Cernunnos

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Cernunnos
Dieu de la mythologie celtique gauloise
Cernunnos sur le Pilier des Nautes.
Cernunnos sur le Pilier des Nautes.

Cernunnos est un dieu gaulois. Aucun texte se rapportant à lui n'a été conservé. Les chercheurs en sont réduits à des conjectures fondées sur l'interprétation de l'onomastique et de l'iconographie pour comprendre son rôle dans la religion gauloise puis gallo-romaine.

Onomastique[modifier | modifier le code]

Son nom est attesté par une unique inscription gallo-romaine : celle du pilier des Nautes de Paris, conservée au musée de Cluny et dans laquelle le C initial est restitué.

La traduction usuelle du théonyme est « (dieu) cornu », mais il n'est pas certain qu'elle soit exacte (compte tenu des noms celtiques de la « corne » : gallois carn ou cyrn, breton karn et kern. Le thème kern- désigne en celtique expressément le sommet de la tête et il s'apparente aux mots indo-européens désignant des bêtes à corne en général et le cerf en particulier.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Cernunnos sur le chaudron de Gundestrup

L'iconographie, elle, comporte un dossier d'une soixantaine de représentations. Il est notamment représenté sur le chaudron de Gundestrup (récipient cultuel datant du Ier siècle av. J.-C.) et sur le pilier des Nautes de Lutèce (monument élevé par la corporation des Nautes, sous le règne de Tibère entre 14 et 37 après Jésus-Christ). Son iconographie présente certaines caractéristiques.

  • Cernunnos porte le bijou emblématique des Gaulois, le torque, parfois autour du cou, accrochés à ses bois ou dans une de ses mains.
  • Cernunnos est assis en tailleur, à la manière « bouddhique ». Cette posture est traditionnelle des dieux et des héros celtes[1], représentés en tailleur. On retrouve cette figuration chez les Guerriers accroupis découverts en 1860 à Roquepertuse dans les Bouches-du-Rhône.
  • Cernunnos tient un sac de pièces qu’il répand ou un panier plein de nourriture, deux représentations de l’abondance.
  • Cernunnos est parfois tricéphale ou à trois visages comme dans la stèle aux trois divinités découverte en 1973 aux Bolards, en Côte-d'Or.
  • Cernunnos est tantôt représenté jeune et imberbe, tantôt comme un vieillard à la barbe fournie[2].
  • Cernunnos est parfois entouré d’animaux, ce qui pourrait en faire un Maître du règne animal. Le serpent à tête de bélier lui est souvent associé. Ce serpent à tête "criocéphale" bénéficiait d'une grande popularité dans toute l'Europe celtique et en Gaule, illustrant l'unité culturelle réalisée par les Celtes au terme de leur expansion. On le retrouve dans les Alpes italiennes, sur les gravures rupestres du Val Camonica dès le IVe siècle, sur le chaudron de Gundestrup, sur les monnaies des Séquanes et des Boiens de Bohême[3].

La représentation de Cernunnos, dieu mi-humain, mi-animal, cesse apparemment au IIe siècle de notre ère[4]. À cette date, le panthéon gallo-romain est dominé par les formes classiques anthropomorphiques. Peu de temps après la conquête, la pacification des Gaules passe par un rapprochement avec les valeurs politiques et esthétiques du vainqueur.

Conjectures[modifier | modifier le code]

Cernunnos sur une gravure rupestre dans le parc national de la Naquane (Capo di Ponte)[5]

Cernunnos est-il le dieu de la prospérité et des saisons ?[modifier | modifier le code]

On pourrait interpréter le fait qu'il soit représenté tenant un sac de pièces ou un panier plein de nourriture comme le signe qu'il est le dieu de la richesse. Les bois peuvent symboliser la puissance fécondante et les renouvellements cycliques, ils repoussent pendant la saison claire de l’année celtique. Une sculpture de Cernunnos trouvée à Meaux, montre le sommet de son crâne muni de deux protubérances latérales qui suggèrent la repousse prochaine de la ramure[2].

Cernunnos est-il le dieu père des Gaulois ?[modifier | modifier le code]

Selon l'archiviste paléographe Anne Lombard-Jourdan, le dieu père des Gaulois auquel Jules César donne le nom d'un dieu romain, Dis Pater, nom archaïque de Pluton, pourrait être Cernunnos. Dis Pater est en effet le dieu du monde souterrain et des richesses comme pourrait l'être Cernunnos. Le dieu que Jules César nomme Dis Pater pourrait avoir été honoré sous des formes et des dénominations variées : tel peuple pouvait célébrer son culte sous tel ou tel nom selon des qualités divines mises en avant par les druides locaux[6]. Cernunnos est le seul dieu à porter systématiquement des attributs caractéristiques des peuples des Gaules comme les braies et le torque, ce qui plaide pour en faire un dieu père des Gaulois. Ces appellations ont donné naissance à des dieux plus connus : chacun de ces dieux ne serait en fait qu'une hypostase du dieu Père. Cernunnos pourrait être ainsi une désignation du dieu que Jules César nomme Dis Pater.

Cernunnos est-il une divinité archaïque ?[modifier | modifier le code]

Plusieurs éléments semblent indiquer que la figure de Cernunnos correspond à une divinité très ancienne.

  • Un homme cornu figure sur une peinture pariétale de la grotte des « Trois frères » en Ariège.
  • Sa posture yogique pourrait indiquer une origine pré-celte (et pré-indo-européenne), relevant de la même thématique iconographique que celle du sceau retrouvé à Mohenjo-daro (civilisation de l'Indus) : représentation d'un dieu à cornes, assis en tailleur, entouré d'animaux). Cette figure de Mohenjo-daro correspondrait à Pashupati, épithète de Shiva[7].
  • On peut signaler qu'à l'époque proto-hittite il existait dans la civilisation du Hatti un culte du cerf. Il persistera d'ailleurs, en Cappadoce un culte similaire, d'où pourrait découler la vision de saint Eustache, général romain amateur de chasse. Ainsi, Placidus se convertit au christianisme et prit le nom d’Eustache après avoir vu apparaître une croix entre les bois d’un cerf[8].

Survivances après l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Une sculpture inspirée par le souvenir du dieu ?
  • Certains voient dans l'association deux saints bretons semi-légendaires, saint Edern et saint Théleau, tous deux traditionnellement représentés comme chevauchant un cerf, un héritage de la religion celte qui tenait la bête en grande vénération. La chute annuelle des bois suivie de repousse passait aux yeux des anciens pour être symbole de mort et de résurrection. Le cerf, on le sait était associé au culte rendu du dieu Cernunnos[9].
  • Une représentation tardive de ce dieu ? : Dans les stalles de la collégiale Saint Thiébaut de Thann (68/France), dont la construction s'échelonne du XIIIe au XVe siècle, une miséricorde représente un personnage mi-homme mi-cervidé qui pourrait être Cernunnos ou du moins une image inspirée de son souvenir.
  • Ce dieu cornu a probablement été assimilé au Diable par les chrétiens, dans le but d'éloigner le peuple de ce culte considéré comme païen, donc mauvais[10],[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anne Lombard-Jourdan, Alexis Charniguet, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, éd. Larousse, 2009, p. 22.
  2. a et b Anne Lombard-Jourdan, Alexis Charniguet, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, éd. Larousse, 2009, p. 23.
  3. Anne Lombard-Jourdan, Alexis Charniguet, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, éd. Larousse, 2009, p. 26.
  4. Anne Lombard-Jourdan, Alexis Charniguet, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, éd. Larousse, 2009, p. 27.
  5. Umberto Sansoni-Silvana Gavaldo, L'arte rupestre del Pià d'Ort : la vicenda di un santuario preistorico alpino, p. 156 ; (it) « Ausilio Priuli, Piancogno sur "Itinera" »,‎ 2 avril 2009.
  6. Anne Lombard-Jourdan, Alexis Charniguet, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, éd. Larousse, 2009, p. 19.
  7. Flood, 1996
  8. Dossiers Histoire et Archéologie, 1987, n°21, p. 62-79.
  9. http://catholique-quimper.cef.fr/decouvrez_notre_patrimoine/les-pardons/bol-d-air-breton/copy_of_saint-edern/
  10. http://mythes-celtes.com/mythes/C/cernunnos.htm
  11. http://atheisme.free.fr/Contributions/Cernunnos.htm

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Simone Deyts, Images des dieux de la Gaule, Errance, Paris, 1992, (ISBN 2-87772-067-5)
  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot,‎ février 1993, 169 p. (ISBN 2-228-88621-1)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot,‎ août 1994, 365 p. (ISBN 2-228-88838-9)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997 (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire »,‎ avril 1995, 216 p. (ISBN 9782737313158)
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 9782914855372).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout,‎ octobre 2009, 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2).
  • Consulter aussi la bibliographie sur la mythologie celtique et la bibliographie sur la civilisation celtique.

Articles connexes[modifier | modifier le code]