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Nathalie Heinich

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Nathalie Heinich
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Nathalie Heinich, née le dans le 6e arrondissement de Marseille, est une sociologue française. Elle est spécialiste de l'art, notamment de l'art contemporain.

Biographie

Fille d'un journaliste, Nathalie Heinich fait ses classes au lycée Périer de Marseille[1]. Titulaire d'une maîtrise en philosophie de la Faculté des lettres d'Aix-en-Provence[1] et d'un doctorat en sociologie de l'EHESS après avoir soutenu une thèse[2] en 1981, sous la direction de Pierre Bourdieu[3],[4], et d'une habilitation à diriger des recherches (1994), Nathalie Heinich est directrice de recherche au CNRS, au sein du Centre de recherche sur les arts et le langage (CRAL) de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales[réf. souhaitée].

Son axe de recherche principal porte sur la sociologie de l'art[5], en particulier l'histoire du statut d'artiste (arts plastiques, littérature, cinéma) et l'art contemporain. Elle a également développé des travaux sur les crises d'identité, notamment l'identité féminine[réf. souhaitée]. Une troisième ligne de recherche porte sur l'histoire et l'épistémologie des sciences sociales[réf. souhaitée]. Enfin, ses dernières publications s'orientent vers une sociologie des valeurs[réf. souhaitée].

Initialement formée à la sociologie de Pierre Bourdieu, elle s'en est éloignée et a davantage pris appui par la suite sur la sociologie historique de Norbert Elias[4], tout en fréquentant pendant quelque temps le séminaire de Bruno Latour[4] et en s'associant aux chercheurs du Groupe de Sociologie Politique et Morale (GSPM) créé par Luc Boltanski[4]. Ses travaux récents s'inscrivent davantage dans la perspective d'une sociologie compréhensive et descriptive[6], et relèvent moins, selon son expression, d'une sociologie « de » l'art que d'une sociologie « à partir de » l'art[7].

Elle a travaillé en collaboration avec des psychanalystes (Mères-filles, une relation à trois, 2002, avec Caroline Eliacheff), des juristes (L'Art en conflit. L'œuvre de l'esprit entre droit et sociologie, 2002, avec Bernard Edelman) et des philosophes (Art, création, fiction, entre sociologie et philosophie, 2004, avec Jean-Marie Schaeffer)[réf. souhaitée].

Co-fondatrice de la revue Sociologie de l'art en 1992[8], Nathalie Heinich a été membre du jury de l'agrégation de sciences économiques et sociales[réf. souhaitée]. Elle a occupé plusieurs chaires d'enseignement dans des universités étrangères: la chaire de sociologie de l'art de la fondation Boekman à l'université d'Amsterdam [9] ; la chaire Jacques Leclercq de l'université de Louvain-la-neuve[réf. souhaitée] ; la chaire de culture et littérature française de l'école polytechnique de Zurich[10] ; la chaire du Centre des sciences historiques de la culture de l'université de Lausanne[11].

Distinctions

Prix

  • 1996 : prix Séverine de l'Association des femmes journalistes pour États de femme[12]
  • 2015 : prix Montyon de philosophie de l'Académie française pour Le Paradigme de l'art contemporain[13]
  • 2017 : prix Pétrarque de l'essai (France-Culture/Le Monde) pour Des valeurs[14]

Décoration

  • 2012 : chevalier de la Légion d'honneur[15]

Principaux thèmes de recherche

Sociologie de l'art

Le statut d'artiste

Nathalie Heinich a étudié l'histoire du statut d'artiste en peinture et en sculpture depuis la Renaissance, avec le basculement du régime artisanal au régime professionnel (Du peintre à l'artiste. Artisans et académiciens à l'âge classique, 1993[16] ) puis du régime professionnel au régime vocationnel (L’Élite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique, 2005[17]). Elle a également consacré un livre au nouveau statut des artistes interprètes et, plus généralement, des célébrités, à partir du développement des techniques de reproduction de l'image à la fin du XIXe siècle et dans le courant du XXe siècle (De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, 2012)[4].

En s'intéressant non seulement aux conditions matérielles et juridiques d'exercice du métier, mais aussi aux représentations de l'identité d'artiste, elle a mis en évidence l'importante de la valeur de singularité dans le monde de l'art, et les conditions de son fonctionnement, avec la mise en place à partir de l'époque romantique d'un « régime de singularité », opposé au « régime de communauté ». Les voies de grandissement de l'artiste en tant que « grand singulier » font l'objet de son premier livre, La Gloire de Van Gogh. Essai d'anthropologie de l'admiration (1991), de Être écrivain. Création et identité (2000), et de L'Épreuve de la grandeur. Prix littéraires et reconnaissance (1999). Elle montre dans ces deux derniers livres comment l’identité repose sur un modèle ternaire où les « écarts de grandeur » entre l’auto-perception (la manière dont le sujet se perçoit), la désignation (la manière dont le sujet est qualifié par autrui) peuvent être atténués par la représentation (la manière dont le sujet se présente à autrui). Ces écarts — qu’ils soient provoqués par une auto-perception plus élevée que la désignation (cas de Mozart ou de Van Gogh) ou, au contraire, par une désignation supérieure à l’estime qu’a l’artiste de lui-même (cas de Jean Carrière) — conduisent à des crises identitaires. À ce propos, la sociologue Gisèle Sapiro (directrice de recherche au CNRS) regrette le « subjectivisme phénoménologique qui ne saisit cette activité qu’en termes d’identité[18] ».

La reconnaissance

À partir d’objets tels que les prix littéraires ou les prix scientifiques, elle a orienté son modèle vers la problématique de la reconnaissance, en s'inspirant notamment des travaux de Axel Honneth et de Tzvetan Todorov. Elle a ainsi mis en place une comparaison des usages de la célébration (en arts et en sciences) et de leurs effets sur les bénéficiaires d'une reconnaissance institutionnelle. Elle montre notamment que la "montée en généralité", travaillée par les sociologues français Luc Boltanski et Laurent Thévenot, n'est pas la seule façon d'acquérir de la grandeur, celle-ci pouvant aussi s'obtenir - à certaines conditions - par une "montée en singularité", qu'exemplifient remarquablement les carrières d'écrivains et d'artistes à partir de l'époque romantique et, encore aujourd'hui, avec l'art contemporain (Etre écrivain, 2000; L'Elite artiste, 2005; Le Paradigme de l'art contemporain, 2014)[réf. souhaitée].

L'art contemporain

L'art contemporain a constitué pour Nathalie Heinich une ligne de recherche étalée sur une vingtaine d'années, depuis Le Triple Jeu de l'art contemporain. Sociologie des arts plastiques (1998) et L'Art contemporain exposé aux rejets. Études de cas (1998) jusqu'au Paradigme de l'art contemporain. Structures d'une révolution artistique (2014), en passant par Pour en finir avec la querelle de l'art contemporain (2000) et Guerres culturelles et art contemporain. Une comparaison franco-américaine (2010).

S'appuyant sur des enquêtes de terrain menées en France et aux États-Unis, elle a proposé une description de son fonctionnement, articulé entre transgressions des frontières opérées par les œuvres, réactions des publics réfractaires et intégrations de ces propositions par les intermédiaires spécialisés. Le sociologue Jean-Louis Fabiani écrit à ce sujet : "Toujours moins d'œuvre susciterait toujours plus de texte [de commentaires]. Le jeu de l'art contemporain se trouve ainsi réduit à un seul type de coup (surenchère de la transgression pour l'artiste, surchauffe herméneutique pour le critique). Si la tâche du sociologue se limite à la description de ce jeu, comme semble le suggérer Nathalie Heinich, on risque fort d'en avoir très vite épuisé les charmes (toujours moins d'un côté, toujours plus de l'autre, etc., etc., etc.)[19]

En qualifiant l'art contemporain non pas de période ou même de genre de l'art, mais de paradigme, au sens donné à ce concept par l'épistémologue Thomas Kuhn, elle montre comment le « paradigme contemporain », l'hétérogénéité de cet art contemporain, son caractère transgressif, s'oppose non pas tant au « paradigme classique » qu'au « paradigme moderne », chacun des trois étant défini par des critères et des attentes bien précises ; et comment la révolution artistique que représente ce nouveau paradigme modifie non seulement les œuvres mais aussi leur réception, le rôle des intermédiaires et des institutions, leur économie, leur conservation et leur restauration, leur reproduction, et plus généralement tout le fonctionnement du monde de l'art[20],[21]. Le travail de Nathalie Heinich devient la référence théorique de certains dénonciateurs de l'art contemporain, tels que Jean-Gabriel Fredet[22], l'essayiste Aude de Kerros (qui l'interviewe à plusieurs reprises sur Radio Courtoisie et qui la cite dans ses livres[23])[pertinence contestée], l'Institut Turgot (think tank libéral)[réf. nécessaire], alors que certaines revues spécialisées dans ce domaine rejettent son travail[24], tandis que d'autres le soutiennent[25].

Nathalie Heinich s'est érigée à plusieurs reprises, dans des entretiens et des conférences, contre les interprétations militantes de ses travaux, alors qu'elle entend s'en tenir à une analyse descriptive et neutre, exempte de toute critique ou défense de l'art contemporain, conformément aux règles déontologiques de la recherche en sciences sociales. Mais pour d'autres, cette référence à la "neutralité" n'est qu'une rhétorique visant à maquiller en description une opinion de type radical. Ainsi, sur la notion de « transgression », elle déclare :

« Lorsque sont systématiquement mises à mal des règles communes, esthétiques mais aussi morales, cela peut, au lieu d'ouvrir de nouveaux espaces de liberté et de création, produire des effets destructeurs, y compris pour les auteurs eux-mêmes. Vient un moment où la désintégration des normes induit la violence. Contrairement à ce que prétendent certains créateurs, ce n'est pas parce que le théâtre et la danse seraient le reflet de la vie réelle, mais bien parce que, dès lors que l'on systématise la transgression, elle produit forcément de la violence[26]. »

La juriste Agnès Tricoire considère donc non pas comme neutre et objective la construction théorique de Nathalie Heinich, mais comme subjective et engagée : « On pourrait attendre de la sociologie une certaine neutralité ou, tout du moins, une recension honnête des faits. Or, pour ce qui concerne les ouvrages sur l'art contemporain de Nathalie Heinich […], tel n'est pas le cas, puisque tantôt elle encourage explicitement les poursuites pénales, tantôt elle dissimule que les artistes ont fait valoir leurs droits avec succès devant les tribunaux. Ainsi, dans Le Triple Jeu de l'art contemporain, sous couvert de présenter objectivement ses analyses sociologiques, position qu'elle finit heureusement par abandonner à la fin du livre en assumant sa subjectivité, Nathalie Heinich valide systématiquement les points de vue moraux et réprobateurs sur les œuvres, et porte de graves accusations contre l'institution artistique[27]. » Ainsi par exemple Nathalie Heinich a considéré que Paul McCarthy relevait de la "tendance pipi-caca-boudin" et Jeff Koons de la tendance Bienvenue à Disneyland[28].

Nathalie Heinich récuse pourtant la tendance à rabattre les travaux de recherche sur des positions politiques, tendance qui témoigne selon elle d'une ignorance ou d'une incompréhension de la visée de production de connaissances propre au domaine scientifique, ou, en d'autres termes, d'un refus de l'autonomie de la recherche[29].

L'artification

L'extension de ses travaux sur le statut d'artiste au statut des auteurs littéraires (voir L’Épreuve de la grandeur et Etre écrivain), des auteurs de cinéma (auxquels elle a consacré plusieurs articles) et des commissaires d'exposition (voir Harald Szeemann. Un cas singulier, 1995, ainsi que L'Art en conflits, 2002) l'a également amenée à élaborer, dans un séminaire co-dirigé avec Roberta Shapiro, le concept d'"artification". Il désigne l'ensemble des processus par lesquels une activité en vient à être considérée et traitée comme de l'art, et ses praticiens comme des artistes : cas notamment de la peinture et de la sculpture lors du mouvement académique à l'âge classique, ainsi que, plus tard, de la photographie, du cinéma, de l'art brut (entre autres) et, aujourd'hui, du street art ou, potentiellement, du commissariat d'exposition. Ce travail a donné lieu à un ouvrage collectif, De l'artification. Enquêtes sur le passage à l'art (2012, avec Roberta Shapiro)[30].

Sociologie de l'identité

L'identité féminine

Dans un deuxième axe de recherche, Nathalie Heinich s'est appuyée sur la fiction littéraire et cinématographique pour élaborer un modèle anthropologique de l'identité féminine dans l'imaginaire occidental, en particulier dans États de femme. L'identité féminine dans la fiction occidentale (1996), où elle met en évidence la systématicité des structures identitaires traditionnellement permises aux femmes à partir du triple critère de la dépendance économique, de la disponibilité sexuelle et du degré de légitimité de leur articulation. Elle y propose également une théorisation de ce que serait la version proprement féminine du « complexe d'Œdipe », sous le nom de « complexe de la seconde ». Dans Les Ambivalences de l'émancipation féminine (2003), elle précise certains aspects de ce modèle et l'articule avec une problématique plus directement féministe. Elle a appliqué cette approche identitaire et cette méthodologie aux rapports entre mères et filles, dans Mères-filles, une relation à trois (2002), publié avec la psychanalyste Caroline Eliacheff[réf. souhaitée].

Elle s'est par ailleurs érigée contre une tendance à l'invisibilisation des apports théoriques des femmes-chercheurs dans le monde académique, constitutive selon elle d'une « forme spécifiquement académique de plafond de verre » pratiquée par les chercheurs eux-mêmes[31][réf. souhaitée].

La problématique des valeurs

Avec La Fabrique du patrimoine (2009)[32] et De la visibilité (2012)[4], Nathalie Heinich réoriente ses analyses en direction de la question des valeurs, de leur statut ontologique et des conditions pragmatiques de leur usage par les acteurs, en plaidant pour une prise au sérieux de cette problématique peu ou mal travaillée par la sociologie[33].

Épistémologie des sciences sociales

Outre un certain nombre d'articles consacrés à des questions d'histoire, de statut et de méthodologie de la sociologie, Nathalie Heinich a publié des ouvrages sur le sociologue Norbert Elias (La Sociologie de Norbert Elias, 1997 ; Dans la pensée de Norbert Elias, 2015), sur la sociologie de l'art en tant que discipline (La Sociologie de l'art, 2001)[5], sur la sociologie de Pierre Bourdieu (Pourquoi Bourdieu, 2007), sur les erreurs de raisonnement en sociologie (Le Bêtisier du sociologue, 2009), ainsi qu'une réflexion sur son propre parcours à travers ses différents thèmes de recherche (La Sociologie à l'épreuve de l'art, 2006 et 2015[6]). Son livre sur Bourdieu a été très décrié par les partisans de ce dernier, notamment Bernard Lahire, qui écrit : « Elle prétend expliquer les “raisons d’un succès”, lié notamment à la personne de Bourdieu, son comportement, ses stratégies. C’est un échec. En effet, pour comprendre pourquoi cette pensée a rencontré un tel écho, il faudrait réaliser de vraies enquêtes de “sociologie de la réception” auprès de groupes variés : les sociologues, les historiens, les linguistes, les anthropologues, mais aussi les travailleurs sociaux, les éducateurs, les militants, les enseignants, etc. Au lieu de cela, elle s’appuie sur des anecdotes personnelles. Cette démarche, elle la justifie en affirmant qu’elle a cherché à expliquer pourquoi elle-même a été enchantée, envoûtée, par Bourdieu. C’est de la paresse empirique[34]. »

Avec Ce que l'art fait à la sociologie (1998), elle livre sa propre conception d'une sociologie enrichie par la prise en compte non réductrice et non critique des représentations des acteurs, comme y incite le travail sur l'art, en considérant les valeurs de singularité et d'individualité non plus comme des illusions à dénoncer mais comme des représentations cohérentes à analyser, en s'appuyant sur l'enquête empirique et en adoptant une perspective compréhensive, descriptive et neutre. Le relativisme des sciences sociales se trouve ainsi limité à sa seule dimension descriptive, à l'encontre de toute tentation normative pour critiquer ou édicter des normes ; et la neutralité devient non plus un retrait face aux engagements dans le monde social, mais une façon différente d'y intervenir, grâce à la mise en évidence des arrière-plans qui donnent leur cohérence aux différentes positions adoptées par les acteurs[réf. souhaitée].

En 2017, les sociologues Luc Boltanski et Arnaud Esquerre ont dénoncé dans un communiqué au Monde ce qu'ils considèrent comme des manquements déontologiques de Nathalie Heinich relativement à ses allusions critiques à leur ouvrage Enrichissement[35] sans que celui-ci soit clairement cité : « Faut-il rappeler que les textes extraits d'un ouvrage publié récemment sous les noms d'auteurs qui, avec leur éditeur, en assument la responsabilité, ne peuvent être utilisés comme le seraient des textes tombés dans le domaine public [...] L'utilisation que Mme Heinich fait de quelques fragments arrachés à un livre de 660 pages nous est préjudiciable. [...] elle accompagne les citations de longs commentaires [...] que l'on peut qualifier au bas mot de pamphlétaires [...] La manière de procéder de Mme Heinich, mêlant allusions, contre-vérités et anathèmes n'est en rien compatible avec l'éthique de la discussion dont elle se réclame [...] nous voulons marquer notre consternation face à des procédés qui relèvent de la stratégie du soupçon, et que nous condamnons[36]. » Elle leur a répondu le 22 décembre 2017 sur le site Lesinfluences.fr[37].

Questions de société

S'appuyant sur la distinction élaborée par Tzvetan Todorov entre le rôle du chercheur, celui de l'expert et celui du penseur, Nathalie Heinich plaide pour une distinction nette entre productions scientifiques, dans les publications universitaires (rôle du chercheur), et interventions politiques, dans la presse et les revues d'opinion (rôles de l'expert ou du penseur), alors même que les concepts qu'elle utilise dans ces différents contextes sont identiques (par exemple la notion de "paradoxe permissif" est utilisée pour "décrire" le monde de l'art contemporain et pour le disqualifier, le contexte du chercheur et celui de l'expert faisant ainsi système)[réf. souhaitée].

C'est ainsi qu'elle a pris de nombreuses fois position sur des sujets d'actualité. Sur la question islamique, Nathalie Heinich a considéré que le burkini encourageait indirectement le djihadisme: « L’affichage de comportements manifestant l'adhésion à une conception fondamentaliste de l'islam, tel que le port du burkini, ne relève pas de l'exercice d'une religion (va-t-on à la plage pour prier?) : il relève de l'expression d'une opinion, et d'une opinion délictueuse, puisqu’il s'agit d'une incitation à la discrimination sexiste, qui en outre banalise et normalise l'idéologie au nom de laquelle on nous fait la guerre[38].» Ce à quoi Michel Wieviorka a répondu : « Le sociologue qui s’exprime sur le burkini [...] devrait s’appuyer sur des recherches portant directement sur ce phénomène [...] Je suis à dire vrai stupéfait de constater que Nathalie Heinich distord mon analyse de ce qui se passe en France [...][39]. » Elle fut, par ailleurs, une opposante au pacte civil de solidarité (PACS), dans une pétition publiée dans Le Monde, intitulée « Ne laissons pas la critique du PACs à la droite[40] », qui plaidait pour une extension des droits des concubins aux homosexuels de façon à garantir leurs droits sans créer des problèmes potentiellement insolubles en matière de filiation, et sans risquer d'exposer la sexualité des individus au regard de l'État et des lois, critiques qui se révélèrent sans fondement[41]. Lors du débat sur l'ouverture du mariage aux couples homosexuels en France, elle signe aux côtés de 54 autres femmes une tribune contre le projet de loi, en affirmant par la même occasion son opposition à la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes et à la gestation pour autrui[42]. Elle a également contribué au dossier « Les enfants du mariage homosexuel » de la revue Le Débat[43] avec un article intitulé « L'extension du domaine de l'égalité » où elle écrit : « Revendiquer la prise en compte d’une particularité individuelle, telle que la pratique sexuelle, dans l’allocation des droits civiques et civils constitue une perversion de l’idéal républicain [...]. Assimiler un désir à un droit [...] relève d’un mode de fonctionnement psychique qui ne connaît d’autre modalité de transaction avec le réel que le fantasme infantile de toute-puissance opposé à une autorité forcément maléfique.» Ses interventions contre le mariage pour tous ont suscité la critique de certains chercheurs, dont des sociologues, tel Alain Quemin :

« Quand l'argumentation [de Nathalie Heinich] présente de telles faiblesses, il devient légitime de remettre en cause l'intervention même dans le débat public qui, nimbée d'une autorité revendiquée au titre de l'appartenance à une institution sérieuse et d'une carrière effectuée sur la base de travaux très différents, apparaît dévoyée[44]. »

Elle s'est par ailleurs opposée à la féminisation des noms de métiers, dans un article intitulé « Le repos du neutre », article qui a inspiré aux linguistes Bernard Cerquiglini et Marie-Jo Mathieu les commentaires suivants : "Si nous nous sommes placés sur le plan de la grammaire pour réfuter les arguments de Nathalie Heinich, c’est qu’ils nous ont semblé relever d’une méconnaissance des règles de notre langue, méconnaissance entachée fortement de subjectivité[45]. " Elle fait partie des rares chercheuses en France à refuser de se faire appeler « directrice de recherche », et la seule femme de son propre laboratoire, le CRAL, à se désigner comme « directeur de recherche »[46]. Elle s'est opposée à la loi sur la parité, au nom du principe républicain de non-différenciation des individus en raison de leur appartenance à un groupe[47].

Elle intervient régulièrement dans la presse (Le Monde, Libération, Le Figaro), à la radio (France Culture, France Musique, France Inter, Europe 1, Radio libertaire, Radio Courtoisie[48], Fréquence protestante, Judaïques FM[réf. souhaitée]) ou sur des sites spécialisés (TheConversation.fr) à propos de questions relatives à l'art contemporain, aux politiques culturelles, à la différence des sexes et à la sexualité, aux usages des images. Elle a tenu une chronique mensuelle dans le quotidien Libération en 2014-2015.

En 2008, à la fin d'un compte rendu très critique du livre Classer, dominer. Qui sont les autres ? de Christine Delphy, Nathalie Heinich avance que les travaux de Delphy sont essentiellement idéologiques et lui reproche un féminisme qu'elle considère comme différentialiste et communautariste, exploité par les promoteurs du sexisme islamiste. Elle appelle à « un sérieux resserrement des procédures d’évaluation » au sein du CNRS, qu'elle estime « laisser ses postes de recherches servir durant des décennies à [des productions de bas niveau], au détriment des jeunes chercheurs brillants qui pourraient y exceller[49]. »

Polémique autour de l'attribution du prix Pétrarque

Récipiendaire en 2017 du prix Pétrarque de l'essai pour son livre Des valeurs, une pétition l'accusant d'homophobie et réclamant le retrait de ce prix est lancée et recueille en quelques semaines plus de 1 800 signatures dont celles de quelques personnalités comme Florence Dupont, Olivier Le Cour Grandmaison, Jean-Loup Amselle et l'ancien président du Centre Georges-Pompidou, Alain Seban[50], qui écrit à cette occasion :

« Les travaux de Mme Heinich sont dénués de rigueur scientifique et ne sont que la projection de ses propres obsessions hostiles à la culture de notre époque[51],[52]. »

Nathalie Heinich y répond dans la revue Limite[53] et s'en explique également dans l'émission L'Invité culture[54] sur France Culture, en revendiquant la nécessité de laisser exister des débats de fond qui ne soient pas d'emblée réduits à des camps politiques pré-établis. À cette occasion, Christine Boutin[55], La Manif pour tous[56], le Salon beige[57] et l'Action française[58], prennent sa défense, mais aussi un certain nombre d'intellectuels, dont les sociologues Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Irène Théry et la militante féministe Marie-Jo Bonnet[59].

Irène Théry précise cependant : « Je suis en désaccord profond avec Nathalie Heinich sur le Pacs, l'homoparentalité, la famille, la filiation, le mariage pour tous, la distinction de sexe, la PMA, et la GPA. Je n'ai pas remarqué qu'elle cherche spécialement le débat, y compris avec ceux qui (comme je crois que c'est mon cas) ont de tout autres arguments que l'anathème. Je ne la trouve pas toujours aussi scientifique ou honnête avec ses adversaires qu'elle croit l'être », mais elle n'en affirme pas moins : « J'ai trouvé immonde la pétition qui la vise. Je rejoins donc entièrement Jean-Louis Fabiani qui publie sur sa page la réponse de N. Heinich à la pétition qui la vise, et conclut son propre commentaire ainsi : "La liberté de la pensée n'est pas un vain mot. La police de la pensée est à nos portes. Je refuse de toutes mes forces un monde où les petites frappes intellectuelles feraient la loi[60]" ».

Ouvrages

  • 1991 : La Gloire de Van Gogh. Essai d'anthropologie de l'admiration, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique »
  • 1993 : Du peintre à l'artiste. Artisans et académiciens à l'âge classique, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe »
  • 1995 : Harald Szeemann : un cas singulier. Entretien, Paris, L'Échoppe
  • 1996 :
    • Être artiste. Les transformations du statut des peintres et des sculpteurs, Paris, Klincksieck (rééd. 2005, 2012)
    • États de femme. L'identité féminine dans la fiction occidentale, Paris, Gallimard, coll. « Les Essais »
  • 1997 :
    • La Sociologie de Norbert Elias, Paris, La Découverte, coll. « Repères »
    • L'Art contemporain exposé aux rejets, Paris, Jacqueline Chambon (recueil d'articles, rééd. en poche en 2009)
  • 1998 :
    • Ce que l'art fait à la sociologie, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe »
    • Le Triple Jeu de l'art contemporain. Sociologie des arts plastiques, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe »
  • 1999 : L'Épreuve de la grandeur. Prix littéraires et reconnaissance, Paris, La Découverte, coll. « L'Armillaire »
  • 2000 :
    • Pour en finir avec la querelle de l'art contemporain, Paris, L'Échoppe
    • Être écrivain. Création et identité, Paris, La Découverte, coll. « L'Armillaire »
  • 2001 : La Sociologie de l'art, Paris, La Découverte, coll. « Repères »
  • 2002 :
    • Mères-filles, une relation à trois, avec Caroline Eliacheff, Paris, Albin Michel
    • L'Art en conflits, avec Bernard Edelman, Paris, La Découverte, coll. L'Armillaire (recueil d'articles)
  • 2003 :
    • Face à l'art contemporain. Lettre à un commissaire, Paris, L'Échoppe
    • Les Ambivalences de l'émancipation féminine, Paris, Albin Michel (recueil d'articles)
  • 2004 : Art, création, fiction. Entre sociologie et philosophie, avec Jean-Marie Schaeffer, Paris, Jacqueline Chambon (recueil d'articles)
  • 2005 : L'Élite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines »
  • 2007 :
    • Pourquoi Bourdieu, Paris, Gallimard, coll. « Le Débat »
    • Comptes rendus à… Benjamin, Bourdieu, Elias, Goffman, Héritier, Latour, Panofsky, Pollak, Paris, Les Impressions nouvelles (recueil d'articles)
  • 2009 :
    • Le Bêtisier du sociologue, Paris, Klincksieck, coll. « Hourvari »
    • La Fabrique du patrimoine. De la cathédrale à la petite cuillère, Paris, éditions de la Maison des Sciences de l'Homme
    • Faire voir. L'art à l'épreuve de ses médiations, Paris, Les Impressions nouvelles (recueil d'articles)
  • 2010 : Guerre culturelle et art contemporain. Une comparaison franco-américaine, Paris, Hermann
  • 2011 : Sortir des camps, sortir du silence, Paris, Les Impressions nouvelles (recueil d'articles)
  • 2012 : De la visibilité, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines »
  • 2012 : De l'artification. Enquêtes sur le passage à l'art, Paris, éditions de l'EHESS (ouvrage collectif, co-direction avec Roberta Shapiro)
  • 2013 : Maisons perdues, Paris, Thierry Marchaisse
  • 2014 : Le Paradigme de l'art contemporain. Structures d'une révolution artistique, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines »
  • 2014 : Par-delà le beau et le laid. Les valeurs de l’art, Rennes, Presses universitaires de Rennes,2014 (co-direction avec Jean-Marie Schaeffer et Carole Talon-Hugon)
  • 2015 : La Sociologie à l'épreuve de l'art, entretiens avec Julien Ténédos, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles (réédition de 2006)
  • 2015 : Dans la pensée de Norbert Elias, Paris, CNRS éditions (recueil d'articles)
  • 2016 : L'Artiste contemporain, Bruxelles, éditions du Lombard, coll. « La Petite Bédéthèque des savoirs » (bande dessinée, avec Benoît Féroumont)
  • 2017 : Des valeurs. Une approche sociologique, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines »

Notes et références

  1. a et b « Nathalie Heinich », sur whoswho.fr, .
  2. « La constitution du champ de la peinture française au XVIIe siècle ».
  3. [1]
  4. a, b, c, d, e et f Gilles Bastin, « Nathalie Heinich, l'échappée solitaire », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  5. a et b Jean-Marie Privat, « Nathalie Heinich, La sociologie de l’art », Questions de communication, vol. 2,‎ (lire en ligne)
  6. a et b Denis Saint-Amand, « Nathalie Heinich, Julien Ténédos, La sociologie à l'épreuve de l'art. Première partie », Lectures, Les comptes rendus, 2008]
  7. Anthony Glinoer, « Ce que la littérature fait à la sociologie de l’art. Remarques à propos de L’Élite artiste de Nathalie Heinich », COnTEXTES, Notes de lecture, mis en ligne le 20 novembre 2006, consulté le 08 février 2018.
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    Nathalie Heinich a toutefois demandé et obtenu un droit de réponse à ce compte rendu au motif qu'il déforme le contenu de son livre.
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Voir aussi

Articles connexes

Liens externes