Edme-François Gersaint

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Edme-François Gersaint
Antoine Watteau 047.jpg
L’Enseigne de Gersaint de Watteau (1720), château de Charlottenburg, Berlin.
Biographie
Naissance
Décès
Activité

Edme-François Gersaint, né en 1694 à Paris où il meurt en 1750, est un marchand mercier et historien de l'art français, qui occupe une place centrale dans le développement du marché de l'art et des métiers de luxe durant la Régence lorsque régnait le style rococo.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d’une famille de marchands bourguignons récemment installée à Paris, Gersaint a commencé sa carrière comme marchand-mercier en 1718, puis en achetant le stock de marchandises et en héritant, avec un modeste capital, de la clientèle d’Antoine Dieu, marchand de tableaux Au Grand Monarque sur le Petit-Pont. Le Petit-Pont, bordé de boutiques, ayant brulé la même année, Gersaint alla s’installer sur le Pont Notre-Dame[1]. L’ombre de Gersaint a toujours été liée à sa bienveillante amitié pour Watteau. Ce dernier a peint la célèbre Enseigne de Gersaint en quelques jours à l’automne 1720, quelques mois avant sa mort, pour servir de panneau publicitaire à la galerie de son ami. En réalité, l’enseigne, dont la représentation idéalise la boutique encombrée de Gersaint, n’a pas été exposé aux éléments. Le dernier chef-d’œuvre de Watteau, qui ne resta accroché à l’extérieur que quinze jours, faisant l’admiration de tout Paris, fit autant de publicité à Watteau qu’à Gersaint lui-même[2].

Gersaint a effectué la totalité de sa carrière à partir de sa boutique exiguë, à peine plus grande qu’un kiosque avec une petite arrière-boutique, située sur le pont Notre-Dame, en plein cœur du cœur de Paris, suivant la mode tout en approvisionnant une clientèle d’aristocrates en objets d’art et en bagatelles de luxe[3]. Deux inventaires de son stock, effectués en 1725 et 1750, ont révélé l’ampleur prise par l’intérêt de Gersaint pour les nouveautés exotiques, comme la porcelaine et le laque orientale, les services à thé et à café, des coquillages des mers tropicales : Gersaint n'était pas qu'un marchand de tableaux.

À partir de 1733, Gersaint commença à compiler le catalogue des ventes aux enchères à Paris, notamment les collections de Quentin de Lorangère (2 mars 1744), Antoine de Laroque (22 avril 1745), et le vicomte Angran de Fonspertuis (17 décembre 1747). Gersaint ajoutait la biographie des artistes aux descriptions extensives de leur œuvre[4]. Le Catalogue raisonné de toutes les pièces qui forment l’œuvre de Rembrandt[5], publié à titre posthume à Paris en 1751, est le premier catalogue raisonné de l’œuvre graphique d’un seul artiste, abordant en détail, dans un chapitre, sur les attributions douteuses les questions de connaisseur consistant à distinguer l’œuvre de Rembrandt de celle de ses élèves[6]. Il a néanmoins fallu attendre 2002 pour que Gersaint ait sa première biographie extensive[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guillaume Glorieux, À l’Enseigne de Gersaint : Edme-François Gersaint, marchand d’art sur le Pont Notre-Dame, Seyssel, Champ Vallon, 2002, 585 p., (ISBN 9782876733442), p. 28 passim.
  2. Dans sa préface à la monographie de Glorieux, À l’Enseigne de Gersaint, Daniel Roche observe qu’« Elle ne fait pas la publicité de Gersaint, mais celle de Watteau ».
  3. Dans sa préface à la monographie de Glorieux, À l’Enseigne de Gersaint, Daniel Roche observe que « Gersaint, faiseur de modes, suiveur de modes, est, d’une autre façon que Watteau, un créateur vrai ».
  4. (en) Holm Bevers, Drawings by Rembrandt and his pupils : telling the difference, Los Angeles, J. Paul Getty Museum, 2009, p. 34.
  5. Edmé François Gersaint, P. C. A. Helle et Jean-Baptiste Glomy, Catalogue raisonné de toutes les pièces qui forment l'œuvre de Rembrandt, Paris, Chez Hochereau, l'aîné, , 326 p. (OCLC 8451071, lire en ligne), p. 60-61.
  6. Mariët Westermann, Rembrandt, Phaidon, 2000, p. 321.
  7. Guillaume Glorieux, À L’Enseigne de Gersaint. Edme-François Gersaint, marchand d’art sur le pont Notre-Dame (1694-1750), Seyssel, Champ Vallon, 2002

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guillaume Glorieux, « Edme-François Gersaint (1694-1750). Un marchand mercier exemplaire au XVIIIe siècle », L’Objet d ’Art, no 330, décembre 1992, p. 46-57.
  • Guillaume Glorieux, « Gersaint et Watteau, ambition et limites d’une relation de mécénat », G.B.A., no CXXXIV, décembre 1999, p. 255-270.
  • Guillaume Glorieux, Edme-François Gersaint (1694-1750), thèse de doctorat (sous la dir. d’A. Mérot), Université Paris Sorbonne-Paris IV, 2000.
  • Guillaume Glorieux, À L’Enseigne de Gersaint. Edme-François Gersaint, marchand d’art sur le pont Notre-Dame (1694-1750), préfacé par Daniel Roche, Seyssel, Champ Vallon, 2002.
  • Guillaume Glorieux, « Les catalogues raisonnés de Gersaint et la question des attributions », dans P. Michel éd., Collections et marché de l’art en France au XVIIIe siècle, actes de la 3e journée d’étude d’histoire de l’art moderne et contemporain, Bordeaux, Les Cahiers du Centre François-Georges Pariset, 2002, p. 135-142.
  • Guillaume Glorieux, « Les Débuts de Watteau à Paris : le pont Notre-Dame en 1702 », G.B.A, no CXXXlX, février 2002, p. 251-261.

Liens externes[modifier | modifier le code]