Hospitalité

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L'hospitalité, la libéralité que l'on exerce en recevant en logeant gratuitement les étrangers, les passants. Plus généralement, le mot désigne l'action de recevoir autrui chez soi.

Le mot a une longue histoire jusqu'à nos jours. À l’origine des mots hospitalité et hôte/hôtesse mais aussi hôpital, hôtel et même hostile et otage, les étymologistes relèvent un verbe latin : hostire. Celui-ci a trois significations : (1) mettre à niveau, égaliser, (2) user de représailles, rendre la pareille, (3) frapper. Ainsi l’hospitalité est un geste de mise à égalité mais comporte aussi une face de violence.

Conceptions philosophiques de l'hospitalité[modifier | modifier le code]

L'hospitalité figure également parmi les vertus de l'islam, les préceptes du Coran prônant l'accueil et la protection des gens du Livre : dans son sens originel, la dhimma était un « contrat » par lequel la société musulmane pratiquait l'accueil et la tolérance envers les monothéistes non musulmans, et leur accordait le droit de pratiquer leur religion. Partant de ces principes, l'hospitalité envers l'étranger, compris comme un croyant non musulman, mais aussi par extension l'ensemble des êtres humains, est devenue l'une des vertus les plus prisées des sociétés musulmanes[1].

Aujourd'hui, la définition la plus commune de l'hospitalité est « l’action de recevoir chez soi l’étranger qui se présente » (selon le Trésor de la langue française informatisé). Le geste d’hospitalité n’est donc ni aisé ni spontané et requiert un effort car il recèle un danger et une menace. L’arrivée des étrangers provoque un télescopage de cultures différentes mais aussi une ouverture sur le monde.

Les étrangers absolus[modifier | modifier le code]

Un large pan de la littérature sociologique et philosophique sur l’hospitalité s’est focalisé sur les étrangers absolus (Derrida) : les exilés, les déportés, les expulsés, les déracinés, les apatrides, les nomades anomiques. Il s’agissait souvent, du moins pour les chercheurs engagés, d’apporter une pierre aux débats suscités, en France, par les diverses lois visant au contrôle de l’immigration ou les opérations de régularisation d’étrangers en situation irrégulière. Néanmoins, l’hospitalité n’est pas l’intégration. Une certaine distance doit être maintenue avec l’étranger pour préserver l’altérité.

Alors que l'allemand distingue depuis longtemps Gastgeber et Gast, en français, le mot hôte est ambigu. Il désigne aussi bien l’accueillant que l’accueilli. Mais la relation hôte-hôte demeure asymétrique car l’hospitalité implique une dépendance de l’accueilli envers des règles extérieures, comme le temps des repas. Et l’invité, bien sûr, n’est pas chez lui. D’où, une situation inconfortable et une gêne réciproque. Offrir l’hospitalité, c’est donner quelque chose de soi. L’hospitalité se situe donc au-delà du service.

La valeur du partage du « chez soi »[modifier | modifier le code]

Pour les philosophes, l’hospitalité peut se définir comme le partage du « chez soi », comme une valeur. Les sociologues y voient un fait social, un rite de passage, un moment de cohabitation. Montandon réconcilie les uns et les autres en affirmant : « L’hospitalité, une manière de vivre ensemble, régie par des règles, des rites et des lois. » Dans beaucoup de cultures, l'hôte se contente de marquer sa bienveillance par le mot "bienvenue ! Welcome ! Mar'haban bik ! etc", mais l'accueil peut aussi donner lieu à un échange plus formel : par exemple, il est de tradition en Haïti, lorsqu'on est reçu chez quelqu'un d'exprimer sa satisfaction en disant "Honneur !", à quoi le Maitre de Maison ne manque pas de répondre "Respect !".

Certains considèrent que l’hospitalité a connu un déclin progressif à mesure que l’État prenait en charge, par voie de redistribution, certaines prérogatives charitables. Mais la pratique de l’hospitalité privée existe toujours, dans le cadre d'une maison d'hôtes, du couchsurfing (canapégiature) ou de l'accueil familial de vacances. Et dans les destinations touristiques, au-delà du simple service, l’hospitalité vis-à-vis du touriste étranger implique non seulement les professionnels mais aussi les résidents. Même si les anglo-saxons désignent l'industrie hôtelière sous l'expression hospitality industry, les hôtels et restaurants pratiquent l'accueil, mais pas l'hospitalité sauf vis-à-vis des touristes étrangers.

Quelques ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Jacques Derrida, Anne Dufourmantelle, Anne Dufourmantelle invite Jacques Derrida à répondre - De l’hospitalité, Calman-Lévy, Paris, 1997.
  • Anne Gotman, « L'hospitalité », Communications, n° 65, 1997
  • Anne Gotman, Le sens de l’hospitalité – Essai sur les fondements sociaux de l’accueil de l’autre, Presses universitaires de France, Paris, 2001.
  • Frère Denis Hubert (dir), L'hospitalité: recueil de textes non bibliques pour l'accueil de l'hôte, L'Atelier, 1996
  • Edmond Jabès, Le Livre de l'hospitalité, Gallimard, 1991
  • Alain Montandon (dir.), Lieux d’hospitalité – Hospices, hôpital, hostellerie, Presses Universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2001.
  • Alain Montandon (dir.), Le livre de l’hospitalité Accueil de l’étranger dans l’histoire et les cultures, Bayard, Paris, 2004.
  • René Schérer, Zeus hospitalier : éloge de l'hospitalité, Armand Colin, 1993 (rééd. La Table ronde, 2005).
  • Pierre Gouirand, L'accueil : de la philoxénologie à la xénopraxie, Amalthée, Nantes, 2008

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mustapha Chérif,Jean-Luc Nancy, L'islam, tolérant ou intolérant, Odile Jacob, 2006, page 52

Voir également[modifier | modifier le code]

(fr) BeWelcome Réseau d'échange d'hospitalité

Articles connexes[modifier | modifier le code]