Zygmunt Bauman

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Zygmunt Bauman

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Zygmunt Bauman, à Varsovie, en février 2005.

Nom de naissance Zygmunt Bauman
Naissance 19 novembre 1925 (89 ans)
Poznań, Drapeau de la Pologne Pologne
Nationalité Drapeau de la Pologne Pologne
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Pays de résidence Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Profession
Autres activités
Distinctions
Famille
Janina Bauman (écrivain), épouse
Michael Sfard (avocat), petit-fils

Zygmunt Bauman, né à Poznań en Pologne le 19 novembre 1925, est un sociologue possédant la double nationalité britannique et polonaise . Il est professeur émérite à l'Université de Leeds.

Il est un des principaux représentants de l'École postmoderne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Zygmunt Bauman nait de parents juifs polonais non-pratiquants à Poznań en 1925. Lorsque la Pologne est envahie par l'Allemagne en 1939, sa famille s'enfuit vers l'Union soviétique. En 1944 il intègre la Première armée polonaise sous contrôle soviétique, il y devient commissaire politique. Il prend part aux batailles de Kolberg et Berlin.

Il est membre du Parti ouvrier unifié polonais au pouvoir (PPR/PZPR) jusqu’en 1968. Selon les déclarations d'un historien à l'Institut polonais de la mémoire nationale (IPN) publiées dans le magazine polonais Ozon en mai 2006, de 1945 à 1953 Zygmunt Bauman aurait occupé la fonction de commissaire politique dans le Corps de la sécurité intérieure (KBW), une unité militaire formée pour lutter contre les nationalistes ukrainiens et une partie des restes de la résistance polonaise antisoviétique. Dans le KBW, Zygmunt Bauman avait atteint le grade de major quand il est soudainement licencié en 1953, après que son père a pris contact avec l'ambassade d'Israël à Varsovie en vue d'émigrer en Israël. En outre, l'auteur apporte la preuve que Zygmunt Bauman a travaillé comme informateur pour le renseignement militaire entre 1945 et 1948. Dans une interview au Guardian, Zygmunt Bauman reconnait qu'il a été un communiste convaincu pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Il a admis, cependant, que l'adhésion au service de renseignement militaire à 19 ans était une erreur.

Pendant son service dans le KBW, Zygmunt Bauman étudie d'abord les sciences sociales à l'Académie des sciences sociales de Varsovie (école des cadres du Parti ouvrier unifié polonais), puis il continue à étudier la philosophie à l'Université de Varsovie : la sociologie avait temporairement été rayée des universités polonaises comme discipline « bourgeoise ». Ses professeurs à Varsovie étaient Stanisław Ossowski et Julian Hochfeld, entre autres. Il obtient sa maîtrise de philosophie en 1954 et devient professeur à l'université de Varsovie, où il enseigne la philosophie et la sociologie et devient l'un des principaux éditeurs de la revue en polonais Études sociologiques. Dans un contexte de persécutions antisémites, il est évincé du Parti communiste polonais et de l'université en 1968 sous prétexte qu'il a corrompu la jeunesse polonaise. Il s'exile en Israël avant de rejoindre l'université de Leeds en 1971. Il a pris sa retraite en 1990[1].

Thématiques[modifier | modifier le code]

Période polonaise (1957-1968)[modifier | modifier le code]

Zygmunt Bauman s’inscrit dans la tradiction du marxisme hétérodoxe : il analyse les travers de la société communiste polonaise en vue de parfaire le projet soviétique. Ce projet le conduira vers des positions de plus en plus critique envers l’orthodoxie communiste.

Sociologie critique (1971-1982)[modifier | modifier le code]

À son arrivée au Royaume-Uni, Zygmunt Bauman développe une pensée humaniste où la sociologie est comprise comme un outil d’émancipation qui s’oppose à celle des « sociologues de pouvoir » qui, en URSS comme aux Etats-Unis, respectivement inspirés par le marxisme dogmatique ou la pensée managériale, ont pour seul but de fournir des prévisions socioquantitatives aux gouvernements. Sous l’influence de Georg Simmel, il analyse l’ambivalence des êtres sociaux qui sont à la fois à la recherche de la sécurité et de la liberté.

Critique de la modernité (1987-1991)[modifier | modifier le code]

Durant les années autour de la chute du mur de Berlin, Zygmunt Bauman publie une trilogie[2],[3],[4] qui est à la base de sa critique de la modernité. Il met en évidence l’essence totalitaire de la modernité où la sécurité occupe une place envahissante au détriment de la liberté. Selon lui, le « projet moderne » a consisté à confier à l’État l’ensemble des outils d’organisation et de régulation de la vie sociale. Il parle à cet égard d’ « État jardinier » destiné à trier entre éléments utiles et nocifs. Dans cette optique, la Shoah est un phénomène typiquement moderne de par sa nature organisée et bureaucratique.

L’ère postmoderne puis les sociétés liquides (depuis 1992)[modifier | modifier le code]

À partir des années 1990, Zygmunt Bauman étudie les sociétés occidentales contemporaines, les qualifiant d’abord de postmodernes puis de liquides. Selon lui, avec l’entrée dans l’ère de la consommation, les sociétés postmodernes ont renversé le déséquilibre moderne entre la sécurité et la liberté au profit de la liberté. Dérégulée et privatisée, la liberté mine les filets de sécurité communs. L’État joue alors le rôle d’un « garde-chasse » pour assurer l’ordre social dans un monde où chacun est livré à lui-même. Le plaisir, la consommation et la liberté individuelle forment le coeur de la société postmoderne où l’autonomie n’est toujours pas assurée faute de possibilités de sécurité collectives. Zygmunt Bauman illustre ce changement en décrivant par exemple la télé-réalité comme une métaphore du monde global, où « ce qui est mis en scène, c'est la jetabilité, l'interchangeabilité et l'exclusion »[5] dans une société ultraconcurrentielle de « précarisation sociale » (Pierre Bourdieu).

En 1998, Zygmunt Bauman lance sa métaphore de la « société liquide »,  concept pour lequel il opte afin de remplacer celui de postmodernité. La « société liquide » s’oppose à la « société solide » où les structures de l’organisation commune seraient créées collectivement. Dans la « société liquide », l’unique référence est l’individu intégré par son acte de consommation. Statut social, identité ou réussite ne sont définis qu’en termes de choix individuel et peuvent varier fluctuer rapidement au gré des exigences de flexibilité.  Il définit les relations sociales comme de plus en plus impalpables dans la société actuelle. Il prend l'exemple de l'amour ou du sentiment comme témoin de cet impalpabilité de relations fondées « jusqu’à nouvel ordre » : la société est liquide[6], parce que les liens permanents entre homme et femme sont devenus impossibles.

Selon lui, la société de consommation actuelle et le modèle économique néolibéral sont responsables de cette injonction à s’adapter au monde contemporain (liberté incertaine) sans en fournir les moyens (sécurité rassurante). Les problèmes sont globaux et la politique locale, le lien entre pouvoir et politique est desserré car le contrôle social est décentralisé au profit des tentations diffuse de la consommation.

Le concept de redondance de la misère peut aussi lui être attribué. Dans Vies perdues, il le définit comme le développement de zones de pauvretés concentrées autour des villes, et dans les zones de récupération des déchets consommables. Il prend pour illustrer ce concept la métaphore d'Italo Calvino de la ville des nouveautés et des montagnes de récupération.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Tabet, « Zygmunt Bauman et la société liquide », Sciences humaines, no 254,‎ décembre 2013, p. 50-55 (lire en ligne)
  2. Zygmunt Bauman, La décadence des intellectuels : Des législateurs aux interprètes, Jacqueline Chambon,‎ 2007
  3. Zygmunt Bauman, Modernité et Holocauste,‎ 2008
  4. (en) Zygmunt Bauman, Modernity and Ambivalence,‎ 1991
  5. Zygmunt Bauman, S'acheter une vie, Chambon, 2008.
  6. La société liquéfiée du capitalisme global, L'Humanité 2006

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • Le coût humain de la mondialisation, Hachette, 1999
  • Modernité et holocauste, La Fabrique, 2002, rééd. Complexe, 2009
  • La Vie en miettes. Expérience postmoderne et moralité, Paris, Hachette, 2003
  • L'Amour liquide, De la fragilité des liens entre les hommes (Liquid Love, 2003), Éditions du Rouergue, 2004
  • La société assiégée (Society Under Siege, 2002), Le Rouergue/Chambon, 2005 (ISBN 2-84156-699 4)
  • La Vie liquide, Le Rouergue/Chambon, 2006
  • Vies perdues : La modernité et ses exclus, Payot, 2006
  • La Décadence des intellectuels. Des législateurs aux interprètes, Chambon, Actes Sud, 2007.
  • Le présent liquide, Seuil, 2007.
  • S'acheter une vie, Chambon, 2008.
  • L'éthique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs?, Climats/Flammarion, 2009
  • Identité, L'Herne, 2010.
  • « Guerres d'entropie négative », in Entropia, no 8 : Territoires de la décroissance, Parangon, printemps 2010.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cédric Biagini, « Zygmunt Bauman » in Radicalité. 20 penseurs vraiment critiques, L'Échappée, 2013, (ISBN 978-29158304-1-5).
  • Pierre-Antoine Chardel, Zygmunt Bauman. Les illusions perdues de la modernité, CNRS Éditions, 2013.
  • Simon Tabet, Le Projet Sociologique de Zygmunt Bauman. Vers une approche critique de la postmodernité, L'Harmattan, 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]