Pentagramme

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Pentagramme est, à l'origine, un terme qui concerne l'écriture. Il se réfère à un caractère calligraphié composés de cinq graphèmes élémentaires. Le signe de cantillation hébraïque chalchèlèt est un pentagramme.


Plus généralement, le mot pentagramme s'applique à un graphique ou un objet qui représente une figure à cinq éléments, telle une étoile à cinq branches, principalement utilisé en ésotérisme et en magie, disciplines qui reprennent dans le répertoire symbolique chrétien le pentagramme qui signifie les cinq plaies du Christ. Le pentagramme, avant d'être transformé en symbole magique par les films, signifie le féminin sacré. Symbole du culte de la femme.

Le mot[modifier | modifier le code]

Dans son étymologie grecque, le mot « pentagramme » contient le préfixe penta- (πέντα) signifiant « cinq », et le suffixe -gramma (γράμμα) signifiant « lettre, caractère d'écriture ». En calligraphie, un pentagramme est donc un caractère composé de cinq éléments graphiques nommés graphèmes. Le signe de cantillation hébraïque nommé chalchèlèt est un exemple de pentagramme.

L'accent hébraïque chalchèlèt noté à l'aide d'un pentagramme :
ב֓

Le terme pentagramme s'applique aussi à la figure d'une étoile à cinq branches, désignée en latin par les termes pentagulum et pentaculum, mais aussi par les termes Signum pythagoricum (« Signe pythagoricien »), signum Hygae (signe d'Hygée, à partir du mot grec ὑγεία, « santé ») ou encore signum salutatis (en latin : « signe de la salutation », entre pythagoriciens).

Espèces du pentagramme[modifier | modifier le code]

  • Un pentacle est un pentagramme encerclé. Le terme est fortement connoté de « magie ».
  • Un pentagramme est une étoile à cinq branches. On peut l'appeler aussi pentalpha dans la mesure où cette étoile est formée de cinq A enlacés.
  • Et un pentagone est une figure régulière (polygone) à cinq côtés.

En symbolique, on différencie le pentagramme droit du pentagramme inversé. Ces deux orientations déterminent deux valeurs symboliques contraires. Le pentacle droit (pointe en haut) est supposé bénéfique ou neutre, le pentacle inversé (pointe en bas) est dit maléfique ou diabolique.

En symbolique, on différencie aussi le pentagone régulier convexe (pointe en haut, avec lignes joignant les sommets) du pentagone régulier étoilé (le pentagramme classique, avec cinq lignes qui se croisent cinq fois)[1]. Ces deux formes déterminent deux significations symboliques complémentaires. L'étoilé représente plutôt l'Homme en acte, réalisé, subtil, initié, vibrant ; le convexe représente plutôt l'Homme en puissance, potentiel, grossier, profane, inerte. Dans les deux cas, c'est le microcosme, le petit monde naturel, l'Homme comme réduction du Monde, à la fois Nature et Esprit. Le Monde, lui, est figuré par l'hexagramme, ou sceau de Salomon, un hexagramme étoilé (six pointes).

Éliphas Lévi reprend cette opposition traditionnelle, qui fait du pentagramme le symbole graphique du microcosme (l'Homme naturel) et de l'hexagramme (sceau de Salomon) le signe graphique du macrocosme (le Tout, à la fois Esprit et Nature) :

« Le pentagramme est ce qu'on nomme, en kabbale, le signe du microcosme (...). Le grand Symbole de Salomon (...) : l'unité du macrocosme se révèle par les deux points opposés des deux triangles... Le triangle de Salomon (...) : ces deux triangles, réunis en une seule figure, qui est celle d'une étoile à six rayons, forment le signe sacré du sceau de Salomon, l'étoile brillante du macrocosme »[2].
Nœud pentagrammatique gravé sur un talisman

Diverses variantes existent pour le pentagramme étoilé. Il peut être inclus dans un cercle : on a alors le pentacle. Il peut être tracé avec des lignes qui, en se croisant, passent tantôt dessus tantôt dessous : on a alors le nœud pentagrammatique. Il peut donner aux angles la forme de la lettre alpha : on a alors le pentalpha. Il peut porter des flammes : on l'appelle alors « étoile flamboyante ».

Le pentagramme peut être gravé, dessiné ou brodé sur de petits supports variables et transportables sur soi, la figure peut exprimer des idées ou des êtres idéalisés. Le pentacle est censé faire entrer en « résonance » son porteur avec la puissance universelle figurée.

Le pentagramme droit[modifier | modifier le code]

Certains affirment qu'en Europe, ce serait un symbole païen en rapport direct avec le principe féminin universel ou Féminin sacré (les anciennes civilisations vouaient un culte à la nature et à la terre nourricière), qu'il aurait été dénaturé en symbole satanique par l'Église, afin d'éradiquer le paganisme et de convertir les populations au christianisme.

Cette théorie peut être nuancée :

  • Le flou du terme « symbole païen » : l'Europe n'est pas composée d'une civilisation « païenne » unique utilisant les mêmes symboles ;
  • L'absence totale de pentagrammes en dehors des ouvrages de magie, ce qui prouve qu'il ne s'agit que d'un symbolisme réservé à des groupes restreints utilisant une symbolique d'inspiration antique (pythagoricienne notamment) ;
  • Dans ce cadre, le symbolisme sexuel du pentagramme n'est pas celui de la féminité, mais de l'androgynie, le nombre cinq signifiant, chez les pythagoriciens[3], la somme du pair (féminin) et de l'impair (masculin), donc le mariage.

Le pentagramme inversé[modifier | modifier le code]

Il est utile d'apporter comme thèse que la cinquième branche représenterait l'esprit, l'âme ou une forme quelconque de spiritualité en tant que cinquième élément. Ainsi, la représenter en bas signifierait en fait principaliser soit le diable, soit le mal. On peut aussi y voir un rejet de la spiritualité et de son élévation, pour adopter une pensée plutôt matérialiste. Il y a aussi d'autres utilisations possibles en sorcellerie par exemple en cherchant à augmenter ses avoirs ou à matérialiser une pensée. L'idée qui y est associée est que l'énergie est posée sur le monde physique, plutôt que l'inverse (pentacle droit).

Il a aussi été utilisé en amulette par Gerald Gardner dans son mouvement wiccan pour représenter un membre qui pratique la sorcellerie. Les membres du premier degré portant le symbole à l'endroit, du second à l'envers.

Aussi, dans cette position, il représenterait Satan, le Bouc dans le milieu satanique théiste, qui pourrait rappeler le dieu Baphomet dans d'autres organisations. En effet, il peut, avec un peu d'imagination, représenter la tête d'un bouc : les deux cornes (en haut), les oreilles pointues (latérales) et la barbichette (en bas). Le bouc est associé à la nature et au symbole masculin (à l'opposé de la Déesse). Cependant, le dieu cornu est représenté dans un pentacle droit, mêlant le symbole des cinq éléments, 5 sens, et l'élévation spirituelle, avec les cornes de fertilité. Jamais avec un pentagramme inversé.

Le pentagramme, figure géométrique[modifier | modifier le code]

La meilleure façon de penser le diagramme (ses propriétés comme son symbolisme), c'est, quand même, de connaître ses caractéristiques mathématiques, géométriques.

Le pentagramme est constructible uniquement avec une règle et un compas. On peut ensuite à partir de cette construction obtenir une étoile à cinq branches non régulière (non traçable en cinq traits).

Cette figure est liée au nombre d'or et au triangle d'or. Dans le pentagramme étoilé, on peut déceler de nombreux triangles d'or obtus (comme ceux formés par deux côtés et une diagonale) ou aigus (comme ceux formés par deux diagonales et un côté). Le découpage fait aussi apparaître de nouveaux triangles d'or dont la taille a été divisée par φ ainsi qu'un nouveau pentagone dont la taille est divisée par φ².

Histoire[modifier | modifier le code]

On trouve des pentagrammes dès la préhistoire.

Le pentagramme apparaît en Mésopotamie vers 3000 avant notre ère, en tant que signe sumérien « UB » qui signifie « coin, angle, régions ». Dans la période du cunéiforme (vers 2600 avant notre ère), il représentait les cieux (« Kibratu » en akkadien) ainsi que les quatre directions de l’espace (avant, arrière, gauche, droite) ; la cinquième pointe représentant le « dessus ». Les quatre directions correspondraient aussi aux planètes alors connues : Jupiter, Mercure, Mars et Saturne ; Vénus (Ishtar, Ninanna et Inanna), la Reine des Cieux étant représentée par la pointe supérieure[4].

Il semble que le pentagramme était le signe de reconnaissance entre initiés pythagoriciens (à partir de 530 av. J.-C.).

« Le divin Pythagore (...) ne mettait jamais en tête de ses lettres, ni 'Joie' ni 'Prospérité' ; il commençait toujours par Hugiaine ! (υγεία Santé). (...) Voilà pourquoi le triple triangle enlacé, formé de cinq lignes [le pentagramme], qui servait de symbole à tous ceux de cette secte, était nommé par eux 'le signe de la santé' »[5].

Dans le Timée, Platon associe les quatre Éléments aux quatre polyèdres, dits solides platoniciens (cube/Terre, icosaèdre/Eau, octaèdre/Air, tétraèdre/Feu), et il donne au Tout la forme du dodécaèdre régulier (Phédon, 110b ; Timée, 55c). En joignant les cinq sommets du pentagone, on fait apparaître cinq triangles isocèles en forme d'étoiles à cinq branches : le pentagramme ou pentalpha[6]. Le dodécaèdre présente cinq angles de 108 degrés.

Euclide, dans ses Éléments de géométrie (vers 300 av. J.-C.), expose les propriétés du pentagramme et du décaèdre, dans les livres IV, 11 et XIII, 17.

Le pentagramme fut pour les gnostiques, le symbole des cinq Éléments (esprit, terre, eau, feu et air).

À l'époque du second Temple, le pentagramme est utilisé avec l'hexagramme ; on le trouve, sur un relief de la synagogue de Capharnaüm (II° ou III° s.), associé à un hexagramme et un svastika[7].

Un exemple de Pentagramme sur le baptistère de Split (Croatie) datant des premiers siècles de l'ère chrétienne

Au début du XIIIe siècle, Villard de Honnecourt se servit du pentagramme comme d'un tracé harmonique, une sorte de grille pour dessiner des formes.

Dans les écrits de magie relevant soi-disant de Salomon (Clavicules de Salomon), à partir de 1245, à Paris, on trouve souvent le pentagramme, avec des noms de dieux et des caractères parfois tracés avec le sang[8].

Étude de Léonard de Vinci sur le corps humain. « L’homme de Vitruve », vers 1492.

Vers 1492, Léonard de Vinci a représenté l'Homme comme un pentagramme (encore que les positions des membres semblent varier), dans son Étude de proportions du corps humain selon Vitruve.

Les plus célèbres représentations de l'homme-pentagramme se trouvent chez Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim dans son fameux livre sur la Philosophie occulte (1510, 1533).

Le pentacle joue un rôle très important dans la symbolique franc-maçonnique, en tant qu'« étoile flamboyante ». Les angles sont remplis de rayons (ou de flammes) et un « G » (dont les significations sont multiples) est inscrit au centre de l'étoile. Celle-ci représente la Lumière sacrée qui guide l'initié, et avec laquelle il doit finir par se confondre.

Pentagramme et Homme : anthropologie[modifier | modifier le code]

L'interprétation la plus courante et la plus universelle voit dans le pentagramme une figuration de l'homme avec ses cinq extrémités : deux bras, deux jambes, en haut la tête. Cette grille de lecture est particulièrement explicite dans les figurations où l'Homme est représenté jambes écartées et bras horizontaux.

Éliphas Lévi, champion du néo-occultisme, établit l'identité du pentagramme avec l'Homme et développe l'aspect magique :

« Adam, c'est le tétragramme humain... Le pentagramme exprime la domination de l'esprit sur les éléments, et c'est par ce signe qu'on enchaîne les démons de l'air, les esprits du feu, les spectres de l'eau et les fantômes de la terre... Le pentagramme est ce qu'on nomme, en kabbale, le signe du microcosme... Paracelse, ce novateur en magie qui a surpassé tous les autres initiés par les succès de réalisations obtenues par lui seul, affirme que toutes les figures magiques et tous les signes kabbalistiques des pentacles auxquels obéissent les esprits se réduisent à deux, qui sont la synthèse de tous les autres : le signe du macrocosme ou du sceau de Salomon et celui du microcosme, plus puissant encore que le premier, c'est-à-dire le pentagramme... »[9]

Omraam Mikhaël Aïvanhov établit aussi l'identité du pentagramme avec l'Homme et développe l'aspect moral, initiatique :

« Notre Maître en Bulgarie Peter Deunov nous disait que l'homme représente le pentagramme vivant et il nous a donné une règle. Le pentagramme représente l’homme parfait qui possède les cinq vertus parfaitement développées [sagesse, amour, vérité, justice, bonté]. À un autre point de vue, il représente aussi les cinq sens : toucher, goût, odorat, ouïe et vue »[10].

Pentagramme et Éléments : cosmologie[modifier | modifier le code]

Le pentagramme, sans contradiction avec sa signification d'Homme, peut aussi porter la signification cosmique des divers Éléments. L'Homme, alors, est mis en analogie avec le Monde, et des correspondances s'établissent entre tête et esprit (ou éther), etc. C'est la théorie des analogies et correspondances. Selon Hildegarde de Bingen, dans son Livre des œuvres divines (1174), la tête correspond au Feu, la poitrine à l'Air, le ventre à la Terre, molle et féconde, et les pieds à l'Eau, car les fleuves coulent sur la terre.

  • L'esprit

L'esprit symbolisé sur le pentacle est associé aux transformations spirituelles, à la neutralité, à l'engendrement de la création (donc à l'engendrement des autres éléments). Il est soit conjoint avec le Feu et l'Eau, qui ensemble forment la majeure partie de la combustion cellulaire nécessaire à la vie, ou encore à la Terre et l'Air pour un système plus écologique. Considéré comme supérieur aux autres éléments, il déterminera par sa position supérieure l'orientation morale positive du détenteur. Il situe aussi l'énergie finale vers le macrocosme (ici comme étant l'univers). Il est à la fois masculin et féminin.

  • Le feu (mâle)

Le Feu est généralement conjoint avec l'air et l'esprit pour renforcer le côté mâle, ou encore opposé latéralement à l'eau par la barre horizontale pour stabiliser; il représente l'action, la force, la puissance surtout destructrice.

  • L'air (mâle)

Généralement conjoint avec le Feu en opposition avec la terre pour stabiliser l'énergie, il représente le raisonnement actif, l'intelligence, la puissance surtout créatrice. Il peut aussi être conjoint avec l'Eau et l'Esprit.

  • L'eau (femelle)

Généralement conjointe avec la terre et l'esprit pour renforcer le côté féminin, elle (féminine) représente la passivité, la douceur, la magie et la puissance surtout magique.

  • La terre (femelle)

Elle représente le raisonnement passif, l'endurance et la solidité, la puissance surtout absorbante et physique, et l'amour.

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Dan Brown, le Da Vinci Code : Le conservateur du musée du Louvre, avant sa mort, se trace un pentagramme sur le corps. Le policier chargé de l'enquête l'interprète comme un symbole de Satan. Le spécialiste en symbolique auquel il fait appel l'interprète comme un symbole féminin, en rapport avec le paganisme, seulement plus tard transformé en symbole satanique par l'Église (chapitre 6).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dufour-Kowalski (Emmanuel), Symbolique du Pentagramme, suivi du Pentagramma Veneris par le Dr. Martin Knapp, Editions Slatkine, coll. Nouvelle Bibliothèque Initiatique, n°3, 2012, 101 pages.
  • Chevalier (Jean), Gheerbrant (Alain), Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1997, p. 739-740.
  • Biedermann (Hans), Encyclopédie des symboles, Le Livre de Poche, La Pochothèque, 1989, p. 515-517.
  • J. Marquès-Rivière, Amulettes, talismans et pantacles, Payot, 1950.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre A. Riffard, Dictionnaire de l'ésotérisme, Payot, 1983, p. 252, 256-257.
  2. Éliphas Lévi, Dogme et rituel de la haute magie (1854-1861), in Secrets de la magie, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2000, p. 82, 8, 62, 65.
  3. Aristote, Métaphysique, 1078b23. Plutarque, Isis et Osiris, 56.
  4. Venus et le Pentagramme
  5. Lucien, Pro lapsu inter salutendo, 5.
  6. Jean-François Mattéi, Platon, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2005, p. 77.
  7. G. Scholem, La kabbale, Gallimard, coll. « Folio essais », p. 547.
  8. Jean-Michel Sallmann (dir.), Dictionnaire de la magie et des sciences occultes, Le livre de poche, 2006, p. 192.
  9. Éliphas Lévi, Dogme et rituel de la haute magie (1854-1861), in Secrets de la magie, Robert Laffont, coll. « Bouquins », p. 60, 77-78, 82-83.
  10. Omraam Mikhaël Aïvanhov (Michaël Ivanoff), Amour, Sagesse, Vérité, Éditions Izgrev, 1946, p. 60.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]