La Maison dorée de Samarkand

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La Maison dorée de Samarkand
9e album de la série Corto Maltese
Entrée du port de Rhodes, point de départ de cette aventure.
Entrée du port de Rhodes, point de départ de cette aventure.

Auteur Hugo Pratt
Dessin noir et blanc

Personnages principaux Corto Maltese
Timur Chevket
Cassandre
Marianne
Venexiana Stevenson

Éditeur Casterman
Première publication Drapeau de la France France : novembre 1986
ISBN 2-203-33208-5
Nb. de pages 144

Prépublication Drapeau de l'Italie Italie : La casa dorata di Samarcanda,
mensuel Linus à partir du n° 9, 1980.
Drapeau de la France France : mensuel (À SUIVRE) à partir du n° 31-32, 1980.
Albums de la série Corto Maltese

La Maison dorée de Samarkand est la 26e aventure de Corto Maltese écrite et dessinée par Hugo Pratt.

Le récit débute en décembre 1921 à Rhodes et se termine au mois de septembre 1922[1] à la frontière qui sépare l’Afghanistan des Indes.
Corto est à la recherche du trésor du roi perse, Cyrus II — caché par Alexandre le Grand —, prétexte pour libérer le prisonnier Raspoutine. Pour ce faire, il traverse trois États naissants : la République turque, l'Union soviétique et l'Iran de Reza Pahlavi.

Protagonistes[modifier | modifier le code]

Personnages historiques[modifier | modifier le code]

Personnages de fiction[modifier | modifier le code]

  • Corto Maltese
  • Raspoutine
  • Le général Timur Chevket, sosie de Corto, chef du mouvement Pantourien, ami d’Enver Pacha.
  • Cassandre, amie de Corto à Rhodes.
  • Marianne, actrice.
  • Venexiana Stevenson, aventurière.

L'histoire[modifier | modifier le code]

Rappelons qu’à la fin de Fable de Venise, Corto Maltese a franchi le seuil de la porte d’une cour secrète de Venise pour entrer dans une autre histoire. Les coupoles de Saint-Marc, encore présentes dans son esprit, rendent ses premières pensées confuses alors qu'il se trouve sur les quais du port de Rhodes.

Reprenant ses esprits, il part aussitôt en quête d’un manuscrit dont il a découvert l’existence en lisant les notes du baron Corvo. Il a ainsi appris que l'écrivain Edward Trelawnay aurait caché les mémoires de son ami Lord Byron « sous la lune sur la mosquée Kawakly ».

Après avoir réussi à trouver le manuscrit, il est interpellé par un individu qui le prend pour un certain Timur Chevket. Ses dénégations sont inutiles, car la ressemblance est telle, qu'elle ne résiste à aucun démenti. Il est donc conduit à une réunion d’un mouvement nationaliste où ce Chevket est attendu. Le général Enver Pacha, évincé par Kemal, devenu président de Turquie, veut prendre sa revanche. Pour conquérir le pouvoir, il a rompu avec les Bolcheviks et rejoint les musulmans anticommunistes. Chevket/Corto doit partir le retrouver au Turkestan. Au sortir de la réunion, Corto ne pense qu’à une chose : disparaître au plus vite.
Hébergé chez son amie Cassandre, il lui conte sa mésaventure. Elle le met en garde en lui prédisant qu’il court au-devant de grands dangers. Le soir, il étudie la carte et le manuscrit trouvés.
Deux jours après, à bord du voilier de Narcisse, le frère de Cassandre, il traverse la Méditerranée pour se rendre en Asie Mineure.

Quand il débarque sur les côtes du golfe d’Adalia, de premières péripéties le conduisent à être repéré par une patrouille qui le prend à nouveau pour Chevket. Emmené dans un camp où se trouvent des déserteurs turcs, il fait la connaissance d'une actrice nommée Marianne...

Arrivé à Adana, en Cilicie, en janvier 1922, il s’introduit dans une école derviche où il pense pouvoir trouver de l'aide pour libérer son ami Raspoutine de la prison appelée la « Maison dorée de Samarkand »[2].

Corto s’apprête à quitter Adana quand il retrouve une Marianne énamourée qui veut partir avec lui. Elle l’entraîne dans un Théâtre d'ombres où se joue une représentation de Karagöz[3]. Intrigué par une marionnette à l’effigie de Raspoutine, il se retrouve nez à nez avec une vieille connaissance qui recherche aussi le fameux trésor. Assommé, dépouillé, il est jeté dans un camion militaire conduit par des soldats kurdes qui roulent rejoindre le commandant Chevket à Van.

Arrivé dans la cité en mars 1922, Corto redoute la rencontre avec son sosie. Il fait la connaissance du vieil iman, Zorah qui intercède en sa faveur auprès des prêtres pour qu’il puisse traverser l’Azerbaïdjan. Avant de franchir la frontière le vieux Zorah veut lui confier une fillette arménienne de 11 ans — seule rescapée du massacre de ses parents. Il faudrait qu’il l’aide à rejoindre sa famille en Arménie russe. Une automobile attend Corto. À l’intérieur la « vieille connaissance », accompagnée de Marianne, l’invite à monter pour franchir la frontière. Sa véritable identité est maintenant reconnue par les nationalistes turcs, grâce aux papiers trouvés sur lui après son agression. Quant à la petite arménienne, elle est retenue en otage par leur chef, en échange du trésor. Le trio franchit la frontière, entre en Perse et se dirige vers la forteresse d’Alamüth.

Au même moment, dans la « Maison dorée », Raspoutine est traîné devant le général Chevket qu’il prend, sans l'ombre d'un doute, pour Maltese et s’étonne de le voir en uniforme d’officier turc. Après avoir réussi à le convaincre qu’il n’est pas celui qu’il croit, Chevket propose de le libérer s’il accepte son offre. Au vu de son dossier, il lui a trouvé toutes les « qualités » pour devenir instructeur de l’armée d’Enver Pacha.
De leur côté, Corto et ses deux accompagnatrices sont arraisonnés par des soldats de l’armée rouge peu après leur arrivée à la forteresse d’Alamüth.
Menacé d’être fusillé, Corto fait intervenir son vieux camarade, Joseph Djougachvili, qu’il n’a pas revu depuis l’année 1907, lorsqu’ils étaient à Ancône. Grâce à cet appui, Corto Maltese obtient sans difficulté les permis pour embarquer avec ses acolytes à Bakou et traverser en juin 1922 la mer Caspienne jusqu’à Krasnovodsk.

Pendant ce temps, dans la citadelle d’Enver Pacha, près de Baldzhuan, au Turkestan (actuel Tadjikistan), Timur Chevket, présente le nouvel instructeur militaire au général. Entre temps, il a eu connaissance de l’existence de celui que l’on prend pour lui ; qu’il est à la recherche d’un fabuleux trésor dont la petite arménienne est la monnaie d'échange. Il en a d'ailleurs confié la garde à Raspoutine. L’attitude insolente de la fillette à son égard, déplait fortement à Raspoutine et il la poursuit pour la corriger. Acculée au bord d’un ravin, elle n’a d’autre recours pour se défendre que de lui lancer un caillou bien ajusté. Assommé Raspoutine tombe dans le précipice.

Dix Jours après, la tête enveloppée d’un pansement, Raspoutine sort de son coma. Marianne est à son chevet. Il s’est passé beaucoup de choses en dix jours. Corto lui apprend qu’il a rendez-vous avec Chevket au Kafiristan, qu'il sera avec la jeune arménienne pour l'échanger contre ses indications pour trouver le trésor. Appâté par le butin, Raspoutine veut s’y rendre avec lui.
Soudain, la citadelle est attaquée par un bataillon arménien de l'armée rouge. Le combat fait rage. Corto et Raspoutine tentent de s’y soustraire… Bientôt les Arméniens se replient. Croyant que raspoutine est le maître d’œuvre de ce recul, Enver Pacha vient le féliciter. Raspoutine ne le dément pas.
Cette trêve n’est qu’un sursis, le général le sait, car ses hommes l’abandonnent. Sachant sa cause perdue, il rend à Raspoutine sa liberté et, sabre au clair, s'élance au galop vers les fantassins ennemis. L’occasion est trop belle pour les Arméniens. Ce 4 août 1922, ils vont enfin se venger de leur bourreau.

Il faut retrouver les femmes et fuir cet enfer. Mais l’une d’entre elles est enceinte et ne peut les suivre. Elles resteront ensemble pendant qu’ils iront au-devant de Chevket afin de découvrir le « Grand Or », trésor d’Alexandre. 5 septembre 1922, près du fleuve Kafirnagamjour, lieu du rendez-vous fixé avec Chevket, la nuit tombe déjà sur la frontière afghane.

Corto Maltese : « Ma mère disait que rencontrer son double était présage de mort[4]... »

Analyse[modifier | modifier le code]

La Maison dorée de Samarkand accumule les péripéties des bandes dessinées d'aventure classique tout en leur ôtant leur caractère conventionnel, tous les mystères étant généralement résolus sur-le-champ[5]. Le scénario est sujet à déceptions : le trésor recherché n'est jamais trouvé, Corto ne rencontre jamais son double dans la réalité. Corto y est plus perdu que dans les albums précédents et est l'objet de multiples charges ironiques de la part de Pratt, qui le dépeint plein d'incompréhension face à la myriade de personnages secondaires qu'il croise. C'est que cet album, entre drogues et souvenirs, accorde une place primordiale au rêve, dans une succession de « morceaux d'anthologies » (le souvenir rencontré lorsque Corto fume, la danse avec Raspoutine, l'échange en ce dernier et la princesse) qui confirment l'importance de Pratt dans la bande dessinée. Il confirme le glissement de plus en plus prononcé de Corto Maltese vers l'onirique, qui trouve son achèvement en 1992 avec .

Le parcours de Corto dans cet album a fait l'objet d'une analyse de l'émission Le Dessous des Cartes sur Arte[6].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Comme pour tous les albums de Corto Maltese, La Maison dorée de Samarkand est particulièrement bien accueillie par la critique, malgré les difficultés de publications. Ainsi, Thierry Groensteen, Yves Mayence et Arnaud de la Croix (trois articles distincts), lui consacrent leur rubrique « L'Indispensable : La Maison dorée de Samarkand », dans Les Cahiers de la bande dessinée no 72, novembre-décembre 1986, p. 4-5.

Prépublications[modifier | modifier le code]

  • Drapeau de l'Italie Italie : La Casa dorada di Samarkand, débute en noir et blanc dans Linus du no 9 de au no 2 de où l'histoire s'interrompt.
    • Reprise de l’histoire en noir et blanc, du début à la fin, dans le mensuel Corto Maltese (19 numéros) :
    • du no 1 d’octobre au no 3 de (3 numéros).
    • du no 1 de janvier au no 12 de (12 numéros).
    • du no 1 de janvier au no 4 d’ (4 numéros).
  • Drapeau de la France France : La Maison dorée de Samarkan, dans le mensuel (À SUIVRE) du no 31-32 d'août-septembre 1980 au no 37 de où l'histoire s'interrompt.
    • Reprise de l’histoire en noir et blanc, du début à la fin, dans le magazine Corto du no 1 de au no 10 de (10 numéros).

Albums édités en France[modifier | modifier le code]

Scénario et dessins de Hugo Pratt avec la collaboration de Guido Fuga pour dessiner les automobiles.

Première édition[modifier | modifier le code]

Album broché – noir et blanc[modifier | modifier le code]

Rééditions[modifier | modifier le code]

Album broché – noir et blanc[modifier | modifier le code]

  • La Maison dorée de Samarkand (nouvelle couverture), éd. Casterman, 2001.
  • La Maison dorée de Samarkand, Casterman 2012, coll. "Corto maltese en noir et blanc", couverture souple à rabats, format 23,5/29,5 (ISBN 978-2-203-03359-7).

Albums reliés – couleurs[modifier | modifier le code]

  • La Maison dorée de Samarkand (documents et aquarelles de Hugo Pratt), éd. Casterman, 1992.
  • La Maison dorée de Samarkand (format 21.5x29, préface de Marco Steiner et photos de Marco d’Anna : Les couleurs du grenadier), éd. Casterman, série Corto Maltese, tome 11, paru le , (ISBN 978-2-203-02487-8).

Petit format broché – couleurs[modifier | modifier le code]

Moyen métrage d'animation[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les dates sont issues des Mémoires de Corto Maltese, Michel Pierre, Casterman, 1988.
  2. Appelée ainsi car on ne peut s’y évader qu’à travers les rêves dorés provoqués par les volutes de haschisch.
  3. Karagöz est le personnage principal du théâtre de marionnettes turc, c’est l’image de l’homme du peuple bourru et loyal.
  4. La Maison dorée de Samarkand, Casterman, 1986, p. 10
  5. Pour ce paragraphe, sauf précision : Groensteen (1986).
  6. Le dessous des cartes : Corto Maltese : voyage en Asie Centrale de Jean-Christophe Victor et Frédéric Lernaud (réal.) (2001) (Prod. ARTE France) 10 min 40 26/01/2002