Lait maternel humain

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Le lait maternel humain est produit par le corps de la femme et permet d'alimenter un bébé. Il est produit par les glandes mammaires contenues dans les seins de la femme.

Peinture de Kitagawa Utamaro, Japon, XIXe s.

La composition du lait maternel[modifier | modifier le code]

Les composants majeurs du lait maternel sont : l'eau (87,5 % environ), les glucides (7 % environ), les lipides (4 % environ), les protéines (1 % environ), les micronutriments (0,5 % environ). Cette composition évolue du colostrum des premiers jours vers le lait à maturité mais varie également en cours d'allaitement dans une même tétée, sur 24 heures et selon les besoins et l’âge du bébé.

Une partie des éléments du lait provient de la filtration sélective du sang (eau, sels, albumine, globulines), l’autre d’une synthèse (lactose caséine, matières grasses, acide citrique) par les cellules de l’acinus d’éléments propres au lait.

La composition du lait maternel est relativement stable de par le monde et ne varie que dans une faible proportion en fonction du mode de vie et de l’alimentation de la mère.

Par la spécificité de sa composition, et contrairement au lait de vache, le lait humain se conserve relativement bien[réf. nécessaire].

Eau[modifier | modifier le code]

L'eau étant le principal constituant du lait maternel (87,5 %), celui-ci est particulièrement désaltérant. Il n’est donc pas nécessaire de rajouter des biberons d’eau entre des tétées à la demande.

Glucides[modifier | modifier le code]

Le lait humain contient 60 g/L de lactose, ce qui représente 85 % de sa teneur en glucides. Le lactose est un disaccharide, constitué de glucose et de galactose. Le glucose est destiné aux cellules cérébrales, musculaires, graisseuses et intestinales. Le galactose joue un rôle essentiel dans la construction du cerveau, le maintien d'une glycémie stable et l'épuration de la bilirubine.

Colostrum[modifier | modifier le code]

Le colostrum humain contient une proportion importante (12 g/L) de sucres rares, les oligosaccharides. On en a dénombré plus de 130 espèces différentes. Ce sont des prébiotiques, des composés qui exercent une stimulation sur les micro-organismes du côlon et jouent un rôle dans la croissance de la flore protectrice (Bifidus) de la muqueuse intestinale, empêchant l’adhérence des microbes aux parois. Ces sucres très particuliers existent dans très peu de sortes de laits de mammifères.

Les lipides[modifier | modifier le code]

La teneur moyenne en lipides du lait maternel est d'environ 40 grammes par litre. Cette teneur peut subir des variations importantes (de 3 à 180 grammes par litre) suivant l'heure de la journée, l'âge de l'enfant, le volume de la tétée, la constitution de la mère et son type d’alimentation. La synthèse des lipides est complexe et longue, c'est pourquoi les lipides ne se concentrent dans le lait humain qu'en fin de tétée de chaque sein. Ce moment ne doit pas être supprimé par des tétées trop courtes.

Les lipides du lait humain sont constitués à 98 % par les triglycérides, des graisses polyinsaturées qui jouent un rôle dans la myélinisation du système nerveux, l'acuité de la vision et la synthèse d'hormones. Le lait humain contient également des phospholipides, du cholestérol, bénéfique au niveau cardio-vasculaire et cérébral. Les acides gras essentiels (linoléique, linolénique) doivent être apportés à la mère par son alimentation.

Protides[modifier | modifier le code]

Le lait humain contient 9 à 12 grammes par litre d’acides aminés répartis en trois classes : protéines, enzymes et acides aminés libres.

Protéines[modifier | modifier le code]

Les protéines du lactosérum constituent la moitié des protéines du lait maternel (6 g/L). Il comprend :

  • l’alpha lactalbumine (3,5 g/L), productrice de lactose nécessaire à la construction du cerveau humain
  • la lactotransferrine ou lactoferrine (1,5 g/L), nécessaire pour l'absorption intestinale du fer et agent anti-infectieux puissant par sa capacité à s’approprier le fer nécessaire au développement de certaines bactéries.

Le lait maternel est exempt de β-lactoglobuline, une protéine du lait de vache extrêmement allergisante pour l'être humain. Il faut 100 jours (3 mois et demi) pour que l'intestin du bébé mette en place une barrière anti-allergique efficace contre les protéines non humaines. Avant ce moment, tout apport alimentaire différent du lait de mère est reconnu comme étranger par l'organisme et crée un risque d'intolérance.

Dans le lait maternel, la caséine (4 g/L) est particulièrement digeste. Parmi les trois types alpha, beta et k, la caséine beta a un profil particulier pour chaque femme, probablement déterminé par son code génétique. Sa dégradation libère des peptides à activité anti-infectieuse. La caséine k (facteur Bifidus) est une glycoprotéine qui stimule la croissance du Bifidobacterium.

Les immunoglobulines (1-2 g/L) sont des protéines qui fournissent des défenses immunitaires, des anticorps. Le lait maternel contient principalement des immunoglobulines A sécrétoires, IgA, et, dans des proportions moins importantes, des IgG et IgM.

La muqueuse digestive du bébé est immature à la naissance et met au moins 4 mois à s’édifier. Il est protégé des agressions microbiennes par les protéines de défense du lait maternel.

Dans le colostrum, les IgA, sont présentes de façon massive (près de 90 g/L). Ils tapissent la muqueuse digestive, empêchant les bactéries pathogènes de se fixer sur la paroi. Les microbes sont agglutinés par les IgA, leurs toxines et leurs enzymes sont neutralisés et la prolifération locale des virus est empêchée.

Enzymes[modifier | modifier le code]

Parmi les enzymes on peut citer le lysozyme, un bactéricide propre au lait humain, la lipase pour l'absorption des graisses par le bébé, la lactase, divisant les molécules de lactose en glucose et galactose.

Acides aminés[modifier | modifier le code]

Le lait humain contient une vingtaine d'acides aminés. Les acides aminés essentiels sont dérivés du plasma de la mère alors que les lactocytes du tissu mammaires peuvent synthétiser des acides aminés non essentiels[1],[2]. Dans le lait humain, les acides aminés libres (2 g/L) sont présents dans une proportion 3 à 4 fois plus importante que dans le lait de vache. Ils permettent l’assimilation des lipides et participent à la construction du cerveau. Acides aminés libres essentiels du lait maternel : histidine, isoleucine, leucine, lysine, méthionine, phénylalanine, taurine, thréonine, tryptophane, valine. Acides aminés libres non essentiels du lait maternel : arginine, alanine, acide aspartique, cystéine, acide glutamique, glycocolle, proline, sérine, tyrosine. Parmi les acides aminés du lait humain, la taurine (10 fois plus que dans le lait de vache) joue un rôle important dans la construction du cerveau et le fonctionnement des cellules cérébrales, intervient dans les fonctions cardiaques et musculaires et dans l’assimilation des lipides.

Hormones[modifier | modifier le code]

Dans les protides, on classe les hormones du lait dont certaines favorisent la croissance et le développement des organes sexuels propres à l'espèce. Quelques hormones du lait maternel : insuline, facteur de croissance épidermique, prostaglandines, hormones thyroïdiennes, prolactine, stéroïdes ovariens et surrénaliens, calcitonine, érythropoïétine, neurotensine, somatostatine, bombésine.

Sels minéraux, oligo-éléments, micronutriments[modifier | modifier le code]

La quantité de sels minéraux et oligo-éléments (2 g/L) du lait maternel est adaptée aux possibilités d' élimination rénale du bébé dont les organes ne sont pas encore à maturité. La concentration des oligo-éléments est élevée dans le colostrum. Ils jouent un rôle essentiel dans la constitution du squelette.

Sel minéraux et oligo-éléments du lait maternel : calcium, chlore, cuivre, fer, iode, magnésium, manganèse, phosphore, potassium, sélénium, sodium, soufre, zinc.

Vitamines liposolubles et hydrosolubles du lait maternel : A, B1, B2, PP, B5, B6, B8, B9, B12, C, D, E, K.

Ils contiennent de nombreuses leucocytes, ou cellules vivantes (90 % macrophages, 10 % lymphocytes) sont nombreuses dans le colostrum (1 million par millilitre) et le lait maternel.

Le lait humain contient de nombreux facteurs de défense immunitaire antibactériens (diphtérie, tétanos, streptocoques, coqueluche, dysenterie, colibacilles, typhus, etc.), antiviraux (grippe, poliomyélite, etc.). et antiparasitaires. Il contient également des agents de protection contre l'entérocolite ulcéro-nécrosante, de l’interféron et le système de complément (20 protéines de défense contre les agents pathogènes qui pénètrent dans l’organisme).

Les nucléotides ont un effet immunologique. Sont présents dans le lait maternel : cytidine, uridine, adénosine, guanosine, inosine.

De nombreux éléments du lait humain n’ont pas encore été identifiés et leur fonction reste à découvrir.

Variations de la composition du lait maternel[modifier | modifier le code]

La composition du lait maternel varie en fonction du déroulement de la tétée, au cours du rythme circadien et sur la période d’allaitement.

En cours de tétée[modifier | modifier le code]

Du lait de début de tété à gauche, et du lait de fin de tété à droite

En début de tétée, le lait maternel est composé de beaucoup d'eau et de sels minéraux pour désaltérer. Puis la proportion de glucides directement assimilables par l’organisme augmente, d’abord les oligosaccharides puis le lactose. En milieu de tétée, les protéines et lipides augmentent en quantité. À la fin de chaque tétée, les lipides se concentrent de plus en plus dans le lait et donnent au bébé un sentiment de satiété[3]. C'est le signal de fin de tétée pour le bébé. C’est pourquoi il faut faire téter le bébé suffisamment longtemps à chaque sein.

Au cours des 24 heures[modifier | modifier le code]

Vers midi, le lait contient plus de lipides. À midi et le soir, il contient plus de protéines. La proportion entre les oligosaccharides et le lactose varie. Il y a plus de lactose le matin, et plus d’oligosaccharides l’après-midi. Un bébé nourri à la demande peut ainsi adapter lui-même les tétées selon ses besoins. Par exemple en ne buvant que le lait de début de tétée, riche en eau et en sucre s’il a seulement soif, ou en tétant plus longtemps pour avoir les protéines et les lipides nourrissants s’il a faim.

Sur la période d’allaitement[modifier | modifier le code]

La composition du lait maternel varie au cours de la période totale d’allaitement. Dans les premières semaines, du colostrum au lait à maturité, la teneur en lactose augmente et celle en oligosaccharides diminue. La proportion des lipides double. Les sels minéraux diminuent de moitié. La proportion des protéines est divisée par dix. La teneur en acides aminés libres baisse pour remonter ensuite légèrement. Parallèlement, le volume de lait produit augmente au fil des semaines. Les demandes d’augmentations du bébé sont souvent brusques et le volume augmente par paliers.

L'allaitement est un processus interactif où le comportement de l'enfant peut déterminer dans une certaine mesure la composition de sa nourriture.

En période de sevrage, par exemple, les quantités de sodium et de protéines augmentent dans le lait maternel. En revanche, les concentrations de potassium et de lactose décroissent progressivement.

Conservation du lait maternel[modifier | modifier le code]

À température ambiante (20 °C), le colostrum se conserve environ 12 heures, le lait à maturité entre 4 et 24 heures selon la température. À l'intérieur d'un réfrigérateur (0 à °C), le lait humain se conserve jusqu’à 8 jours. Au congélateur (-15 °C), le lait maternel peut se conserver plusieurs mois (de 3 à 6 mois selon le type de congélateur). À partir de 4 semaines, le lait évoluant très peu avec l'âge du bébé, il reste stable jusqu'à environ 6 mois, durée de l'allaitement exclusif. Ensuite, le lait maternel redevient plus concentré. Il sera progressivement remplacé par d'autres aliments sur une période qui peut aller jusqu'à 2 ans et au-delà (Académie américaine de pédiatrie). Plus l'allaitement s'achemine vers le sevrage (2 ans ou plus), plus le lait maternel se rapproche du colostrum.

Contaminants possibles du lait maternel[modifier | modifier le code]

Dans les contexte environnement pollués, ou chez des personnes exerçant certaines professions à risque et/ou ayant consommé des aliments contaminés, le lait maternel peut aussi contenir divers contaminants, qui peuvent être détectés et mesurés par une Analyse chimique environnementale)[4].

Ces contaminants sont principalement :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) RA Lawrence et RM Lawrence (2005) Breastfeeding, A Guide for the medical profession 6e édition. Philadelphie, Elsevier Mosby.
  2. M Beaudry et al. (2006) Biologie de l'allaitement maternel, Presses universitaires du Québec. page 142.
  3. Jacqueline Gassier, Colette de Saint-Sauveur, Bertrand Chevallier, Elisa Guises L'allaitement maternel, Les variations de la composition du lait de la femme, Le guide de la puéricultrice, 2008, p. 444
  4. Michalis Leotsinidis, Athanasios Alexopoulos, Evangelia Kostopoulou-Farri (2005), Toxic and essential trace elements in human milk from Greek lactating women: Association with dietary habits and other factors : Chemosphere, Volume 61, Issue 2, October 2005, Pages 238-247(résumé)
  5. a, b, c et d I.Palminger Hallén, L. Jorhem, B.Json Lagerkvist, A. Oskarsson (1995), Lead and cadmium levels in human milk and blood ; Science of The Total Environment, Volume 166, Issues 1–3, 21 April 1995, Pages 149-155
  6. a et b I. Van Overmeire, L. Pussemier, N. Waegeneers, V. Hanot, I. Windal, L. Boxus, A. Covaci, G. Eppe, M.L. Scippo, I. Sioen, M. Bilau, X. Gellynck, H. De Steur, E.K. Tangni, L. Goeyens (2009), Assessment of the chemical contamination in home-produced eggs in Belgium: General overview of the CONTEGG study ; Science of The Total Environment ; Volume 407, Issue 15, 15 July 2009, Pages 4403–4410 ; Pages 4403-4410 (résumé)
  7. Nadia Waegeneers, Michel Hoenig, Leo Goeyens, Ludwig De Temmerman (2009), Trace elements in home-produced eggs in Belgium: Levels and spatiotemporal distribution ; Science of The Total Environment, Volume 407, Issue 15, 15 July 2009, Pages 4397-4402 résumé])
  8. R.W. Dabeka, K.F. Karpinski, A.D. McKenzie, C.D. Bajdik (1986), Survey of lead, cadmium and fluoride in human milk and correlation of levels with environmental and food factors ; Food and Chemical Toxicology Volume 24, Issue 9, September 1986, Pages 913–921 ((résumé)

Articles connexes[modifier | modifier le code]