Téléréalité
La téléréalité ou télé-réalité (en anglais : reality TV) est un genre télévisuel dont le principe est de suivre, le plus souvent sur un mode feuilletonnant, la vie quotidienne d'anonymes ou de célébrités. Les émissions de téléréalité empruntent souvent à d'autres genres télévisuels tels que le documentaire, le jeu, la variété ou la fiction.
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Historique [modifier]
C'est en 1971 aux États-Unis que l'émission An American Family diffusée sur PBS s'introduit pour la première fois dans la vie privée des spectateurs pour relater en douze épisodes le divorce d'une famille californienne. Le modèle sera repris l'année suivante au Royaume-Uni sous le titre The Family et en 1992 en Australie dans Sylvania Waters. Ces programmes télévisés soulèvent un tollé. En 1987, il n'y a pourtant pas moins de 37 émissions de TV réalité aux États-Unis.
Créé en 1989, COPS, au cours duquel une équipe de télévision suit des policiers au quotidien, est l'une des émissions connaissant le succès le plus durable sur les écrans américains et est fréquemment considérée comme la première émission de téléréalité. D'autres programmes tels que The Real World sur MTV ou America's Most Wanted sur Fox popularisent le format.
Les années 1990 voient émerger en France des émissions telles que Perdu de vue (inspirée de l'émission américaine Missing Person) dans laquelle une équipe d'investigateurs recherchent des personnes disparues ou Témoin n°1 qui tente de réconcilier des couples. Selon l'animateur, Jacques Pradel, véritable initiateur de la téléréalité en France : « Nous rétablissons la communication coupée entre les personnes, entre les couples, c’est le nouvel âge de la télévision. »[1]. Le succès est tel que la télévision publique produit à son tour La Nuit des héros qui reconstitue des accidents et l'intervention héroïque d'un « monsieur tout le monde » rassemble jusqu'à six millions de téléspectateurs. Le psychanalyste Gérard Miller déclare alors « C'est de l'exhibition de chair fraîche et de pulsions qui offre un spectacle pitoyable. »[2].
C'est en 1999 que l'archétype du genre, l'émission Big Brother (en référence au personnage du roman 1984 qui surveille tout le monde) produite par la société néerlandaise Endemol bouleverse le paysage audiovisuel mondial. Se présentant sous la forme d'un jeu où 12 participants sont enfermés pendant plusieurs semaines sous surveillance continue d'un système vidéo[3], l'émission est très populaire et s'exporte dans 70 pays[4]. De nombreux autres programmes s'inspirent de tout ou en partie des idées mises en œuvre par Big Brother (Loft Story, Secret Story, Dilemme).
Le concept de téléréalité rencontre un succès retentissant à double titre : d'une part les émissions connaissent un engouement exceptionnel se traduisant par des scores d'audimat très élevés et par un bouche-à-oreille créant un véritable phénomène de société et d'autre part par la rentabilité record de ces programmes dont le coût de production est extrêmement faible (pas de scénario, pas d'acteurs rémunérés et une mise en scène minimaliste)[4].
En France, le concept est testé par la chaîne M6 dont le programme Loft Story (présenté par Benjamin Castaldi) est vilipendé par TF1 comme de la télé poubelle[5]. Néanmoins, après le succès phénoménal de la première saison[6], la première chaîne française lancera à son tour des programmes de téléréalité tels que Star Academy, Nice People ou même Secret Story. La télé-réalité est principalement tirée des années 2000.
On peut ainsi distinguer les notions de reality show et de téléréalité[7] :
- Le reality show : format d'émission dans laquelle des individus ordinaires vivent réellement des situations extraordinaires. Le succès de ce concept démarre aux États-Unis en 1989 avec COPS. En France, on verra ce type d'émission tout au long des années 1990 : Perdu de vue, Témoin n°1, La Nuit des héros, Les Marches de la gloire, etc.
- La téléréalité (traduction de reality television) : format d'émission dans laquelle des individus ordinaires vivent artificiellement des situations plus ou moins ordinaires. Le succès de ce concept démarre en Europe en 1999 avec Big Brother. En France, ce sont les émissions des années 2000 : Loft Story, Koh-Lanta, Star Academy, L'Île de la tentation, etc.
Catégories d'émissions de téléréalité [modifier]
Vie en communauté [modifier]
Le concept de ce type d'émission consiste à isoler des candidats pendant une durée déterminée (généralement de deux à trois mois) afin de permettre aux téléspectateurs d'observer leurs réactions[3]. Un candidat peut être éliminé après avoir échoué à une épreuve, après avoir été désigné par ses pairs ou encore par les téléspectateurs[8]. Les programmes de téléréalité sont très rentables car leur coût de production est très faible et les chaînes de télévision gagnent beaucoup d'argent par le biais des SMS envoyés par les téléspectateurs pour éliminer ou sauver tel ou tel candidat[9]. Dans ces programmes, on peut citer Secret Story, Loft Story, Nice People, Les Colocataires, Dilemme, Carré ViiiP ou encore Big Brother. Cependant, l'engouement s'essoufflant, de nouveaux types d'émission de téléréalité tels que « Télé crochet » ou encore « Séduction » sont apparus[3].
Ce type d'émission repose sur cinq éléments[10] :
- Une présélection des candidats sur leurs profils psychologiques ou leurs personnalités.
- Un environnement limité dans l'espace, ne laissant aux participants aucune échappatoire à la confrontation avec les autres candidats.
- Un système d'élimination par vote des téléspectateurs permettant à la fois d'assurer au diffuseur des rentrées financières, et d'impliquer les téléspectateurs qui interagissent avec l'émission afin de s'assurer de leur fidélité. La menace de l'élimination renforce en outre les tensions entre les participants.
- Les tâches édictées par les organisateurs du jeu, permettant de maintenir une activité télégénique et de forcer les candidats à interagir.
- Le confessionnal destiné à recueillir les votes des participants qui présélectionnent les candidats à l'élimination par les téléspectateurs, et à livrer leurs pensées, leurs sentiments, soulignant ainsi les relations qui se tissent.
Ces éléments peuvent être combinés avec d'autres concepts, tels que les castings ou la séduction, mais restent les marques de fabrique de la télévision réalité et comptent parmi ses aspects les plus décriés.
Télé-crochet [modifier]
Le principe de ces émissions est de mettre plusieurs candidats en compétition, le vainqueur gagnant la possibilité d'enregistrer un album. On peut citer dans cette catégorie Popstars, Star Academy, Nouvelle Star, X Factor, L'École des stars, The Voice ou Pop Job.
De nombreux professionnels de l'audiovisuel contestent la qualification de téléréalité pour les télé crochets. Le concept de télé-crochet est né bien avant l'expression « téléréalité »[11]. Il est généralement admis qu'un télé crochet appartient à la téléréalité dès lors que des reportages sur la vie privée des candidats sont diffusés au delà de l'informatif et de l'anecdote de présentation, par exemple le live (22H sur 24H) Star Academy étant typique des codes de la téléréalité. Ainsi, avec cette nouvelle définition, le télé crochet Entrée des artistes de Pascal Sevran n'appartiendrait pas à la téléréalité, ni même X Factor.
Dans un premier temps réservé au monde de la musique, le concept a cependant été réutilisé pour créer des émissions basées sur la découverte d'autres talents artistiques comme dans On n'demande qu'à en rire pour l'humour, dans HGTV Design Star pour la décoration d'intérieur, dans Project Runway et La Collection pour le stylisme ou dans MasterChef ou encore Hell's Kitchen pour la cuisine.
Environnement de vie [modifier]
Le principe de ces émissions est d'inviter les participants à vivre dans un milieu qu'ils ne connaissent pas (Koh-Lanta, Pékin Express, La Ferme Célébrités, Le Pensionnat de Chavagnes, Première compagnie, Familles d'explorateurs, ou encore Les Anges de la télé réalité et L'Île des vérités).
Séduction [modifier]
Le principe de ces émissions est de favoriser les relations amoureuses au sein d'un groupe ou de constituer un couple. On peut citer dans ce type d'émissions, en France, Opération séduction aux Caraïbes, L'Île de la tentation, Love and Bluff : Qui de nous 3 ?, L'amour est dans le pré, Bachelor, le gentleman célibataire, Maman cherche l'amour, Greg le millionnaire, Marjolaine et les millionnaires, Qui veut épouser mon fils ?, Occupation Double , en 2012 La Belle et ses princes presque charmants et en 2013 " Coup de foudre au prochain village "
Sensations [modifier]
Certaines émissions montrent des personnes dans des situations leur générant des émotions de peur, de panique, ou de dégoût (Fear Factor, Je suis une célébrité, sortez-moi de là !).
Mise en scène de vedettes [modifier]
Certaines émissions de téléréalité sont centrées autour d'un ou de plusieurs personnages publics représentés soit dans le cadre d'une mise en scène donnée (compétition, mise en situation particulière) soit dans le cadre de leur vie quotidienne. L'émission The Osbournes, diffusée entre 2002 et 2005, était centrée sur la vie familiale du chanteur de heavy metal Ozzy Osbourne. L'actrice et mannequin Anna Nicole Smith a été la vedette, entre 2002 et 2004, de The Anna Nicole show, qui la représentait dans sa vie quotidienne. L'émission Le Monde merveilleux de Hulk Hogan, entre 2005 et 2007, suivait la vie familiale du catcheur Hulk Hogan. Des émissions de vie en communauté ou d'environnement de vie comme La Ferme Célébrités, Celebrity Big Brother ou The Surreal Life ont pour principe de mettre en scène, en lieu et place de candidats anonymes, des personnalités connues à des degrés divers, et de les placer en situation de compétition.
L'émission américaine Paris Hilton : une amie pour la vie ? (Paris Hilton's My New BFF), diffusée en 2008 et 2009 (plus une version britannique, Paris Hilton's British Best Friend, également diffusée en 2009) met en scène des candidat(e)s en compétition pour devenir la nouvelle « meilleure amie » (ou le nouveau meilleur ami) de la milliardaire Paris Hilton. Les candidats s'affrontent au cours de différentes compétitions, sous l'œil de Paris Hilton, à la fois présentatrice et juge de l'émission, et de l'un de ses assistants.
L'émission américaine Tila, célib et bi (A Shot at Love with Tila Tequila) est une variante du thème de la séduction. Elle met en scène la chanteuse et mannequin Tila Tequila, et joue sur la bisexualité proclamée de la « vedette » : seize hommes hétérosexuels et seize femmes lesbiennes sont mis en compétition pour avoir le droit de vivre une aventure amoureuse avec Tila Tequila. L'émission a été diffusée durant deux saisons, en 2007 et 2008.
Modes de vie [modifier]
Le principe de ces émissions est de faire appel à des experts, plus ou moins avérés, afin de conseiller des anonymes pour qu'ils améliorent leur mode de vie ou leurs habitudes. On peut citer dans ce type d'émissions Le Coach, Confessions intimes (un psychologue assiste des couples en difficulté), Super Nanny (une éducatrice aide des parents débordés par des enfants turbulents), Queer, C'est du propre ! (deux fées du logis remettent de l'ordre dans les logements des spectateurs), En voilà des manières (huit jeunes filles apprennent à se comporter en parfaites femmes du monde), Panique en cuisine ou J’ai décidé d’être heureux (trois coaches tentent d’améliorer en 8 semaines le degré de bonheur de 6 volontaires)
Expérience de vie [modifier]
Le principe de ces émissions est d'inviter les participants à échanger leur vie pendant quelques jours (On a échangé nos mamans, Vis ma vie, Bienvenue dans ma tribu). On peut aussi noter The Simple Life, où les participants découvrent un lieu de vie auquel ils ne sont pas habitués.
Rénovation [modifier]
Certaines émissions sont centrées sur le changement de l'espace de vie, de l'espace de travail, ou du véhicule d'une personne. On peut noter comme émissions Le Chantier, D&CO et Pimp my ride.
Rencontres [modifier]
À la différence des émissions de séduction mentionnées ci-dessus, celles-ci montrent de nouveaux participants à chaque épisode. Ce format a été employé la première fois dans l'émission des années 60 « The Dating Game ». En voici des exemples modernes (souvent développés par la chaîne MTV) :
- Next (au suivant) : 1 candidat teste 5 personnes à tour de rôle en lui organisant quelques jeux simples. Il peut éliminer à tout moment le candidat qui gagne en argent le nombre de minutes passé à l'antenne. Quand le testeur apprécie un des candidats, il lui propose de repartir avec l'argent passé avec lui ou d'accepter en échange un deuxième rendez-vous. À noter, des versions gay et lesbienne.
- Parental Control (Mes beaux-parents et moi) : les parents d'un(e) adolescent(e), mécontents du partenaire de celui-ci (celle-ci), sélectionnent parmi des dizaines de candidat(e)s deux prétendant(e)s à leurs goûts. Leur enfant accepte de passer un moment avec les prétendants sous l'œil de son partenaire et de ses parents. À la fin, il ou elle doit choisir entre garder son (sa) partenaire ou un des nouveaux prétendant(e)s.
- Kiffe ma mère : un jeune homme rencontre les mères de trois filles qui doivent les promouvoir.
- Ton ex ou moi : deux ex sont mis ensemble dans une même chambre d'hôtel, surveillés par leurs conjoints respectifs dans une pièce voisine. Des capteurs lumineux s'allument dès qu'ils se touchent.
- Dismissed (Éliminé) : un garçon ou une fille a rendez-vous avec deux autres personnes (généralement du sexe opposé, mais certains épisodes en versions gay et lesbienne existent également). Deux candidats s'opposent pour réussir à séduire la troisième personne, pour cela ils proposent chacun une activité et un lieu pour partager un moment et faire connaissance. À la fin de l'épisode, un des deux candidats est éliminé par la phrase "You're dismissed !"
- Room Raiders : un garçon (ou une fille) inspecte la maison de trois candidats homosexuels ou hétérosexuels en leur absence et choisit un de ces candidats en fonction de ses observations.
Canulars [modifier]
Dans les hoax reality shows (« émission de téléréalité de canular »), l'émission entière est une supercherie. Un ou plusieurs candidats pensent qu'ils apparaissent dans une émission de téléréalité légitime alors que le reste de la distribution est composée d'acteurs (par exemple, Mon incroyable fiancé ou Gloire et Fortune : La grande imposture).
D'autres téléréalités, qui ne sont pas entièrement basées sur le côté « canular » de l'émission, utilisent le même principe en donnant de fausses informations à un ou plusieurs candidats afin de pimenter la compétition. On peut citer comme exemples Greg le millionnaire ou Marjolaine et les millionnaires.
Analyses et critiques [modifier]
La télé-réalité consiste à montrer dans le cadre d'un programme récurrent des situations mettant des individus ordinaires (par opposition aux professionnels de l'audiovisuel et du spectacle) aux prises avec des situations inspirées de situations réelles (travail à la ferme, service national, colocation, relations sexuelles…).
Cependant, dans le cas de la télé-réalité, il ne s'agit pas d'un mouvement visant à révolutionner l'art en s'opposant à l'exceptionnel, mais de la « banalisation du banal »[12] ; et contrairement aux performances artistiques évoquées ci-dessus, l'idée n'est pas de regarder les gens vivre 24 h sur 24 mais de regarder les résumés d'1/2 h ou les soirées exceptionnelles. On passe de la notion de « Quart d'heure de célébrité » au « droit démocratique » de passer à l'écran : la sélection se faisant souvent non pas sur des capacités particulières mais au contraire sur le caractère banal, il y a une identification forte du spectateur et la sensation de pouvoir soi-même faire partie de l'émission. Et dans le cas où les acteurs sont des célébrités (des people), on les met en scène dans des domaines hors de leur spécialité, dans des situations pour lesquelles un quidam serait tout autant performant, voire plus.
Dans les jeux avec élimination, il s'agit par définition d'éliminer son prochain pour gagner une somme importante. Dans la mise en scène de la formation d'équipes, les sentiments et l'amitié (cf. le nom de l'émission Une amie pour la vie de Paris Hilton) sont au final des stratégies, des moyens de gagner de l'argent (motivation extrinsèque et vision quantitative) et non un fin en soi (motivation intrinsèque et vision qualitative). L'individualisme, la trahison, la dévalorisation d'autrui, les atteintes à la dignité et le harcèlement moral font alors partie des règles du jeu puisqu'il s'agit d'exploiter au maximum toutes les faiblesses d'autrui. Les "moments forts" de l'émission sont les crises de larmes, les colères et les disputes, c'est-à-dire les moments où les candidats "craquent" moralement et physiquement. On peut s'interroger sur les répercussions futures de ces émissions télévisées sur la vision du monde et les comportements sociaux des jeunes, surtout des adolescents, qui en sont les cibles principales. Faut-il y voir une forme de barbarie culturelle ? Un reflet de notre société ? Ou l'encouragement d'un modèle systémique de division et de compétitivité à outrance au sein des relations sociales ? Une apologie du darwinisme social ? Ou bien une forme de catharsis ? Ces émissions encouragent-elles l'élimination des plus faibles et les incivilités ? Instrumentalisent-elles la gentillesse et l'amitié au risque de la rendre systématiquement suspecte ? Le réalisateur japonais Kinji Fukasaku pousse la logique de l'élimination et de la guerre sociale à son paroxysme dans son film "Battle Royale" sorti en 2000. Dans ce film, les participants d'une émission télévisée, prisonniers forcés d'une île, gladiateurs des temps modernes, doivent tuer les autres participants jusqu'au dernier sous les yeux des téléspectateurs.
Le concept peut aussi se rapprocher d'une forme de jeu de rôle grandeur nature[13] qui est apparue dans les années 1990 : des personnes devaient, par exemple, traverser plusieurs pays sans moyens (avec une somme d'argent et leurs papiers dans une enveloppe scellée à n'utiliser qu'en cas de problème). Cependant, ces jeux n'étaient pas filmés, et le but était de vivre directement l'expérience et non pas par procuration.
Les émissions ont un côté voyeuriste[14] : le spectateur peut avoir l'impression d'observer secrètement l'intimité d'une personne, alors que les personnes se livrent volontairement en spectacle (douche, relations sexuelles, etc.). De la part des acteurs, il y a donc un côté exhibitionniste.
Par ailleurs, on peut s'interroger sur le côté « réel » de ce type d'émission[15],[16]. D'une part, les personnes filmées étant informées de la démarche, on se retrouve dans l'oxymore « soyez naturel » (act naturally) qui constitue une véritable injonction paradoxale : si l'on donne des consignes, des injonctions à une personne, elle n'agit plus spontanément. D'autre part, il y a une véritable mise en scène : personne ne vit volontairement plusieurs mois dans un appartement sans en sortir, et le metteur en scène de l'émission organise des défis, des thèmes, on n'est donc pas dans la spontanéité. Il y a une sélection sur la personnalité des personnes, il ne s'agit pas d'un tirage au sort, il y a même une véritable composition de l'équipe en fonction des caractères, voire du politiquement correct. Le plus souvent, les gens filmés sont dans une situation économique de subordination avec la production et souhaitent obtenir une meilleure situation sociale grâce à leur passage devant la caméra, d'où un comportement non naturel et plus proche de la fiction. Un terme plus exact serait donc « improvisation par des acteurs amateurs », ou « réalité-fiction »[17].
Citations [modifier]
- Zygmunt Bauman (2005) décrit la télé-réalité comme une métaphore du monde global, où « ce qui est mis en scène, c'est la jetabilité, l'interchangeabilité et l'exclusion »[18].
- Marie-Hélène Soenen (2011) « Au fil des ans, une novlangue est apparue chez les candidats de la télé-réalité, avant de se propager à tous les genres d’émissions. Ce parler télé se reconnaît à certaines expressions devenues clichés. » Elle a écrit un petit lexique pour le débusquer jusque dans nos conversations quotidiennes[19].
- Christian Chavagneux (2005) « Individualiste, le capitalisme l'est indéniablement dans le monde du chacun pour soi qu'il promeut. Il l'est dans le déballage cathodique de la banalité de la petite vie de chacun par la télé-réalité, dans l'ultramédiatisation de quelques vedettes sportives ou artistiques, utilisées pour "vendre du temps de cerveau humain disponible" aux multinationales. »[20]
Procédures judiciaires [modifier]
En France, après sept années de procédure, le jeune avocat Jérémie Assous « a obtenu, le 3 juin 2009, de la Cour de cassation, la requalification en contrat de travail des conventions qui lient les participants aux producteurs de l'émission de télé-réalité L'Île de la tentation sur TF1 »[21]. Il a mis en avant que la direction du tournage les dirigeait constamment dans leurs moindres faits et gestes, direction qui suit un scénario, très loin de l’image vendue d’une réalité filmée[22]. Ainsi, même les dialogues sont pré-écrits[22]. Cette affaire a permis de révéler les règlements draconiens auxquels sont soumis les acteurs : outre le respect minutieux du scénario, ceux-ci ne peuvent avoir de contact avec les techniciens, ne peuvent emporter ni stylo, ni papier, ni appareil photo ; les producteurs confisquent les passeports des acteurs à l’arrivée sur les lieux de tournage, quand ceux-ci sont choisis à l’étranger[22]. Au total, L’Île de la tentation soumet ses acteurs à plus de cinquante obligations dont le non-respect peut conduire à une action en réparation de la part de la production[22].
Livres et films ayant pour sujet la téléréalité [modifier]
- Gladiators (1969) de Peter Watkins
- Punishment Park (1971) de Peter Watkins
- What a flash! (1972) de Jean-Michel Barjol
- Network (Main basse sur la télévision) (1976) de Sydney Lumet, film dramatique américain.
- Rollerball (1975) de Norman Jewison
- Le Couple témoin (1977) de William Klein, film franco-suisse.
- Coup de tête (1979) de Jean-Jacques Annaud, comédie dramatique.
- Marche ou crève (1979) de Richard Bachman
- La Mort en direct (1980) de Bertrand Tavernier
- Running Man (1982) de Richard Bachman
- Le Prix du danger (1983) d'Yves Boisset
- 1984 (1948) de George Orwell, adapté au cinéma en 1984 par Michael Radford. Ce livre ne traite pas spécifiquement de la téléréalité mais le nom de « Big Brother », utilisé ensuite dans les productions Endemol, est tiré de ce roman.
- Running Man (1987) de Paul Michael Glaser
- Louis 19, le roi des ondes (Reality Show) (1994) de Michel Poulette. Comédie québécoise reprise par Ron Howard pour le film En direct sur Ed TV.
- The Truman Show (1998) de Peter Weir
- En direct sur Ed TV (1998) de Ron Howard
- Battle Royale (2000) de Kinji Fukasaku
- The Devil Inside (2000), jeu vidéo produit par Cryo Interactive
- L'Expérience (2001) de l'allemand Oliver Hirschbiegel
- Regardez-moi ! (2001) de Gudule
- My Little Eye (2002) de Marc Evans, pas encore sorti en France
- L'écran et le zoo. Spectacle et domestication des expositions coloniales à Loft Story (2002) d'Olivier Razac
- Acide sulfurique (2005) d'Amélie Nothomb
- L'Œil de Caine (2006) de Patrick Bauwen
- Devine qui vient mourir ce soir ? (2007) de Ben Elton
- Live ! (2007) de Bill Guttentag
- Gregory Morin, Reality Show, Thélès, Paris, 2007. Ce livre traite spécifiquement de la téléréalité de façon extrême.
- Philippe Bartherotte, La Tentation d'une île , Edition Jacob-Duvernet. Un journaliste raconte son quotidien aux côtés des candidats exploités, trompés et manipulés (2009).
- Le Jeu de la mort un documentaire réalisé par France Télévisions en 2009 et diffusé en mars 2010 mettant en scène un faux jeu télévisé Zone Xtrême reproduisant l'expérience de Milgram. Voir aussi le film I... comme Icare (1979) de Henri Verneuil
- Le Temps de cerveau disponible (2010) est un documentaire de Christophe Nick réalisé par Jean-Robert Viallet.
Notes et références [modifier]
- Réhabilitons Jacques Pradel
- Les reality shows, une nouvelle façon de parler de l'amour
- Qu’est-ce que c’est une « cage à rats » ? fichier pdf
- 1.2. Gros plan sur le paysage de la télé-réalité
- La "télé-réalité" omniprésente
- « Loft Story », personne n'aime mais tout le monde mate
- Jean-Louis Missika, La Fin de la télévision, Seuil, coll. « La République des idées », Paris, 2006.
- Les caractéristiques de la télé réalité
- Les caractéristiques de la téléréalité
- Télé réalité et Blogs : kif kif bourricot
- Interview de François Jost, auteur de l'ouvrage de référence « L’empire du loft »
- Le culte du banal, François Jost
- 2. Évaluation épistémologique du modèle communicationnel (3e paragraphe)
- Psychologie de la "Real TV"
- La téléréalité : Vérité ? Mensonge ?, magazine Contact, hiver 2004
- Télé-réalité ou télé-fiction ?, L'Humanité, 9 Juillet 2010
- Quand la télé-réalité devient fiction-réalité, A.M., 13 août 2004
- Télérama n°2894 juin 2005
- Le parler télé ? “Que du bonheur”, Télérama, 29 juillet 2011
- Remettre le capitalisme à sa place. Alternatives économiques 2005
- « Retour au réel pour la télé-réalité », Le Monde, 22 juin 2009.
- Jean-Jacques Larrochelle (interviewer), Jérémie Assous (interviewé), « Télé-réalité : David contre Goliath », Le Monde-Télévisions, 21-22 juin 2009, p 6-7
Annexes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Vincent Cespedes, I Loft You , éd. Mille et Une Nuits, 2001
- François Jost, Le culte du banal : de Duchamp à la téléréalité, éd. CNRS, 2007, ISBN 978-2-271-06507-0
- Philippe Bartherotte, La Tentation d'une île - Derrière les caméras de la téléréalité, ed. Jacob-Duvernet, 2009. (Témoignage d'un journaliste de téléréalité (ou producteur de segments) ayant participé à l'Île de la tentation, à la Star'Ac' et à Pékin express (il en dénonça les tricheries au Canard enchaîné, voir Olivier Bailly, La Tentation d'une île : les dessous de la téléréalité, Agoravox, 25 février 2009).
- Jérôme Bourdon, Du service public à la télé-réalité : Une histoire culturelle des télévision européennes 1950-2010, Paris, Ina, coll. Médias Histoire, 2011 (ISBN 2869381972)
- Benoît Delmas, Véronique Richebois L'histoire secrète d'Endemol : Star Academy, Loft Story, La Ferme Célébrité, Paris, Flammarion, coll. EnQuêtes, 2006 (ISBN 2080686631)
- Dominique Duforest, La télé-réalité de A à Z, Paris, Hors Collection, 2006 (ISBN 2258069149)
- Antoine Frédéric, La réalité si je mens : Analyse critique de la télé-réalité, Bruxelles, Média Animation, coll. Les dossiers de l'éducation aux médias, 2009
- François Jost, L'empire du Loft, Paris, La Dispute, coll. Des mots sur les images, 2002 (ISBN 2843030668)
- François Jost, L'empire du Loft (la suite), Paris, La Dispute, coll. Des mots sur les images, 2007 (ISBN 2843031532)
- François Jost, La télévision du quotidien : Entre réalité et fiction, Bruxelles, De Boeck, coll. Médias recherche, 2004 (ISBN 2804144194)
- François Jost, La télé-réalité, Cavalier bleu Editions, coll. Myth'o, 2009 (ISBN 2846702551)
- Damien Le Guay, L'empire de la télé-réalité : Ou comment accroître le temps humain de cerveau disponible, Paris, Presses de la Renaissance, 2005 (ISBN 2856169910)
- Noël Mamère, Patrick Farbiaz, La vie rêvée du Loft, Paris, Ramsey, 2001 (ISBN 2266117548)
- Christophe Nick, Michel Eltchaninoff, L'expérience extrême, Paris, Don Quichotte, 2010 (ISBN 9782359490114)
- Dominique Roux, Jean-Pierre Teyssier, Les enjeux de la télé-réalité, Paris, Economica, 2003 (ISBN 2717847022)
- Camille Tétard et al., L'officiel de la télé-réalité 2004, Paris, Editions Pepper, coll. Les Officiels, 2004 (ISBN 291558401X)
- Robert Wangermée, A l'école de la télé-réalité, Labor Sciences Humaines, coll. La Noria, 2004 (ISBN 2804019667)
Articles [modifier]
- Marc Perrenoud, « Épopée culinaire et renaissance entrepreneuriale : La télé-réalité met le travail en spectacle », Le Monde diplomatique, no 710, mai 2013 (ISSN 0026-9395)
Vidéographie [modifier]
- Ce soir (ou jamais !) du 28 mars 2011 : débat sur les 10 ans de la téléréalité
- Médias, le magazine du 03 avril 2011 : Dix ans de téléréalité en France (débat).
- Temps de cerveau disponible - Jusqu'où va la télé ? : film documentaire, 2010, France 2. Critique par Première (magazine).
Articles connexes [modifier]
- Télé poubelle
- Reality Show
- Jeu télévisé
- Jeux
- Jeux virtuels
- Réalité virtuelle
- Scripted reality
- Liste d'émissions de téléréalité en France
Liens externes [modifier]
- « Jérémie Assous, l'avocat qui fait trembler la télé-réalité », Télérama, 12 février 2009.
- « Du cinéma à la téléréalité », Article de Sébastien Laeng sur le site "filmdeculte.com"
- Le parler télé ? “Que du bonheur” : influence de la téléréalité sur le langage (2011).