Analogies et correspondances

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L’homme et le macrocosme : planche tirée du De utriusque cosmi maioris et minoris historia de Robert Fludd (1619).

La théorie des analogies et correspondances qui considère les parties du monde et la nature comme analogues et leurs éléments en correspondances. Ainsi, l'homme (microcosme) et le monde (macrocosme) seraient analogues, ressemblants, de même structure.

Cette théorie a été utilisé par plusieurs philosophes de l'antiquité, avec plusieurs types d'analogies et correspondances : « par parenté » (selon Orphée)[1], « proportion » (selon Pythagore)[2], « amitié » (Platon)[3], « sympathie » (selon Bolos de Mendès)[4].

Elle est utilisée en occultisme et en ésotérisme, avec « l’idée d’un univers vivant, fait de correspondances secrètes, de sympathies occultes, où partout souffle l’esprit, où s’entrecroisent de toutes parts des signes ayant une signification cachée[5]. »

Définitions[modifier | modifier le code]

Papus (1865-1916), Traité méthodique de science occulte (1891), t. I, p. 70 : « Par l’analogie on détermine les rapports qui existent entre les phénomènes… La Nature est construite d’après un type primitif qu’on trouvera répété, sinon dans sa forme du moins dans son essence. Naissance du Soleil : le printemps ; puissance du Soleil : l’été ; décroissance de la force du Soleil : l’automne ; cessation des effets bienfaisants du Soleil : l’hiver. En considérant la marche du Soleil, nous pouvons donc découvrir la loi d’évolution générale applicable à tout. L’année, la vie humaine, le jour, le mois sont donc analogues, suivent tous une même loi. L’analogie n’est pas la similitude. Dieu a fait l’homme à son image, et pourtant Dieu n’est pas un animal vertébré. Goethe a défendu cette idée de l’unité du type de composition de l’être humain en considérant la vertèbre comme point de départ de cette unité. Si une chose quelconque est analogue à une autre, toutes les parties dont cette chose est composée sont analogues aux parties correspondantes de l’autre. L’homme est analogue à l’univers. Pour connaître la circulation de la vie dans l’Univers, il suffit d’étudier la circulation vitale chez l’homme, et, réciproquement, pour connaître les détails de la naissance, de l’accroissement et de la mort d’un homme, il faut étudier les mêmes phénomènes dans un monde. »

Robert Amadou : « L’occultisme est l’ensemble des théories et des pratiques fondées sur la théorie des correspondances selon laquelle tout objet appartient à l’ensemble unique et possède avec tout autre élément de cet ensemble des rapports nécessaires, intentionnels, non temporels et non spatiaux. »[6]

Pierre A. Riffard : "La doctrine des analogies et correspondances, présente dans tous les ésotérismes, soutient que le Tout est Un, que ses divers niveaux (règnes, mondes…) sont des ensembles équivalents dont les éléments se répondent terme à terme, de sorte qu'un élément d'un ensemble représente symboliquement et influence sympathiquement l'élément d'un autre ensemble, par exemple, le Soleil dans le règne minéral et le lion dans le règne animal" (Dictionnaire de l'ésotérisme, Payot, 1983, p. 34).

Antoine Faivre : "Il existerait des correspondances symboliques et réelles entre toutes les parties de l'univers visible et invisible. 'Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; ce qui est en bas est comme ce qui est en haut' [La Table d'émeraude d'Hermès Trismégiste]… L'univers entier est un grand théâtre de miroirs, un ensemble de hiéroglyphes à décrypter, tout y est signe… L'on peut distinguer deux sortes de correspondances. D'abord celles qui existent dans la nature visible ou invisible, par exemple entre les sept métaux et les sept planètes [or/Soleil, argent/Lune, mercure/Mercure, etc.], entre les planètes et les parties du corps humain [tête/Bélier, cou/Taureau, etc.] ou le caractère (ou la société), ce qui fonde l'astrologie ; entre le monde naturel et les départements invisibles invisibles du monde céleste et surcéleste, etc. Ensuite, il y a les correspondances entre la nature (le cosmos) ou même l'Histoire et des textes révélés : ainsi dans la kabbale, juive ou chrétienne, et diverses variétés de physica sacra ; selon cette forme de concordisme inspiré, il s'agit de 'voir' que l'Écriture (la Bible, par exemple) et la Nature se trouvent nécessairement en harmonie, la connaissance de l'une aidant à la connaissance de l'autre" (L'ésotérisme, PUF, coll. "Que sais-je ?", 1992, p. 14).

Histoire[modifier | modifier le code]

La pensée par analogies et correspondances remonte aux Sumériens, vers 2800 av. J.-C. Ils mettaient en correspondances le gypse et le dieu Nin, la torche et le dieu Nusku (S. Langdon, Sumerian Liturgies and Psalms, 1919, p. 330).

Orphée parle de "lien puissant", de "chaîne d'or" entre les choses (fragment 166 : Orphée. Poèmes magiques et cosmologiques, Les Belles Lettres, 1993, p. 113). On lui attribue, plus ou moins tardivement, le végétarisme, la capacité de charmer les animaux, la croyance en la palingénésie ou en la réincarnation, l'interdiction des sacrifices sanglants..., autant de signes où il montre l'unité des choses, leur parenté : même nature, même origine. "Orphée chantait comment la terre, le ciel et la mer, autrefois confondus dans un ensemble unique..." (fragment 29, p. 44). Il pense, ainsi, par analogies et correspondances : "Orphée a nommé la Lune 'une Terre céleste') (fragment 93, p. 83) : la Lune est au monde d'en-haut ce qu'est la Terre au monde d'en bas ; "les quatre fleuves correspondent, selon l'enseignement d'Orphée, aux quatre Éléments souterrains et aux quatre points cardinaux" (fragment 123, p. 96) ; "Zeus est la tête, Zeus est le milieu... Ses yeux sont le Soleil et la Lune..., son intellect est l'impérissable Éther" (fragment 168, p. 115-116) : correspondances yeux/luminaires, intellect/Éther.

Le premier théoricien, en Occident, est Pythagore, vers 530 av. J.-C. Il pose le principe :

"La nature est en tout semblable à elle-même" (Vers d'or, 52).

Autrement dit, on retrouve les mêmes forces aux divers niveaux de la nature, avec équivalences. Pythagore établit des correspondances (omoiômata ὁμοιὠματα) entre nombres et choses, par exemple un et essence, deux et opinion, trois et tout, quatre et justice, cinq et mariage (Aristote, Métaphysique, 985b27, 990a23, 1078b22). Surtout il établit des corrélations entre nombres et figures, lorsqu'il parle de nombres linéaires, triangulaires, carrés, rectangulaires, cubiques ; cette analogie entre nombres et figures, donc entre arithmétique et géométrie, pose les correspondances entre trois et triangle, quatre et carré, sept et rectangle, huit et cube. Les néo-pythagoriciens vont plus loin :

"1 est le point, 2 la ligne, 3 le triangle, 4 la pyramide [tétraèdre]... Les éléments [figures] premiers sont le point, la ligne, le triangle et la pyramide. Tous contiennent en eux le nombre 10 et lui doivent leur perfection. Pour la pyramide, le nombre 4 domine dans les angles et dans les faces, le nombre 6 dans les arêtes, ce qui donne 10 [le tétraèdre a 4 faces, 4 sommets, 6 arêtes]" (pseudo-Jamblique, Théologoumènes arithmétiques, IV° s.).

Dans ses dialogues, Platon va faire correspondre (prosphérein) l'âme et la société. La cité est l'image agrandie de l'âme. Il y a donc "nécessité à accorder en chacun de nous les mêmes formes, les mêmes dispositions morales qui justement existent dans l'État" (La République, IV, 435a) : les trois fonctions de l'âme correspondent aux trois fonctions sociales : désir/travailleurs, ardeur/guerriers, raison/philosophes. "S'il y a cinq espèces d'États [monarchie, timocratie, oligarchie, démocratie, tyrannie], il doit y avoir aussi, chez les simples particuliers, cinq comportements de l'âme" (La République, VIII, 544e) : la monarchie va de pair avec un homme bon et juste, la timocratie avec un homme soucieux d'honneurs, l'oligarchie avec un homme avide de richesses, la démocratie avec un homme plein de désirs, la tyrannie avec un homme rempli de violences. La cosmologie de Platon pose que "la nature entière est d'une même famille" (Ménon, 81d), et "le Ciel et la Terre, les dieux et les hommes sont liés entre eux par une communauté, faite d'amitié et de bon arrangement, de sagesse et d'esprit de justice" (Gorgias, 508a). - Dans son enseignement oral ésotérique, Platon établit des analogies entre les nombres de la Décade pythagoricienne (1, 2, 3, 4, dont la somme fait 10), les dimensions géométriques (unité, ligne, surface, volume), les niveaux de réalité (l'Un, les Idées, l'Âme avec les êtres mathématiques, les choses sensibles), les connaissances (esprit, science, opinion, sensation), les Éléments (Feu, Air, Eau, Terre), de sorte qu'il y a correspondances entre un/unité/Nombres idéaux/connaissance par l'esprit/Élément Feu, puis deux/ligne/Idées particulières/connaissance par la science/Élément Air, ensuite trois/surface/Âme du monde et êtres mathématiques/connaissance par l'opinion droite/Élément Eau, enfin quatre/volume/monde sensible/connaissance par la sensation/Élément Terre[7]. Les platoniciens de l'ancienne Académie (Speusippe, Xénocrate) ont systématisé les correspondances entre les quatre dimensions géométriques (points, lignes, surfaces, volumes) et les quatre modes de connaissance (intellect, science, opinion, sensation). Aristote : "Platon [dans son enseignement oral ésotérique] s'exprime autrement : l'intellect est l'un [le point, aussi], la science est le deux car elle s'avance d'une direction unique vers un seul point [la ligne], le nombre de la surface est l'opinion, et celui du volume est la sensation" (De l'âme, I, 2).

Les stoïciens utilisent régulièrement l'analogie, moins les correspondances. Pour eux, la raison est présente dans l'homme comme Dieu est présent dans le corps de l'univers[8].

Un « lapidaire astrologique » grec, dont la première mention serait à trouver dans le Damigéron-Evax [9], donne les correspondances entre métaux, pierres, signes zodiacaux.

Métal ou divinité Pierre précieuse Signe zodiacal
Mercure ou vif argent noble[10] diamant Gémeaux
vif-argent vulgaire cristal de roche Vierge
Mars (fer) rubis Bélier
Vénus (Cuivre) émeraude Taureau
Jupiter (étain) topaze Sagittaire
Saturne (plomb) grenat Capricorne
Lune/ Séléna (argent) saphir Cancer.

Dans l'histoire de la mystique juive, un texte très énigmatique fait date, le Sefer Yezira (Sepher Yetsirah, Livre de la Création), qui date peut-être du III° s., et fut écrit à Babylone ou en Palestine. Selon ce texte, très bref et très énigmatique, le monde se compose de dix principes, appelés sefirot (sephirot, énumérations), et qui correspondent aux dix nombres du système décimal, de 1 à 10 : l'esprit (ruah), trois Éléments (Air, Eau, Feu), 6 dimensions de l'espace (Haut, Bas, Levant, Ponant, Midi, Nord). Ces 10 sefirot sont reliés par 32 "chemins", à savoir les 10 premiers nombres entiers et les 22 lettres de l'alphabet hébreu. Le texte met en correspondances, sur la base 3, les trois lettres mères (alef, mem, shin), les Éléments (Air, Eau, Feu), les saisons, les parties du corps humain ("tête, torse, ventre") ; sur la base 7, les lettres doubles de l'alphabet hébreu (bet, gimel, dalet ; kaf, pe, resh, tav), les planètes, les orifices de la tête ; enfin, sur la base 12, les lettres simples de l'alphabet hébreu, les Signes du zodiaque, les mois, les organes principaux du corps humain (cœur, 2 oreilles, foie, bile, langue, 2 narines, rate, urètre, anus, bouche)[11].

Olympiodore le Jeune, au VI° s., sur l'analogie planètes/métaux, donne un système de correspondances, qui sera classique en alchimie : or/Soleil, argent/Lune, plomb/Saturne, électrum/Jupiter, fer/Mars, cuivre/Vénus, étain/Mercure[12].

Pour Kepler (1596), des polyèdres réguliers emboîtés rendent compte de l'ordre des planètes.

Johannes Kepler regardait sa théorie des polyèdres emboîtés comme sa plus grande découverte : dans un traité intitulé Mysterium Cosmographicum (1596), il remarque que l’Univers (tel qu'on le connaissait au XVIIe siècle) compte autant de planètes que de polyèdres réguliers. Il note en outre que l'on peut intercaler assez exactement les cinq solides de Platon entre les orbes des six planètes connues à l’époque, c'est-à-dire que les proportions des orbes planétaires sont exactement réglées par des rapports géométriques remarquables.

Newton (1704) était convaincu qu'il devait y avoir une parfaite correspondance entre les diverses couleurs et les notes de la gamme. Voltaire, dans les Éléments de philosophie de Newton (1738), p. 182, résume les résultats : "La plus grande réfrangibilité du violet répond à ré ; la plus grande réfrangabilité du pourpre répond à mi." Violet/ré, pourpre/mi, bleu/fa, vert/sol, jaune/la, orange/si, rouge/do (ut). Voltaire ajoute : "Cette analogie secrète entre la lumière et le son donne lieu de soupçonner que toutes les choses de la nature ont des rapports cachés que peut-être on découvrira quelque jour."[13]

Le plus célèbre théoricien demeure Swedenborg.

"Il y a un monde spirituel et (...) ce monde est distinct du monde naturel ; car, entre les Spirituels et les Naturels, il y a les Correspondances, et les choses qui existent par les Spirituels dans les Naturels sont les Représentations ; il est dit Correspondances parce que les Naturels et les Spirituels correspondent" (Arcanes célestes, § 2987) (1749-1756).

Le célèbre poème de Baudelaire, dans Les Fleurs du mal (1857), "Correspondances", se place sous l'influence de Swedenborg.

"Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vastes comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent."

Un ouvrage qui se veut hermétique et anonyme, le Kybalion (1908, en anglais), pose les correspondances comme un des grands principes. Il existe une harmonie, une entente et une correspondance entre ces différents plans d'existence qui se déclinent en Grand Plan Physique, Grand Plan Mental, Grand Plan Spirituel.

La célèbre école d'architecture et d'art Bauhaus, dès 1919, établit des corrélations entre formes, couleurs, sons. Dans son livre, Du spirituel dans l'art (1911), Kandinsky justifie les couleurs par leur musique, il assimile les couleurs à des sons. Paul Klee compare les couleurs à des voix. Itten développe les correspondances psychologiques et symboliques des couleurs et des sons.

Éliphas Lévi, Papus, l'Ordre Hermétique de la Golden Dawn, Aleister Crowley et Fred MacParthy[modifier | modifier le code]

Éliphas Lévi, 1810-1875, dans son Dogme et Rituel de Haute Magie (1854), mais surtout dans sa "Clavicule de Salomon" (publié en 1895) puis dans un texte manuscrit qui ne fut uniquement publié qu'en anglais "The Magical Ritual of the Sanctum Regnum" est le premier à établir pour le grand public, des correspondances entre les lettres de l'alphabet hébreu, les 22 sentiers de l'Arbre de Vie de la Kabbale et les 22 lames du Tarot. Mais ces analogies et correspondances ne sont que la distribution des 22 arcanes majeurs avec les 22 lettres, sans autres réflexions cohérentes.

Papus (1865-1916), "le pape de l'occultisme Français", a particulièrement insisté sur les analogies et correspondances, entre autres dans son ABC illustré d'occultisme (posthume, 1922). Tout objet terrestre fait partie d'une chaîne analogique qui part de cet objet pour aboutir à un astre, un règne, un Élément, un ange... Tout se correspond dans l'univers, par grandes chaînes, astrologiques, élémentaires, "la Terre, correspondant au règne minéral ; l'Eau, correspondant au règne végétal ; l'Air, correspondant au règne animal ; enfin, le Feu, correspondant au monde des forces et des intelligences" (p. 239). "La science antique est donc surtout constituée par des tableaux, qui établissent les relations entre tous les êtres et tous les objets de l'Univers" (p. 167). Papus tente également de faire des correspondances, surement parce qu'il avait été initié en 1900, dans un Ordre Rosicrucien qui avait développé cette forme de concordances, l'Ordre hermétique de l'Aube dorée.

Tableau de correspondances selon Papus (ABC illustré d'occultisme, posthume, 1922, Dangles, p. 247)
Planètes Éléments Signes pierres vertus couleurs
Mars Feu Bélier améthyste hardi rouge
Vénus Terre Taureau hyacinthe ingénieux sombre
Mercure Air Gémeaux chrysoprase ami des jeux jaune
Lune Eau Cancer topaze vagabond noirâtre
Soleil Feu Lion béryl grande âme doré
Mercure Terre Vierge chrysolithe pieux vert
Vénus Air Balance sardoine ami de la justice pourpre
Mars Eau Scorpion sardonyx tyran noir
Jupiter Feu Sagittaire émeraude colère flamme
Saturne Terre Capricorne calcédoine ambitieux blanc
Saturne Air Verseau saphir marchand bleu
Jupiter Eau Poissons jaspe fécond cendré

C'est donc à la même époque ou Papus fonde l'Ordre Martiniste, en 1888, qu'un autre ordre initiatique à tendance Rosicrucien est fondé en Grande-Bretagne, l'Ordre hermétique de l'Aube dorée (Hermetic Order of the Golden Dawn). Cet Ordre est essentiellement basé sur une structure d'enseignements Magiques et Kabbalistiques ou l'Arbre de Vie joue un rôle prépondérant et central. Tout est fondé sur les correspondances entre la Kabbale, les 3 principes Alchimiques, les 4 éléments et la quinte-essence (ou esprit), les 7 Planètes, les 12 signes du Zodiaque et d'autres analogies kabbalistiques et porte le nom de “Livre des Correspondances Générales”. Les membres de ce dernier compilent et organisent tout un système cohérent basé sur les 32 voies de la Sagesse du Sefer Yetzirah et créent un système de Tables de Correspondances. Ils y ajoutent, sur les fondement du "Magical Ritual of the Sanctum Regnum" d'Éliphas Lévi, un ensemble complexe d'analogies entre les 78 Arcanes du Tarot et la Kabbale, l'Astrologie et la Symbolique, mais cette fois réorganisé différemment. Ce travail sera nommé "Liber T" (Liber Tarot) en analogie avec le fameux Liber T retrouvé dans le caveau du fondateur de la Rose-Croix, Christian Rosenkreutz, alors que les branches Allemandes des XVIIIe siècles nommaient le "Liber T", Liber Tabularum, [1] le Livre des Tables (de correspondances).

En 1906, un membre de la l'Ordre Hermétique de l'Aube Dorée, fonde son propre groupe et système magique comme mystique, l'Astrum Argentum sur les bases même de ces correspondances. Il s'agit du célèbre magicien Aleister Crowley qui publiera un grand nombre de livres sur le sujet, dont le fameux LIBER 777 and Other Qabalistic Writings of Aleister Crowley, ou “Liber 777, (DCCLXXVII) Vel Prolegoma Symbolica Ad Systemam Sceptico-Mysticæ Viæ Explicandæ, Fundamentum Hieroglyphicum Sanctissimorum Scientiæ Summæ”, [2] qui reprend les fameuses Tables du Livre des Correspondances Générales de la Golden Dawn, mais cette fois il en augmente le contenu avec toutes sortes de traditions anciennes d'orient et d'occident, qu'il commente.

Plus récemment, en 2006 puis 2001, Fred MacParthy publie chez Sesheta-Publications.com un ouvrage monumental nommé LIBER TABULARUM MAGO-KABBALISTICUM ET HERMETICUM, Table de Correspondances et de Concordances Magiques & Kabbalistiques selon la Tradition Rosicrucienne, [3] qui contient plus de 888 pages et des centaines de tables de correspondances et de concordances classées numérologiquement.

C’est une forme d’Encyclopédie pratique qui intègre de nombreux enseignements de Traditions et d'Ordres Initiatiques et Ésotériques tels que la Golden Dawn, l'Astrum Argentinum, l’Ordo Templi Orientis, l'Aurum Solis, le Collegium Rosæ Crucis, les Gold-und Rosenkreutzer, ou Rose-Croix d’Or, différents Rites de la Franc-Maçonnerie, et de la Maçonnerie dite de marge. Mais aussi différents systèmes de la Kabbale Judaïque et Chrétienne. Différentes versions du Sefer Yetzirah, du Sefer Raziel ha-Melekh, et d’autres textes Kabbalistiques rares. De la Gnose, de l'Hermétisme, de l'Alchimie & de la Spagyrie. De la Magie Naturelle, Céleste, Angélique, Énochéenne. Références liées à la magie, la mystiqu, la théurgie. Qabale Judaïque, Kabbale Chrétienne, Cabale Hermétique. Magie, Mystique, Hermétisme, Alchimie, Spagyrie. Tradition Occidentale & Orientale. Monothéisme, Paganisme. Noms Divins, Angélologie, Démonologie. Sceaux Magiques et Angéliques. Guématrie, Géométrie, Symbolisme. Caractères Magiques, Kaméas, Panthéons Panthéistes & Monothéistes. Divination, Astrologie, Tarot, Géomantie, I Ching. Couleurs, Parfums, Encens, Plantes, Animaux, Pierres Précieuses et Semi-précieuses. Alphabets Traditionnels & Magiques. Grade Initiatiques de la Rose-Croix, du Rosicrucianisme, du Martinézisme, du Martinisme, de la Franc Maçonnerie & de la Néo-Maçonnerie. Etc.

Les analogies et correspondances en Chine[modifier | modifier le code]

Les Chinois, grands amateurs de classifications, ont été les plus théoriciens dans ce domaine. Ils listent les rubriques suivantes : animaux, céréales (blé, riz, maïs, orge, millet), couleurs, Éléments (Terre, Métal, Eau, Air, Feu), nombres, notes de musique, odeurs (rance, brûlé, parfumé, odeur de viande crue, pourri), organes des sens (yeux, oreilles, nez, bouche, peau), orients (Centre, Sud, Ouest, Nord, Est), saisons, saveurs (acide, amer, doux, âcre, salé), végétaux, viscères (foie, cœur, rate, poumons, reins)[14]. On trouve donc des catégories (animaux, céréales…), des listes (céréales = riz, blé…), des correspondances (Feu = Sud = Rouge = Amer = Poulet = Sept…). Les grands textes sont le Hong fan. Grande Règle (VIe s. av. J-C. ?, dans le Chou king. Livre des documents), le Yue ling (dans le Li ki. Mémorial des rites), le Li yun (dans le Li ki).

Tableau des correspondances pour les cinq Éléments (non-exhaustif - source : Wikipedia chinois)

 

Bois

Feu

Terre

Métal

Eau

Couleur

cyan[15] (bleu à vert) rouge jaune blanc noir

Point cardinal

est sud centre ouest nord

Saison

printemps été

(deux premiers mois)

Changement de saison

(tous les trois mois)

automne hiver

Planète

Jupiter Muxing Mars Huoxing Saturne Tuxing Vénus Jinxing Mercure Shuixing

Note de musique chinoise (système pentatonique)

mi júe sol zhǐ do gōng shāng la

Viscère “plein”

foie cœur rate poumon rein

Viscère “creux”

vésicule biliaire intestin grêle estomac gros intestin vessie

Doigt

index médium / majeur pouce annulaire auriculaire

Organe des sens

œil langue bouche nez oreille

Sens

vue parole goût olfaction audition

Humeur

larmes bave salive sécrétions nasales, mucus sueur

Saveur

aigre/acide amer doux, sucré piquant salé

Sites des saveurs (médecine)

ligaments, nerfs vaisseaux chair, muscle peau os et moelle

Sentiment

colère joie réflexion, introspection anxiété peur

Vertu confucéenne

fraternitérén bienséance parolexìn devoir sagessezhì

Comportement

contenance regard pensée parole écoute

Technique martiale

saisie poing paume tranchant pique

Animal domestique

volaille mouton, chèvre bœuf chien, cheval porc

Fruit

poire prune kaki pêche châtaigne

Graine

sésame blé riz millet haricot

Indices[modifier | modifier le code]

Quels phénomènes donneraient une assise expérimentale à la doctrine des analogies et correspondances ? Des phénomènes rares, paranormaux.

Le plus important est le phénomène de synesthésie.

Certains phénomènes semblent relever d'une "force d'attraction par correspondance", selon Wilhelm von Scholz (Der Zufall. Eine Vorform des Schicksals Le hasard et les bons tours que joue l'inconscient, 1921), qui a rassemblé une série de cas qui montrent de quelle façon étrange des objets perdus ou volés font retour à leur propriétaire.

La notion de synchronicité chez Carl Gustav Jung (1952) repose sur l'idée de "connexions acausales"[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aleister Crowley, 777 and other Qabalistic Writings, Samuel Weiser Inc, 1973.
  • Robert Amadou, L'occultisme, Julliard, 1950.
  • Victor Goldschmidt, Le paradigme dans la dialectique platonicienne, PUF, 1947, § 26 : les "séries correspondantes" chez Platon.
  • MacParthy Fred, Liber Tabularum Mago-Kabbalisticum et Hermeticum, Table de Correspondances et de Concordances Magiques & Kabbalistiques selon la Tradition Rosicrucienne, Sesheta Publications, coll. "Collectanea Rosicruciana", 2011. [4]
  • Marcel Granet, La pensée chinoise (1934)
  • Marcel Griaule, Dieu d'eau (1948). La pensée des Dogons (au Mali).
  • Papus, Traité méthodique de science occulte (1891), Dangles.
  • Pierre A. Riffard, L'ésotérisme, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1990.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Orphée, Poèmes orphiques et cosmologiques, Les Belles Lettres, 1993.
  2. Pythagore. Un dieu parmi les hommes, Les Belles Lettres, 2002.
  3. Platon, Gorgias, 508a : "À ce qu'assurent les doctes [Orphiques ? Pythagoriciens ?], le Ciel et la Terre, les Dieux et les hommes sont liés entre eux par une communauté, faite d'amitié et de bon arrangement, de sagesse et d'esprit de justice, et c'est la raison pour laquelle, à cet univers, ils donnent, mon camarade, le nom de cosmos, d'arrangement."
  4. André-Jean Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, t. I : L'astrologie et les sciences occultes (1944), Les Belles Lettres, 1981.
  5. Eugenio Garin, Moyen Âge et Renaissance, trad., 1969, p. 213.
  6. Robert Amadou, L’Occultisme : esquisse d’un monde vivant (1950), Chanteloup, 1987, p. 19.
  7. Marie-Dominique Richard, L'enseignement oral de Platon, Cerf, 1986, p. 125, 199, 203, 208, 210, etc.).
  8. Cicéron, De la nature des dieux, II, 8, 21-22.
  9. Lapidaires Grecs, R. Halleux et J. Schamp, Les Belles Lettres, 1985, Paris Les Lapidaires grecs, Lapidaire orphique. Kerygmes. Lapidaires d'Orphée. Socrate et Denys. Lapidaire nautique. Damigéron
  10. En effet les Anciens distinguaient 2 sortes de Mercure-métal et deux sortes d'Argent : le noble et le vulgaire.
  11. Le Sepher Yetsirah, livre kabbalistique de la formation, traduction et commentaires Georges Lahy, Roquevaire, G. Lahy, 1995.
  12. Olympiodore d'Alexandrie le Jeune, Commentaire sur les 'Météorologiques' d'Aristote, édi. par Wilhelm Stüve : In Aristotelis 'Meteorologica' commentarii, coll. "Commentaria in Aristotelem Graeca" (CAG), t. XII, 1, Berlin, édi. par G. Reimer, 1900, III, 6, p. 266-267.
  13. Pierre Thuilier, La revanche des sorcières. L'irrationnel et la pensée scientifique, Belin, 1997, p. 62.
  14. Marcel Granet, La pensée chinoise, 1934, Albin Michel 1968, p. 309, 311, 312.
  15. Ce caractère, que l’on retrouve dans l'écriture chinoise du dragon azur associé, désigne en fait toute la gamme de couleur entre le bleu et le vert, et est conventionnellement associé au cyan
  16. C. G. Jung, "La synchronicité, principe de relations acausales" (1952), trad. fr. in Synchronicité et Paracelsica, Albin Michel, 1988, p. 19-119.)
  17. Les Signets de la Bibliothèque nationale de France - Esotérisme
  18. PLANTEVIN_Scolaire-Symbolique chiffre notes