Bataille de la Bérézina

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Bataille de la Bérézina
Napoléon traversant la BérézinaHuile sur toile de Janvier Suchodolski, 1866, Musée national de Poznań
Napoléon traversant la Bérézina
Huile sur toile de Janvier Suchodolski, 1866, Musée national de Poznań
Informations générales
Date Du 26 au 29 novembre 1812
Lieu Près de la rivière Bérézina
Issue Victoire tactique russe[1]

Victoire stratégique française[2],[3],[4]
Pertes françaises importantes.

Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau du Duché de Varsovie Duché de Varsovie
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Commandants
Napoléon Ier
Nicolas Oudinot
Claude-Victor Perrin
Michel Ney
Mikhaïl Koutouzov
Pavel Tchitchagov
Pierre Wittgenstein
Forces en présence
80 000 à 100 000 hommes, dont 36 000 en état de combattre 50 000 à 60 000 hommes
Pertes
25 000 combattants, 30 000 non combattants[5] 20 000 morts ou blessés[5]
Sixième Coalition
Batailles
Campagne de Russie (1812)

Mir · Moguilev · Ostrovno · Kliastitsy · Smolensk · 1re Polotsk · Valoutino · Moskova · Moscou · Winkowo · Maloyaroslavets · 2e Polotsk · Czaśniki · Viazma · Smoliani · Krasnoï · Bérézina


Campagne d'Allemagne (1813)
Dantzig · Lützen · Bautzen · Hoyerswerda · Goldberg · Gross Beeren · Katzbach · Dresde · Kulm · Dennewitz · Leipzig · Hanau · Sehested · Torgau · Hambourg


Campagne de France (1814)

Metz · Saint-Avold · Saint-Dizier · Brienne · La Rothière
· Campagne des Six-Jours : Champaubert · Montmirail · Château-Thierry · Vauchamps
· Mormant · Montereau · Bar-sur-Aube · Craonne · Laon · Reims · Arcis-sur-Aube · Fère-Champenoise · Meaux · Claye · Villeparisis · Paris
Front italien : Trieste · Mincio
Coordonnées 54° 19′ 29″ N 28° 21′ 16″ E / 54.324794, 28.35453354° 19′ 29″ Nord 28° 21′ 16″ Est / 54.324794, 28.354533  

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 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de la Bérézina.

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 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de la Bérézina.

La bataille de la Bérézina également appelée passage de la Bérézina ou bataille de Borisov eut lieu du 26 au 29 novembre 1812 près de la rivière Bérézina, aux alentours de la ville de Borissov dans l'actuelle Biélorussie, entre l'armée française de Napoléon Ier et les armées russes de Koutouzov, de Wittgenstein et de Tchitchagov, durant la retraite de Russie qui marque la fin de la campagne de 1812.

Deux siècles plus tard, alors qu'elle est perçue, à tort ou à raison, comme une défaite française, l'historien Jean Tulard de l'Académie des Sciences morales et politiques, définit la bataille ainsi : « Berezina, victoire française 27-28 novembre 1812. Les clichés ont la vie dure. Le mot de Berezina continue à être employé en France pour signifier un désastre, une catastrophe. Au contraire, la bataille de la Berezina fut, dans des conditions difficiles, une victoire française illustrée par l'action héroïque du général Éblé. [...] Napoléon et le gros de ses forces ont échappé à la manœuvre de Tchitchagov et de Wittgenstein qui laissent beaucoup d'hommes sur le terrain. Ce succès n'aurait pas été possible sans l'héroïsme du général Éblé et de ses pontonniers. »[6]; auparavant, un ouvrage collectif au titre explicite La Bérézina : une victoire militaire a été entièrement consacré à rétablir la vérité historique auprès du grand public : « Le mot de Bérézina est devenu dans le langage courant synonyme de désastre. À tort. C'est ce que démontre ce livre. »[7].

Pour l'historien Jacques-Olivier Boudon, la bataille de la Bérézina est restée, à tort ou à raison, dans la mémoire collective française comme « le symbole le plus marquant de la campagne de 1812 »[8] ; dans son ouvrage Napoléon et la campagne de Russie : 1812, il la définit comme une bataille victorieuse menée dans une campagne perdue : « En France comme en Russie, la campagne de Russie reste présente dans les esprits, même inconsciemment. Un mot la résume : « C'est une Bérézina », fréquemment utilisé pour caractériser une déroute sur le plan sportif ou électoral, alors que la bataille de la Bérézina est considérée comme une victoire militaire. C'est le signe qu'au-delà des combats de la campagne de 1812, le souvenir qui en est conservé est surtout celui de la retraite et de l'épreuve humaine qu'elle a représenté. Pour les Russes, la perspective est autre, puisque la campagne de 1812 marque avant tout pour eux une victoire et un sursaut national »[8].

Contexte[modifier | modifier le code]

Cinq mois après le franchissement du Niémen le 24 juin 1812, la Grande Armée bat en retraite et se trouve devant une rivière marécageuse, la Bérézina. Les armées russes comptent sur cet obstacle naturel pour bloquer l'armée de Napoléon et ainsi l'anéantir.

La retraite de Napoléon se fait dans de mauvaises conditions : l’hiver n'est pas précoce mais sera très rigoureux ; les températures atteignent -30° au thermomètre de Réaumur[Note 1],[9]. Le fait même que des soldats se jettent à l'eau pour construire des ponts prouve que la Bérézina n'est pas gelée, il s'agit d'un préjugé. Exposée sur son flanc aux coups de l'armée de Wittgenstein, poursuivie par celle de Koutouzov, et bloquée par la Bérézina dont l'armée de Tchitchagov maîtrise le pont de Borissov depuis la veille, la Grande Armée se trouve, le 22 novembre 1812 au matin, dans une situation désespérée.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le 23 novembre, les Russes attendent les Français à Borissov. Napoléon décide d'y organiser une manœuvre de diversion pour permettre le franchissement de la Bérézina 15 km en amont, face au village de Stoudienka, où le général Corbineau a identifié un passage possible. À cet endroit, la largeur de la rivière n'est que de 20 m et sa profondeur est de l'ordre de 2 m.

Le succès de l'opération passe par la très rapide construction de deux ponts à Stoudienka. Travaillant dans l'eau glacée les 26, 27, 28 novembre, les pontonniers néerlandais du général Eblé réalisent et entretiennent ces deux ouvrages que la Grande Armée franchit le 26, dès 13 heures, malgré l'opposition des trois armées russes.

Battle of Berezina map-fr.svg

Dans la nuit, Tchitchagov se rend compte de son erreur mais ne peut intervenir immédiatement. Lui, Wittgenstein et l'avant-garde de Koutouzov prennent l'offensive le 28 vers 8 heures du matin.

Le maréchal Victor, avec 10 000 hommes, défend toute la journée les hauteurs de Stoudienka face à l'armée de Wittgenstein, dont les effectifs se renforcent à mesure que le temps passe. Fournier emmène 800 cavaliers à la charge à de multiples reprises pour repousser la cavalerie et l'infanterie russes. Alors que la traversée s'achève, la nuit interrompt les combats et Victor en profite pour passer à son tour sur la rive droite. Ce même jour (28 novembre), Tchitchagov attaque sur le côté droit. Là, la bataille se déroule dans une forêt de pins et se poursuit toute la journée du 28  : les maréchaux Oudinot et Ney à la tête de 18 000 vétérans dont 9 000 Polonais commandés par les généraux Joseph Zajonchek, Jean Henri Dombrowski et Charles Kniaziewicz, culbutent l'amiral Tchitchagov qui se replie sur Bolchoi Stakhov et lui font 1 500 prisonniers, ce qui permet à la Grande Armée de passer le fleuve. Pour que cette armée puisse se replier, le 126e régiment d'infanterie de ligne se sacrifie volontairement pour permettre aux éléments qui n'ont pas encore traversé de le faire, il n'y aura que quelques survivants.

Plus tard, alors que le gros de l'armée a déjà franchi la Bérézina, de nombreux retardataires sont encore sur l'autre rive. Eblé envoie plusieurs fois dire autour des bivouacs que les ponts vont être détruits dès l'aube du 29 pour protéger la retraite. Des voitures sont incendiées pour convaincre les retardataires de l'urgence à traverser, mais la plupart des traînards, épuisés, préférant attendre le jour, restent sourds à ces injonctions.

Après avoir autant que possible reporté l'échéance, les deux ponts sont incendiés sur l'ordre de Napoléon entre 8 h 30 et 9 heures. La rive gauche de la Bérézina offre alors le spectacle tragique d'hommes, de femmes et d'enfants se précipitant à travers les flammes des ponts ou tentant de traverser la rivière à la nage.

Parmi les 400 hommes qui ont construit les ponts, seuls le capitaine George Diederich Benthien, commandant des pontonniers, le sergent-major Schroder et six de leurs hommes survivront à la bataille.

Les cosaques russes, trouvant le passage libéré après le départ de Victor, arrivent à 9 h 30. Ils s'emparent du matériel abandonné par la Grande Armée et font de nombreux prisonniers (les Russes prendront en tout environ 10 000 prisonniers).

Conséquences[modifier | modifier le code]

Même si la Grande Armée évite l'anéantissement, après le passage de la Bérézina sa situation est critique. Il n'y a guère plus de quelques milliers de soldats en état de combattre (surtout des grenadiers de la Vieille Garde), alors qu'environ 50 000 traînards se replient sur Vilnius. Lors de la bataille, les soldats français et polonais ont fait preuve d'une grande bravoure et d'un esprit de sacrifice : malgré leur supériorité numérique et leurs initiatives les Russes n'ont pas réussi à anéantir l'armée impériale éprouvée par la retraite. Les formations combattantes, l'état-major et l'artillerie de la Grande Armée ont franchi la Bérézina, mais ce succès militaire a coûté de nombreuses pertes, évaluées à environ 45 000 morts ou prisonniers.

La blessure[modifier | modifier le code]

Ces œuvres et les récits terribles des soldats ont fait de la traversée de la Bérézina le symbole de la tragique retraite de Napoléon et de la débâcle que fut la campagne de Russie. Au point que, les livres d'histoire français s'étendent très peu sur les deux campagnes suivantes (Allemagne et France) où le sort de la guerre a pourtant été sur le point de basculer à plusieurs reprises. La Bérézina est ainsi restée une profonde blessure dans l'imaginaire français, un désastre national au cours duquel la neige a enseveli les rêves de conquête de Napoléon. Le mot de « bérézina » est d'ailleurs passé dans le langage courant comme synonyme de déroute, d'échec cuisant, en dépit de la victoire de l'armée française lors de cette bataille.

Littérature[modifier | modifier le code]

La retraite de Moscou de Napoléon, peinture d'Adolph Northen.

Cet épisode de l'histoire a inspiré de nombreux écrivains :

Honoré de Balzac : Dans la nouvelle Adieu, publiée en 1830, il met en scène une femme séparée du militaire français qu'elle aimait lors du passage de la Bérézina, et devenue folle depuis. Le héros Philippe de Sucy brosse le tableau le plus effrayant du passage de la Bérézina : «  En quittant sur les neuf heures du soir les hauteurs de Stubzianka qu'ils avaient défendues pendant toute la journée du 28 novembre 1812 le maréchal Victor y laissa un millier d'hommes chargés de protéger jusqu'au dernier moment deux ponts construits sur la Bérézina qui subsistaient encore(…) ». Il décrit ensuite les soldats mourant de faim qui tuent son propre cheval (celui de Philippe), pour se nourrir et la mort du mari de Stéphanie de Vandières, tué par un glaçon[10]. La bataille de la Bérézina et la retraite de Russie sont aussi évoquées dans La Peau de chagrin, où le grenadier Gaudin de Witschnau a disparu. Dans Le Médecin de campagne, Balzac donne la parole au commandant Genestas qui en fait un récit apocalyptique. Il décrit la débandade de l'armée : « C'était pendant la retraite de Moscou. Nous avions plus l'air d'un troupeau de bœufs harassés que d'une grande armée[11]. ». On retrouve aussi cet affreux épisode guerrier dans le récit du général de Montriveau dans un recueil de nouvelles de Balzac : Autre étude de femme « L'armée n'avait plus, comme vous le savez, de discipline et ne connaissait plus d'obéissance militaire. C'était un ramas d'hommes de toutes nations qui allaient instinctivement. Les soldats chassaient de leur foyer un général en haillons et pieds nus[12]. ».

Victor Hugo dans le poème L'Expiation, tiré de Les Châtiments, décrit la terrible souffrance de la Grande Armée, exprimée par cette complainte lancinante : « Il neigeait ».

Sur les autres projets Wikimedia :

Léon Tolstoï dans Guerre et paix (1864), dont l'épopée d'une famille russe au XIXe siècle est l'occasion d'illustrer l'impuissance de l'homme face aux caprices de l'Histoire.

Patrick Rambaud : Il neigeait (2000), sur la campagne de Russie, de l'entrée à Moscou jusqu'au retour de Napoléon à Paris.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. 1° Réaumur = 1,25 °C environ

Références[modifier | modifier le code]

  1. Rapport of Koutouzov to Alexander I of 19-11-1812 г.[1]
  2. « Berezina, victoire française 27-28 novembre 1812. Les clichés ont la vie dure. Le mot de Berezina continue à être employé en France pour signifier un désastre, une catastrophe. Au contraire, la bataille de la Berezina fut, dans des conditions difficiles, une victoire française illustrée par l'action héroïque du général Éblé. [...] Napoléon et le gros de ses forces ont échappé à la manœuvre de Tchitchagov et de Wittgenstein qui laissent beaucoup d'hommes sur le terrain. Ce succès n'aurait pas été possible sans l'héroïsme du général Éblé et de ses pontonniers. » in Jean Tulard, Dictionnaire amoureux de Napoléon, Plon, 2012, cf. définition du terme « Berezina »
  3. « Le mot de Bérézina est devenu dans le langage courant synonyme de désastre. À tort. C'est ce que démontre ce livre. » in Fernand Baucour et al., La Bérézina : une victoire militaire, Economica, 2006, quatrième de couverture
  4. « Un mot la résume : « C'est une Bérézina », fréquemment utilisé pour caractériser une déroute sur le plan sportif ou électoral, alors que la bataille de la Bérézina est considérée comme une victoire militaire » in Jacques-Olivier Boudon, Napoléon et la campagne de Russie : 1812, Armand Colin, 2012, p.267
  5. a et b [2]
  6. Jean Tulard, Dictionnaire amoureux de Napoléon, Plon, 2012, cf. définition du terme « Berezina »
  7. Fernand Beaucour et al., La Bérézina : une victoire militaire, Economica, 2006, quatrième de couverture
  8. a et b Jacques-Olivier Boudon, Napoléon et la campagne de Russie: 1812, Armand Colin, 2012, p.267
  9. Carte de Charles Minard de 1869.
  10. Adieu, Bibliothèque de la Pléiade, 1979, t.X, p. 987-1001, (ISBN 2-07-010868-6)
  11. Le Médecin de campagne, Bibliothèque de la Pléiade, 1978, t.IX p.529-534(ISBN 2-07-010869-4)
  12. Autre étude de femme, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, t.III, p. 703, (ISBN 2-07-010858-9)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Comte Philippe-Paul de Ségur (oncle par alliance de Sophie Rostopchine comtesse de Ségur, fille du comte Fédor Rostoptchine (1763-1826), qui décida en tant que gouverneur de la ville, l'incendie de Moscou occupée par Napoléon Ier à partir du 14 septembre 1812 : Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812, paru en 1824.
  • Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812 et examen critique, Paris, 1825 (réfutation de l'ouvrage intitulé Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812 (Paris, 1824), écrit par le comte Philippe-Paul de Ségur.
  • F. Beaucour, J. Tabeur, L. Ivtchenko, La Bérézina : une victoire militaire, Economica, 2006, 147 p. (ISBN 978-2-7178-5202-8)
  • Alain Fillion, La Bérézina racontée par ceux qui l'ont vécue : 26, 27, 28 et 29 novembre 1812, France-Empire, 2005, 322 p. (ISBN 978-2-7048-1011-6)
  • (en) Adam Zamoyski, 1812: Napoleon's Fatal March on Moscow (ISBN 0-00-712375-2)
  • (en) Morelock, Jerry, Napoleon’s Russian nightmare. Misjudgments, Russian strategy and “General Winter” changed the course of history, 2011
  • (en) Weider, Ben and Franceschi, Michel, The Wars Against Napoleon: Debunking the Myth of the Napoleonic Wars, 2007
  • (en) http://mastersofthefield.com/ew_map_information/Berezina_Read_First.htm

Lien externe[modifier | modifier le code]