avatar puis le diptyque Le Piège malais.

Toujours avec Wilbur comme scénariste, il accepte une commande : développer une série dérivée du classique de la bande dessinée franco-belge créé par André Franquin, Marsupilami. Intitulée Marsu Kids, celle-ci adopte un format anthologique : chaque tome suivra les vies de différents petits marsupilamis. Deux albums sont publiés par Marsu Productions entre 2011 et 2013, et un troisième est annoncé.

En 2012, Conrad est aussi annoncé au dessin d'un tome de la collection Le Spirou de…, sur un scénario de Christophe Arleston [4]. Cependant, c'est à un autre classique qu'il va finalement se consacrer.

Reprise d'Astérix (depuis 2013)[modifier | modifier le code]

L'auteur pour la promotion de Astérix chez les Pictes', en octobre 2013.

Il est choisi par Albert Uderzo pour le remplacer comme dessinateur d'Astérix [5], série créée par René Goscinny et Albert Uderzo en 1959, à partir de 2013. Le 35e tome Astérix chez les Pictes, scénarisé par Jean-Yves Ferri, sort le 24 octobre 2013[6]. Puis sort le 36e tome, le 22 octobre 2015, intitulé Le Papyrus de César, le 37e tome intitulé Astérix et la Transitalique, toujours scénarisé par Jean-Yves Ferri, est sorti le 19 octobre 2017.

Notons que Didier Conrad est né en 1959, la même année qu'Astérix, comme Jean-Yves Ferri.

Albums[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bibliographie de Didier Conrad.

Prix[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]