Ghetto de Minsk

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ghetto de Minsk
biélorusse : Мінскае гета
Map of the Minsk Ghetto.jpg
Présentation
Gestion
Date de création 20 juillet 1941
Dirigé par Wilhelm Kube
Date de fermeture 21 octobre 1943
Fermé par Wilhelm Kube
Victimes
Type de détenus Juifs
Nombre de détenus Plus de 100 000
Morts 80 000
Géographie
Pays Drapeau de la Biélorussie Biélorussie
Localité Minsk
Coordonnées 53° 54′ 35″ N 27° 32′ 34″ E / 53.909786, 27.54287553° 54′ 35″ Nord 27° 32′ 34″ Est / 53.909786, 27.542875  

Géolocalisation sur la carte : Biélorussie

(Voir situation sur carte : Biélorussie)
Ghetto de Minskbiélorusse : Мінскае гета

Notes Présidents du judenrat :
Ilya Mouchkine[1],
Yoffé[2],
Effim Rozenblat
Voir l’image vierge
Localisation de Minsk sur la carte de la Biélorussie.

Le ghetto de Minsk est le lieu de déportation, sous la contrainte des forces armées allemandes, des juifs de Minsk (Biélorussie), selon un processus visant à l'extermination des juifs, pendant l'occupation allemande des territoires du Belarus, durant la Seconde Guerre mondiale, du 20 juillet 1941 au 21 octobre 1943[3].

Ce ghetto fut l'un des plus importants d'Europe. Dans les territoires occupés de l'URSS, il fut le deuxième par le nombre de victimes, après le Ghetto de Lvov (plus de 100 000 victimes juives à Lvov).

La communauté juive de Minsk[modifier | modifier le code]

La communauté juive de Minsk est attestée depuis le XVe siècle[4]. Au XVIIe siècle, une yechivah s'y établit dont les plus importants dirigeants ont été Jehiel b. Solomon Heilprin, Aryeh Leib ben Asher Gunzberg et Raphaël Cohen[4]. Au XIXe siècle, la communauté de Minsk devient l'une des plus importantes de Russie. Elle était dominée par les Mitnagdim, bien plus nombreux que les Hassidim. Toutefois, il s'y développa aussi un important mouvement bundiste.

Après la révolution bolchévique, les institutions cultuelles sont supprimées et remplacées par des institutions culturelles. En 1926, il y avait 53 686 Juifs à Minsk (40,8 % de la population) et en 1939, 70 998 Juifs (29,7 % de la population)[4].

Occupation et création du ghetto[modifier | modifier le code]

Minsk est occupée par les forces de la Wehrmacht pendant 3 ans, du 28 juin 1941 au 3 juillet 1944[3]. Dès le 1er juillet 1941, pendant trois jours, les forces d'occupations imposent une « contribution » aux juifs de Minsk, les obligeant à donner une quantité déterminée d'argent et de bijoux. Bientôt, ils sont obligés de créer un judenrat (comité juif), et de choisir un président[5]. Les Allemands mettent en place, comme président du judenrat, Ilya Mouchkine (jusqu'à la guerre, il avait été le président de trusts de Minsk) du fait de sa connaissance de la langue allemande[2]. Le 19 juillet 1941, trois semaines après la prise de Minsk, les allemands, exécutant le programme hitlérien d'extermination des juifs, prirent la décision de créer un ghetto. À cette date, à Minsk, se tient une réunion regroupant le commandement pour l'arrière du « groupe d'armée Centre », du général Max von Schenckendorff, le chef suprême des SS et de la police du district général « Biélorussie », le brigadeführer SS Zenner. Durant cette réunion sont examinées les questions liées à l'extermination des juifs. Une décision est promulguée (et collée sur les poteaux[5]) pour le jour suivant, soit le 20 juillet 1941, en biélorusse et en allemand[2].

Le sadique pathologique[réf. nécessaire] Gorodetsky est nommé représentant du commandement allemand dans le ghetto, avec des pouvoirs illimités. Il est à moitié allemand et avait habité Léningrad[1]. Le Judenrat, ne possédant aucun droit administratif, répond, au début, à la demande de recette des contributions des juifs de Minsk, à l'enregistrement scrupuleux de toutes les maisons dans le ghetto et de chaque prisonnier, et aussi au respect de l'hygiène dans le ghetto, car les allemands craignent beaucoup les épidémies[2]. Pour le déplacement des juifs dans le ghetto, il avait été prévu 5 jours. Cependant, réaliser la migration de dizaines de milliers de gens en un temps si court se révèle impossible. Aussi, le délai est prolongé jusqu'à la fin du mois de juillet[6]. Au 1er août 1941, ce déplacement est accompli. On y a fait entrer 80 000 personnes. En septembre et octobre 1941, il y avait environ 100 000 prisonniers du ghetto.

« Распоряжение № 812 полевой комендатуры о создании гетто в г. Минске (выдержки)[7],[8],[9]
Ordonnance no 812 de la kommandantur de l'arrière front, sur la création d'un ghetto dans la ville de Minsk (extraits).
1. À partir de la date de publication de cette ordonnance, une partie spéciale de la ville de Minsk sera séparée et réservée exclusivement à l'habitat des juifs.
2. Toute la population juive de la ville de Minsk est obligée, après la publication de cette ordonnance, dans un délai de 5 jours, de déménager dans ce quartier juif.
3. Si, après l'expiration de ce délai, un juif se trouve ailleurs que dans la zone juive, il sera arrêté et sévèrement puni. La population non-juive qui habite tout près de la zone d'habitat des juifs doit d'urgence quitter le quartier juif.
4. Le quartier juif est formé par les rues suivantes : kolkhozny per., kolkhoznaïa, nemigskaïa, respublikanskaïa, chornaïa, kollektornaïa, mebelny per., perekopskaïa, nijnaïa (y compris le cimetière juif), obouvnaïa, vtoroï opanski per., zaslavskaïa.
7. Il n'est permis aux juifs d'entrer ou de sortir du quartier juif, que par les deux rues suivantes : la rue Opanski et la rue Ostrovski. Il est interdit d'escalader les murs.
La garde allemande et les agents de celle-ci ont reçu l'ordre formel de tirer sur les contrevenant. »

Structure[modifier | modifier le code]

Bundesarchiv N 1576 Bild-006, Minsk.
Colonne de prisonniers du ghetto juif dans la rue, en 1941.

Suivant les données archivées et les témoignages visuels, durant la période de guerre, il existait trois ghettos à Minsk :

  • « Le Grand Ghetto ». Il existe depuis le mois d'août 1941 jusqu'aux 21-23 octobre 1943. Le territoire du ghetto comprenait 39 rues et ruelles, autour de la Place du Jubilé, dans le quartier du cimetière juif et du marché de la ville basse[10]. La rue de la République (à l'époque de l'occupation, la Mittelstrasse et aujourd'hui rue Sloboda Romanovska) coupe le ghetto de part en part et, de chaque côté, est séparée du ghetto par du barbelé. Elle est utilisée comme passage pour les transports en commun. Dans ce ghetto les nazis rassemblèrent plus de 80 000 juifs. L'entrée et la sortie du ghetto ne sont possible que par deux accès : la rue Opanski (actuellement de la Cavalerie), et de la rue Ostrovski (actuellement Rakovskaia)[6].
  • « Le Petit ghetto » : il se trouvait dans le quartier de la fabrique de radio Molotov (aujourd'hui du nom de Lénine), d'octobre 1943 au 30 juin 1944 (selon les données des archives du KGB du Belarus[10]).
  • « Le Sonderghetto » (partie du ghetto dans la rue Soukha et Obouvnaïa) : un ghetto pour 20 000 juifs, déportés par les nazis, depuis leurs régions natales de l'ouest, du centre et de l'est de l'Europe. Il exista de novembre 1941 à septembre 1943.

Conditions de vie[modifier | modifier le code]

Bundesarchiv Bild 183-B07894, Minsk.
Les Juifs doivent déblayer la neige à la gare.

Le Ghetto est délimité par des clôtures en fil de fer barbelé[1]. Il est gardé 24 heures sur 24, par des forces armées SS, des policiers biélorusses membres de la Collaboration biélorusse pendant la Seconde Guerre mondiale et des lituaniens[11]. Tous les prisonniers du ghetto, sous peine de mort, sont obligés de porter en permanence des signes distinctifs : des étoffes de couleur jaune d'un diamètre de 10 cm, et des galons blancs portant le numéro de leur maison sur la poitrine et sur le dos[1]. Les allemands et les policiers dépouillent et tuent impunément les habitants du ghetto, violent les jeunes filles[5]. La vie des juifs est remplie d'un grand nombre d'interdictions ; pour la moindre contravention il n'existe qu'une sanction : ils sont fusillés. Par exemple, il est interdit de quitter le ghetto sans autorisation, de se montrer sans les signes distinctifs, de posséder et de porter des vêtements de fourrure, d'échanger des affaires pour de la nourriture avec des non-juifs. Il est interdit aux juifs de marcher dans les rues centrales et sur les trottoirs, mais seulement sur les pavés et, quand ils croisent des Allemands, les juifs sont obligés, à 15 m de distance, d'ôter leur coiffe. Il est interdit aux juifs de saluer des connaissances non-juives. Il leur est interdit d'accéder aux jardins et aux autres endroits publics. L'hiver, même par gel intense, il est interdit, dans le ghetto, de transporter des copeaux de bois pour le chauffage[1].

Les forces d'occupations imposent au ghetto quelques « contributions ». La première fois : 2 millions de roubles, 200 kg d'argent et 10 kg d'or. La deuxième fois, il est exigé des juifs 50 kg d'or et d'argent et, la troisième fois, encore davantage. Le pillage organisé pour cette contribution fut mené par Gorodetski, avec la participation, sous la contrainte, sous peine de mort, du comité juif et de la police juive[1]. Tous ceux qui possèdent quelques objets de valeur les échangent, durant une courte période, contre de la nourriture. Au début, il est permis aux non-juifs d'apporter de la farine, en échange mais, bientôt, c'est interdit et ne se fait plus que secrètement, à travers les clôtures de barbelé[5]. Le hareng-saur, en barrique, est considéré comme un mets de choix ; les beignets aux épluchures de pommes de terres sont un plat habituel. Dans la nourriture, du sel raclé sur de vieilles peaux, à la tannerie, y est ajouté.

Aux juifs du ghetto qui sont utilisés aux travaux forcés, on donne, une fois par jour, une écuelle de soupe de pomme de terre, presque vide. Il n'existe aucun moyen de faire rentrer de la nourriture dans le ghetto, et la principale source de survie, pour les juifs, est devenue illégale : du troc avec la population non-juive, dans les colonnes, vers le travail, et à travers les barbelés, près des quartiers russes. Il existe aussi un « marché noir », à l'intérieur du ghetto, et auquel prennent part certains Allemands possédants un laisser-passer pour y accéder. Un exemple de prix des échanges d'objets contre de la nourriture peut être donné : une miche de pain et 3 oignons contre une montre en or[2]. Durant toute la durée de l'existence du ghetto, depuis sa création jusqu'à sa destruction, les nazis maintiennent une densité extrêmement grande de population. Dans une maison à un étage, dans 2 ou 3 appartements, on « fourre » jusqu'à 100 personnes ; dans un appartement de deux étages, jusqu'à 300 personnes, soit 1,25 à 1,50 m2 par personne, sans compter les enfants. Dans une seule chambre vivent habituellement, au minimum, plusieurs familles[6]. La promiscuité insupportable, la faim et les conditions sanitaires déplorables entraînent, dans le ghetto, les maladies et épidémies. Le danger de diffusions des infections est tellement sérieux, qu'en 1941, les allemands décident d'ouvrir, sur le territoire du ghetto, deux hôpitaux, et même un orphelinat pour enfants (détruit en avril 1943)[6]. L’hôpital du ghetto, déjà complètement dépourvu de médicaments et d'équipement, l'est aussi de personnel médical. Le médecin fonctionnaire Tcharno[2] le dirige et s'occupe de l'organisation.

Destruction[modifier | modifier le code]

Bundesarchiv Bild 183-N1213-348, Minsk.
Forçats juifs.

Les nazis emploient l'euphémisme d'« actions », pour leurs assassinats.

Au début, les nazis tuent ceux qui ne peuvent pas travailler mais, ensuite, ils commencent à organiser des pogroms[12] de masse. À partir du printemps 1942, beaucoup d'enfants du ghetto sont attrapés dans la rue, puis jetés dans des voitures à gaz. En quelques jours, ces voitures font de nombreux voyages[5]. Dans l'histoire du ghetto de Minsk, il y a eu de nombreux pogroms, de jour et de nuit. La pratique habituelle est l'assassinat de masse des habitants qui restent à la maison, pendant que ceux qui sont aptes au travail partent sur les chantiers[11]. En août 1941, premiers pogroms importants : 5 000 juifs sont tués[1]. Le 7 novembre 1941, après que les colonnes de travailleurs sont emmenées au travail, les Allemands et la police lituanienne encerclent le quartier, à partir des rues Zamkova, Podzamkova et Niemiga. Ils commencent le pogrom. Arrivés à la rue Opanski, en laissant derrière eux une multitude de corps de Juifs, les allemands rassemblent des femmes et des enfants, les chassent à Toutchinka et les fusillent. Selon diverses évaluations, entre 5 000 et 12 000 prisonniers sont tués ce jour là[1].

Après ce pogrom, l'espace du ghetto est réduit au quartier de la rue Ostrovskaïa. Les Juifs restant construisent différents refuges secrets qu'ils appellent « framboises »[2],[5],[13]. En 20 novembre 1941, entre 6 000 et 15 000 Juifs massacrés[1]. En 21 janvier 1942, plus de 12 000 juifs furent fusillés[1]. Les 2 et 3 mars 1942, après le départ des prisonniers qui peuvent travailler, des camions remplis d'Allemands et de policiers entrent dans le ghetto et organisent immédiatement un massacre de masse, sur tout le territoire du ghetto. Les corps des victimes (environ 5 000) sont jetés dans une ancienne carrière, où se trouve maintenant le mémorial Yama. Ce jour-là aussi, le 2 mars, les Allemands tuent de 200 à 300 enfants, dans un jardin d'enfants, en même temps que du personnel médical et des éducateurs[2],[5]. Du 28 au 31 juillet 1942, quatre jours durant lesquels les travailleurs sont maintenus sur leur lieu de travail, environ 30 000 personnes sont tuées [2],[5]. C'est le chef de la Police de Sécurité Eduard Strauch qui organisa le massacre de fin juillet 1942[14] Le 29 décembre 1942 : les travailleurs sont gardés au travail ; au ghetto on supprime tout le monde. Pendant ce pogrom, on tue aussi les malades de l'hôpital du ghetto (sauf les malades du typhus, que l'on craignait de faire sortir), y compris les enfants. Dans la section pour enfants, où ils sont sept, Ribe, le chef de la police, met des gants blancs, égorge les enfants avec un couteau, sort, enlève ses gants blancs, allume une cigarette et mange un chocolat[11]. Au début d'avril 1942, suivant des données officielles du commissariat général des forces d'occupations, on a enregistré, à Minsk, 20 000 Juifs aptes au travail. Déjà, à la fin de septembre 1942, ce chiffre est réduit de moitié. En octobre 1942, le ghetto, sur lequel il y a 273 maisons[6], est partagé en 5. À la fin 1942, en tout, dans le ghetto sont exécutés 90 000 juifs et, au début 1943, parmi les survivants, il reste 6 000 à 8 000 prisonniers[1].

Le 21 juin 1943, la direction nazie prend la décision d'éliminer complètement tous les occupants des ghettos dans les territoires occupés[6]. Le 21 octobre 1943 est considéré comme le dernier jour de l'existence du ghetto, c'est-à-dire le jour où commence le dernier pogrom. Du 21 au 23 octobre 1943, les nazis tuent tous les prisonniers encore vivants, sauf 500 maîtres-artisans qualifiés, qu'ils envoient en Allemagne. Sur le territoire du ghetto de Minsk, comme il apparaît clairement plus tard, il ne reste que 13 personnes vivantes, cachées pendant quelques mois dans la cave d'une maison, près du cimetière juif, dans la rue Soukhaïa, et ne sont sorties de leur refuge que le jour de la libération de Minsk, en juillet 1944[2]. Une partie des prisonniers du ghetto est tuée dans le quartier de Toutchinka, qui se trouve au bout de la rue Opanski. Trois fossés énormes sont creusés là, dans lesquels, rien que le 20 novembre 1941, sont fusillés 12 000} Juifs, à la mitraillette[11]. Une autre partie des Juifs du ghetto est tuée au camp de concentration SS, rue Chirokaïa (antérieurement, rue de Varsovie et, actuellement, rue Macherov). À partir de 1943, et presque jusqu'à la libération de Minsk, en juillet 1944, les prisonniers du camp sont conduits, sans cesse, par 4 « gaswagen », au camp d'extermination Maly Trostenëts. Sur le chemin du camp, les gens meurent, asphyxiées par les gaz d'échappements. Les corps sont ensuite brûlés à Maly Trostenëts.

De cette manière, sont tuées environ 20 000 personnes, presque toutes étant des Juifs du ghetto de Minsk. Environ 2 000 Juifs de ce ghetto sont conduits, le 11 juin 1943, en un seul convoi, en Pologne, dans le camp de Majdanek et, après leur exploitation au travail obligatoire, sont pratiquement tous exécutés[5]. Des 100 000 juifs du ghetto de Minsk, seulement 2 à 3 % des prisonniers survécurent.

Juifs étrangers[modifier | modifier le code]

La déportation des juifs d'Allemagne en Belarus commence en septembre 1941[15]. Le 10 novembre 1941, 992 juifs sont transportés en train, depuis Düsseldorf, jusqu'au ghetto de Minsk. Cinq d'entre eux survécurent à la Shoah[15]. Vers novembre 1941, les allemands séparent déjà, par du barbelé, la partie du ghetto de Minsk, par la rue Républicaine, (aujourd'hui, le faubourg Romanov), les rues Opanski et Chorna, désignant ce territoire Sonderghetto no 1.

Le Sonderghetto no 2 est créé entre les rues Koustarna (elle n'existe plus), Dimitrov, Chladerna, Ostrovka et Nemig. Tous les juifs d'Europe de l'Ouest sont rassemblés dans ces deux lieux[6]. Les relations avec les autres prisonniers du ghetto leur sont formellement interdites ; les affaires qu'ils avaient emportées sont très rapidement échangées contre de la nourriture, les juifs allemands sont les plus affamés de tout le ghetto. Malgré leur extrême épuisement, ils maintiennent, sur leur emplacement, un ordre remarquable et fêtent le shabbat de manière démonstrative. Suivant des données officielles, de novembre 1941 à octobre 1942, 23 904[6], les juifs sont transférés d'Europe occidentale vers Minsk. L'historienne allemande, Monika Kingren, apporte d'autres informations, suivant lesquelles, durant 11 mois, en 1941-1942, sont déportés à Minsk, 15 500 juifs, depuis 250 centres urbains européens, dont 500 seulement survécurent. Ces données permettent à l'historien biélorusse, Kousem Kosak, d'affirmer que, durant cette période, Minsk était « un centre important d'extermination »[16].

Dans le Sonderghetto, il y a des juifs d'Allemagne, d'Autriche, de Tchéquie, et d'autres pays. Les premiers amenés dans ce ghetto sont des juifs de Hambourg et c'est pour cette raison que l'on prend l'habitude d'appeler ces juifs des hambourgeois[2]. Quelques milliers, parmi ces juifs, sont conduits à Koïdan, en mars 1942, et tués là-bas ; les autres sont tués à Maly Trostenëts. Une partie des juifs d'Europe occidentale sont conduits directement, non pas dans le ghetto, mais à Maly Trostenëts, pour y être fusillés[2].

Résistance[modifier | modifier le code]

Michael Gebelev : un des chefs de la résistance.

Dans le ghetto de Minsk, sous la direction de Isaïe Kazinine (ru), Michael Gebelev, Girch Smoliar (ru) et Matveï Prousline, dès les premiers mois de son ouverture, 22 groupes clandestins, réunissant plus de 300 personnes, se mettent en action. On peut attribuer des actions de diversions et de sabotage, dans des entreprises allemandes, et à l'emplacement de nœuds ferroviaires. Environ 5 000 personnes, échappées du ghetto pour entrer dans les rangs des partisans, réunissent des armes et des médicaments et distribuent des journaux, imprimés clandestinement[17]. Dès la fin 1941, est organisé, dans le ghetto, un centre clandestin unique[2]. Girch Smoliar, est un des chefs de cette organisation de lutte clandestine, dans le ghetto. Il est écrivain juif, et journaliste. Il laisse, par la suite, des mémoires sur ces années de guerre contre le nazisme[18]. On organise, clandestinement, la fuite de juifs du ghetto, vers les bois, mais les passeurs sont, le plus souvent, des enfants. Les noms de quelques-uns d'entre eux sont restés dans les mémoires : parmi les plus jeunes, Sima Fiterson (11 ans), Benia (12 ans), et beaucoup d'autres[19].

En novembre 1941, le premier groupe armé de juifs sort du ghetto avec, à sa tête V. Khaimovitch. Comme ils ne trouvent pas les partisans ils meurent presque tous, en février-mars 1942. Le 10 avril 1942, sort de nouveau un groupe armé, avec Y. Lapidus, Opengey et V. Locik, à partir duquel se forme, par la suite, le détachement Koutousov, de la deuxième brigade de Minsk[19]. En tout, les prisonniers du ghetto de Minsk forment, suivant les sources, de 7 à 10 détachements[19].

Activités clandestines du judenrat[modifier | modifier le code]

Le premier chef du groupe clandestin du judenrat est Ilya Mouchkine. Grâce à ses efforts, deux hôpitaux sont créés et mis en service dans le ghetto. Un hôpital général et un spécialisé, pour les maladies infectieuses. Il crée, aussi, deux maisons pour enfants et une maison d'accueil pour vieillards. Sous sa direction, on rassemble des vêtements chauds pour les partisans. À ce groupe clandestin participe aussi Ziama Serebrianski, le chef de la police juive du ghetto de Minsk. L’hôpital pour maladies infectieuses devient le centre de l'organisation clandestine du ghetto, et le médecin en chef de l’hôpital, Lev Koulik, est un des chefs de la résistance[2]. Après l'arrestation et la mort de Ilya Mouchkine, son successeur comme président du judenrat, Yoffé, continue la lutte dans la clandestinité[2].

Bourreaux et organisateurs des assassinats[modifier | modifier le code]

Le SS Obersturmbannführer Eduard Strauch est le chef de la police de sécurité SD, de Minsk. Des compagnies de volontaires lettons prennent une part active dans la découverte, par les services spéciaux allemands, d'un réseau clandestin d'antifascistes, à Minsk, de mouvements de partisans et de comités clandestins, ainsi que d'autres organes. Des policiers rassemblés et formés dans les pays baltes sont présents au Belarus, à partir de l'automne 1941. Au début octobre, venant de Kaunas, arrive le deuxième bataillon de protection lituanien. À partir de novembre 1941, il reçoit le nom de douzième bataillon de police lituanien, sous le commandement du major Antanas Impulevičius. Le bataillon assure un service de garde et de protection et prend part aux actions de caractère punitif, contre les partisans, et à l'extermination de la population juive.

La sous-division spéciale (compagnie lettone pour la SD Sicherheitsdienst), du commandement supérieur SS et de la police de l’Ostland, déployée au SD de Minsk, est principalement complétée par les Lettons. Leur rôle principal est d'apporter de l'aide dans la lutte contre les clandestins antifascistes et les partisans et, aussi, de prendre part à l'extermination de la population juive du Belarus. À l'été 1942, à Minsk, est aussi déployé le bataillon de police letton, le 266e « E », qui dépend de la Höherer der SS und Polizeiführer Ostlanda, pour les liaisons et pour les opérations du commandement de la police du Belarus[20].

Souvenir des victimes et alliés[modifier | modifier le code]

9 mai 2010, Minsk.

Quelques monuments et mémoriaux sont créés, à Minsk, en souvenir des victimes du ghetto de Minsk[21]. En 1947, fut élevé un obélisque et, en 2000, une composition sculpturale, « le Dernier voyage » (mémorial aux victimes du génocide hitlérien Yama), à l'emplacement « Balchova », dans le ghetto, dans la rue Melnikayt, où furent tués 500 juifs, le 2 mars 1942. Dans la rue Chachkovka (au sud-est de la périphérie de Minsk, à l'endroit du camp de la mort Maly Trostenëts, fut construit, en 1963, un obélisque, remis en état, en 1994. En 1995, à l'endroit ou étaient brûlés les corps, fut élevé une stèle. Dans la rue Soukha, se trouve une tombe de prisonniers du ghetto de Minsk et du Zonderghetto (suivant des sources incomplètes, y reposent plus de 7000 victimes juives). En 1993 et en 1998, là aussi, sont élevées deux stèles, à la mémoire des juifs du Zonderghetto.

En 2008, le ministre de la défense nationale du Belarus, le général-colonel Léonid Maltsev, au nom du Président de la République du Belarus, Alexandre Loukachenko, décore, pour leur courage et leur héroïsme, 21 participants à la lutte antifasciste du ghetto de Minsk, en leur remettant les médailles du « 60e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre Patriotique de 1941-1945[2],[22]. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • (ru) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en russe intitulé « Минское гетто » (voir la liste des auteurs)
  • (ru) Адамушко В.Т. Бирюкоба О, В, Крюк В.П., Кудрякоба Г.А.:Справочник о местах принудительного содержания гражданского населения на оккупированной территории Беларуси 1941-1944 (Archives nationales de la République du Belarus -Recueil des emplacements de détention forcée de la population civile sur le territoire occupé du Belarus).
  • (ru) Винница Г. Р.:Холокост на оккупированной территории Восточной Беларуси (La Shoah dans la partie orientale du Belarus).(G R Vinnitsa)
  • (ru) Leonid Smilovitski Смиловицкий, Леонид Львович|Смиловицкий Л. Л., «Катастрофа евреев в Белоруссии, 1941—1944 гг.», Тель-Авив, 2000 (La Shoah au Belarus)(Leonid Smilovitski).
  • (ru) Национальный архив Республики Беларусь (НАРБ). — ф. 861, оп. 1, д. 8, л. 24-29[10](archives nationales de la République du Belarus)
  • (ru) Государственный архив Российской Федерации (ГАРФ). — ф. 7021, оп. 87, д. 123, л. 13[10] (Archives de l'État de la fédération de Russie)
  • (ru) Государственный архив Минской области, ф. 623, оп. 1, д. 68[10] (Archives de l'État sur l'Oblast de Minsk)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Saul Friedländer: "Les années d'extermination" Édition du Seuil 2008 Traduction P-E Dauzat (ISBN 978-2-7578-26300).
  • (en) Barbara Epstein, The Minsk Ghetto 1941-1943: Jewish resistance and Soviet internationalism, University of California Press, 2008, ISBN 978-0-520-24242-5 ([1])
  • (en)Hersh Smolar, The Minsk Ghetto: Soviet-Jewish partisans against the Nazis, Holocaust Library, 1989, ISBN 0-89604-068-2
  • (ru) Трейстер, Михаил Абрамович|Трейстер М. А., ред. Козак К. И., «Проблески памяти. Воспоминания, размышления, публикации.» Мн., 2007 (M.Treyster :Souvenirs d'espérance, réminiscences, réflexions, publications).
  • (ru) « Архив Хаси Пруслиной », под редакцией Козака К. И., Минск, 2010, издатель Логвинов И. П., ISBN 978-985-6901-67-9
  • (ru) Спасенная жизнь: жизнь и выживание в Минском гетто. сост.: В. Ф. Балакирев и др. Минск: Линариум, 2010 (La vie sauve:vie et survie dans le ghetto de Minsk)
  • (ru) Рубинштейн Л. М. Нельзя забыть. Минск, Медисонт, 2011 ISBN 978-985-6982-40-1 (N'oubliez jamais !)
  • (ru) Клара Хеккер. Немецкие евреи в Минском гетто. Отв. ред. К. И. Козак. Минск: Историческая мастерская, 2007 (Les juifs allemands dans le ghetto de Minsk)
  • (ru) Жива… Да, я жива! Минское гетто в воспоминаниях Майи Крапиной и Фриды Рейзман. Сост. М. И. Крапина, Ф. В. Рейзман. Минск: Историческая мастерская, 2005 (Vivante, Oui vivante ! Le ghetto de Minsk dans les souvenirs de May Krapine et Frid Reizman)
  • (be) Мінскае гета 1941−1943 гг.: Трагедыя. Гераізм. Памяць. Мінск. Адк. рэд. В. Ф. Балакіраў, К. І. Козак. Мінск: Гістарычная майстэрня, 2004 (Le Ghetto de Minsk 1941-1943).
  • (ru) Черноглазова Р. А., Хеер Х. Трагедия евреев Белоруссии в 1941— 1944 гг.: сборник материалов и документов. Изд. 2-е, испр. и доп. |место= |издательство=Э. С. Гальперин. 1997. 398. ISBN 985627902X. 1000. (ISBN 985627902)[à vérifier : La longueur du numéro ISBN devrait être 10 ou 13 et non 9, demandé le 22 septembre 2013].
  • (ru) Софья Садовская. «Искры в ночи» // в книге «Сквозь огонь и смерть», составитель В. Карпов, Минск, «Беларусь», 1970 (Sofia Sadovskaia: "Étincelle dans la nuit", dans le livre "À travers le feu et la mort").

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k (be) « Из докладной записки в ЦК КП(б)Б заместителя начальника отдела Белорусского штаба партизанского движения И. С. Кравченко от 27 января 1943 г. (D'après le rapport du Parti communiste bolchevik du Sous-chef d'état-major du mouvement partisan biélorusse Igor Kravtchenko, 27 janvier 1943) », sur vminsk.by
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p (ru) Г. Костелянец (G. Kostelyanets) «От Украины до Белоруссии. История одной еврейской семьи» (De l'Ukraine à la Biélorussie. L'histoire d'une famille juive). / Академическая серия «Библиотека Холокоста „Ткума“», / Днепропетровск-Минск, изд. «Лира», 2009 ISBN 978-966-383-251-7
  3. a et b (ru) « Периоды оккупации населенных пунктов Беларуси (Pendant l'occupation de la Biélorussie) », sur archives.gov.by
  4. a, b et c (en) Reuben Ainsztein, « Minsk », sur Jewish Virtual Library,‎ 2008
  5. a, b, c, d, e, f, g, h et i (ru) Рубинштейн Л. М. (L.M. Rubinstein) «Нельзя забыть.» (Vous ne pouvez pas oublier), Минск, Медисонт, 2011 ISBN 978-985-6982-40-1
  6. a, b, c, d, e, f, g et h (ru) Д. Сацукевич. «Жизнь и смерть за колючей проволокой», газета «Минский курьер», 11 мая 2007 года
  7. (ru) Национальный архив Республики Беларусь (НАРБ). — фонд 4683, опись 3, дело 937, листы 6-7
  8. (ru) Национальный архив Республики Беларусь (НАРБ). — фонд 359, опись 1, дело 8, листы 1-2
  9. (ru) Трейстер, Михаил Абрамович|Трейстер М. А., редактор Козак К. И., «Проблески памяти. Воспоминания, размышления, публикации.» Минск, 2007
  10. a, b, c, d, e et f (ru) Книга:Справочник о местах принудительного содержания гражданского населения на оккупированной территории Беларуси 1941-1944
  11. a, b, c et d (ru) Архив Хаси Пруслиной, под редакцией Козака К. И., Минск, 2010, издатель Логвинов И. П. (ISBN 978-985-6901-67-9)
  12. (ru) статья|автор=Куксин И.|заглавие=Никогда больше|ссылка=http://www.sb.by/post/111690/%7Cиздание=Беларусь сегодня|тип=газета|год=27.01.2011
  13. En russe : малина, terme de l’argot criminel russe pour désigner un appartement, une « planque », cf. Фартовый словникъ
  14. Saul Friedlandër, Les années d'extermination, Édition du Seuil 2008 (ISBN 978-2-7578-2630[à vérifier : ISBN invalide])p. 457
  15. a et b (ru) статья|автор=Черноглазова В. А.|заглавие=Уничтожение евреев Белоруссии в годы немецко-фашистской оккупации|издание=Трагедия евреев Белоруссии в 1941— 1944 гг.|тип=Сборник материалов и документов|место= |год=1997|выпуск=2|страницы=17-29|isbn=985627902X
  16. (ru) Книга:Уроки Холокоста: история и современность. В. 3|Козак К. И.|Иностранные евреи в Беларуси: историографические формы и представления|uh030701|225
  17. (ru) « Еврейское антинацистское сопротивление в Белоруссии », sur jhist.org
  18. (ru) « Григорий Давидович Смоляр в Минском гетто », sur minsk-old-new.com
  19. a, b et c (ru) С. Швейбиш. « Еврейский семейный партизанский отряд Ш. Зорина Вестник Еврейского университета в Москве, № 3 », sur jhistory.nfurman.com,‎ 1996
  20. (ru) « Под кодовым названием «Рига», газета «Советская Белоруссия» » (consulté le 22 avril 2013)
  21. (en) Holocaust in Minsk
  22. (ru) « Мемориальная доска подпольщикам Минского гетто будет открыта 8 июля в Минске », sur sb.by